Economie
Logo

Nº 3098 du vendredi 1er février 2019

Economie

Grand défenseur des relations entre le Liban et la Chine, Adnan Kassar, président du groupe Fransabank, estime que le pays du cèdre, avec son emplacement géographique stratégique, pourrait jouer un rôle important dans ce gigantesque plan de développement qu’est la nouvelle route de la soie.

Vous avez joué un rôle de premier plan dans la signature du premier accord commercial entre le Liban et la Chine, en 1955, et vous avez plaidé pour le rétablissement des relations diplomatiques entre les deux pays, en 1971. Après tout ce temps, est-vous satisfait du niveau des relations aujourd’hui?
Dans les années 1950, mon frère et moi avons commencé à travailler avec la Chine et nous étions les premiers hommes d’affaires arabes à traiter avec la République populaire de Chine. Depuis, nous avons assisté à un développement rapide des relations entre nos deux pays. En effet, dans les moments les plus difficiles pour la Chine, en 1955, nous avons été les instigateurs de la signature par le Liban du premier contrat commercial et œuvré pour que le Liban établisse des relations diplomatiques avec la Chine, ce qui s’est matérialisé en 1971. Nous sommes par conséquent très fiers du rôle que nous avons joué pour faciliter ces progrès. Aujourd’hui, la Chine est le premier partenaire commercial du Liban avec une importante progression annuelle du volume de transactions. Avec l’initiative One Belt One Road, mise en place par le président chinois Xi Jinping, le Liban peut jouer un rôle central de plateforme pour les partenariats entre les entreprises de la région et celles de ce pays. Je suis très heureux de l’évolution des relations sino-libanaises et je crois qu’aujourd’hui le Liban peut transformer ce partenariat stratégique en une situation de gagnant-gagnant (win-win situation), un concept issue de la philosophie chinoise et que nous avons appris quand nous avons débuté nos affaires. Je crois que le Liban a une expérience très riche en ce qui concerne les rapports avec la Chine et je continuerais de promouvoir cette relation.  

Visionnaire, vous vous êtes très tôt intéressé à la Chine. Fransabank était aussi le seul représentant libanais à l’Exposition internationale d’importation de la Chine, qui s’est déroulée en novembre dernier. Comptez-vous ouvrir prochainement une succursale en Chine?
Fransabank était, en effet, la seule banque libanaise à participer à la première exposition China International Import Expo (CIIE) à Shanghai en novembre 2018. Cette participation avait pour but essentiellement d’assurer une présence du Liban à cette exposition faisant partie de la One Belt One Road Initiative que Xi Jinping a annoncé en 2013. La CIIE a permis de mettre en exergue l’importance de la libéralisation des échanges et de la globalisation économique. Elle a montré que la Chine est activement en train d’ouvrir son marché vers l’extérieur, jouant un rôle de facilitateur des échanges entre pays et régions du monde entier, renforçant les coopérations économiques et commerciales, et promouvant par la même occasion les échanges commerciaux mondiaux ainsi que la croissance économique mondiale. Fransabank a participé à l’exposition et a accueilli dans ses stands, sous les auspices du ministère de l’Economie et du Commerce et du ministère de l’Industrie, des producteurs libanais, notamment les vins de Château Ksara et l’huile d’olive Genco, des produits phares du Liban, ainsi que des brochures du ministère du Tourisme pour promouvoir le tourisme libanais sur ce marché. En juillet 2018 déjà, Fransabank a été l’unique banque libanaise invité par China Development Bank, la plus grande banque de développement dans le monde, à devenir membre fondateur de l’Association interbancaire sino-arabe, afin de promouvoir les relations bancaires entre la Chine et les pays arabes. Fransabank a des liens stratégiques avec plus de 30 institutions financières et banques chinoises et, à l’heure actuelle, nous n’avons pas besoin d’ouvrir une succursale en Chine pour pouvoir entrer sur le marché chinois. Néanmoins, nous n’excluons pas cette perspective dans un avenir proche, si nous trouvons le partenaire adéquat.

Vous avez fixé comme objectif principal de présenter le Liban à la Chine, afin de promouvoir les investissements chinois au pays du cèdre. Les résultats obtenus dans ce domaine sont-ils à la hauteur de ses attentes?
Au cours des dernières années, nous avons constaté une augmentation des investissements chinois à l’étranger, en particulier dans les pays faisant partie de l’initiative One Belt One Road et qui ont donc bénéficié de la croissance de l’économie chinoise. Le Liban, avec son emplacement géographique stratégique, pourrait jouer un rôle important dans ce grand plan de développement. Au cours des dernières années, les investisseurs chinois ont manifesté beaucoup d’intérêt pour notre pays. Comme nous le savons tous, les investisseurs étrangers ont besoin de stabilité et de sécurité. Le Liban est le pays le plus sûr de la région, cependant, les investisseurs ne peuvent pas accorder suffisamment de confiance au pays en raison du manque de formation du gouvernement. De par notre rôle dans le secteur privé, nous faisons le nécessaire pour promouvoir le Liban auprès des investisseurs chinois et j’espère que le Liban ne ratera pas encore une occasion de relancer son économie et que donc nous aurons très rapidement un gouvernement en place.

Le Liban peut être une plateforme clé dans la nouvelle Route de la soie. Cette initiative, appelée aussi «la Ceinture et la Route», couvre d’immenses marchés. Concrètement, en quoi le Liban peut-il bénéficier de ce grand projet?
L’initiative One Belt One Road, qui bénéficie du soutien du président chinois, est très importante pour l’économie libanaise. Elle renforcera les liens entre la Chine et le Liban et débouchera certainement sur une situation gagnant-gagnant, non seulement pour le Liban, mais également pour tous les pays figurant sur la feuille de route du projet. Cette initiative renforcera la coopération commerciale avec la Chine et facilitera les échanges commerciaux entre les deux pays. Sur le plan des infrastructures, le Liban bénéficiera également des projets que la Chine est disposée à entreprendre et à développer au Liban, en particulier à Tripoli, qui pourrait constituer une plateforme logistique essentielle pour les entreprises chinoises au Liban qui ciblent les pays du Moyen-Orient et même du Golfe.
Le Liban peut également jouer un rôle très important dans l’ouverture de la Chine sur l’Afrique, du fait de sa situation géographique et surtout de l’importante diaspora libanaise très active sur le continent africain.

Le Liban est-il prêt pour adhérer à la nouvelle Route de la soie? A-t-il rempli sa part du contrat?
Je crois que le Liban fait un excellent travail en répondant à toutes les exigences pour adhérer à l’initiative. En 2017, le ministère libanais de l’Économie et du Commerce a signé un protocole d’accord avec le gouvernement chinois afin de promouvoir conjointement l’initiative, ce qui a marqué notre soutien officiel à cette stratégie. Le Liban, avec son emplacement stratégique sur la carte routière et maritime, peut avoir un rôle central pour les entreprises chinoises. Dans le cadre de nos efforts pour promouvoir le Liban en Chine, son rôle potentiel est en cours d’évaluation du secteur public et privé chinois. Cependant, nous aurons besoin d’un gouvernement en place pour assurer la stabilité de cette coopération.

Où en est le projet de la Foire internationale de produits chinois, à Tripoli?
En 2002, ChinaMex, un groupe chinois qui a construit avec succès le DragonMart à Dubaï, a jeté son dévolu sur le Liban et souhaitait construire le deuxième DragonMart à Tripoli pour couvrir les marchés des pays voisins. En tant que vieil ami de la Chine, le gouvernement chinois m’a présenté personnellement au président de ce groupe, auquel j’ai offert mon soutien et mon assistance. Cependant, en raison des troubles politiques et économiques au Liban et dans la région, à savoir l›agression israélienne de 2006 et l’éclatement de la guerre civile en Syrie en 2011, le projet a été suspendu. En l’absence
de formation d’un gouvernement, aujourd’hui, nous pouvons difficilement convaincre les investisseurs chinois de redémarrer le projet. Depuis, ChinaMex a lancé avec succès son deuxième DragonMart à Bahreïn. Nous maintenons toujours en contact étroit avec ChinaMex, dans l’espoir qu’une fois que le nouveau gouvernement sera formé et que la stabilité sera rétablie, nous pourrons relancer le projet au Liban.

