Magazine Le Mensuel

Nº 3058 du vendredi 17 juin 2016

Cinéma en Salles

La Caravane tourne. Porter la voix des réfugiés syriens

The Caravan est un projet qui place la voix des réfugiés syriens de la Békaa au cœur d’une performance de théâtre de rue, à travers l’utilisation d’enregistrement-audio de leurs histoires personnelles.

Le pouvoir du récit, de l’histoire transmise, de l’échange par la parole. Parce qu’elle croit en les histoires, en ce que peut le «storytelling», Sabine Choucair a décidé de se lancer dans ce projet, secondée par une solide équipe. Depuis quelque temps, même longtemps déjà, elle travaille avec les réfugiés syriens, ou avec les Libanais qui les ont accueillis. L’année dernière, une question se pose à elle: comment contribuer à rapprocher les points de vue, à rapprocher les gens les uns des autres? A travers les histoires justement, parce que si «on entend les histoires les uns des autres, on est amené à s’aimer davantage ou, du moins, une fois ces histoires entendues, à avoir le choix de décider d’aimer l’autre ou non».
Elle s’élance ainsi à la recherche de ces histoires, non dans le but de les transmettre elle-même, mais de laisser chacun des réfugiés raconter sa propre histoire, son histoire personnelle, à sa manière, avec sa voix, ses émotions, sa manière de raconter, sans aucune directive extérieure. Et que nous les entendions ainsi, sans passer par le filtre d’une tierce personne, d’un messager. Au début de l’année, The Caravan naît, implanté par Beirut DC en partenariat avec Sawa for Development and Aid, Clown Me In et Theatre Témoin, et financé par le projet Drama Diversity and Development (financé par l’Union européenne dans le cadre du programme Med Culture et par le fonds Prince Claus), l’Unicef et le Goethe Institute.
Le projet s’échelonne sur plusieurs étapes. Il a fallu, d’abord, se rendre dans cinq camps de réfugiés dans la Békaa, travailler avec 140 femmes, 60 hommes et 50 enfants. Des ateliers de travail, des exercices et des entraînements, installer un studio à l’intérieur du camp, vivre avec ces réfugiés durant trois mois, qu’une confiance mutuelle s’installe, écouter leurs histoires, personnelles, intimes et privées, et en choisir vingt pour les enregistrer. Des histoires qui parlent d’amour, de mort, de discrimination, d’humiliation, de souvenirs joyeux.
A la suite d’un travail de montage, ces enregistrements audio, sous-titrés sur fond noir, sont postés sur YouTube et propagés via les médias sociaux afin d’atteindre le plus grand nombre d’internautes possibles, non seulement au Liban, mais ailleurs aussi, puisque la situation des réfugiés ne concerne pas que le Liban.
De ces vingt histoires, huit ont été sélectionnées pour constituer la base, l’essence même d’une performance. C’est là qu’intervient la 3e phase du projet lancée en avril: effectuer un casting pour faire tourner La Caravane. Un casting à l’intérieur des camps pour sélectionner six acteurs parmi les réfugiés. Et comme ces derniers, pour des raisons techniques de permis de séjour, ne peuvent se déplacer en dehors des camps, six acteurs syriens professionnels ont été choisis pour transporter cette performance à l’extérieur et tourner dans les régions libanaises.
La Caravane s’élancera le 21 juin et se produira dans 24 régions, dans les camps et dans des souks populaires. «Notre scène est la caravane, la plateforme dans son périmètre, son toit, ses fenêtres et une tente dressée à côté». Théâtre de rue, théâtre physique qui s’appuie sur le mouvement, le corps, la danse, les marionnettes et des éléments comiques. «Les histoires sont sombres et tristes, ajoute Sabine Choucair, mais l’interprétation des acteurs s’appuie sur la comédie. Après tout, nous sommes dans la rue et c’est toujours par le rire qu’on reçoit les choses d’une manière différente». Un théâtre de rue combiné au storytelling et conçu de manière à ce que, quel que soit le moment où le passant s’attroupe, il puisse devenir spectateur et suivre la performance jusqu’au bout.
Lancé le 21 juin, La Caravane poursuivra sa tournée tout au long du mois de juillet. Jusqu’à présent, vingt-quatre régions sont prévues au programme: Békaa, Saadnayel, Jeb Jennine, Anjar, Saïda, Tyr, Tripoli, Kefraya, Aley, Zghorta, Sabra et Chatila, Ehden, Byblos, Jounié, Aïn el-Mraïssé… La Caravane s’arrêtera dans des endroits bondés pour qu’il y ait le plus grand nombre de spectateurs possibles, des souks populaires, des souks de légumes, la Corniche… dans l’espoir d’exporter cette performance en dehors du Liban, dans les pays arabes ou en Europe.
 

Leila Rihani

Pour suivre la tournée: https://thecaravanlb.wordpress.com

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