Economie
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Nº 3095 du vendredi 2 novembre 2018

Economie

Un séminaire de lancement du projet régional ESBOMED (Enhancing Business support organisations) a eu lieu à Tunis le 28 juin dernier. Un projet d’une durée de 4 ans, cofinancé par l’Union européenne, qui vise à soutenir les organisations de soutien aux entreprises (OSE).

Le séminaire de lancement du projet régional EBSOMED organisé par BUSINESSMED (Union Méditerranéenne des Confédérations d’Entreprises) a eu lieu à Tunis. Il s’agit d’un projet de quatre ans cofinancé par la Commission européenne, dirigé par l'Union des confédérations des entreprises de la Méditerranée (BUSINESSMED) et mis en œuvre par le consortium MEDALLIANCE composé de 5 partenaires: EUROCHAMBRES (Association des chambres de commerce en Europe); ASCAME (Association des chambres de commerce de la Méditerranée); ANIMA Investment Network; CAWTAR (Centre des femmes arabes pour la formation et la recherche); GACIC (Chambres germano-arabes de la CTo contribuent davantage au développement de la région euroméditerranéenne.
Cet événement a été l’occasion de présenter ce projet cofinancé par l’Union européenne et toutes les activités qui seront menées pendant 4 ans en vue de renforcer les OSE et les réseaux d’affaires des pays du Sud de la Méditerranée. L’Union européenne s’engage en effet dans la promotion de l’écosystème du secteur privé euroméditerranéen pour une croissance économique plus inclusive. Le séminaire a également offert aux représentants économiques des secteurs public et privé de la région euroméditerranéenne un espace pour échanger et renforcer la coopération régionale et les nouveaux partenariats commerciaux, ce qui pourrait avoir un impact positif sur l’environnement général des affaires dans ces pays ciblés.
Parmi les participants venus spécialement du pays du cèdre jusqu’en Tunisie, le président du Réseau libanais pour le développement (LDN), Amin Nehmé, le directeur général de la Chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture de Beyrouth et du Mont Liban (CCIAB), Hassan Sabra ainsi que 150 représentants éminents d'autorités locales, d'organisations internationales, de plateformes de la société civile, d'institutions universitaires, d'acteurs du secteur privé. Participaient également des personnalités engagées en faveur de l'égalité des genres, des femmes et des jeunes entrepreneurs et des professionnels des médias de plus de 15 pays euroméditerranéens.

 

CONNECTER LE SUD ET L’EUROPE
Dans son mot de circonstance, Jihen BOUTIBA, secrétaire générale de BUSINESSMED a souligné l’augmentation des opportunités d’affaires dans la région méditerranéenne, mais a également appelé à davantage de renforcement pour les organisations soutenant les Petites et Moyennes Entreprises (PME). De son côté, Saida Neghaza, présidente de BUSINESSMED et de la Confédération générale des entreprises algériennes (CGEA) a présenté le projet EBSOMED. Parmi les objectifs, la stimulation des opportunités d’investissement et la mise en connexion des pays du Sud et de l’Europe. Quant à Samir Majoul, président de l’Union tunisienne de l’Industrie, du Commerce et de l’Artisanat (UTICA) et Neziha Labidi , ministre tunisienne de la Femme, de la Famille, de l’Enfance et des Seniors, ils ont surtout appuyé l’importance de cette initiative dans la région euroméditerranéenne et l’impact majeur sur les bénéficiaires finaux qui sont principalement les femmes et des jeunes entrepreneurs.
La journée a été structurée en trois sessions:
    •     «Renforcer la coopération inter et intra régionale pour une croissance inclusive et durable: le rôle des organisations de soutien aux entreprises pour répondre aux besoins actuels du voisinage méridional» ;
    •     «Améliorer le soutien aux entreprises Organisations et réseaux d’entreprises dans le voisinage méridional: gamme de services de grande valeur pour les ASF et les PME» ;
    •    «Visions et attentes des ASF du Nord et du Sud à l’égard du projet EBSOMED».
Le séminaire de lancement a été conclu par des remarques finales exprimées par les participants et par l’annonce de la première activité du projet : EU Med Roadshow «Digitalisation et intelligence artificielle: L’avenir de la gestion des investissements dans la région euroméditerranéenne»

 

Liliane Mokbel, à Tunis.

