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Nº 3040 du vendredi 12 février 2016

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HORIZONS

Conférence de Londres pour les réfugiés syriens. Très loin des besoins du Liban

La part obtenue par le Liban à la conférence de Londres pour les réfugiés syriens, le 4 février, n’est pas à la hauteur de ses espoirs et de ses besoins, selon les informations préliminaires à ce sujet.
 

Soixante-dix Etats étaient présents à la conférence de Londres, au cours de laquelle les participants se sont engagés à donner 11 milliards de dollars à être dépensés jusqu’à l’année 2020, pour soutenir la crise des déplacés syriens et les pays voisins de la Syrie. Quoique le secrétaire général des Nations unies, Ban Ki-Moon, ait affirmé que la conférence de Londres était exceptionnelle et la première du genre depuis la Deuxième Guerre mondiale, en raison de l’importance des engagements financiers pris en un seul jour, pour une seule cause et pour un seul peuple, la part obtenue par le Liban reste en deçà de ses attentes. Depuis des années, le pays du Cèdre n’a obtenu que 50% des aides promises, surtout que des études, effectuées par la Banque mondiale, montrent que le coût direct du déplacement syrien au Liban est d’un milliard de dollars par an, alors que le coût indirect s’élève à 3,5 milliards de dollars annuels, donc un total de 4,5 milliards de dollars.
Les engagements pris durant la conférence s’élèvent à 11 milliards de dollars et seront dépensés sur deux étapes: six milliards pour cette année et cinq milliards pour les cinq prochaines années, jusqu’en 2020. 70% des aides seront attribuées aux Syriens en Syrie, et le reste pour les déplacés dans les pays voisins. La plus forte participation est venue de l’Union européenne, avec 2,5 milliards de dollars de l’Allemagne, 2,5 milliards de Grande-Bretagne, 2,5 milliards de la Norvège, 900 millions des Etats-Unis, 300 millions du Koweït, 100 millions de l’Arabie saoudite et 137 millions des Emirats arabes unis.
Ces aides seront accordées de manière directe aux déplacés à travers la création d’institutions éducatives et médicales, ainsi que des projets économiques qui assurent des conditions de travail aux déplacés syriens. A travers ces aides, l’Union européenne cherche à diminuer les flux de migrants vers l’Europe et à les pousser à rester sur place, au Liban, en Jordanie ou en Turquie. Il est désormais clair que la Communauté européenne commence à prendre pleinement conscience de la gravité de la crise des déplacés et ses répercussions à plusieurs niveaux.

 

Les besoins du Liban
Cette année, le Liban aurait besoin de 2,4 milliards de dollars pour créer des écoles aux déplacés et assurer des opportunités de travail pour les Libanais et les déplacés syriens. Le pays est soumis à de fortes pressions européennes pour intégrer les réfugiés syriens. Les Etats européens sont désormais convaincus qu’il vaut mieux payer et les garder loin, au lieu de les accueillir chez eux. Il est également apparu que les Européens se désintéressent totalement du retour des déplacés chez eux, tant que ceux-là restent hors de leurs frontières.
Le ministre des Affaires étrangères, Gebran Bassil, aurait mis en garde, au cours de la conférence, de l’utilisation d’expressions équivoques, sous le couvert des lois internationales qui pourraient servir d’encouragement aux réfugiés à rester au Liban après la fin de la crise en Syrie. Ceci pourrait mener, dans une étape ultérieure, à une implantation en bonne et due forme. Quant au Premier ministre Tammam Salam, il a exprimé, à la fin de la conférence, sa satisfaction et insisté sur la nécessité de faciliter l’exécution de ces engagements par la création des mécanismes nécessaires pour l’obtention de ces fonds et leur versement aux Etats bénéficiaires, afin d’assurer le coût des projets exécutés, tant au niveau de l’enseignement, de l’éducation, des opportunités de travail, pour faire face aux besoins pressants de la crise syrienne. Le chef du gouvernement a également insisté sur la nécessité de trouver une solution politique à la crise syrienne.

