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Nº 3038 du vendredi 29 janvier 2016

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Travail des enfants. Huit heures par jour pour 10 dollars

En novembre 2013, le gouvernement adoptait un plan d’action national dans le but de mettre fin au travail des enfants en 2016. Aujourd’hui, la situation sur le terrain est toujours aussi préoccupante. Le ministère du Travail et les ONG se désolent du manque de moyens pour lutter contre ce fléau et lancent un cri d’alarme à la communauté internationale.

A l’occasion du lancement du manuel pour l’application du décret 8987, qui interdit le travail des mineurs au Liban, le ministre du Travail, Sejaan Azzi, a épinglé la communauté internationale qui n’assume pas, d’après lui, ses responsabilités dans ce dossier.
Selon un rapport de l’Organisation internationale du travail (OIT), Children living and working on the streets in Lebanon: profile and magnitude, les enfants des rues travailleraient plus de huit heures par jour pour moins de 10 dollars. Vendeurs de roses, de mouchoirs, cireurs de chaussures ou encore mécaniciens ou même mendiants, le phénomène se serait amplifié depuis le début de la crise syrienne.
Pour Sejaan Azzi, les enfants des rues sont en grande majorité syriens, victimes collatérales de la guerre en Syrie. «Il est ainsi de la responsabilité de la communauté internationale de lutter contre ce fléau, s’est-il indigné. En tant que ministère du Travail, nous ne pouvons pas assumer seuls cette responsabilité. Nous avons besoin de moyens, où est l’argent de la communauté internationale?», a-t-il martelé.
 

Une majorité de Syriens
Le ministre du Travail a rappelé qu’il avait souhaité construire un refuge pour enfants, mais que son projet n’avait jamais reçu le soutien financier dont il avait besoin, alors qu’il nécessitait un budget de 200 000 dollars américains.
Outre le problème financier, Azzi a insisté sur le besoin d’une implication de la part de tous les acteurs sur ce dossier.
«Nous avons aussi besoin d’une meilleure coopération entre les différents ministères compétents, a-t-il insisté: ceux des Affaires sociales, de la Santé ou encore de l’Education. Il n’y a aucune chance que nous arrivons à lutter seuls contre ces mafias, car il existe bien dans les rues des réseaux qui pratiquent le trafic d’enfants».
Les trois quarts des enfants des rues recensés au Liban seraient syriens, selon le rapport de l’OIT, contre 10% d’enfants libanais. L’afflux de réfugiés n’est cependant pas la seule raison pouvant expliquer comment des enfants ont pu se retrouver à travailler dans les rues.
Selon Iman Nuwayhid, doyen de la faculté de santé à l’Université américaine de Beyrouth (AUB), «ce sont souvent les circonstances économiques qui poussent les parents à envoyer leurs enfants travailler. Nous ne pouvons cependant pas attendre que la guerre en Syrie se termine pour agir. Il faut lutter contre la pauvreté et la misère pour protéger les enfants».
Pour Frank Hagemann, directeur régional de l’OIT, «la communauté internationale est responsable des enfants qui travaillent dans les rues, car il s’agit, pour la plupart, d’enfants réfugiés syriens. «Le ministère seul ne peut pas faire des miracles et éliminer les mafias des rues de Beyrouth. Nous voyons des enfants mécaniciens, agriculteurs exercer des professions très difficiles pour leur âge», a-t-il ajouté aux propos du ministre.
Rouba Jaradat, la représentante régionale à l’OIT, a de son côté estimé à plus de 9 millions le nombre d’enfants qui travaillent dans le monde arabe. Des chiffres seront publiés dès le mois de mars sur la situation précise au Liban.
Pour combattre ce fléau, le gouvernement libanais avait demandé à l’OIT, au Fonds des Nations unies pour l’enfance (Unicef) et à Save the Children International (SCI) d’établir une étude pour comprendre les raisons qui expliquent que des enfants travaillent dans la rue et ainsi pouvoir mettre en place un plan d’action national pour éliminer les pires formes de travail des enfants.

Soraya Hamdan

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