 

Jeudi, 01 Novembre 2018 02:39

Le vegan pénètre le marché

«Manger la conscience tranquille». Tel est le leitmotiv de ces jeunes restaurateurs qui n’ont qu’un objectif: démonter les idées reçues sur le veganisme.
 

Cela fait cinq mois qu’Omar Ghandour, 33 ans, et Héloïse Delastre, 24 ans, ont ouvert Luna’s Kitchen à Hamra, à côté de l’Université américaine de Beyouth. «On voulait pouvoir manger la conscience tranquille. Les conditions dans lesquelles sont élevées les animaux sont très cruelles», explique Héloïse. Le restaurant sert des menus vegan, c’est-à-dire exempts d’ingrédients d’origine animale. Pour les pizzas par exemple, une préparation à base de noix de cajou remplace le fromage, les burgers sont quant à eux réalisés avec des steaks de betterave et les hots dog avec des saucisses de soja. Pour faire les sauces, le lait de vache trouve son alternative dans le lait d’amande et de coco. «Il y a beaucoup d’aprioris sur le vegan. On voulait montrer aux gens que ça n’est pas si cher, pas si bizarre et qu’on peut manger de tout», poursuit la jeune femme. Ouvert 24h/24, Luna’s Kitchen accueille une clientèle essentiellement jeune, en raison de sa proximité avec l’AUB. Parmi eux des vegan, mais aussi des non vegan. «C’est 50/50», assure-t-elle.
Laurena, Eva et Erika Saadé, partenaires de Ballouta, ont succombé au vegan il y a cinq ans. En 2013, c’est depuis leur cuisine à Zouk que les trois sœurs commencent à commercialiser leurs viande et fromages végétaux. Des mets à base de seitan (sorte de pâte au gluten), de PVT (protéine végétale texturée) ou encore de soja. «Je me suis convertie au vegan et ne trouvais pas d’autres options que des salades. J’ai commencé à concocter des recettes moi-même, j’ai essayé de les vendre et l’on s’est rendu compte qu’il y a une grosse communauté vegan au Liban qui ne cesse de grandir», raconte Laurena Saadé, 26 ans, diplômée de l’école hôtelière Al-Kafaat. Outre son menu salé –burgers, tacos, etc.- Ballouta propose gâteaux en tous genres; donuts, chouros, tartes... Fournisseurs jusqu’à présent pour plusieurs cafés et magasins bio, les trois jeunes femmes prévoient d’ouvrir très prochainement leur propre boutique. Elles aussi entendent démonter les idées reçues sur le véganisme. «On veut montrer aux gens que contrairement à ce que beaucoup pensent, être végétalien n’est pas si difficile que ça», poursuit Laurena. Ces dernières années, plusieurs cessions de sensibilisation et événements culinaires vegan ont été organisées par Ballouta afin de vulgariser ce mode de consommation.

Le coût
Aligner ses pratiques alimentaires sur une philosophie du respect de la cause animale peut toutefois s’avérer coûteux. «Les produits disponibles sur le marché sont très chers», reconnaît Laurena. «C’est pour cette raison que nous faisons nous-mêmes 90% des produits que nous utilisons». Le fromage végétal se vend ainsi autour de 15 000 LL les 100 grammes. «Au même prix, on fait un kilo à la maison», souligne-t-elle. Idem pour le seitan, vendu autour de 20 000 LL les 200 grammes. Au même coût, Laurena en produit cinq fois plus chez elle. Pour Héloïse Delastre, au contraire, le vegan n’est pas plus cher que les concepts de restauration classiques. «On contrebalance les ingrédients», explique la gérante. «Le lait d’amande est un peu plus cher que le lait de vache mais en même temps la betterave qu’on met dans le cheese burger est moins coûteuse que la viande». En réalité, le vegan est surtout onéreux quand il rime avec organique. Un choix que se sont refusés à faire les propriétaires de Luna’s Kitchen et Ballouta. «On s’est posé la question mais pour le coup ça coûte plus cher», confie Héloïse, qui propose un ticket moyen de 30 000 LL pour deux personnes. Pour Chantal Salloum, directrice de Breakfast Barn, un concept de petits déjeuners vegan 100% organique, l’alliage des deux représente un défi de taille. «Les produits issus de l’agriculture biologique sont extrêmement chers. En même temps, nous nous devons de proposer des plats abordables aux clients qui sont habitués à petit-déjeuner pour 5 000 LL», résume-t-elle.