En 2015, le groupe Fransabank a lancé la première carte de paiement China UnionPay au Liban. Quelle évaluation faites-vous de ce service?
La raison initiale pour laquelle Fransabank a lancé la carte China-Union Pay, la plus répandue sur le marché chinois, était de servir nos clients en visite en Chine ou commerçant avec la Chine. La carte CUP représente un moyen simple de transaction pour les entreprises chinoises et les voyageurs en provenance et à destination de la Chine. Nous avons reçu beaucoup de commentaires positifs sur ce produit. La carte CUP est acceptée dans plus de 170 pays à travers le monde et constitue un moyen de paiement fiable et sûr pour les transactions de nos clients en Chine continentale et à l’extérieur. Et maintenant que la Chine est plus ouverte aux services de cartes étrangères, les cartes Mastercard et Visa de Fransabank sont également largement utilisées par nos clients voyageant en Chine.

Le China desk, créé par Fransabank en 2011, a pour but de servir sa clientèle qui voyage et travaille avec la Chine, et pour soutenir les entreprises chinoises opérant sur les marchés où le groupe Fransabank est présent. Cette expérience est-elle concluante?
China Desk a été créé en 2011 et a pour objectif de faire de Fransabank le partenaire privilégié des banques, entreprises et entités chinoises sur nos marchés, ainsi que des entreprises locales et étrangères opérant en Chine.En 2017, l’équipe a poursuivi ses activités, passant de la coopération bancaire à la promotion du Liban, dans le but de récupérer son rôle clé dans l’initiative One Belt One Road. L’équipe fournit des conseils aux entreprises chinoises et aux personnes traitant ou souhaitant traiter avec le Liban. Nous aidons les entreprises chinoises à trouver des partenaires stratégiques avec lesquels investir au Liban et dans les pays où Fransabank est implanté. A travers China Desk, des services bancaires variés tels que les opérations de change, les prêts, le financement, les paiements et les garanties sont proposés auprès d’un réseau tissé savamment au fil des années.

Jenny Saleh

A quelques petites encablures de Beyrouth, Hazmieh poursuit son développement de haut standing. Un nouveau projet immobilier combinant commerces, bureaux et résidentiel vient de voir le jour, Urb One, à quelques mètres de la place Mar Takla.
 

Plus qu’un énième projet immobilier, Urb One répond avant tout à une ambition de nouveau mode de vie. Construit à une petite centaine de mètres de la place Mar Takla, ce projet pourrait impulser une nouvelle dynamique à ce quartier résidentiel, qui a connu de multiples transformations ces dernières années.Initié en 2014-2015, le projet Urb One réunit quatre partenaires, Hussein Ammar, Tony Azar, Joe Matta et Joseph Sarkis. «Nous avons voulu créer un mode de vie différent, qui ressemble à la vie en Europe, et qui puisse faire vivre le projet et la rue environnante», explique Joe Matta. Les quatre associés réfléchissent donc à un projet mixte, qui réunisse à la fois un immeuble résidentiel et un immeuble de bureaux, afin de faire vivre l’ensemble à toute heure de la journée. «La tendance aussi est de ne plus se déplacer pour les choses du quotidien», souligne Joe Matta. Afin de miser sur le meilleur projet qui réponde à leurs aspirations, les quatre partenaires ont organisé une compétition d’architectes avec de grands noms du secteur. C’est 109 Architectes qui remporte le projet.
Construit sur une surface de 3 700 m2, Urb One enregistre 25 000 m2 de bâti, comprenant 3 000 m2 de bureaux, 3 000 m2 d’appartements de différentes tailles et 6 000 m2 de commerces. Gros atout, le projet dispose aussi de 300 places de parking répartis sur quatre étages en sous-sol, dont 80 destinés uniquement aux visiteurs.

Petits appartements
Si Joe Matta ne souhaite pas divulguer l’investissement total du projet pour lui et ses partenaires, on remarque, maintenant que Urb One est achevé, que l’accent a été mis sur la qualité et des normes à l’européenne. Comme la loi l’oblige pour toute construction supérieure à 10 000 m2, Urb One bénéficie des services du bureau de contrôle Apave et donc de normes techniques de très haut niveau. «C’est une réelle garantie pour nos clients que les immeubles sont très bien conçus et disposent de toutes les normes de haut standing, qu’il s’agisse des accès handicapés, des sorties de secours, de la sécurité, etc.», souligne le promoteur. Par ailleurs, l’ensemble bénéficie d’énergie au gaz collectif, autonome pour l’eau et l’électricité, avec par exemple des panneaux photovoltaïques pour les chauffe-eau, ou encore d’une sécurité assurée 24h/24.
Côté résidentiel, Urb One propose 21 unités comprenant trois tailles d’appartements, dans la tendance du moment: 100m2, 150m2 et 190 m2, les deux premiers disposant de deux chambres, le plus grand de trois chambres. «Nous avons opté pour de petites tailles d’appartements, sachant qu’il y a plein d’activités au rez-de-chaussée pour les résidents, avec ce côté urbain doté d’un design avec plein de verdure. Une fois chez eux, les gens pourront simplement descendre dans la cour principale boire un verre, faire leurs courses, se détendre, faire du sport», indique Joe Matta. Les espaces bureaux sont eux, modulables, puisqu’ils varient de 60 m2 à 600-700 m2 selon les besoins. Côté prix, ces deux types de surfaces sont mis en vente à environ 3 000$/m2. Le concept a semble-t-il séduit les acheteurs, puisque six appartements seulement resteraient à la vente, tandis que 22 bureaux ont déjà été vendus, selon Joe Matta. Malgré une conjoncture économique difficile en 2018, il précise que «60% du projet a été vendu». Toujours soucieux d’apporter le maximum de confort et de praticité aux habitants de Urb One, les quatre partenaires ont aussi en projet d’installer une buanderie dotée d’un service de nettoyage spécifique qui permettra aux usagers d’avoir tous ces services sur place.

Des enseignes connues
L’espace dédié aux commerces, lui, se monnaie, on s’en doute, plus cher. Dépendamment de leur situation, du côté de la place réunissant les deux immeubles, ou en extérieur, côté route, le prix démarre à 5 000/m2 jusqu’à 7 500$/m2. Il est aussi possible de louer ces espaces, à partir de 200 à 400$/m2, ainsi que les bureaux à partir de 200$/m2. Les appartements aussi sont disponibles à la location.
Blom Bank a ainsi ouvert sa plus grande agence hors Beyrouth, en façade du centre, tandis que la boulangerie Paul s’y est implantée aussi depuis quelques semaines. Le Marché urbain, ex-Marché piétons connu des habitants de Hazmieh, s’est offert une nouvelle jeunesse, avec un supermarché ouvert sur 2 étages. A venir côté route, Pulp promet de devenir la nouvelle adresse incontournable pour les fruits et légumes bio dans les environs. Une preuve aussi que Hazmieh n’en finit pas de prendre du galon auprès des grandes entreprises, conscientes des multiples opportunités que proposent cette petite ville bien située et très bien desservie, et dynamique du point de vue économique.
Côté cour, autour d’une place joliment arborée et calme, un café cosy, Bee My cup, a ouvert ses portes au mois de décembre, tout comme L’Atelier Art Lounge, qui propose des activités pour les enfants, et le glacier El gelato. Un club de sport réputé, U Energy, va aussi s’installer dans les prochaines semaines sur 600 m2 et drainer une nouvelle clientèle. M. Matta annonce aussi qu’«un coiffeur, un nail bar, un burger, ainsi qu’un bar à vins vont prochainement ouvrir». L’ambition de restaurer une vie de quartier à Mar Takla, avec un lieu où les Libanais pourront se rencontrer et se détendre, semble être un pari réussi.

Jenny Saleh

Le gouvernement chinois cherche à financer de grands projets d’infrastructures au Liban. En contrepartie, Pékin convoiterait une partie des puits de gaz offshore.
 

