Le Festival du monde arabe de Montréal. D’authenticité et de force
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Nº 2924 du vendredi 22 novembre 2013

Le Festival du monde arabe de Montréal. D’authenticité et de force

 
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    Le Festival du monde arabe de Montréal. D’authenticité et de force
    Des festivités automnales, du 25 octobre au 10 novembre, aux couleurs du Maghreb et du Machrek et où les Libanais ont occupé une belle place autant dans les arts de la...
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Des festivités automnales, du 25 octobre au 10 novembre, aux couleurs du Maghreb et du Machrek et où les Libanais ont occupé une belle place autant dans les arts de la scène qu’au Salon de la culture.
 

Charbel Rouhana dans Constantinople
Carrefour de la Méditerranée IV

L’heure est au recueillement. Dans l’enceinte feutrée de la Salle Bourgie, ancienne église transformée en salle de concert, les lumières sont douces et les vitraux écoutent. Kiya Tabassian, l’Iranien, chef du groupe, joue du sitar. Neva Ozgen est turque et joue du Kemence (minuscule viole à trois cordes mais aux fortes résonnances). Sa compatriote Didem Baser fait vibrer son kanoun, alors que Charbel Rouhana module son oud aux fréquences persanes et turques. Dans la salle octogonale, les cultures se mélangent. Les mémoires aussi.
Enraciné à Montréal, pour la douzième année et après trente-cinq créations qui ont voyagé dans plus de cent dix villes dans vingt pays (dont le Liban), le groupe Constantinople a présenté ce soir-là un spectacle qui métisse les traditions et les époques. Charbel Rouhana y a offert un substrat de son art du luth et quelques mélodies de sa voix grave et profonde.
Un moment féerique qui a envoûté un public de connaisseurs qui discutera longtemps après le spectacle avec les musiciens… Question d’essayer de comprendre comment la magie de la musique réunit les hommes.
 
Passeport No 10452
Pièce de théâtre de et avec Betty Taoutel

Engoncés dans leurs manteaux d’hiver, ils ont retrouvé cette chaleur, cette bonhomie, cette candeur qui leur manque en terre d’Amérique. Le bon sens primaire, la spontanéité des sentiments et des réactions et surtout le désir lancinant d’en finir avec un quotidien éprouvant qui était le leur, il n’y a pas longtemps encore. Ils ont ri… aux larmes… qui coulaient aussi par nostalgie, par regret d’être si loin de ce qui fait leur chez-soi.
Un chez-soi bien campé sur scène. Une salle de séjour où l’homme affalé devant son écran télé est comme au-dessus des problèmes des enfants et de la vie courante. Une chambre à coucher où Facebook s’invite un peu trop facilement. Une porte de chambre d’enfant, fermée aux supplications des parents… C’est dans la simplicité du détail que Betty Taoutel nous touche. Dans ses mots, candides, naturels qu’elle prononce comme si c’étaient les siens, les nôtres, avec son talent de one woman show qui occupe magistralement l’espace tout le long de la pièce. Pour un moment, on oublie qu’on est à la Place des Arts à Montréal. Nous sommes chez Betty à Beyrouth, on l’écoute s’époumoner, se démener, s’écheveler pour convaincre son époux, et elle en premier, du bien-fondé de sa décision d’immigrer. Elle invente des scénarios plus désopilants l’un que l’autre, se documente sur les activités, sur les écrits de ceux qui l’ont précédée au pays de l’exil, sous l’œil torve de celui qui la laisse faire… Situation rocambolesque mais poignante de vérité, d’authenticité. Et c’est là la plus grande force de Betty Taoutel. A ne pas rater, dès le 6 février, au théâtre Monnot à Beyrouth.  

Yamal el-Sham
Charbel Rouhana, Léna Chamamyan et Nasser Chamma rendent hommage aux peuples du Printemps arabe

