Magazine Le Mensuel

Nº 3003 du vendredi 29 mai 2015

Confidences Liban

Confidences Liban

Amal boycotte le congrès de la diaspora
Le Lebanese Diaspora Energy 2015, organisé par le ministère des Affaires étrangères, sous la supervision du ministre Gebran Bassil, a été boycotté par le mouvement Amal. Le président Nabih Berry ayant contesté le processus de préparation du congrès: manque de concertations avec les ambassadeurs, marginalisation du directeur général des Emigrés, Haytham Jomaa et ignorance d’une bonne partie des émigrés. Les sources du palais Bustros réfutent ces accusations, signalant que les cercles concernés étaient tout à fait disposés à collaborer avec Jomaa qui n’a montré aucune volonté de coopération. Par ailleurs, toutes les ambassades ont été sollicitées pour dresser des listes comportant les noms des personnalités en vue de la diaspora afin d’entrer en contact avec elles. Le rôle de Bassil s’est limité à la prise de contact avec des personnalités spécifiques pour les convaincre de participer à ce congrès, souvent à la demande des ambassadeurs eux-mêmes. Les députés du Bloc du Développement et de la Libération avaient en outre boycotté la visite de Bassil à Hasbaya.

 

Héritage: la saison des fils
Le président Amine Gemayel a annoncé qu’il ne sera pas candidat à la présidence du parti Kataëb pour permettre «le renouvellement des cadres». En d’autres termes pour céder la place à son fils, Sami Gemayel.
A l’heure où des sources Kataëb affirment que l’accession de Sami à la présidence ne pose pas de sérieux problèmes au sein du parti et que c’est plutôt l’absence d’opposition qui en pose, elles reconnaissent l’existence de deux tendances à ce sujet.
La première représentée par le cercle de Sami, majoritairement composé de jeunes (Albert Kostanian, Serge Dagher, Patrick Richa, Ibrahim Richa, Sassine Sassine…), qui est convaincue de la nécessité d’injecter du sang neuf dans le parti pour qu’il puisse attirer les jeunes.
La deuxième regroupe les mécontents qui craignent de perdre leur influence à l’ombre du nouveau régime qui risque de les remplacer par «les nouveaux Kataëb».
Quant au député Nadim Gemayel, il n’empêchera pas cette révolution blanche… contre laquelle il ne peut rien faire.


Médiations au pluriel du Jihad islamique
Le mouvement du Jihad islamique (son secrétaire général, Ramadan Abdallah Challah et son représentant au Liban, Abou Imad Rifaï) joue au médiateur sur plusieurs fronts.
– Entre l’Egypte et le Hamas à Gaza où le mouvement plaide l’ouverture d’une nouvelle page.
– Entre le Hezbollah et le Hamas séparés par la crise syrienne. Le Jihad qui avait opté pour la neutralité tente de rapprocher les points de vue.
– Entre les différents mouvements palestiniens présents au Liban et dans les camps, dont celui de Aïn el-Heloué. Le Jihad islamique avait joué un rôle crucial dans la formation de la commission commune Fateh-Hamas au sein du camp et pour obtenir l’adhésion de Osbat el-Ansar, du mouvement islamique jihadiste présidé par le cheikh Jamal Khattab et des Ansar Allah du cheikh Jamal Suleiman.

Gouvernement: la dépression
La conjoncture gouvernementale est mauvaise. Si le ministre Elias Bou Saab parle de l’entrée du cabinet dans une zone de «dépression atmosphérique», un de ses collègues décrit un climat tendu qui rend difficile le maintien en vie de ce cabinet. Dans le meilleur des cas, il pourrait être condamné à se contenter d’expédier les affaires courantes.
D’après cette source, les dernières séances ont été le théâtre de signes alarmants. Les deux ministres modérés – Nouhad Machnouk pour le Moustaqbal et Mohammad Fneich pour le Hezbollah – qui appelaient au calme dès que le débat s’enflammait entre les ministres Achraf Rifi et Hussein Hajj Hassan, ont pris part à la discorde. Alors que le président Tammam Salam est complètement resté à l’écart comme si la situation ministérielle échappait à son contrôle.