A l’instar de 68 pays, le Liban s’apprête à tirer profit du plan Obor – «One Belt, One Road» (une ceinture, une route) – un projet faramineux amorcé en l’an 2000 par Pékin, puis officiellement lancé en 2013, pour faire renaître la voie historique reliant l’empire du Milieu à l’Europe et à l’Afrique orientale. Concrètement, la Chine entend financer de vastes projets routiers, ferroviaires et maritimes pour booster les échanges économiques avec les pays traversés. Elle compte également asseoir son influence dans les domaines de la santé, des services, le secteur financier ou encore la culture, afin d’élargir les marchés de ses entreprises à l’étranger. Au Liban, le feu vert pour le premier projet d’envergure a été donné en mars. Il s’agit du financement d’un conservatoire de 5 500 m2 et d’une salle de concert de 1 200 places à Dbayé. «C’est un pas de géant pour la musique au Liban et au Moyen-Orient», se réjouit Walid Moussalem, directeur du Conservatoire national supérieur de musique. L’ouvrage, dont le coût est estimé à au moins 32 millions de dollars, doit être mis en œuvre très prochainement par des architectes chinois. «Avec ce conservatoire, les Chinois voulaient faire quelque chose de marquant, qui ait une forte visibilité dans la région», explique-t-il.

Moderniser les infrastructures
Il revient désormais au gouvernement libanais d’identifier les autres chantiers qui pourraient profiter du fonds souverain consacré aux routes de la soie, lequel s’élève à plus de 40 milliards de dollars. Cet argent pourrait par exemple servir à financer la construction d’un tunnel entre Beyrouth et Damas ou encore de réactiver la liaison ferroviaire Tripoli-Homs. La première étape de cette coopération a été scellée en septembre 2017 à l’issue d’un accord de coopération conclu à Yinchuan, dans le nord de la Chine, entre le ministre sortant de l’Économie et du Commerce Raëd Khoury et le président de la Commission nationale pour la réforme et le développement (NDRC), He Lifeng. Les deux pays se sont engagés à identifier des «projets communs» dans les domaines des transports, des infrastructures, des investissements et de l’énergie. Les Libanais voit dans OBOR une chance unique de moderniser leurs infrastructures, dont la vétusté constitue un des facteurs à l’origine de la morosité économique du pays.
En contrepartie, Pékin obtiendrait des garanties pour l’exploitation de deux puits de gaz offshore en Méditerranée. C’est d’ailleurs la perspective d’avoir accès aux ressources maritimes libanaises qui aurait convaincu la Chine de placer le Liban sur la carte des nouvelles routes de la soie. «L’avantage c’est que la Chine peut démarrer les travaux d’infrastructure bien avant qu’elle ne commence à encaisser les produits dérivés de ces puits de gaz», souligne Georges Sioufi, avocat et représentant du cabinet chinois Jingsh Law Firl pour plusieurs pays dont le Liban.

Garanties de transparence
Pour le Liban, le défi sera de répondre aux critères de transparence réclamés par Pékin. «Les Chinois ont mené beaucoup de réformes anti-corruption en Chine. Ils exigent que la conclusion des contrats se fasse selon un accord direct, sans intermédiaire entre le fonds et les projets proposés», rappelle Nagi Mouzannar, président du Comité des accords commerciaux de la Chambre de commerce de Beyrouth et du Mont-Liban. «Or la difficulté avec la partie libanaise, c’est qu’ils veulent toujours agir à travers des intermédiaires pour qu’il y est des commissions et un tas d’interférences».
A l’instar des bailleurs de fonds de la conférence CEDRE, le gouvernement chinois veut des garanties préalables d’une optimisation maximale de ses investissements au Liban. «Le problème est que le côté libanais n’a toujours pas opéré les changements qu’il faut pour pouvoir approcher ces contractants de manière transparente», déplore-t-il.
Cela fait longtemps que la communauté internationale appelle de ses vœux des transformations structurelles dans le pays. «Déjà dans les années 2000, lors des accords de partenariat qu’on a avait conclus avec l’Union européenne, Beyrouth s’était engagée à réaliser ces reformes, poursuit le responsable. Mais on n’a rien fait. On n’arrive pas encore à se mettre à niveau des administrations modernes qui puisse servir à la fois les intérêts des Libanais et aussi pouvoir être prises au sérieux par la partie contractante».
La balle est donc, une fois encore, dans le camp du gouvernement, estiment les observateurs. Le pays sera-t-il à même de saisir l’opportunité immense qui se présente à lui?


Relier Shanghai à Londres
Selon les termes de l’accord de coopération avec la Chine, signé  par le ministre sortant de l’Économie et du Commerce, Raëd Khoury, les deux pays s’engagent à mettre en place un «plan d’action» pour améliorer leur coopération, et à «atteindre les objectifs de développement communs» dans le but de «renforcer leurs liens politiques et économiques», dans les domaines des transports, infrastructures, investissements, ainsi que les énergies fossiles et renouvelables.
La Route de soie est historiquement la voie commerciale qui reliait l’Asie et l’Europe depuis le IIe siècle avant J.C. Elle a contribué à l’essor des anciennes civilisations, chinoise, égyptienne, indienne et romaine.
Le projet de la nouvelle Route de la soie a vu le jour en 2013, à la suite d’une décision du nouveau président chinois Xi Jinping. Le Liban figure sur la liste avec plus de 65 pays que doit traverser la nouvelle Route de la soie. Le projet prévoit la construction d’un réseau routier et ferroviaire de plus de 13 000 km reliant Shanghai à Londres, en passant par le Liban. Connu en Chine comme «la ceinture et la route» (One Belt, one road), une ceinture terrestre qui relie la deuxième économie mondiale à l’Europe occidentale via l’Asie centrale et la Russie et la route maritime qui lui permet de rejoindre l’Afrique et l’Europe par la mer de Chine et l’océan Indien, ce projet mettra des milliards de dollars en jeu.

Philippine de Clermont-Tonnerre

La récente publication du rapport McKinsey par le ministère de l’Economie dresse un tableau sombre de l’économie libanaise tout en mettant en exergue l’immense potentiel du pays.
 

Le potentiel économique du Liban souligné dans le rapport McKinsey restera inexploité en l’absence d’un effort politique sérieux visant à donner la priorité à la gouvernance publique, ce qui semble improbable en raison de la lutte pour le pouvoir opposant les diverses factions politiques et compte tenu de la vacance gouvernementale. Et aucune solution à court terme ne semble se dessiner en ce début d’année, les discours incendiaires entre les différents courants politiques ne faisant que se multiplier.
La formation du cabinet est néanmoins nécessaire et impérative, car le prochain gouvernement sera chargé d’appliquer les nombreuses réformes prévues par le rapport élaboré par le cabinet de stratégie mondiale McKinsey et présenté lors de la conférence  CEDRE, en avril 2018. Le but de la conférence visait à restructurer l’économie libanaise en réduisant le niveau alarmant de la dette publique – s’élevant actuellement à 150% du PIB – et qui devrait, selon les prévisions du Fonds monétaire international, atteindre 180% dans les cinq prochaines années.
Maintenant plus que jamais, le Liban a un besoin urgent de 11 milliards de dollars alloués lors de CEDRE. D’autant plus que des informations ont circulé faisant état de la volonté de la Banque mondiale (de loin le plus grand bailleur de fonds lors de la conférence) de réaffecter une partie des fonds si le gouvernement libanais n’est pas en mesure d’être formé.
La conclusion du rapport tombe tel un couperet reflétant l’état désastreux d’une économie et d’un gouvernement libanais gravement absents, ce dernier n’ayant jamais vraiment développé un programme économique solide.