Soirée de clôture émouvante où pour contrer la fureur, la destruction et la violence au Moyen-Orient, trois artistes ont uni leurs talents pour raconter à travers leur art la plus belle des histoires: celle de la musique… qui «efface le désespoir… pour que l’amour se manifeste et réalise une paix immense qui envahirait tout l’univers», comme l’a présenté Charbel Rouhana qui a entamé la première partie de ce spectacle de maestros. Tirant de son oud légendaire des notes qui caressent nos cœurs, il a chanté et joué des grands classiques de notre répertoire oriental. En fusion totale avec l’orchestre montréalais OktoEcho, il a marié ses quarts de ton aux consonances occidentales.
Léna Chamamyan, en robe blanche, a débuté sa prestation, pratiquement a cappella. Sa voix puissante, mais qui ne perd rien de sa pureté et de sa limpidité, a envahi la grande salle Wilfred-Pelletier. Avec un répertoire judicieusement choisi de son dernier album, elle a dédié ses chansons au peuple syrien, autant cris du cœur que coups de cœur pour ses nombreux fans.
Nasser Chamma, le grand maître du luth, a pincé son oud à la mode andalouse, en a sorti des morceaux avec une seule main, s’est envolé avec l’orchestre sous la direction de Katia Warren, avant de revenir sur scène en duo magique avec Charbel Rouhana. Bientôt rejoints par la chanteuse syrienne, ils ont offert alors un moment intense de communion entre artistes et spectateurs qui se sont rejoints bien au-delà des frontières. Dans cet espace mélomane privilégié se sont mêlées avec bonheur les sonorités orientales aux harmonies occidentales.  Il y a là tout l’esprit du Festival du monde arabe… Et le public québécois et oriental d’applaudir à tout rompre…

Gisèle Kayata Eid, Montréal
 

En parallèle
Notre correspondante Gisèle Kayata Eid a animé un débat dans le cadre du Salon de la culture du Festival du monde arabe de 
Montréal, sur le thème du troisième âge à partir de son dernier ouvrage Kibarouna, 
dialogues avec nos aînés. Discussion à 
plusieurs voix et très animée, notamment sur les avantages et inconvénients de vieillir au Canada.
Les deux prestations remarquées du oudiste Elias Youssef et du percussionniste Joseph Khoury dans le spectacle 
exceptionnel Oudistique, rencontre musicale de dix ouds, proposé par Mohammad 
Masmoudi; ainsi que la projection du film Taxi Ballad de Daniel Joseph.


Spectacle Liban Jazz accueille Vinicio Capossela
L’édition 2013 de Liban Jazz est sur le point de se terminer. Le dernier concert de l’année en cours est prévu pour le lundi 25 novembre, à 21h. Les planches du Music Hall accueilleront cette fois Vinicio Capossela.
Décrit comme «visionnaire» par le New York Times (quotidien new-yorkais distribué internationalement et l’un des plus prestigieux journaux américains), comme «le plus grand secret d’Italie» par le Sunday Times (journal du dimanche distribué au Royaume-Uni et en Irlande) ou comme «le plus intriguant voyageur musical d’Italie» par Mojo (magazine mensuel traitant de musique, notamment de «classic rock», publié au Royaume-Uni), Vinicio Capossela a surfé à travers un chemin musical inimitable, puisant de ses diverses influences, entre le folk italien, le burlesque, le rock. Celui qu’on nomme le Tom Waits italien a, au bout de vingt ans de carrière, une quinzaine d’albums à son actif, des tournées mondiales et de multiples compositions pour le théâtre.
Vinicio Capossela présentera au public libanais son dernier album, Rebetiko Gymnastas, accompagné de son «big band», l’Italo-Greek Orchestra.
Des instruments traditionnels, mandoline, oud et bouzouq, aux percussions folks en passant par le piano et une section de cuivres, l’événement du 25 novembre prochain au Music Hall promet d’être une soirée emmêlant des sons déjantés d’Italie, de Grèce et d’Orient.

Nayla Rached

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Théâtre Ka3eb 3aleh à Monnot
L’année dernière, il avait mis en scène Reasons to be pretty avec Talal el-Jurdi, Nadine Labaki, Nada Bou Farhat et Elie Mitri. Jacques Maroun revient, cette année, avec une nouvelle pièce, Ka3eb 3aleh, au théâtre Monnot, du 29 novembre au 19 janvier.
Adaptée de Spike Heels de Theresa Rebeck, Ka3eb 3aleh est une comédie qui traite de sujets sérieux. Elle explore les questions de harcèlement sexuel, d’amour déplacé et de la possibilité d’un amour à quatre. Les protagonistes sont une femme légère et sexy, un professeur de littérature arabe, un avocat et une fiancée aristocratique. A l’affiche: Ammar Chalak, Talal el-Jurdi, Rita E. Hayek, Nisrine Abi Samra.
Du 29 novembre au 19 janvier, au théâtre Monnot, les jeudis, vendredis, samedis et dimanches à 21h30.

