Magazine Le Mensuel

Nº 3064 du vendredi 29 juillet 2016

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Elie Marouni, député de Zahlé. «Nous risquons l’effondrement à tous les niveaux»

Dans une interview recueillie par Magazine, Elie Marouni, député Kataëb de Zahlé, brosse un portrait pessimiste de la situation au Liban, mettant en garde contre deux scénarios plausibles: une déflagration au niveau sécuritaire ou une constituante. Revenant sur la visite de Samy Gemayel chez Myriam Skaff, il considère qu’il est encore tôt pour se prononcer sur une éventuelle alliance électorale entre les deux partis.

A quelques jours de la table de dialogue censée faire évoluer les choses sur le plan politique, comment évaluez-vous la situation?
Pour être franc, je ne vois pas d’espoir qui pointe à l’horizon. Le dialogue entre les différents protagonistes est stérile et il le restera. Les politiciens tentent de jeter de la poudre aux yeux pour rassurer les citoyens mais, en réalité, rien ne se fait. Il n’y a même pas de feuille de route à suivre. Tout est source d’inquiétude, même la stabilité qui prévaut. La crise touche tous les secteurs. Nous risquons l’effondrement à tous les niveaux, à tout moment. A mon avis, deux scénarios sont plausibles: une déflagration au niveau sécuritaire ou une constituante. Les rapports des services de sécurité ne sont pas rassurants, certains vont jusqu’à qualifier le mois prochain d’«août rouge».

Malgré le sombre portrait que vous brossez de la situation, certains observateurs évoquent l’éventualité de l’élection d’un président de la République d’ici septembre. Etes-vous optimiste sur ce point?
Les responsables n’arrivent à s’entendre sur aucun point. Ni sur l’élection présidentielle, ni sur la loi électorale, ni sur le budget, ni sur le déficit… ils vivent dans l’attente des développements régionaux et internationaux. Certes, les grandes puissances parlent de la nécessité d’élire un président à la tête de l’Etat, croyez-vous que cela responsabilise plus les politiciens? Non. Pourtant, cette échéance devrait être une priorité absolue. Et qu’en est-il des élections législatives décidées en principe au printemps prochain? Pas de loi électorale en vue. Nous, en tant que parti, sommes contre la prorogation du mandat de la Chambre.
Tout le jeu démocratique est en danger.

Dans quel cadre s’inscrit la visite du président des Kataëb, Samy Gemayel, qui a récemment rencontré la présidente du Bloc populaire à Zahlé, Myriam Skaff?
Samy Gemayel s’est rendu chez les Skaff pour présenter ses condoléances à la famille. Aux élections municipales, Myriam Skaff avait demandé à rendre visite au siège principal du parti. Comme nous étions occupés par les élections, nous n’avons pas pu lui fixer un rendez-vous. La visite a compensé notre manque de temps à cette période. Plusieurs sujets ont été évoqués au cours de cette rencontre dont l’assassinat de mon frère et la manière de régler cette affaire. Il s’agit de resserrer les rangs, de préserver la stabilité, mais aussi de faire en sorte que la justice prévaut.

Ce rapprochement aura-t-il des répercussions sur le plan électoral?
Il est encore tôt pour en parler, mais ce qui est sûr c’est qu’une brèche a été ouverte, que les mains se sont tendues de part et d’autre, que la glace a été brisée. Pour le reste, l’avenir nous le dira.

La question des réfugiés syriens ajoute à la tension déjà ambiante. Dans la Békaa, le nombre de réfugiés aurait presque dépassé celui des habitants. Comment faire face à ce problème qui va se faire encore plus pressant à l’approche de l’hiver?
L’Etat libanais n’arrive même pas à assurer les besoins de sa propre population. Nous avons des manques à tous les niveaux et l’infrastructure libanaise n’est pas équipée pour subvenir à toutes les demandes qui se font de plus en plus pressantes vu le nombre croissant des réfugiés. Le taux de pollution a atteint des niveaux record. L’idéal serait de créer des zones sécurisées en Syrie et d’assurer le retour des Syriens dans leur pays. Il faut résoudre ce problème dans les plus brefs délais, avant qu’il ne soit trop tard.

Propos recueillis par Danièle Gergès

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