Déclin des indicateurs
La recommandation la plus importante des 1 274 pages du rapport est, à mon avis, de tenir le gouvernement responsable de la mise en œuvre de diverses mesures et initiatives engagées, par le biais d’un mécanisme lié à des indicateurs clés de performance. Cela est particulièrement pertinent, compte tenu de la nécessité de responsabiliser les fonctionnaires et le secteur public», déclare Nassib Ghobril, économiste en chef de la banque Byblos.
Cela est en effet nécessaire au vu des indicateurs catastrophiques qui enregistrent un déclin marqué dans tous les secteurs économiques. Ainsi, la croissance du PIB au cours de la phase 2006-2010 a été de 9,2%, contre 1,3% en moyenne par rapport à la période 2010-2017. Au cours des mêmes années, le classement du Liban dans la facilité de faire des affaires (Ease to do business) est passé de 103 à 133. La croissance des entrées de fonds de la balance des paiements a été de 40% pour la période 2005-2010 contre 3% pour celle de 2010-2015.
Au cours des 40 dernières années, la croissance du PIB par habitant a été en moyenne de 30% au Liban contre 120% dans le monde. Seulement 5% du budget de l’État est consacré aux dépenses pour développer et moderniser l’infrastructure, alors que plus des deux tiers sont destinés aux salaires et au financement de la dette.
Le secteur de l’électricité est l’un des plus mauvais au monde. L’infrastructure électrique n’est pas la seule à laisser à désirer. En effet, les Libanais passent 50% plus de temps que nécessaire sur des routes encombrées, dont 15% seulement sont en bon état.
«Le coût de renoncement (opportunity cost) entre 2011 et 2018 est de plus de 30 milliards de dollars, la croissance en 2018 est de 0,4%», signale M. Ghobril.
Le rapport McKinsey a aussi mis en évidence les lacunes du système éducatif du pays, le jugeant de mauvaise qualité et en recul. Il indique aussi que de nombreuses compétences ne sont pas enseignées aux étudiants pour répondre aux besoins de la main-d’œuvre locale, en partie parce que le programme n’a pas été revu depuis 1997. Les consultants soulignent que c’était principalement le cas pour les écoles et universités du secteur public et non pour le secteur privé. En effet, les universités du privé sont en mesure de dispenser une éducation compétitive de haute qualité, à laquelle ont accès uniquement les classes sociales élevées.

La santé coûte cher
Les dépenses de soins de santé sont comparables à certains pays de la région, mais la part des dépenses personnelles et pharmaceutiques des individus est beaucoup plus élevée. Une grande partie de la population, à savoir 40%, n’est pas assurée. Le manque de spécialisation des hôpitaux limite également les avantages des économies d’échelle.
Dans le secteur du tourisme, les faibles taux d’occupation dans les hôtels découragent les investissements du secteur privé. Les infrastructures d’accueil destinées aux segments haut de gamme et de luxe (en particulier à l’extérieur de Beyrouth) sont limitées, de même que la connectivité des vols. Par ailleurs, les tarifs aériens sur les marchés européens sont très élevés. En outre, le tourisme libanais dépend en grande partie des pays du Golfe, ce qui affecte négativement le secteur, qui a été significativement touché par la détérioration des relations entre le Liban et ses voisins arabes.
En ce qui concerne la diaspora, le Liban n’a pas non plus réussi à mettre en place une politique d’émigration et un système de suivi appropriés, alors que les relations avec les deuxième et troisième générations des expatriés se sont affaiblies avec le temps. Malgré tout, la diaspora continue d’assurer d’importants transferts de fonds vers le Liban, avec près de 6,9 milliards de dollars par an, indique le rapport. Ces fonds ne sont cependant pas destinés aux industries productives car ils financent principalement le déficit budgétaire, les dépositaires étant attirés par les intérêts élevés offerts par les banques, qui financent à leur tour la dette publique.  

Internet et télécoms défaillants
Dans le numérique, malgré la fort potentiel libanais, l’accès aux talents est le principal obstacle à la croissance du secteur (en raison de l’émigration). De plus, les entrepreneurs régionaux considèrent le Liban comme la première source de talents en matière de création et de marketing, mais le jugent à la traîne pour les compétences techniques essentielles. Le Liban souffre également de l’absence d’une réglementation et d’un système juridique inadéquat. L’infrastructure physique et virtuelle est défaillante avec des débits très bas, soit 5 Mbps, et des coûts de connectivité mobile élevés, laissant le Liban au 127ème rang mondial.
Le secteur des télécommunications est également très en retard par rapport aux moyennes régionales. Les prix des services voix et données mobiles restent prohibitifs, en particulier par rapport aux normes régionales puisqu’ils sont au Liban environ trois fois plus élevés que ceux de ses homologues régionaux tels que le Maroc et l’Égypte, avec une qualité de réseau fixe faible. En outre, la vitesse moyenne de la bande passante est inférieure à 6 Mbps, ce qui place le Liban au 130ème rang des 133 pays du monde, derrière le Pakistan, l’Irak et la Syrie.
Le secteur financier doit également être réorganisé, en raison du manque de participation des services financiers non bancaires et de la domination des services financiers fournis par les banques, qui représentent 95% des actifs. Les marchés des capitaux sont sous-développés et les investissements étrangers sont limités.
Dans le secteur de la vente au détail, les inefficacités au niveau de la chaîne d’approvisionnement sont principalement dues à la congestion et à la médiocrité des infrastructures de transport, ainsi qu’aux lenteurs et aux coûts associés à l’importation de marchandises. En effet, il faut 13 jours en moyenne pour sortir de la marchandise du port de Beyrouth ce qui ralentit l’importation. De plus, le Parlement n’a toujours pas adopté les lois susceptibles d’améliorer le secteur: à titre d’exemple, la proposition de modernisation du code de commerce est bloquée à la Chambre depuis plus de cinq ans et il n’existe toujours pas de loi sur le commerce électronique.

La crise de l’immobilier
Le secteur immobilier est également en crise. Le Liban dispose d’un stock d’appartements vacants d’une valeur d’environ 9 milliards de dollars, principalement dans le secteur du luxe. Ce dernier est confronté à des prix prohibitifs et à un manque de planification urbaine. La valeur moyenne des transactions de vente de biens immobiliers a plus que doublé en 10 ans, passant de 48 000 dollars en 2007 à 103 000 dollars en 2017, ce qui donne un ratio du prix des logements de 25 (par rapport au revenu moyen des ménages), le plus élevé par rapport aux pays de référence. Au cœur de cette problématique? La corruption qui, selon le rapport, aurait augmenté de 26 points depuis 2012, le Liban passant à la 146ème place sur 180 pays.

Quelles priorités?
Afin de remédier à cette situation désastreuse, le rapport définit plusieurs priorités allant de l’amélioration de l’environnement des entreprises à la réduction des coûts d’exploitation, à la lutte contre la corruption dans le secteur public, pour éventuellement accroître la compétitivité du Liban. Le cabinet de conseil estime également que le Liban devrait développer des secteurs productifs à valeur ajoutée, réduisant ainsi le déficit public et la volatilité causée par des facteurs exogènes. Une autre priorité consisterait à assurer la santé du secteur public grâce à une discipline budgétaire stricte, impliquant une collecte améliorée des impôts ainsi que des dépenses rationnelles, dans le but de contrôler la dette publique.
Le Liban devrait donc se concentrer sur les segments économiques à haute valeur ajoutée estime McKinsey. «Si 25% de ces initiatives sont mises en œuvre, cela sera perçu de manière positive par les marchés. Si 50% finissent par être pleinement mises en œuvre, nous observerons rapidement des changements tangibles», déclare Nassib Ghobril.
Dans le secteur agricole, le Liban devrait s’employer à libérer le potentiel d’exportation régional des agriculteurs commerciaux en assurant la transition vers des cultures à valeur ajoutée et en améliorant les normes de qualité et la productivité des petits exploitants dans les cultures existantes grâce à la technologie et à l’adoption de méthodes modernes. Une des recommandations du rapport serait de positionner le Liban sur le marché du cannabis médicinal dans le but de produire des médicaments à haute valeur ajoutée axés sur l’export et étayés par le cadre réglementaire correspondant.
La même politique serait applicable au secteur industriel. Le rapport recommande au gouvernement libanais de se concentrer sur des sous-secteurs tels que la transformation des aliments, les produits de consommation comme les parfums et les cosmétiques, les produits pharmaceutiques, la construction préfabriquée et le secteur de l’ameublement, ce dernier devant s’orienter principalement vers les marchés syriens et irakiens.
Dans le domaine du tourisme, le Liban devrait se concentrer sur le tourisme de loisirs, le tourisme de ville, la plage, la culture et l’écotourisme de luxe. Les autres marchés de niche qui devraient être explorés, selon le rapport, est le tourisme d’affaires pour les voyageurs des pays du Golfe ainsi que le tourisme médical.

