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Nº 3042 du vendredi 26 février 2016

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Accord russo-américain sur la Syrie. Quels mécanismes pour le cessez-le-feu?

Moscou et Washington annoncent l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu samedi soir à minuit, Bachar el-Assad planifie des élections législatives pour le 13 avril, Daech coupe un axe important pour le régime dans la province d’Alep et revendique des attentats meurtriers. De quoi compliquer un conflit déjà inextricable.

En Syrie, les jours passent et ne se ressemblent pas. Lundi soir, contre toute attente et au lendemain d’un dimanche sanglant, les Etats-Unis et la Russie ont conjointement annoncé, dans un communiqué, l’entrée en vigueur d’un cessez-le-feu à partir du 27 février à minuit. «La cessation des hostilités s’appliquera aux parties prenantes au conflit syrien qui ont indiqué qu’elles respecteront et appliqueront les termes» de l’accord, précise le texte. Les parties prenantes avaient jusqu’à ce vendredi à midi pour faire part, aux Etats-Unis ou à la Russie, de leur adhésion à cet accord. Première à réagir, l’opposition rassemblée au sein du Haut comité des négociations (HCN), présidée par l’ancien Premier ministre syrien, Riyad Hijab. Le HCN stipule qu’il «accepte de répondre positivement aux efforts internationaux visant à instaurer un cessez-le-feu», sous conditions toutefois. Le communiqué souligne que l’engagement du HCN à respecter le cessez-le-feu est soumis à la levée des sièges des villes syriennes, à la libération des prisonniers, à l’arrêt des bombardements contre les civils et à la livraison d’aides humanitaires.
Moscou a affiché, de son côté, son intention de «(faire) le nécessaire» pour que Damas respecte l’accord de cessez-le-feu. Lors d’une allocution télévisée, Vladimir Poutine a aussi dit espérer que les Etats «feront la même chose» avec les groupes rebelles syriens. Le président russe a également insisté sur la nécessité d’un dialogue entre Moscou et Washington pour une lutte efficace contre le terrorisme. «Il est d’une importance cruciale que la Russie et les Etats-Unis, en tant que coprésidents du groupe international de soutien à la Syrie (GISS), soient prêts à lancer un mécanisme efficace pour rendre le cessez-le-feu effectif et contrôler son application par le gouvernement syrien, ainsi que par les groupes d’opposition armés», a-t-il déclaré. Pour parvenir à cet accord, les chefs de la diplomatie américaine et russe, John Kerry et Sergueï Lavrov, se sont parlé, à de multiples reprises, durant le week-end et, lundi, ce sont les présidents américain et russe eux-mêmes qui se sont entretenus au téléphone.
Reste à savoir si l’annonce de ce cessez-le-feu ne sera qu’un énième coup d’épée dans l’eau, ou s’il sera effectivement réalisable. Rappelons qu’un cessez-le-feu devait déjà entrer en vigueur le 19 février dernier, avec le succès que l’on sait. A l’heure où nous écrivions, les contours de l’application de ce cessez-le-feu annoncé pour samedi minuit restaient plus que flous. Concrètement, un tel accord ne pourrait se répercuter sur le terrain que par l’envoi d’une partie neutre chargée de vérifier sa mise en œuvre et de le superviser. Ce que le texte russo-américain n’explicite pas. Dans l’immédiat, aucun groupe d’observateurs n’est censé se déployer sur le terrain.
Autre obstacle de taille, les protagonistes concernés par le cessez-le-feu. L’arrêt des hostilités sur le terrain ne concerne pas, en effet, ni les combattants de l’Etat islamique, ni ceux du Front al-Nosra, les principaux groupes rebelles. Le cas du Front al-Nosra est d’autant plus problématique que dans certaines régions syriennes, la franchise d’al-Qaïda en Syrie est associée à d’autres groupes rebelles qualifiés de modérés. Dans la province d’Idlib, le Front al-Nosra est partie prenante de l’Armée de la conquête, aux côtés de nombre de groupuscules islamistes. La mise en œuvre d’un cessez-le-feu semble donc réellement difficile à appliquer sur le terrain.
Par ailleurs, l’annonce de l’organisation d’élections législatives le 13 avril prochain, décidée par décret du président Bachar el-Assad, jette le doute sur les réelles intentions du régime de s’engager dans des négociations. Le 20 février, Bachar el-Assad s’était pourtant dit prêt à respecter la trêve, à condition que les rebelles ne l’exploitent pas. Mais l’annonce d’élections laisse perplexe quant à sa détermination. D’autant qu’elle est contraire aux termes de la résolution 2254 de l’Onu qui prévoit la tenue d’élections parlementaires et présidentielle «dans les dix-huit mois» après la mise sur pied d’une gouvernance de transition.
En milieu de journée mardi, le ministère des Affaires étrangères syrien a toutefois fait savoir, via un communiqué, que «la République arabe syrienne annonce qu’elle accepte la cessation des hostilités, sur la base de la poursuite des opérations militaires pour lutter contre le terrorisme de Daech, le Front al-Nosra (…)». «En vue de garantir le succès de la cessation des hostilités prévue samedi, le gouvernement syrien est prêt à coordonner avec le côté russe pour déterminer quels sont les groupes armés et les régions qui feront l’objet du cessez-le-feu», poursuit le ministère.


