Magazine Le Mensuel

Nº 2992 du vendredi 13 mars 2015

Environnement

4 000 tonnes de déchets par jour. Les décharges contrôlées?

«Chaque Libanais produit, en moyenne, 1 kg de déchets ménagers par jour», déclare Fifi Kallab, socioéconomiste spécialiste de l’environnement dans une conférence aux Créneaux, le mardi 3 mars. Aujourd’hui, ce sont surtout les déchets municipaux qui posent problème au Liban, avec notamment l’affaire de la décharge de Naamé.
 

La décharge de Naamé «accueille», chaque jour, près de 2 800 tonnes de déchets provenant de la capitale et de ses environs. Pour régler cet «ennui», le gouvernement propose une «stratégie nationale» qui consiste à tout enterrer et à se débarrasser, par ce moyen, de tous les déchets. Erreur! Parce qu’il existe diverses méthodes pour éliminer les déchets, selon la nature de ces derniers (qu’ils soient ménagers, industriels, médicaux, agricoles, de construction). Les déchets médicaux devraient, à titre d’exemple, être traités, décontaminés et compressés avant d’être traités avec les autres déchets.
33% de nos déchets sont jetés dans des décharges sauvages (c’est-à-dire au bord des routes, dans les forêts, dans les vallées), et sont la plupart du temps brûlés. 756 de ces décharges sauvages sont situées un peu partout au Liban. Une trentaine sont classées très dangereuses. 51% des déchets sont enfouis dans des décharges «sanitaires», (alors qu’en réalité, elles ne le sont pas du tout), et le reste est expulsé dans des décharges «contrôlées». Ce contrôle se fait de la manière suivante: les déchets sont envoyés à destination, jetés dans un fleuve (si nous prenons le cas de la décharge «contrôlée» de Jbeil), de la terre est mise par-dessus ces déchets et c’est ce que l’Etat libanais appelle une décharge contrôlée. Dans une étude de l’organisation MSC Environnement effectuée en 2005, le chercheur Raji Maasri avait écrit: «Le Liban irrigue certaines de ses plaines agricoles en utilisant des eaux contaminées par le lixiviat (liquide résiduel qui provient de la percolation ou de la filtration de l’eau à travers un matériau − il s’agit donc dans ce cas d’eaux polluées), qui ont traversé les décharges ouvertes. Le pâturage du bétail, source principale d’approvisionnement en produits laitiers ou en viande, se fait à proximité quand ce n’est pas sur les décharges. (…) Les Libanais boivent ainsi de l’eau et respirent un air contaminé par ces déchets non traités et leurs sous-produits».
Le compostage
Au Liban, 25% au moins des déchets sont recyclables et 55% doivent subir la procédure du compostage. Le compostage est le traitement des déchets organiques. Cette technique consiste à transformer ces derniers en un matériau utile pour l’agriculture après ajout d’enzymes spécifiques. Le compostage se fait en plusieurs étapes: il s’agit d’abord de trier les déchets, de les broyer ensuite, puis de les maintenir humides et aérés. Ainsi, lorsqu’après fermentation, la température redescend à 30 degrés, le compost est prêt et peut servir à fertiliser la terre. Même si, aujourd’hui, 10% uniquement de nos déchets sont compostés, ce traitement reste effectué de manière inadéquate, puisqu’à la base, les déchets sont mélangés.

 

L’incinération
L’Etat libanais propose de plus en plus cette solution (l’incinération), alors que le ministère n’est ni équipé, ni a les moyens d’acheter les quatre incinérateurs qu’il propose d’acquérir. Or, ces incinérateurs, s’ils ne sont pas gérés comme il faut, constituent une source de polluants nocifs à la santé de tout individu. A savoir que le Liban a ratifié la convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants, selon laquelle, d’ici 2025, notre pays se doit d’arrêter toute émanation de dioxines, substances extrêmement dangereuses pour la santé et cancérigènes.

Natasha Metni

Composition et décomposition
Les déchets domestiques se composent comme suit: 51% de déchets alimentaires, 17% en carton et en papier, 10% en plastique, 9% en verre, 7% en fer et en métaux, 3% en tissu et 3% divers. Les matières organiques ont besoin d’une à deux semaines pour se décomposer; le papier et le carton, 10 à 30 jours; les vêtements en coton, 2 à 5 mois; la laine, 1 an; le bois, 10 à 15 ans; l’aluminium et autres métaux, 100 à 500 ans; les bouteilles en plastique, 500 ans; le PVC (polychlorure de vinyle) − une sorte de plastique − un million d’années; les bouteilles en verre, durée illimitée.

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