La banque numérique
Dans le secteur financier, le Liban devrait développer la banque numérique en tant que modèle de prestation alternatif pour étendre la portée du secteur et améliorer son efficacité. Le pays devrait également se positionner en tant que plateforme de gestion des investissements offshores, ciblant les particuliers fortunés.
«Le rapport comprend 160 recommandations allant de pratique et réalisable au très abstrait et irréaliste. Par exemple, les initiatives liées au secteur du tourisme semblent être les plus pratiques et réalisables, alors que d’autres, telles que «la refonte du secteur de l’éducation», sont au mieux discutables», explique M. Ghobril.
Le rapport semble déjà avoir déclenché la polémique. Dans une interview accordée au Daily Star, le ministre de l’Economie par intérim, Raëd Khoury, a critiqué un article publié par al-Akhbar, qui souligne que McKinsey propose la hausse de la TVA et la réduction des salaires. Le ministère a estimé le contenu de l’article comme une «attaque politique sans fondement», ajoutant que «le gouvernement n’avait pas de politique économique. Le simple fait que nous en ayons maintenant est un exploit», a-t-il déclaré.
Cette énième controverse démontre, une fois de plus, que sans volonté politique et un État fort, la transformation économique du Liban restera un simple mirage. C’est regrettable, compte tenu du potentiel économique du Liban qui reste important, avec ses ressources en eau, de nombreuses terres agricoles et une population talentueuse et entreprenante. «Notre potentiel humain est en train de s’épanouir à l’étranger en raison de l’environnement instable du Liban», regrette Nassib Ghobril.

Mona Alami

Les relations économiques et commerciales entre le Liban et la Chine s’améliorent depuis quelques années mais elles n’ont pas atteint leurs capacités maximales. Leur développement est tributaire d’une décision politique et de l’adoption de réformes par Beyrouth.
 

Les relations entre le Liban et la Chine ont évolué positivement depuis la moitié des années cinquante et devraient connaître un essor significatif avec la décision de Pékin d’inclure le Liban dans son projet de nouvelle Route de la soie, un projet ambitieux qui vise à relier la Chine au Proche-Orient et à l’Europe, et qui aura un impact certain sur l’économie libanaise à travers les investissements attendus qui l’accompagneront et qui sont de l’ordre de plusieurs milliards de dollars.
La Chine apprécie l’emplacement géographique du Liban, d’autant que durant les dernières années, le pays du cèdre jouissait d’une certaine stabilité sécuritaire et politique par rapport aux pays de la région. Plusieurs autres atouts ont joué en faveur du Liban: la solidité du secteur bancaire qui a fait ses preuves durant les grandes crises économiques mondiales, sa politique économique, et l’installation de plusieurs organisations internationales et régionales sur son territoire.
La participation du Liban à l’établissement d’une nouvelle Route de la soie lui permettrait de reconquérir son statut de centre d’affaires régional et de renforcer son attractivité sur le plan touristique. Il s’y prépare en renforçant ses relations avec la Chine au niveau officiel. Récemment, le Conseil chinois pour le développement du commerce international a ouvert un bureau de représentation à Beyrouth. L’organisation est présente dans 30 pays à travers le monde et travaillera à «la mise en œuvre des stratégies nationales de développement, encourager le commerce extérieur, les investissements bilatéraux et la coopération économique et technologique», selon un communiqué officiel chinois.
Le Liban a été officiellement intégré à la nouvelle route de la soie à l’occasion de la signature d’un partenariat bilatéral lors de l’exposition sino-arabe de septembre 2017. Cependant, le projet a buté sur divers obstacles dans plusieurs pays, et à l’heure qu’il est, le montant des investissements qui seront réalisés au Liban reste imprécis.

Relations anciennes
Les relations commerciales entre la Chine et le Liban remontent à la deuxième moitié des années 1950. À cette époque, la République populaire de Chine ne disposait pas de beaucoup d’accès dans les pays occidentaux. La première délégation chinoise est venue au Liban en 1955, après avoir assisté à la Foire de Damas. Cette visite a été suivie de la signature du premier accord commercial entre les deux pays, dans le but de développer les relations économiques bilatérales.
En septembre 1956, la Chine établit un bureau d’affaires au Liban. C’est le début des relations économiques soutenues entre les deux pays. Les échanges commerciaux vont s’accroître, portant surtout sur le textile, le transport maritime, la technologie et l’aviation civile. Mais ce n’est qu’en 1971 que des relations diplomatiques entre les deux pays seront établies.
La coopération de la Chine avec le Liban au niveau économique va se renforcer dans la deuxième moitié des années 90, allant jusqu’à l’octroi de dons et de prêts chinois de quelques millions de dollars, surtout dans le domaine des télécommunications. En 1981, la première délégation libano-arabe se rend en Chine. Mais il faudra attendre plus d’une dizaine d’années pour que s’établisse une Chambre de commerce arabo-chinoise à Pékin en 1995.  

Joint-venture
La société pétrolière chinoise Cnoocig avait présenté un dossier de qualification pour l’appel d’offres lancé par le gouvernement libanais pour l’exploitation des champs de pétrole et de gaz en Méditerranée. Elle n’a pas été retenue. En janvier 2016, une vingtaine d’hommes d’affaires chinois en visite au Liban dans le cadre de la deuxième édition du forum sino-arabe des affaires a pu explorer les opportunités d’investissement au Liban. Les relations commerciales sino-libanaises restent cependant très déséquilibrées. En 2016, la Chine a exporté 2,5 milliards de dollars de marchandises au Liban, alors que les exportations de produits libanais plafonnaient à 63 millions de dollars. 
À plus grande échelle, la Chine vise à établir des relations avec la diaspora libanaise d’affaires, qui pourra lui ouvrir des portes dans d’autres pays. Mais pour le moment, elle s’intéresse au marché libanais. Elle est l’un des plus grands partenaires commerciaux du Liban. Les produits «made in China» inondent le marché libanais et en 2009, les marques automobiles chinoises Geely et Cherry ont fait leur entrée sur le marché libanais.
Plus de 10 000 Libanais se rendent en Chine chaque année pour affaires, selon les chiffres de l’ambassade chinoise. Le premier Libanais à avoir obtenir la nationalité chinoise est Georges Hatem, l’un des médecins de
Mao Zedong.