N.R.

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Éditorial
La fête de la dépendance

En ce jour de célébration, l’indépendance reste un mot creux et vide, un fait invérifiable, fictif et imaginaire, une vérité en devenir, un objectif inachevé, une ambition inassouvie, un rêve brisé. La dépendance, elle, est bien réelle. Elle est palpable, omniprésente, tenace, vérifiable et ineffaçable. Elle se manifeste tous les jours, à chaque instant, dans tous les domaines, des plus sérieux aux plus légers, des plus vitaux aux plus superficiels. Quelle indépendance célébrons-nous en ce soixante-dixième anniversaire? Politique? Economique? Culturelle? Sur le plan politique, l’Etat libanais n’a jamais été aussi dépendant des caprices, de l’humeur changeante et des repositionnements des chefs des communautés, déguisés en leaders politiques. Ces fils de vertus n’ont jamais été aussi dépendants de leurs sponsors, mentors, bailleurs de fonds et autres guides régionaux; autant de maîtres non libanais. De la formation du gouvernement à l’élection présidentielle, en passant par la nomination d’un Premier ministre et l’organisation des élections législatives, plus rien n’est décidé en interne. Certes, les influences régionales et autres ont toujours été fortes au Liban, mais elles n’avaient jamais complètement supprimé et remplacé la volonté nationale. Celle-ci continuait à se manifester, d’une manière ou d’une autre, et si elle ne parvenait pas à s’imposer face aux ingérences étrangères, elle cherchait et obtenait un compromis. Aujourd’hui, cette volonté nationale n’existe plus, ou si peu. La plupart des hommes politiques sont complètement inféodés à leurs maîtres étrangers, ils exécutent leurs instructions à la lettre, sans discuter. Ils ont perdu la moindre marge de manœuvre et abandonné, souvent de plein gré, leur liberté d’action. La formation du gouvernement attendra que tel roi ou prince lève le petit doigt, ou batte des paupières, entre deux bâillements. Le retrait de ceux qui combattent en Syrie attendra que tel enturbanné en décide ainsi. La volonté nationale est maintenant otage de l’Arabie saoudite et de l’Iran. Il fut un temps où le Liban était un véritable pôle financier régional. C’était l’époque heureuse, celle des années folles, où des émirs arabes dissimulaient leurs pactoles sous leurs paillasses. Il faut hélas reconnaître que ces princes ont fini par comprendre à quoi servait une banque et ont découvert qu’ils pouvaient investir dans les bourses internationales. Le Liban ne survit plus, en grande partie, que grâce aux placements des représentants de ces dynasties outrancièrement riches, et aux transferts de capitaux effectués par les expatriés, qui travaillent essentiellement dans les pays du Golfe. La découverte d’importantes réserves d’hydrocarbures au large des côtes libanaises pourrait certes changer cette donne. Mais les puissances régionales qui se sont créé une clientèle libanaise à coups de millions, portées par la cupidité des uns et la pauvreté des autres, feront tout pour empêcher le Liban d’exploiter ses ressources. Elles sont malheureusement aidées en cela par une partie de la classe politique libanaise, inquiète que l’Etat et la société puissent s’affranchir de l’argent qui vient d’ailleurs, car une véritable indépendance économique et financière réduirait considérablement les influences étrangères, surtout celles qui sont bâties sur le billet vert. Sur le plan de la stabilité sécuritaire, le Liban est totalement dépendant de l’évolution de la guerre en Syrie. Cette équation s’est clairement exprimée ces derniers mois avec la multiplication des attentats aveugles, et a franchi un nouveau palier cette semaine avec l’entrée en jeu des kamikazes. Cette dépendance à l’égard du terrain syrien se manifeste aussi dans d’autres domaines, celui de la démographie notamment. Ceux qui versent des larmes pour les réfugiés syriens devraient aussi se lamenter sur le sort du Liban. La France a été incapable de supporter sur son sol la présence de la petite Leonarda, alors que l’on demande au Liban d’accueillir, de loger, de nourrir, de soigner et de scolariser une population de Syriens, dont le nombre atteindra dans les prochains mois la moitié des habitants. … Et après tout cela, on nous demande de célébrer l’indépendance.


 Paul Khalifeh
   

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