Axe vital pour le régime
Sur le terrain, aussi, les choses se compliquent. Alors que l’armée syrienne et ses supplétifs poursuivent leurs opérations d’encerclement d’Alep, lundi, les combattants de l’Etat islamique sont parvenus à couper une route vitale pour les troupes gouvernementales. L’axe de Khanasser, situé au sud-est de la ville, est la seule route reliant les quartiers gouvernementaux alépins aux autres régions déjà dans le giron du régime. «Des jihadistes caucasiens et turkestans, ainsi que des combattants du groupe islamiste Jound al-Aqsa ont coupé la route de Khanasser après une attaque-surprise au sud de l’axe», a indiqué, à l’AFP, Rami Abdel-Rahman, directeur de l’Observatoire syrien des droits de l’homme. «Parallèlement, des combattants de l’EI ont coupé la route du côté nord», a-t-il précisé.
Cette avancée de Daech pourrait empêcher l’armée syrienne de ravitailler ses troupes, mais aussi pourrait provoquer des pénuries de nourriture et de carburant dans les quartiers ouest de la ville.
Bien que bousculé sur plusieurs fronts, comme dans la province de Hassaké, où il a enregistré des pertes importantes face aux forces arabo-kurdes, Daech entend bien ne pas se laisser abattre. Les dramatiques attentats perpétrés dimanche à Homs et Damas, avec un bilan effroyable de plus de 130 morts, sont là pour le rappeler. Revendiqués par l’Etat islamique, ces attentats suicide sont venus rappeler la capacité de nuisance du groupe dans des zones tenues par le régime. A Homs, comme à Damas, Daech a visé des quartiers à majorité alaouite ou chiite, dans le but de faire le plus de victimes possibles, à l’heure de sortie des écoles. Dans un mode opératoire désormais typique, une voiture piégée a d’abord explosé près de l’hôpital Sadr, dans la banlieue de Sitt Zeinab, avant que deux à trois kamikazes ne se fassent exploser au milieu de la foule rassemblée sur le site de la première explosion. A Homs, même procédé, au moment de la rentrée des classes cette fois, avec un véhicule piégé qui explose à un carrefour, dans le quartier 
d’al-Zahraa, suivi d’un kamikaze qui s’est, lui aussi, fait sauter au milieu de la foule.
Ces attentats sont intervenus au moment où l’Etat islamique se trouve en difficulté notamment à l’est d’Alep, où les troupes loyalistes ont repris, en moins de 48 heures, 31 villages et encerclé seize autres localités. Des succès qui permettent aux troupes du régime de se rapprocher de Raqqa, la capitale du califat autoproclamé de l’Etat islamique en Syrie. 

Jenny Saleh
 

Mission sur les attaques chimiques
Un groupe d’experts chargés d’identifier les responsables des attaques chimiques en Syrie devrait commencer ses enquêtes sur le terrain début mars, selon l’Onu.
Le Joint Investigative mechanism, composé de 24 enquêteurs, est dirigé par Victoria Gamba, une Argentine spécialiste du désarmement.
Dans l’immédiat, Gamba a établi une liste de sept cas d’attaques chimiques présumées à examiner en priorité, dont cinq dans la province d’Idlib et deux autres à Kafr Zita, dans le gouvernorat de Hama, et Marea dans celui d’Alep.
Les enquêteurs mèneront des entretiens et des visites de terrain si la sécurité le permet.

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