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Nº 3032 du vendredi 18 décembre 2015

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La raison de Rome de Claudia Moatti. De la construction d’un ordre logique et universel

«Il n’y a rien de si puissant qu’une république où l’on observe les lois non par crainte mais par passion comme le fit Rome», disait Montesquieu. Rome, ce berceau de la Raison, alors qu’emportée par les guerres civiles et les conflits extérieurs, entre le IIe et le Ier siècle av. J.-C., connaît une véritable révolution intellectuelle sous le signe des «Lumières». Etude sur la naissance critique de la République romaine au dernier siècle de son histoire, La raison de Rome de Claudia Moatti constitue une traversée contemporaine de cette ville éternelle.

Même si aujourd’hui, et comme l’a déclamé Chateaubriand, «Rome sommeille au milieu de ces ruines», ruines d’un passé qui a connu une ouverture sans précédent, ruines d’un passé qui a «pensé» lorsque les valeurs anciennes et les institutions titubaient, qui a résisté contre l’éclatement, le désordre et la crise, qui, à partir de la diversité des peuples et des cultures, a pu constituer un Etat fort, Rome résiste encore et toujours dans la mémoire de ceux qui appellent à la norme, aux principes de pensée, aux méthodes de classification et d’organisation. Dans son ouvrage, Claudia Moatti explique: «C’est dans cette création de formes, dans la construction d’un ordre logique et universel, recouvrant, sans les détruire, les singularités historiques, que s’impose la modernité de Rome». C’est dans ce sens qu’à une «époque marquée par une ouverture sans précédent sur le monde et par l’intégration massive des Italiens dans le corps civique, la classe dirigeante modifie peu à peu ses questionnements, ses discours, ses pratiques, et s’interroge sur la romanité», certifie l’auteure qui ajoute: «A partir de la conception même de la sphère publique qui commençait à émerger au IIe siècle av. J.-C., j’ai commencé à m’interroger sur la relation qui existe entre l’émergence de la rationalisation du pouvoir et l’évolution d’une catégorie de pensée. Ce livre porte, en effet, sur les formes, leur histoire et leur transformation à la fin de la République». C’est dans cette mesure que l’organisation de l’Etat romain s’est faite et que l’évolution d’une société beaucoup plus organisée qu’elle ne l’était auparavant et beaucoup plus rationnalisée dans sa structure et dans sa pensée a été conçue.
 

Le modèle romain adapté à notre époque?
«Dans une époque de globalisation, l’idée d’empire redevient d’actualité», assure Claudia Moatti. Par «empire», l’auteure renvoie à cette idée intéressante d’universalisme concret dans la mesure où il s’agit de créer une unité politique, tout en maintenant la diversité culturelle et historique. La réponse de Rome au multiculturalisme n’est pas, à cette époque, une réponse civilisationnelle, mais plutôt une réponse juridique et formelle. «La forme romaine se superpose à toutes les formes préalables. C’est cette superposition qui crée l’unité sans détruire les formes préalables», déclare Moatti.
A la question de savoir si pour construire l’Europe, il faut unifier le droit, l’auteure répond que pour cela, il faut une volonté politique d’unification. Ce qui fait, selon elle, la modernité de Rome, c’est l’intégration permanente des étrangers dans la citoyenneté.

Natasha Metni

Bio en bref
Professeure d’histoire romaine à l’Université de Paris VIII, Claudia Moatti est spécialiste d’histoire intellectuelle. Ses travaux ont porté principalement sur les développements de l’écrit, aussi bien du point de vue des modes de pensée (La raison de Rome. Naissance de l’esprit critique à la fin de la République (IIe-Ier siècles av. J.-C.), Le Seuil, «Des travaux», 1997) que de l’administration romaine (Archives et partage de la terre dans le monde romain (IIe s. av. J.-C. – Ier s. apr. J.-C.), Rome, Collection de l’Ecole française de Rome 174, 1994). Toujours dans cette perspective, elle dirige aujourd’hui un programme de recherches sur La mobilité des personnes en Méditerranée de l’Antiquité à l’époque moderne: procédures de contrôle et documents d’identification.

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