 

Derbas: «Nous ne savons rien»
Interrogé par Magazine, le ministre des Affaires sociales, Rachid Derbas, qui n’a pas assisté à la conférence, estime qu’il est encore trop tôt pour parler de la part obtenue par le Liban alors qu’on n’en sait toujours rien. «Je ne comprends pas cette campagne orchestrée contre la conférence de Londres. Il est prématuré d’avancer des chiffres, car nous n’en savons rien encore. Mais il existe une campagne destinée à faire peur aux Libanais lorsqu’on parle d’implantation. Nous l’avons répété et déclaré à maintes reprises, le Liban n’est pas un pays à vendre et n’est prêt à accepter aucune forme d’implantation sur son sol». Le Liban, affirme le ministre Rachid Derbas, est confronté à une crise à laquelle on ne peut pas réagir en spectateur. Pour lui, le pays traverse une étape cruciale durant laquelle il faut que tous soient unis avec le gouvernement et que l’opinion publique suive. «Il faut rester positifs et rejeter toute forme de négativisme. L’opinion publique doit soutenir le gouvernement. Celui-ci est unanime au sujet du déplacement syrien et il n’y a aucun différend à ce sujet au sein du Conseil des ministres. Créer une psychose chez les gens ne sert à rien. La presse cherche à faire des coups d’éclat tout à fait inutiles. Le Liban servira de base à la reconstruction de la Syrie mais, pour le moment, il faut transformer cette tragédie en opportunité». Pour le ministre des Affaires sociales, l’équation est simple: il vaut mieux que ces déplacés soient productifs au lieu de rester inactifs, prêtant le flanc ainsi à l’extrémisme et à l’infiltration. Derbas explique que le Liban a réclamé 11 milliards de dollars pour les cinq années à venir. «Un document a été présenté indiquant les montants demandés par chacune des institutions impliquées et mentionnant les dépenses prévues dans les secteurs de l’éducation, de l’eau et de l’électricité, les dépenses médicales et humanitaires, etc. Le ministre de l’Education, Elias Bou Saab, a réclamé 1,4 milliard de dollars pour des écoles et garderies». Le ministre Rachid Derbas affirme que les choses évolueront prochainement et le gouvernement suit de près les décisions de la conférence de Londres.
Selon des sources informées, bien que le Liban n’ait pas encore été officiellement notifié de la part obtenue, l’étude d’un conseiller financier indique ce qui suit:
11 milliards de dollars représentent la somme allouée pour les cinq prochaines années. Ils seront répartis ainsi: 70% pour la Syrie, c’est-à-dire 7,7 milliards, et 30% pour les pays avoisinants, soit 3,3 milliards. Si le Liban obtient le tiers de cette somme, celle-ci vaudra 1,1 milliard de dollars, représentant moins de la moitié de ses besoins pour une seule année. Les Nations unies ont déclaré que 6 milliards seront dépensés en 2016
et 5 milliards de 2017 à 2020. Donc 4,2 milliards seront attribués à l’intérieur de la Syrie et 1,8 milliard pour les pays avoisinants. Ce qui veut dire que la part du Liban variera entre 600 et 900 millions de dollars, soit beaucoup moins que ses besoins, estimés à 3 milliards cette année. Sa part sera ainsi moins du tiers de ses besoins. Quant aux prochaines années, la somme de 5 milliards de dollars sera répartie sur quatre ans, soit 1,25 milliard par an dont 875 millions de dollars (70%) à l’intérieur syrien et 375 millions (30%) aux trois pays avoisinants. Ceci montre clairement que les aides diminueront au cours des prochaines années si d’autres conférences de soutien ne se tiennent pas à l’avenir…

Joëlle Seif

Requêtes inacceptables
Une délégation britannique relevant du ministère des Affaires étrangères a visité, le 16 janvier, le gouverneur de la Banque centrale, Riad Salamé, et lui a présenté deux requêtes. La première concernant l’octroi de facilités financières aux sociétés libanaises employant des déplacés syriens et la seconde concernant l’octroi des mêmes facilités aux hommes d’affaires syriens souhaitant créer des projets économiques au Liban. Ces deux demandes ont été vivement rejetées par le gouverneur, qui a même annulé sa participation à la conférence de Londres en guise de protestation. Salamé aurait même affirmé que rien ne l’obligeait à prendre de telles mesures. «Cette démarche pourrait être considérée comme une forme d’implantation. Si les Libanais rejettent l’implantation palestinienne, il n’y a aucune raison qu’ils acceptent une implantation quatre fois plus importante pour des raisons démographiques. Ceci pourrait carrément mener à une guerre civile», aurait affirmé le gouverneur. 

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