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Paul Khalifeh

MBN et MBS

Experts et commentateurs ont sorti leurs grilles de lecture pour interpréter les vastes remaniements opérés par le roi Salmane Ben Abdel-Aziz en Arabie saoudite, comprendre leur motivation, analyser leur impact sur la situation interne dans le royaume et prévoir leurs répercussions sur le paysage régional. L’intérêt porté à ces changements s’explique par le fait que l’Arabie saoudite, premier producteur mondial de pétrole, est un acteur de premier plan au Moyen-Orient. Son influence sur les événements au Yémen, au Liban, en Syrie, en Irak, à Bahreïn, voire en Egypte, est indiscutable, indépendamment de l’appréciation que l’on peut en avoir.
Dans une volonté de mettre en avant un élément au détriment d’un autre, les spécialistes ont tantôt souligné la volonté du roi Salmane d’injecter du sang neuf dans les plus hautes sphères du pouvoir, tantôt l’existence de divergences au sein de la famille royale. Les deux observations sont exactes sans pour autant être les seules et les plus marquantes.
Effectivement, le remaniement décidé par le souverain saoudien est une cure de rajeunissement inédite. Le prince héritier, Mohammad Ben Nayef (MbN) est âgé de 55 ans et le vice-héritier, Mohammad Ben Salmane (MbS), aurait entre 27 et 35 ans (sa date de naissance n’apparaît nulle part dans les biographies officielles saoudiennes). Il est vrai, aussi, à en croire les confidences du célèbre blogueur saoudien al-Moujtahid (qui serait un prince), que les décisions du roi ont obtenu le soutien d’une partie des fils et petits-fils de Abdel-Aziz, le roi fondateur, alors que d’autres les ont désapprouvées. Cela suffit-il pour affirmer qu’une grave cassure est apparue au sein de la dynastie? Rien n’est moins sûr, car dans le passé, rares sont les accords successoraux qui ont fait l’unanimité parmi les princes de premier rang. Il y avait toujours un ou plusieurs mécontents, qui exprimaient discrètement ou publiquement (comme le prince Talal Ben Abdel-Aziz) leur désaccord, mais finissaient par se plier à la règle de «l’allégeance et de l’obéissance» au nouveau souverain. Le nombre de mécontents est peut-être plus important cette fois-ci, mais si le roi Salmane n’avait pas trouvé assez de soutiens au sein de la famille, de manière à faire pencher la balance en sa faveur, il n’aurait pas pu imposer ses choix. Même le prince Khaled Ben Abdallah, le fils du roi défunt, aurait approuvé les remaniements. Et pourtant, son frère Metheb, chef de la Garde nationale, qui voit ses chances d’accéder un jour au trône s’amenuiser, en a fait les frais. Il reste malgré tout l’un des princes les plus influents, puisque qu’il dirige la Garde, formée de 120000 combattants, recrutés au sein des tribus fidèles aux Saoud.
Pour connaître les conséquences des changements décidés par le roi, il faut d’abord essayer d’en identifier les points inédits. Le premier, et le plus important, est que c’est la première fois, depuis la mort de Abdel-Aziz, qu’un roi place l’un de ses fils dans le rang de la succession. Cela signifie que la succession, qui était, jusque-là, horizontale, devient verticale. C’est à ce stade que de sérieuses dissensions au sein de la dynastie peuvent apparaître, sauf si le principe de l’horizontalité est de nouveau rétabli au niveau de la génération des petits-fils.
Un autre point nous paraît important. Les trois personnes promues à l’occasion de ces changements sont Mohammad Ben Nayef, ministre de l’Intérieur, Mohammad Ben Salmane, ministre de la Défense, et Adel el-Jubaïr, l’ambassadeur à Washington, nommé ministre des Affaires étrangères. Tous les trois sont, chacun dans le cadre de ses compétences, les artisans de la guerre contre le Yémen. Cela signifie que le choix de la confrontation avec l’Iran est confirmé, voire conforté, à travers ces changements.
Cependant, cette confrontation viserait, au final, à améliorer les positions régionales du royaume, en prévision d’une éventuelle négociation avec l’Iran sur un partage d’influence au Moyen-Orient.

Paul Khalifeh

 

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