Magazine Le Mensuel

Nº 3049 du vendredi 15 avril 2016

general

A Istanbul. Rencontre entre Salam et le roi Salmane?

Même si la nouvelle n’a pas été officiellement annoncée, le Premier ministre, Tammam Salam, a probablement rencontré le roi Salmane d’Arabie dans le cadre du sommet de l’Organisation islamique à Istanbul.
 

Immédiatement après l’annonce par l’Arabie saoudite de la suspension du don de trois milliards de dollars accordé en équipement militaire à l’Armée libanaise, le Premier ministre, Tammam Salam, n’a cessé de demander un rendez-vous aux autorités du royaume sans l’obtenir. Même la pétition lancée par le chef du Courant du futur, Saad Hariri, dans laquelle il exhorte les autorités saoudiennes à revenir sur cette décision n’a pas calmé la colère saoudienne qui a englobé toutes les parties et non seulement le Hezbollah considéré responsable de la crise. Brusquement, c’est comme si les dirigeants saoudiens ne voulaient plus entendre parler du Liban et des Libanais, pays dans lequel ils ont pourtant beaucoup investi depuis les années 80 financièrement, politiquement et socialement. L’ambassadeur de Riyad à Beyrouth, Ali Awad Assiri, a eu beau multiplier les déclarations apaisantes, les dirigeants saoudiens se comportaient comme s’ils voulaient punir le Liban et les Libanais. Il y a eu des mesures contre des Libanais installés en Arabie, amplifiées par certains médias d’ailleurs, ainsi que la poursuite de la campagne contre le Liban et sa diplomatie auprès des différentes instances arabes et islamiques. La presse saoudienne s’est mise de la partie en multipliant les éditoriaux désobligeants contre le Liban et même en annonçant «un mois d’avril sanglant et plein d’incidents sécuritaires», sans parler de la caricature du quotidien al-Charq el-awsat.
Le Liban officiel a cherché par tous les moyens à calmer la colère des dirigeants saoudiens, demandant même à la France d’intercéder en sa faveur auprès des autorités de Riyad. En vain. Un véritable vent de panique a même soufflé sur les milieux financiers au Liban avec des rumeurs sur le retrait des dépôts saoudiens  dans les banques libanaises.

 

Pas de chaos
Mais le premier choc passé, il apparaît, de plus en plus clairement, que les dirigeants saoudiens ne veulent pas provoquer le chaos au Liban, ni lâcher leurs alliés dans ce pays. Ils poursuivent, certes, leur campagne contre le Hezbollah jugé leur principal adversaire au Liban et dans la région, et considéré comme une force d’intervention d’obédience iranienne. La dernière en date de leurs mesures destinées à affaiblir le Hezbollah et à l’isoler a été la demande expresse faite au satellite NileSat de suspendre la diffusion de la chaîne al-Manar.
La décision a été prise et il est clair que les responsables saoudiens ne laisseront pas passer la moindre possibilité pour combattre le Hezbollah. Mais en même temps, ils font une distinction entre, d’une part, ce parti et ses alliés locaux et régionaux et, d’autre part, les autres composantes du tissu social, politique et confessionnel libanais. Ils ont ainsi décidé d’élargir l’éventail de leurs alliances sur la scène sunnite en effectuant des ouvertures en direction de l’ancien ministre Abdel-Rahim Mrad et même en direction de l’ancien Premier ministre Najib Mikati qui avait été pourtant largement combattu après avoir succédé à Saad Hariri à la tête du gouvernement en 2011.
Simultanément, les dirigeants saoudiens maintiennent de bonnes relations avec les Forces libanaises et avec le leader druze Walid Joumblatt. Désormais, ils ont même décidé de rétablir leurs relations avec le Premier ministre, Tammam Salam, et ceux qui gravitent dans son orbite.
La colère contre le Liban s’est donc calmée, mais la bataille contre le Hezbollah se poursuit.

Joëlle Seif

Le cas de Saad Hariri
Le chef du Courant du futur reste un cas particulier dans le paysage des alliés libanais de l’Arabie saoudite. D’une part, il est intrinsèquement lié aux autorités saoudiennes, en raison de sa double nationalité et de ses intérêts financiers et économiques dans le royaume et, d’autre part, il est la première victime des changements d’humeur et de tactique saoudiens envers le Liban. Il cherche donc à maintenir son influence au Liban, tout en ménageant les dirigeants saoudiens. C’est pourquoi, tout en maintenant le dialogue entre son courant et le Hezbollah à Aïn el-Tiné, il tient un des discours libanais les plus violents à l’égard de ce parti. C’est ainsi qu’il a lui-même réclamé récemment d’inclure les armes du Hezbollah dans «le compromis global» proposé par le secrétaire général du parti, sayyed Hassan Nasrallah, au sujet de la présidence et de la loi électorale. Mais face au comportement des dirigeants saoudiens, Hariri se sent plus fragile que les autres et il hausse le ton… tout en envoyant des signes d’apaisement dans le cadre du dialogue de Aïn el-Tiné.

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