Un œil sur Tripoli
La Chine multiplie d’ailleurs les forums, expositions, foires commerciales à destination des Arabes. Elle tente de faciliter la tâche aux Libanais par la simplification de la procédure d’obtention de visas. Le gouvernement chinois avait aussi autorisé depuis 2000 les étrangers à détenir leurs sociétés à 100 %, via les WOFE (Wholly owned foreign entities). Ceci nécessite un capital minimal de 100 000 dollars. Malgré cela, les investissements libanais en Chine restent très limités.
Les investisseurs chinois sont intéressés par les perspectives de la reconstruction de la Syrie et de l’Irak, et leur présence au Liban leur facilite le mouvement vers ces pays. Le secteur privé chinois aurait un œil de plus en plus tourné vers Tripoli, qui serait «idéalement placée» en vue de la reconstruction en Syrie.
Le Liban est donc un partenaire incontournable pour la Chine du fait de sa position géographique. Le volume des échanges commerciaux entre les deux pays augmente depuis 2015. En 2017, le volume des importations libanaises a atteint 19,6 milliards de dollars, soit une augmentation de 4,7% par rapport à 2016. La Chine occupe la deuxième place (avec 10%) derrière l’Union européenne avec une part de marché de plus de 42% (8,3 milliards $). Les autres principaux fournisseurs du Liban sont l’Italie (9%), les Etats-Unis (7%), la Grèce (7%), l’Allemagne (6%), la Turquie (4%), la France (4%) et la Russie (4%). Le pays du cèdre importe des produits pétroliers (22% des importations), des produits chimiques et plastiques (11%), des machines et équipements électriques (10%), des automobiles (10%), des produits agro-alimentaires (7%).
Les principaux clients du Liban étaient l’Afrique du sud, avec un total de 11% des exportations libanaises, les Emirats arabes unis (9%), la Syrie (9%), l’Arabie saoudite (9%), l’Irak (6%), et la Suisse (5%). Les pays arabes ont concentré 51% des exportations libanaises en 2017. Le Liban exporte essentiellement des bijoux, des pierres et métaux précieux (un total de 21% des exportations libanaises), des produits issus de l’industrie agroalimentaire (16%), des métaux communs et des articles en métal (12%), des machines et équipements électriques (11%), des produits chimiques et plastiques (11%) ainsi que des produits agricoles (6%). La Chine occupe une place trop minime dans les exportations libanaises. 
Les relations stables et croissantes entre les deux pays ont permis l’intensification des contacts depuis quelques mois afin d’ouvrir la voie aux investissements chinois au Liban. Mais tout semble tributaire de la capacité du Liban à redresser sa barre économique et à adopter les réformes nécessaires.

Arlette Kassas

Paul Barakat, Elie Matta et Elie Nahas, trois ingénieurs informatiques ont eu l’idée de lancer, en 2016, Augmental. Cette application adapte sur tablette l’apprentissage de toutes les matières scolaires aux besoins personnalisés de l’élève.


«L’étudiant travaille sur un document
Au fur et à mesure qu’il répond à certaines questions, en analysant ses réponses, l’application s’adapte à son profil comme un assistant virtuel. Elle va donc l’encadrer en prenant en compte sa façon de réfléchir jusqu’à ce qu’il comprenne la notion. Beaucoup de paramètres sont pris en compte, ce qui nous donne une longueur d’avance sur nos compétiteurs», explique Paul Barakat, 24 ans, passionné par son produit. Ce logiciel utilise la réalité augmentée pour permettre à l’élève de mieux visualiser des schémas interactifs en 3D comme celui d’un poumon vascularisé en SVT ou d’une carte multidimensionnelle en géographie. L’étudiant peut manipuler et faire pivoter à 360 degrés le schéma.
A la maison, il peut se reconnecter pour profiter de l’assistance virtuelle. La possibilité de «chatter» avec le robot pour mieux comprendre, facilite encore le processus. C’est une grande avancée en pédagogie, spécifiquement pour les élèves qui réfléchissent autrement. L’étudiant gagne en assurance. En classe, le professeur peut aussi suivre le travail de ses élèves qui sont connectés sur l’application. Quand l’un d’eux fait face à une difficulté, le professeur pourra ainsi être alerté par l’application en temps réel pour aider celui qui en a le plus besoin sans attendre d’être sollicité par l’élève. Efficacité assurée.
Augmental s’adresse aux 12-18 ans. Les tests faits dans une classe pilote de 4ème pour l’enseignement des Sciences de la vie et de la terre, à la Sagesse de Aïn el-Remmané, se sont avérés très positifs. «Nous faisons payer par cours et non par nombre d’élèves. L’application est gratuite pour les professeurs et les administrations», déclare Paul Barakat.

Une idée issue des besoins des élèves
«Chaque étudiant est unique. Certains apprennent mieux grâce à des schémas, d’autres en sollicitant leur mémoire auditive ou mnésique», souligne Paul Barakat, qui a lui-même eu à une période de sa scolarité des difficultés à suivre son parcours d’orientation.  L’idée de créer un outil d’apprentissage adapté est venue ainsi. Les professeurs de leur faculté ont aidé les trois ingénieurs à l’université Antonine au démarrage, puis le programme Smart ESA a complété leur formation en 2018 au niveau financier et leur a donné des contacts utiles au niveau des investisseurs, du cadre légal et du design de l’application. Des professeurs de différentes écoles libanaises ainsi que des mentors bénévoles basés au Royaume-Uni leur donnent des idées et conseils pour rendre l’application pédagogique. Le siège se trouve à Baabda, les 3 cofondateurs ont déjà recruté 3 employés à temps complet pour le développement de l’application.
«Nous adapterons l’application à toutes les matières scientifiques puis à tout le programme scolaire et universitaire. Nous avons gagné 33 000$ lors de compétitions et bénéficions d’un prêt de 15 000$ de Kafalat», avance Paul Barakat. L’objectif désormais consiste en une expansion au niveau du produit dans différents domaines de formation et dans l’espace (région Mena, à l’international). Pour cela, Augmental a besoin de nouveaux investisseurs.

Micheline Abukhater

Selon Jacques A. Saadé, managing Partner Mazars Saadé, l’amendement de la loi sur la structure des sociétés offshores comporte de nombreux aspects positifs pour l’Etat et pour les entreprises.


Que pensez-vous d’un droit des sociétés plus souple pour les entreprises en 2019?
Le Code du commerce libanais devrait être modernisé pour être en phase avec l’évolution du monde des affaires. La réforme doit simplifier la création des entreprises et donner aux PME les meilleures opportunités pour se développer, se financer et faciliter leur transmission. C’est ainsi que de nouvelles formes de sociétés doivent être intégrées au Code du commerce comme l’entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée (EURL) et la société par actions simplifiées (SAS). Par ailleurs, les textes régissant les SAL et SARL doivent être mis à jour, notamment pour ce qui a trait à leur transformation, leur liquidation, leur cession et leur transmission, leur fonctionnement et leur contrôle. En outre, des concepts tels que l’abus de biens sociaux ou les fusions-acquisitions doivent être intégrés à la réforme.

Un entrepreneur pourra en France par exemple créer une société privée sans aucun apport de capital à partir de cette année. Ce cas serait-il possible ou est-il possible au Liban?
Le capital propre d’une entité juridique est l’ensemble des apports dont la société dispose à sa création. Parfois, librement déterminé par les associés, il peut aussi, comme au Liban, être d’un minimum légal obligatoire. En France, certaines structures juridiques peuvent être constituées sans capital minimum. Cette option permet de faciliter la procédure de constitution d’une société, la rendant moins onéreuse. Attention au risque de manque de crédibilité de la part des fournisseurs, des clients et même des établissements bancaires, si le capital social est symbolique. Investir une somme d’une livre libanaise peut apparaître, à tort ou à raison, comme une faiblesse financière.

 

Quels sont les avantages dont profiteront l’Etat libanais et l’entrepreneur de ce nouvel amendement de la loi?
La société offshore peut désormais être constituée par une seule personne, et dans ce cas cet associé est nommé «associé unique», qui peut être une personne physique ou morale. Ceci évitera d’avoir recours à des prête- noms, puis obtenir de leur part des désistements sur leurs actions. Par ailleurs, les groupes de sociétés peuvent constituer des sociétés offshores comme filiales détenues à 100%. Cette réforme de l’associé unique devrait également s’appliquer aux autres structures juridiques SAL, SARL et éventuellement SAS. L’Etat aura tout à gagner de cet amendement de la loi puisqu’il encouragera la création des entreprises et donc la croissance économique. (Choix du Liban comme siège de leur quartier régional, recrutement, location de bureaux).

Quel paysage peut-on brosser des offshores au Liban?
La société offshore a toujours la cote au Liban malgré la réticence de certaines banques ou organisations étrangères à y avoir recours à la suite des affaires Panama Papers et autres. Ceci dit, un grand nombre d’entreprises locales et étrangères continuent à l’installer au Liban, l’utilisant comme véhicule pour leurs activités d’«export» sous réserve qu’elle ne soit pas taxée par les juridictions étrangères. En tout état de cause, les sociétés offshores libanaises sont transparentes: elles sont constituées sous forme de sociétés anonymes avec des conseils d’administration et des assemblées générales annuelles. En outre, elles doivent présenter une déclaration fiscale au ministère des Finances et déposer leurs comptes au greffe du tribunal.