Par Philippine de Clerment-Tonnere

Alors que l’économie réelle est en berne, le secteur numérique continue de croître. BDD emploie 1 500 personnes et héberge une centaine de start-up. Et ça continue…
 

Stéphanie Abi Abdallah, directrice de programmes au Beirut Digital District, rappelle que le BDD, fondé il y a six ans, est un projet de hub technologique pour les industries numériques et créatives qui leur offre un environnement à la mesure de leurs besoins en infrastructures de pointe. Pas de coupures de courant comme c’est la norme au Liban, et Internet est d’une meilleure qualité. «Nous venons de terminer la phase A avec 10 immeubles de 17500 m2 d’espaces exploitables avec une centaine de compagnies et 1500 membres, affirme la jeune femme. 60% de notre communauté est constituée de start-up. Nous hébergeons 4 accélérateurs et 75 start-up en sortent tous les ans avec des diplômés. Nous organisons en permanence des évènements avec les mentors (partenariat avec Mix & Mentor, Endeavor…) qui parrainent 100 à 150 start-up par an. En guise de success stories nous pouvons citer Anghami ou Diwanee.»

Vaste chantier
La BDD est un programme étalé sur 15 ans et la phase 2, qui consiste à doubler l’espace en 2020 avec la construction de deux tours nouvelles, a déjà commencé. «De plus en plus de Libanais font le pari de l’industrie numérique, explique Stéphanie Abi Abdallah. Le BDD, installé dans le quartier populaire de Bachoura, se veut un espace attrayant technologiquement, il ne remplacera pas le centre-ville davantage axé sur les entreprises bien établies. Déjà, on peut remarquer en roulant vers le downtown les immeubles modernes du BDD, qui contrastent avec les bâtisses délabrées qui les entourent. C’est un espace en pleine transformation, en pleine construction avec des grues. Tout le quartier ne va pas tarder à se développer.»

Facebook et TechCrunch
Le BDD rassemble des entreprises dans un même espace technologique et design et leur propose des facilités dans différents domaines (salles de réunion bien équipées, salles de gym, cafeterias, restaurants, internet) en plein milieu du tissu urbain de la ville. Des espaces verts y sont également entretenus et l’infrastructure est pensée en terme d’économie de l’énergie.
L’écosystème bâti dans l’espace de la BDD attire l’attention des plus grandes entreprises du monde, comme Facebook et TechCrunch, qui parrainent des évènements telles des compétitions entre les meilleures start-ups de la région MENA (Techcrunch start-up battlefield). «Ceci est encourageant, c’est la consécration de cinq années de travail, poursuit Stéphanie Abi Abdallah. Les start-up qui ont participé à la compétition profitent désormais d’une exposition médiatique internationale. Elles pourront donc également bénéficier d’investissements sur une autre échelle. La World Bank a qualifié le BDD d’espace technologique de développement avancé. Cela va encourager la matière grise libanaise à rester au Liban pour y investir, malgré les conjonctures économiques moroses».