Rifi: les deux dimensions d’une campagne
La campagne menée par le ministre Achraf Rifi contre le Tribunal militaire est à deux dimensions, d’après des milieux du 8 mars. La première concerne la lutte d’influence interne au sein du Moustaqbal, le ministre de la Justice essayant de l’emporter sur son collègue de l’Intérieur, Nouhad Machnouk, qui a mis fin à «l’émirat» de Roumieh. La deuxième dimension est en rapport avec le contentieux du 14 mars avec l’autorité militaire.
Rifi n’avait pas fixé comme objectif l’accélération du règlement des dossiers relatifs aux détenus islamistes qui ont déjà atteint leur dénouement final, mais «l’intimidation» préventive qui n’est pas sans lien avec les accusations formulées devant le Tribunal militaire par des chefs de clans tripolitains sous les verrous, tels Ziad Allouki et Saad Masri, contre le responsable militaire du Moustaqbal, Amid Hammoud, connu pour être le bras droit de Rifi. Ils l’accusent d’avoir financé les batailles et fourni des armes aux groupes armés.

Taymour dispose de son héritage
Pourquoi le leader druze est-il pressé de prendre sa retraite? Problème de santé? S’est-il senti à découvert et a-t-il pensé qu’un repli pourrait le protéger? Considère-t-il avoir tout dit devant le Tribunal international et qu’il est temps de partir? Taymour, le fils, a donc entamé l’exercice de ses fonctions de zaïm en recevant les délégations populaires au palais de Moukhtara. Sur sa page Facebook, Taymour a résumé la passation des pouvoirs en trois photos (Kamal, Walid et Taymour) et un commentaire: «La maison de Moukhtara a été et sera toujours le palais du peuple». Après sa première expérience avec son public, il a rajouté: «Walid et Kamal Joumblatt ont occupé ce siège avant moi. Tous les deux ont donné la priorité aux doléances des citoyens et se sont mis à leur service. Grande est la responsabilité».

Le Moustaqbal rejette l’initiative aouniste
L’initiative du général Michel Aoun pour une sortie de crise a été rejetée par le Moustaqbal qui la qualifie d’utopique et de contraire aux accords de Taëf.
Un parlementaire du Bloc du Futur explique:
La première idée qui consiste à élire le président au suffrage universel en deux étapes (chrétienne puis nationale) est rejetée, elle signifie la transformation du système libanais parlementaire en système présidentiel. La seconde proposition, qui appelle à l’organisation en premier lieu des élections législatives sur base d’une nouvelle loi électorale qui produira un nouveau Parlement chargé d’élire un président, est également inadmissible parce que la présidentielle reste la priorité. Un haut responsable du Moustaqbal estime que si un officier proche de Aoun réussit à être désigné à la tête de l’armée, cela assurera au chef du Courant patriotique libre des atouts sécuritaires et des cartes de pression sur les diverses scènes libanaises en effervescence.

Les FL se différencient du Futur
L’ouverture affichée par le Dr Samir Geagea quant à la teneur de l’initiative aouniste a interpellé un analyste politique qui suit de près l’évolution de la relation CPL-FL. Le document d’intentions, dit l’observateur, a peut-être assoupli les positions de Geagea d’autant plus que ce dernier a donné son accord à la clause qui prévoit l’élection à la présidence d’un candidat «représentatif de sa communauté»… Mais ce sont finalement les détails qui révéleront la vraie position de chacun, ce qui risque d’ouvrir une brèche dans la relation des FL avec le Moustaqbal quant à l’approche à adopter face à cette initiative.
Alors que les proches du 8 mars assurent que le Moustaqbal n’est pas très confortable avec l’attitude des FL et leur insistance, en solidarité avec le CPL, à inscrire le projet de récupération de la nationalité libanaise au menu de la première séance législative, un député FL dément l’existence d’un malentendu avec le Moustaqbal. «Ne misez pas sur les divergences. Il y a toujours eu des différences dans le positionnement. Et le Moustaqbal ne s’est jamais opposé au projet de “renaturalisation”».

 

Daï el-Islam el-Chahhal veut régler son dossier
Le prédicateur tripolitain Daï el-Islam el-Chahhal, contre lequel a été émis un mandat d’arrêt pour incitation à la haine et à l’agression contre les forces de sécurité, tente de régler sa situation juridique pour pouvoir rentrer au Liban. D’après un rapport sécuritaire, le prévenu en fuite aurait sollicité l’aide d’un ministre pour régulariser son dossier, d’autant plus qu’il a entraîné deux de ses fils dans ses activités criminelles. Ils sont aujourd’hui sous les verrous. Chahhal, qui craint une dégradation politique, multiplie les contacts et les tractations pour précipiter le dénouement de son cas. Surtout après l’effondrement du Comité des ulémas musulmans avec la démission de vingt de ses dignitaires religieux. Ce qui a nourri les craintes du prédicateur, c’est que l’épée de la justice se rapproche du cheikh Salem Rafeï, directeur du comité, certaines enquêtes ayant prouvé qu’il avait des relations sérieuses avec des terroristes criminels. Le détenu Ibrahim Mohammad Moustafa Abdallah, alias Abi Khalil Souaydi, arrêté par les Renseignements de l’armée au Akkar, a avoué avoir pris part avec Omar Mikati et Fayez Osman à l’assassinat du jeune soldat Fadi Jbeily, du capitaine Boutros Bayeh et du jeune Fawaz Bazzi pour leur appartenance confessionnelle. Il a ajouté que le cheikh Rafeï leur avait envoyé trois voitures qui ont embarqué quelque 16 éléments armés, dont les principaux recherchés par la justice, de Bab el-Tebbané jusqu’à sa demeure au Koura.