Liliane Mokbel

La théorie de la gestion du moindre risque et du concept de la personne politiquement exposée (PPE) ont été mis en œuvre par un grand nombre d’établissements financiers, notamment européens.
 

Un ancien député et ex-ministre, ayant appartenu à la coalition du 14-mars a raconté dans le détail comment son frère, qui réside depuis une trentaine d’années en France, s’est vu refuser, il y a près d’un mois, l’ouverture d’un compte bancaire dans un autre pays européen. Les responsables de l’établissement auraient justifié cette fin de non-recevoir par le fait qu’il soit le frère d’un homme politique.
Interrogés au téléphone par Magazine, deux directeurs de banques européennes n’ont pas été surpris par le cas du frère de l’ancien politicien. Ils ont apporté un soutien infaillible aux rôles du département de conformité (compliance) au sein des banques et à ses larges prérogatives. Ils ont affirmé que le département de compliance est devenu «la clé de voûte du système bancaire», le décrivant comme «une entité autonome» dont le champ d’action d’une due diligence est infiniment grand. Dans son enquête, ce département peut pousser loin et autant qu’il le souhaite ses investigations. En fait, un service de conformité peut être une unité coûteuse à opérer, mais une non-conformité peut être encore plus coûteuse. Afin de garantir que l’unité soit efficace et ne se limite pas à son nom, le Comité de Bâle sur le contrôle bancaire recommande que le service de la conformité soit indépendant et dispose des ressources adéquates. Bien qu’il s’agisse de l’unité d’exécution interne de la banque, elle ne devrait pas faire l’objet d’une analyse minutieuse et devrait donc être soumise à un examen périodique indépendant.

Pas de directive européenne
Selon les mêmes sources, les banques étrangères européennes ont élaboré une politique interne pour maîtriser les risques de toute nature et maintenir leur bonne réputation, en l’absence d’une quelconque directive européenne portant spécifiquement sur le Liban. Certains grands établissements financiers internationaux ont adopté des mesures de vigilance simplifiées et peu encombrantes en refusant d’ouvrir de nouveaux comptes bancaires aux Libanais, quel que soit le profil du client originaire du pays du cèdre. D’autres établissements se sont astreints à définir un quota qui inclurait les personnes politiquement exposées (PPE). Une fois ce quota atteint, ils refusent d’accepter de nouveaux clients libanais, préférant perdre de la clientèle mais être à l’abri d’enjeux qui peuvent devenir dangereux politiquement ou financièrement. Toutefois, de tels refus doivent être expliqués correctement au client potentiel, ont insisté les sources bancaires occidentales. Elles ont précisé que les filiales européennes de banques libanaises ne sont pas tenues d’accepter de facto, la clientèle de la maison mère basée au Liban.     

Qui sont les PPE?
La notion de personnes politiquement exposées (PPE) existe depuis longtemps. Celles-ci sont des personnes qui sont considérées, au niveau international, comme exposées à des «risques plus élevés» de blanchiment de capitaux, de corruption et d’évasion fiscale. Le département de compliance exige en général de mettre en œuvre des obligations de vigilance spécifiques lors des relations d’affaires des banques avec des PPE. Ces obligations impliquent des demandes d’information accrues auprès des personnes concernées à propos de leur situation professionnelle, familiale, financière et patrimoniale, sans pour autant les empêcher nécessairement de réaliser des opérations financières normales, lorsque celles-ci correspondent à leur profil et ne présentent pas de caractéristiques différentes de celles des autres clients dans des circonstances similaires. Les PPE sont des personnes qui exercent ou ont cessé d’exercer depuis moins d’un an, des fonctions politiques, judiciaires ou administratives pour le compte de leur pays, d’un État étranger ou d’une organisation internationale, ainsi que leurs proches. Quant aux fonctions concernées, il s’agirait de chef d’Etat, chef de gouvernement, membre d’un gouvernement national ou de la Commission européenne, membre d’une assemblée parlementaire nationale (député comme sénateur) ou du Parlement européen, dirigeant d’un parti politique, magistrat de la Cour de cassation, conseiller d’Etat et membre du Conseil constitutionnel ou leurs équivalents à l’étranger, magistrat de la Cour des comptes ou leurs équivalents à l’étranger, dirigeant ou membre de l’organe de direction d’une banque centrale, ambassadeur ou chargé d’affaires, officier général, ou officier supérieur assurant le commandement d’une armée, membre d’un organe d’administration, de direction ou de surveillance d’une entreprise publique exerçant son activité au niveau national, directeur, directeur adjoint, membre du conseil d’une organisation internationale. Pour ce qui a trait aux proches des PPE, il s’agirait du conjoint (peu importe la nature de l’alliance), les enfants ainsi que leur conjoint, les cercles des parents proches ou plus éloignés ainsi que les personnes étroitement associés aux PPE notamment dans le cadre d’une société ou structure  juridique ou entretenant un lien d’affaires étroit. La fonction compliance a connu un essor très important au cours de la dernière décennie et arrive aujourd’hui à un niveau de reconnaissance pour la gestion quotidienne des établissements. Cette fonction fait face à la complexité des environnements et à «une inflation réglementaire» permanente.


Liliane Mokbel

Mardi, 29 Janvier 2019 12:10

Un déménagement?

Avec la multiplication du nombre d’entreprises de déménagement au Liban, le changement de domicile se fait désormais facile. Mais à quel prix? Rangement, emballage, transport, déballage, mise en place d’un nouveau décor… Ce sont, aujourd’hui, toutes les étapes du processus de déménagement que couvrent les déménageurs professionnels. Toutefois, pour réclamer un devis, il faut s’attendre à une visite des lieux préalable (notamment de l’emplacement d’origine). Le tarif proposé par l’entreprise dépend, effectivement, de plusieurs critères: nombre de pièces, volume à déménager, distance entre les deux appartements à déménager, situation géographique, nombre d’étages, main d’œuvre, etc. Les tarifs diffèrent évidemment selon les sites et les résidences.
Notons que le total de la facture peut varier au cas où il s’agit de meubles relativement «encombrants» (piano, etc.) ou si le recours à un monte-meuble ou à des grues s’avère indispensable, en cas d’étroitesse de la cage d’escalier ou de l’ascenseur. Un autre critère peut également faire varier les coûts, selon que l’on optera pour les services suivants :
● Emballage-déballage des cartons (compter entre 200 et 400$);
● Montage-démontage des meubles (compter entre 300 et 550$).
Il est indispensable aussi de comprendre comment les entreprises calculent le volume de meubles à emporter en fonction de la superficie des pièces.

Éviter les mauvaises surprises

Lorsque vous décidez de recourir à une entreprise, celle-ci, généralement devrait vous garantir un déménagement réussi. Toutefois, il arrive que des incidents, majeurs ou mineurs, surviennent en cours de rangement, de transport, d’emballage et de déballage. Pour dédommager le client, l’entreprise a recours à des compagnies d’assurance, qui couvrent tout accident sauf :
● Une faute manifeste du client. Si ce dernier a, par exemple, choisi d’entreprendre lui-même l’emballage de ses meubles et que les objets fragiles ont été mal empaquetés, puis endommagés, la faute incombe au client.
● Les cas de force majeure. Il peut s’agir de toute conjoncture imprévisible et extérieure à la volonté de l’entreprise (tremblement de terre, inondation, etc.).  
● Un vice propre du bien lui-même. Certains objets transportés, peuvent être, à la base, endommagés (fissure, brisure, etc.) et sont tellement délicats qu’ils ne peuvent être aisément déplacés.
Pour déclarer tout accident, le client dispose d’un délai fixé par l’entreprise. Au-delà de ce délai, aucune réclamation ne pourra être prise en compte.

