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Nº 3032 du vendredi 18 décembre 2015

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Vision of dualities de David Cottingham. Sculpter la vie en peinture

La compagnie VC Art, fondée par Vanessa Clark, organise du 17 au 22 décembre l’exposition Vision of dualities de l’artiste londonien David Cottingham, à la Villa Paradiso. Une histoire de lumière, de mouvement, de couleur et de vie…
 

A entendre Vanessa Clark évoquer le travail de David Cottingham, l’interlocuteur perçoit tout le travail effectué en amont, pour permettre aux Libanais, durant ces quelques jours, jusqu’au 22 décembre, de découvrir les œuvres de cet artiste londonien, ce maître respecté qui s’est fait un nom depuis dix ans à Londres, tout en humilité et en fraîcheur, dont le parcours est à la fois atypique et intrigant. Il se distingue par sa capacité à développer et à incarner, au cœur de son travail et dans son modus operandi, «tout le spectre que l’art a à offrir».
Ce sont tous ces éléments à la fois qui ont attiré le regard de Vanessa Clark sur le travail de David Cottingham. La rencontre a eu lieu il y a trois ans, à Londres, à travers un ami commun, un Libanais, tient-elle à préciser, soulevant au passage l’importance croissante de la diaspora libanaise de par le monde. Une rencontre qui a donné lieu, en novembre dernier, à une exposition solo de Cottingham à Londres, organisée par VC Art, et qui a eu un retentissant succès. Il était temps de montrer son travail à Beyrouth et aux Libanais.
«David est un artiste exceptionnel et je pense que le Moyen-Orient a besoin de voir ce qu’il a à offrir». Après l’escale beyrouthine, l’intention est de faire voyager l’expo dans d’autres pays de la région. Quant aux Libanais, Vanessa Clark ne doute pas qu’un contact va s’établir entre eux et les œuvres de David Cottingham, en raison de leur qualité intrinsèque, mais aussi à cause des couleurs intenses qui les animent, des émotions fortes qu’elles véhiculent, incarnent et transitent, et les Libanais, eux, sont d’éternels férus de l’intensité, dans leur manière d’être, dans leur manière de vivre.

 

Le corps se raconte sur toile
Vision of dualities regroupe plusieurs œuvres de David Cottingham, dont certaines exposées pour la première fois, donnant à voir la diversité de son style. A commencer par ses œuvres abstraites qui ont été influencées par un voyage en Méditerranée, auréolée de beauté et de lumière, perceptibles notamment et surtout durant ces moments où le soleil se lève et où le soleil se couche; cette lumière si distinctive de cette partie du monde a été saisie par et dans les toiles, de manière à être réfléchie à son tour au spectateur. Un effet de miroir qui traverse l’exposition de bout en bout. Comme en témoignent ses Diptyques, dont le mode opératoire est tout aussi intrigant que singulier, alliant à la fois la peinture, la sculpture et un œil affûté pour saisir les infimes nuances de couleurs, de formes et de hasards. Chaque toile contient des éléments figuratifs qui peuvent être perçus comme des cellules de couleurs qui se divisent, se séparent et s’attirent dans la symbolique suggestive de cette duplicité réfléchie. Il y a également les œuvres que les autres appellent ses pièces maîtresses, ses dessins et peintures de danse. Là, toute l’œuvre de David Cottingham prend une dimension autre. Vanessa Clark, qui a eu l’occasion de le voir à plusieurs reprises à l’œuvre dans son studio, signale que ces pièces prennent vie, en direct, «live», au moment même où ses modèles dansent, devant lui. En moins d’une heure, il parvient à raconter, à travers dessin et peinture, le récit du corps, sa manière de bouger, de se mouvoir, de se déplacer dans l’espace-temps, de sortir de sa prison vers la liberté.

 

Il est temps de voir autrement…
Autant d’expressions diversifiées pour sculpter la vie en couleurs, en mouvements, en lumière. Cette diversité de style reflète d’ailleurs la personnalité de l’artiste et son parcours, ne cesse de relever Vanessa Clark. David Cottingham a d’abord étudié la sculpture à la St Martin’s school of art à Londres avec William Tucker, Phillip King et sir Anthony Caro, et y a travaillé avant de se décider à retrouver sa première passion: le dessin et la peinture. Cela est visible dans son œuvre, le rendant difficilement classable sous la seule rubrique de peintre. D’autant plus que ça lui a pris du temps pour développer son propre style et, jusqu’à maintenant, son art ne cesse d’évoluer. C’est justement ce qui rend cette exposition puissante et captivante, puisqu’elle saisit l’artiste à un moment charnière de son développement artistique.
Pour mieux mettre en valeur les œuvres exposées de Vision of dualities, il fallait trouver le cadre adéquat, capable d’exacerber leur puissance et leur force suggestives. C’est donc au cœur de la Villa Paradiso, cette ancienne demeure située à Gemmayzé, que le contraste sera le plus saisissant entre la modernité des œuvres et l’histoire de ces murs, entre le charme architectural nostalgique de la villa et la dualité du passé et du présent. Le choix du lieu tonne comme un manifeste en soi, permettant de créer une expérience complète chez chaque visiteur.
Vanessa Clark n’est pas une adepte du concept de la galerie d’art en forme de carré blanc qui, généralement, crée l’effet contraire auprès du visiteur: au lieu de le rapprocher de l’art, ce concept froid l’en distancie, creusant davantage le fossé de part en part, et l’intérêt pour l’art perd alors immanquablement de sa spontanéité et de son authenticité. On commence à s’en méfier au lieu de se laisser entraîner par ce que l’art a à nous proposer. D’ailleurs, pour Vanessa Clark, ce qui se passe actuellement sur le marché de l’art au Moyen-Orient est dangereux à plus d’un titre. Entre les prix exorbitants de certaines œuvres, l’investissement devient de plus en plus hasardeux, aléatoire, arbitraire, sans une délimitation de critères qui, à moins d’un coup de cœur, devraient prendre en compte l’œuvre en soi, le parcours de l’artiste, ses études, les galeries où il expose, le nombre d’expositions… Au-delà même de la qualité intrinsèque de Vision of dualities, cette exposition vise également à montrer qu’il est possible d’acquérir de l’art à un prix acceptable.

Nayla Rached
Jusqu’au 22 décembre, à la Villa Paradiso, à Gemmayzé, entre 11h et 18h.

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