Magazine Le Mensuel

Nº 3088 du vendredi 6 avril 2018

Restauration

Fruits et légumes bio. Un secteur sous exploité

Malgré un fort potentiel de développement, les agriculteurs propres sont encore trop peu nombreux sur le marché pour offrir des prix attractifs au consommateur.
 

Lentement mais sûrement, le bio prend de l’ampleur au Liban. A l’avant-garde de ce phénomène on trouve le secteur des fruits et légumes. Chaque année, de nouveaux points de vente -magasins, marchés ou encore services de livraison de paniers- voient le jour. On dénombre au total 138 opérateurs certifiés dans le pays, dont 105 sont des fermes ou des coopératives agricoles de fruits et légumes et 11 des distributeurs. Parmi les leaders sur le marché figurent Biomass – compagnie certifiée depuis 2007 et disposant d’un réseau de 40 producteurs dans l’ensemble du pays- ou encore le producteur et distributeur Bioland. «Les gens sont de plus en plus friands de produits bios, en particulier les légumes. Les premiers demandeurs sont les familles qui ont des enfants», observe Zeina Daoud, à la tête de trois boutiques franchisées La vie Claire, via lesquelles elle écoule une partie de sa propre production de fruits et légumes, la marque Le Potager, cultivés à Aamiq dans la Bekaa.

Un fort potentiel
Rien ne manque au secteur pour progresser davantage. «Il y a un grand potentiel de développement. On a beaucoup de terres qui peuvent être converties rapidement et très facilement aux techniques biologiques car elles sont situées dans des régions très propres, que ce soient au Akkar, au Sud Liban, au Chouf à Nabatiyé ou au Hermel», souligne Pauline Eid, directrice du comité d’agriculture organique au ministère de l’Agriculture. Autre acquis: les habitudes des agriculteurs traditionnellement très proches des pratiques organiques. «Au Liban, les techniques bios sont utilisées depuis longtemps dans les fermes libanaises, notamment dans les oliveraies qui sont pour la plupart conduites de façon propre sans être forcément certifiées», indique pour sa part Mirella Aoun, à la tête du département Agriculture à l’Université américaine de Beyrouth (AUB).

Manque de compétitivité
Le secteur gagnerait toutefois à être plus compétitif. Les producteurs souhaitant obtenir la certification n’ont d’abord pas tous les moyens de financer les coûts d’enregistrement auprès de l’agence IMC-Liban, en situation de monopole dans le pays. La compagnie italienne, qui a commencé ses activités au Liban en 2004, est la seule à délivrer des labels bios depuis la fermeture en 2013 de Libancert. «On a beaucoup de gens qui ont cessé d’être certifiés car ils ne pouvaient pas payer le coût de la certification», remarque Pauline Eid. Pour la production végétale, il faut compter au minimum un million de livres libanaises par an de frais à verser à l’organisme. 
Certains ont donc décidé de se passer du label, privilégiant le lien de confiance avec le client. «Nous observons beaucoup de pratiques très intéressantes de la part de producteurs qui ne sont pas labellisés», affirme Cyril Rollinde, cofondateur de Badaro Urban Farmers, un marché de producteurs locaux lancé en novembre 2017 par une dizaine de bénévoles. «C’est pourquoi nous privilégions plutôt le rapport de confiance, la transparence avec les clients et les bonnes pratiques agronomiques que nous allons observer par nous même dans les fermes». Du côté des consommateurs, ceux-ci restent freinés par les prix des produits bios, en moyenne 4 fois plus élevés que ceux des denrées conventionnelles. En cause: le manque de compétitivité du marché dû à un nombre trop faible de producteurs. «L’agriculture biologique a commencé à se développer dans les années 90, avec un pic dans les années 2000. Depuis 2013 on est sur un plateau. Le secteur pourrait se développer beaucoup plus si les prix des produits étaient moins chers. Nous avons besoin d’avoir davantage de producteurs pour booster la consommation», poursuit Pauline Eid. Dans une étude réalisée en collaboration avec le ministère de l’Agriculture, la chercheuse Malak Tleis dresse le portrait type du consommateur bio au Liban: une femme de plus de 36 ans au niveau éducatif élevé. Jusqu’à présent, le bio reste l’apanage d’une élite.

Philippine de Clermont-Tonnerre
 

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