Ecosystème «intéressant»
En leur créant un espace où se concentrent beaucoup de talents qualifiés, un espace où ils peuvent se connecter et échanger leurs idées, les talents seront moins tentés d’aller s’installer ailleurs. Pour inverser la fuite des cerveaux, la BDL a lancé en 2013, la circulaire 331 pour débloquer 400 millions de dollars de prêts subventionnés pour les banques commerciales qui financeraient les start-up (en cas de faillite de la start-up, les investisseurs ne perdraient que 75% de leur investissement). La start-up BuildInk a remporté la compétiotion cette année et va représenter le Liban à la battlefield de San Francisco en 2019.
Abondant dans le même sens, Ziad Traboulsi, engeneering manager à Facebook-Moyen-Orient estime que «le BDD facilite grandement l’organisation d’évènements comme celui d’une compétition entre les meilleures start-up de la région.» «En Afrique, par exemple, les start-up s’ingénient à pallier le problème de l’énergie, pour connecter les régions sans électricité au courant de batteries TESLA, ajoute-t-il. Au Liban, elles essayent sans cesse de pallier une infrastructure défaillante. C’est un environnement propice à l’émergence de start-up qui réussissent come Anghami. 300 entreprises ont postulé pour participer à la compétition de la meilleure start-up, 15 ont été retenues et une va gagner le prix de 25 000 dollars et participer au TechCrunch de Californie. Si peu de start-up survivent, c’est par manque d’expérience. Il faut avoir le souffle long. Ce n’est qu’après l’échec de deux, trois ou quatre start-up qu’un investisseur pourrait goûter au succès. Il est très rare de réussir dès la première expérience.»
Facebook pousse les start-up à utiliser ses produits de développement. Avoir une page commerciale sur Instagram ou Facebook est un outil qui accélère le développement. «Je rencontre tous les jours des start-up intéressantes et je les guide dans l’utilisation des produits non payants et payants de Facebook. D’ailleurs, le «developper circle» de Facebook à Beyrouth rassemble 1400 membres. Il est très actif et contribue grandement à la culture du numérique», conclut M. Traboulsi.

Micheline Abukhater

La reconstruction des lignes de chemins de fer au Liban pourrait être un catalyseur pour l’économie, résorberait le chômage et règlerait en partie le problème de congestion du trafic tout en replaçant le Liban au cœur du réseau de transport régional qui le relierait à l’hinterland arabe.

Au Liban, serpentant à travers les paysages vallonnés ou surgissant d’un vieux tunnel, ils sont encore là. Parfois morcelés, ces restes de rails rongés par le temps sont les derniers vestiges de ce qui fut jadis l’un des plus importants réseaux ferroviaires du Moyen-Orient. Patrimoine inestimable trop souvent négligé, témoin d’un âge d’or révolu qui fit du pays du cèdre un territoire prospère et développé, ce réseau pourrait pourtant, avec le concours de l’Etat et la participation d’entreprises privées, revoir le jour. Mais avant de réentendre siffler le train le chemin est long. Le Liban en a-t-il les moyens?
A Rayak, le temps semble s’être arrêté. Disposées entre les arbres et autres herbes sauvages, les locomotives rouillées sont là, figées, comme si elles s’étaient subitement arrêtées en plein travail. L’endroit revêt un peu cet aspect fantomatique des villes vidées de leurs habitants après le passage d’un nuage radioactif. Sur ce site de 35 400 mètres carrés, exceptionnel de par son état de conservation plus de 40 ans après sa fermeture, s’étendait autrefois la gare la plus stratégique du Liban, et pour cause. Véritable nœud ferroviaire, il s’agissait de l’embranchement principal vers la Syrie jusqu’aux villes de Homs et Damas, allant même jusqu’à Mossoul en Irak. Avec ses neuf bâtiments, dont un hôtel, un centre de télécommunications et une billetterie, Rayak était la capitale de la voie ferroviaire du Moyen-Orient et ce, dès 1895. L’endroit est aussi connu pour abriter un immense atelier réparti en 48 bâtiments dans lesquels les ouvriers fabriquaient des pièces de rechange pour les trains et s’occupaient de la maintenance. Quatre décennies plus tard, sous les toitures arrachées des hangars, les essieux abandonnés et les vieilles chaudières n’ont pas bougé. Dans un coin, une machine porte l’inscription Compagnie électrique de Nancy.

