Magazine Le Mensuel

Nº 3095 du vendredi 2 novembre 2018

Santé

France-Liban. Collaboration médicale à l’Esa

La cérémonie est largement revenue sur la qualité et l’importance des liens entre la France et le Liban en matière de coopération médicale ainsi que sur les récents progrès effectués, souvent méconnus du grand public.
 

Le lieu choisi pour l’événement parle de lui-même quand on sait que 22 ans plus tôt, l’ESA voyait le jour grâce à un accord gouvernemental signé entre Paris et Beyrouth et à une convention entre la Banque du Liban et la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris. A l’époque, le président français, Jacques Chirac, qui inaugure l’école en compagnie du Premier ministre Rafic Hariri, déclare que «l’ESA est le plus bel exemple de l’engagement de la France auprès du Liban». C’est précisément ce qu’a souhaité rappeler en ouverture de la cérémonie le directeur de l’ESA, Stéphane Attali en qualifiant l’école d’«un des relais de l’expertise française au Liban et dans la région dans le domaine académique, la création et le développement des start-up, la transformation digitale et la médecine».Il a aussi rappelé le rôle de l’école dans l’appui à des projets de coopération «qui ont permis de renforcer les liens très étroits entre la France et le Liban», soulignant le fait que les agences présentes n’avaient jamais renoncé à se rendre au Liban quelles que soient les circonstances.

Registres des génériques
Dominique Martin, directeur de l’ANSM, souligne «l’objectif de cette coopération qui est d’accompagner le ministère de la Santé» avant d’évoquer, sans les énumérer, les programmes en cours qui «s’appuient sur des échanges de personnes qui viennent ici ou d’experts libanais qui viennent à l’agence». Selon M. Martin, l’ANSM apporte un soutien au Liban dans plusieurs secteurs, comme celui des médicaments génériques: «Ils représentent une catégorie de produits de santé qui n’est peut-être pas la plus emblématique mais qui pourtant est très importante». Citant le récent exemple du scandale sanitaire mondial du médicament Valsartan fabriqué dans une usine en Chine, M. Martin rappelle que ces crises suffisent pour démontrer à quel point «les risques sont majeurs en cas de problèmes de qualité sur ces produits car ils peuvent entraîner des problèmes de santé publique». Pour y remédier, M. Martin évoque l’idée d’un registre des génériques permettant aux pharmaciens libanais de vendre sans prescription ces médicaments moins chers pour «arriver à faire des économies mais avec des produits sûrs et de qualité». Au-delà des génériques, l’ASNM soutient le Liban dans le travail réalisé autour des «bio-similaires» (génériques de médicaments biologiques, c’est-à-dire des médicaments vivants comme les vaccins). «Nous travaillons avec le ministère de la Santé sur la manière d’utiliser ces bio-similaires». L’accès aux médicaments sans prescription est un autre axe de coopération. «Cet accès est indispensable, il rend la vie plus facile et permet de maintenir une économie globale qui soit satisfaisante et nous travaillons avec nos collègues libanais sur cette question-là». Enfin, le directeur de l’ANSM a évoqué la traçabilité des dispositifs médicaux qui est en train d’être mise en place.

L’accréditation
L’HAS insiste, elle, sur l’accréditation des établissements de santé au Liban. En France, «l’accréditation est une procédure introduite au sein du système de santé français et vise à mesurer la qualité des soins dispensés dans un établissement de santé ou par une équipe médicale». Selon sa présidente Dominique Le Guludec, la collaboration entre le Liban et l’HAS a plusieurs buts comme celui d’«accompagner le dispositif d’accréditation, selon une logique de transferts de compétences et de partages d’expériences (…). Elle mobilise des expertises scientifiques pour définir le cadre conceptuel de cette amélioration de la qualité et de la sécurité des soins ainsi que l’évaluation des pratiques professionnelles qui sont les deux enjeux majeurs de l’accréditation». Mme Le Guludec insiste aussi sur la place centrale du patient et l’importance du travail en équipe qui «permet la qualité des soins», éléments clés au sein de ces procédures d’accréditation. Pour son prochain projet stratégique 2019-2024, l’HAS souhaite accroitre ses collaborations internationales. «Nous souhaitons mieux répondre aux nombreuses demandes de conseil et de différents pays, et l’expérience très précurseur que nous avons eu avec le Liban est par conséquent extrêmement importante pour nous», dit-elle.
Pour François Toujas, président de l’EFS, c’est la transfusion sanguine «domaine particulier (…) sensible, stratégique et indispensable», qui est au cœur de cette coopération avec le Liban. «Le projet a pour objectif de garantir la sécurité des patients et des donneurs, la qualité et l’autosuffisance en produits sanguins labiles (PSL) tant les globules rouges que le plasma ou les plaquettes. Cela représente pour le Liban un effort extrêmement important puisqu’il s’agit de plus de 400 dons/jour et de 150000 dons/an dans le pays». François Toujas a souligné la qualité des échanges entre l’EFS et le Liban. «Il est absolument nécessaire de mettre en place une véritable politique transfusionnelle au Liban. Les experts de l’EFS envoyés en mission ont toujours eu cœur de s’adapter aux problématiques et aux spécificités libanaises, d’être à l’écoute de leurs collègues libanais afin de bâtir avec eux la transfusion sanguine du pays. Les experts libanais accueillis à l’EFS ou au siège de l’établissement depuis maintenant plus de neuf ans ont pu échanger sur les pratiques et observer ce que la France a pu mettre en place depuis une vingtaine d’années». François Toujas insiste sur trois points: «La qualité des PSL. Il est absolument nécessaire dans le respect des malades, les PSL qu’ils reçoivent soient garantis en termes de qualité et c’est pourquoi la rédaction d’un guide des bonnes pratiques pour chacune des étapes de la transfusion a été un élément important dans l’élévation de cette qualité. Ensuite, il y a la sécurité des patients. La déclinaison de ces bonnes pratiques a permis grâce à la rédaction de procédures opérationnelles d’accroître cette sécurité. Enfin, la promotion du don du sang. La communication au grand public qui était quasi-absente s’est développée et il est nécessaire de continuer à avoir des donneurs et à les fidéliser. Il s’agit d’un des éléments clés d’un système transfusionnel efficace et solide». Selon M. Toujas, les nouveaux enjeux du ministère de la Santé libanais avec le concours de l’EFS et de l’ESA sont: «l’habilitation des centres de transfusion sanguine, la création d’un plan national d’hémovigilance à trois ans et la promotion du don».
La cérémonie s’est terminée par un mot de l’ambassadeur de France au Liban, qui considère que «si la médecine libanaise est aujourd’hui l’une des toutes meilleures de la région, c’est en partie grâce à cette intense coopération (…) Les Libanais représentent aujourd’hui le plus grand contingent de médecins étrangers venant se spécialiser en France, loin devant les Tunisiens et les Marocains».

* ANSM: L’Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé; EFS: l’Etablissement français du Sang; HAS: la Haute Autorité de Santé. 

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