Déménager par ses propres moyens
En revanche, lorsque vous choisissez de déménager par vous-même, les dépenses à prévoir sont les suivantes:
● La location du camion de déménagement: il faut compter entre 150 à 250$ la journée. Le prix varie en fonction du camion à louer (petit ou grand), de la distance à parcourir, du volume de carburant consommé et du nombre de jours nécessités pour le déménagement.
● Le stationnement du camion si vous manquez de place de stationnement: 10 à 20$ dépendamment du nombre de jours et des régions. Il faudrait penser aussi à avertir le voisinage avant l’arrivée du camion, puisque ce dernier risque de leur bloquer l’accès de la rue ou de l’immeuble pendant un certain temps.  
● Le kit de déménagement: il s’agit des boîtes en carton, du papier-bulles, des ciseaux, des feutres, du scotch, des couvertures, etc. pour lesquels vous pouvez prévoir entre 150 et 200$ (selon la quantité). Au cas où vous comptez vous faire aider par un intérimaire, l’heure de travail pourrait varier entre 10 et 15$. Parfois, la journée de travail entière pourrait vous coûter entre 50 et 70$. Tout dépend des négociations que vous entreprendrez avec lui.
Certes, déménager seul paraît moins coûteux, encore faut-il trouver le temps et l’énergie de tout prévoir et organiser et surtout les moyens de ne rien casser ou abîmer avant, pendant ou après le processus de déménagement.

Natasha Metni Torbey

Depuis leur installation en 2007 à Bagdad, Erbil et Bassora, les banques libanaises se sont battues sur un marché complexe. D’ici fin 2015, elles auront une nouvelle échéance à honorer.

Sur un plan organisationnel, laBanque centrale irakienne a décidé de relever les capitaux propres des branches des banques étrangères installées en Irak à 70 millions de dollars. Cette décision respectée, les banques sont autorisées à ouvrir autant de branches qu’elles le souhaitent. D’après certains experts, la nouvelle réglementation portant le No 9/3/288 du 16 octobre 2014 viserait à encourager l’activité des banques étrangères en Irak et, par la suite, à pousser les banques locales à réaliser de meilleures performances au nom de la concurrence. Les banques libanaises, qui ont accueilli favorablement la possibilité d’ouvrir de nouvelles branches, se sont montrées plus réservées quant au montant de la capitalisation requis et au délai de se conformer à la nouvelle directive expirant pour les banques étrangères fin 2015, alors que ce délai est de trois ans pour les banques locales. La date butoir de la fin 2015 a été qualifiée de courte. Parallèlement, les financiers ont considéré avec scepticisme les dispositions de la Banque centrale irakienne selon lesquelles la capitalisation des banques étrangères doit représenter 30% de celle des banques locales. Ce qui signifie, dans la pratique, qu’à chaque fois qu’il sera demandé aux banques locales de relever leurs capitaux propres, il en sera de même pour les banques étrangères dans une proportion de 30%.

 

Marché compliqué
Le parcours des banques libanaises en Irak a débuté en 2007, sachant que la loi concernant les banques irakiennes n’a été promulguée qu’en 2003. Sur le marché irakien, on dénombre aujourd’hui la présence de multiples branches appartenant à neuf banques libanaises, et un bureau de représentation, répartis entre Bagdad, Bassora et Erbil. Il s’agit de Byblos Bank, Intercontinental Bank, la Banque Libano-Française, Bankmed, Bank of Beirut & Arab Countries, le Crédit libanais, Fransabank, Blom Bank et Middle East & Africa Bank, alors que Beirut Bank a ouvert un bureau de représentation et que Audi Bank est en passe d’inaugurer des branches notamment à Najaf et Souleimaniyé, en plus de branches à Bagdad, Bassora et Erbil. Les conditions de travail en Irak rendent l’activité bancaire difficile à gérer vu les limites des autorités monétaires en termes de compétences humaines et techniques. La faiblesse de la culture bancaire de la clientèle n’arrange pas les choses. Aujourd’hui donc, l’activité des établissements bancaires en Irak se concentre sur l’ouverture de crédits documentaires aux agents sans toutefois l’octroi de prêts. L’inexistence d’une centrale des risques et d’un registre de commerce rend l’obtention de toute information financière et économique concernant le client quasiment impossible. A ceci s’ajoute l’interdiction pour les banques de procéder à des hypothèques immobilières, celles-ci n’étant pas autorisées à posséder des propriétés. En parallèle, suivant les données de l’Agence américaine pour le développement, il est fort probable qu’une grande partie des Irakiens n’a pas de comptes bancaires. Par conséquent, le ratio des prêts bancaires rapportés au PIB est l’un des plus faibles dans le monde, ce ratio ne dépassant pas 9%, alors que la moyenne dans les pays de la région Mena s’articule autour de 55%. Aussi l’absence d’un mécanisme de domiciliation des salaires est de nature à freiner le développement des prêts individuels.

 

PAGES RÉALISÉES PAR LILIANE MOKBEL

<< Début < Préc 1 2 3 4 5 6 7 8 9 10 Suivant > Fin >>
Éditorial
En route pour l’âge de pierre

Dans ses mémoires publiés en 2010, le vice-président de l’Etat des Emirats arabes unis, cheikh Mohammad Ben Rached al-Maktoum, évoque un rêve qu’il dit avoir souvent fait, celui «de voir un jour Dubaï devenir un Beyrouth». Les Libanais sont-ils conscients que leur capitale a inspiré cet homme visionnaire et ambitieux, qui a réussi à faire émerger des sables du désert un émirat au rayonnement planétaire? Un centre d’affaires qui s’est réservé une place parmi les grands, tels Hong Kong, Shanghai, Londres et New York? Un bouillon de culture qui a transposé la Sorbonne, le Louvre, et bien d’autres noms et lieux prestigieux dans la Péninsule arabique? Une cité médiatique qui a attiré les titres et les plumes les plus convoités?Quelle que soit l’opinion que l’on se fait de Dubaï aujourd’hui, force est de reconnaître que cette ville sous-peuplée, sans patrimoine, ou si peu, sans beauté sinon celle des dunes dorées, propre à toutes les cités du Golfe, est devenue l’une des destinations les plus prisées du monde. Voilà un prince qui a réussi son pari, qui a concrétisé son rêve! Certes, l’atout des pétrodollars, qui n’est pas des moindres, lui a facilité la tâche. Mais les pétrodollars, qui coulent aussi à flot en Arabie saoudite, au Koweït et au Qatar, n’ont pas fait bourgeonner d’autres Eldorados dans ces pays immensément riches.    Pendant que Dubaï entrait à pas sûrs dans l’avenir, Beyrouth, lui, sombrait dans les précipices du passé. Les Libanais ont réussi le tour de force de plonger leur ville dans les affres de la guerre, puis une fois la paix revenue, de reconstruire la pierre sans y insuffler l’âme qui lui donnait ce cachet unique. La gloire d’antan n’est plus qu’un vieux souvenir, la culture se raréfie, la beauté ressemble à celle d’une femme (ou d’un homme) toute refaite, la joie de vivre n’est plus qu’amertume et aigreur, la satisfaction apportée par le travail plus qu’un dur et insupportable labeur. Avec une insouciance couplée à une affligeante ignorance et une criminelle irresponsabilité, les Libanais, peuple et dirigeants, ont perdu un à un les atouts qui faisaient de leur capitale le phare de la région. Fut un jour où Beyrouth était l’université, la maison d’édition, la cité médiatique, du monde arabe, une oasis de liberté pour les opprimés et les oppressés, un havre de tolérance. Il n’est plus qu’une ville sévère et peu hospitalière de par la cherté de la vie et l’absence des services les plus élémentaires. A vouloir cloner bêtement l’émirat du désert, les Libanais ont perdu ce qui faisait la gloire et la beauté de leur ville, sans pour autant gagner les atouts qui font la force de Dubaï. Beyrouth s’enfonce dans le passé. A ce rythme, et si rien n’est fait pour stopper la chute, l’âge de pierre n’est plus très loin.


 Paul Khalifeh
   

Combien ça coûte

Un déménagement?
Avec la multiplication du nombre d’entreprises de déménagement au Liban, le changement de domicile se fait désormais facile. Mais à quel prix? Rangement, emballage, transport, déballage, mise en place d’un…

Bannière
Designed and Developed by:   iBaroody
© Magazine.com.lb 2016 All Rights Reserved