La gauche arabe fragmentée
Les résultats des travaux de La Rencontre de la gauche arabe qui se sont déroulés dans la capitale libanaise, il y a deux semaines, n’étaient pas à la hauteur des ambitions, à l’heure où le monde arabe traverse une période difficile, peut-être la plus dangereuse de son histoire, rapporte une personnalité de gauche. Le communiqué final, dit-elle, publié une semaine après la clôture des travaux, n’a donné au public aucune information sur le déroulement des travaux, sur les thèmes qui divisent les partis participants et sur l’ouverture de certains courants sur les pays occidentaux et pétroliers. Aucun plan n’a été dégagé par les forces de gauche pour freiner la dégradation de leur rassemblement. Elles n’ont même pas réussi à faire le suivi d’un projet de création d’une chaîne de télé par satellite lancé depuis environ un an. Et cela, comme le dit la personnalité, pour des motifs qui ne sont pas d’ordre financier. La «Rencontre de Beyrouth» a été incapable de présenter une vision unifiée de la gauche arabe. Cette rencontre avait vu le jour dans la capitale libanaise à la fin de 2010 dans le but de «construire un front arabe de gauche pour le changement politique dans les pays arabes».

Les défis des sunnites du 8 mars
Les désignations, qui ont eu lieu au Conseil chérié islamique sur décision du mufti Abdel-Latif Derian, constituent un grand défi politique pour la Rencontre nationale de l’ex-ministre Abdel-Rahim Mrad. Le quasi unique vainqueur de la composition de la plus haute instance sunnite est l’ex-président Fouad Siniora, comme le rapportent des sources beyrouthines. Les hommes de Siniora contrôlent désormais tous les ressorts du conseil et de Dar el-Fatwa et semblent intéressés par les affaires financières comme la caisse de Zakat, la caisse de secours et celles des Awkaf. Les sources estiment que si Abdel-Rahim Mrad ne réagit pas, il leur cédera toute la place, lui qui était l’un des partenaires de ce que l’on avait appelé l’entente égyptienne qui réservait une part, même minime, à Dar el-Fatwa aux «sunnites du 8 mars». La Rencontre nationale étant le cadre politique qui rassemble depuis 2014 le président Salim Hoss, Bahaeddine Itani, Adnan Addoum de Beyrouth, les députés Walid Sukkarié et Kamel Rifaï de la Békaa, Kassem Hachem, Wagih Baarini, Jihad el-Samad, le cheikh Bilal Chaaban, Zaher el-Khatib… Du côté de Saïda, le cheikh Maher Hammoud a donné son accord de principe, mais ne s’est pas présenté, alors qu’Oussama Saad a refusé de participer.

Présidence et ordre mondial
La crise présidentielle n’est qu’un pan du système libanais qui se défait progressivement, de l’avis d’un diplomate. Par certains de ses aspects, cette crise n’est pas tout à fait distincte des développements qui ont lieu dans les pays arabes où le régime et l’Etat se désagrègent en partie. Cette nouvelle donnée géopolitique, poursuit-il, est déterminante et s’intègre dans l’écroulement du système mondial. Les développements actuels signent la fin de la version Doha 2008 qui avait remplacé la version Taëf pour une période, mais l’évolution se fait plutôt sous la bannière de la «stabilité interne», en attendant une nouvelle version dont les contours sont difficiles à déterminer, à ce stade. L’analyste compare la conjoncture arabe actuelle à celle qui prévalait dans les Etats ottomans après la chute de l’empire, à la fin de la Première Guerre mondiale. Tout accord politique interlibanais, explique-t-il, est désormais lié à l’opération de remodulation du système international et régional, et cela peut prendre du temps jusqu’à ce que la nouvelle carte géopolitique arabe se précise. D’après ses prévisions, l’effondrement risque de s’élargir pour atteindre d’autres pays arabes demeurés, jusque-là, à l’abri des secousses. Le président de la Conférence sur la sécurité, tenue à Munich et organisée annuellement par l’Allemagne, a prononcé un discours intitulé L’ordre mondial s’effondre.

 

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