Base militaire
Durant la Seconde guerre mondiale, la gare de Rayak est transformée en base militaire où l’on construit des avions pour l’armée française, puis sera considérée dans l’entre-deux guerres comme la station la plus fréquentée reliant les capitales de la région et Damas à l’Europe.  
Mais Rayak n’est pas la seule station ayant fait du Liban d’autrefois un pays à la pointe de l’industrie ferroviaire. Sur les 406 kilomètres de voies ferrées qui avaient pour point de départ le port de Beyrouth, de nombreuses gares desservaient le littoral du nord au sud et connectaient entre elles les différentes régions du pays.

Pour Carlos Naffah, directeur de l’ONG Train/Train, qui milite pour la réhabilitation du rail au Liban, «il ne s’agit pas simplement de protéger le patrimoine. L’important est de reconnecter le Liban avec la région et le monde. Le rail a permis dès 1895 de connecter le Liban au Proche-Orient et même à l’Europe grâce à l’Orient Express». Un constat partagé par l’économiste Albert Kostanian, pour qui l’absence de trains a un réel impact social sur le pays: «Le réseau ferroviaire est un liant dans un pays. C’est quelque chose qui lie les gens. Géographiquement et socialement, car c’est un lieu de rencontre. Au Liban, il y a un gros problème d’étanchéité entre les classes sociales, les riches ne rencontrent jamais des pauvres. Le transport public est un creuset d’identité et d’appartenance nationale. C’est très important de rencontrer l’autre et au Liban, on a un gros problème de ce genre… En Inde l’unité est liée au chemin de fer, il raccorde le sud de l’Inde au nord, c’est très visible. Il y a d’autres pays asiatiques où le chemin de fer est le ciment de l’identité et de la cohésion nationale. Au Liban, nous avons besoin de facteurs de cohésion de quelque chose qui nous lie, et il n’y a rien de mieux qu’un chemin de fer».

Solution à la congestion
L’absence des transports publics au Liban a un lourd impact économique sur le pays, mais pas seulement. Pour Albert Kostanian, membre de l’ONG Train/Train et fondateur du cabinet de conseil Arthur D.Little l’impact est multidimensionnel: «Il n’y a pas de solution au problème de la congestion ou de la situation des transports notamment à Beyrouth, sans transports publics. Et l’épine dorsale du transport public, c’est évidemment le réseau ferroviaire. Soit pour l’acheminement des passagers, soit pour le fret, et on méprise souvent le fret dans ce genre de réponse mais il est absolument crucial d’avoir un chemin de fer notamment pour la reconstruction de la Syrie. Plusieurs études ont tenté de quantifier l’impact économique de la congestion ou du manque de transports publics. Ce n’est pas exclusivement relié au transport ferroviaire mais c’est l’absence de transports publics en tant que tel. Les chiffres varient entre 2 milliards de dollars de pertes annuelles (source de la Blom Bank) et 3 milliards de dollars ou 4% du PIB (source de la Banque Mondiale)».
A cela, l’économiste ajoute la perte de temps dans les transports: «Il me semble que dans ces méthodologies de quantification de 2 ou 3 milliards il faut quantifier aussi la perte de temps des Libanais. Elle est très conséquente, certaines études estiment à 16% la perte du temps utile (temps consacré au travail y compris le déplacement)». Autre phénomène, l’absence de transports publics a un effet sur la balance des paiements qui est le solde trans-monétaire du Liban, une grande partie des importations étant constituée d’hydrocarbures. «Si nous développions les transports publics ferroviaires, nous aurons moins besoin d’hydrocarbures, en sachant que 60% de leur consommation au Liban est liée aux voitures privées, donc cela aurait un impact aussi important», affirme Albert Kostanian.

Pour l’hinterland arabe
Plus de 120 ans après la première mise en service de la ligne Beyrouth-Damas et à l’heure où la Syrie s’apprête à entrer dans sa phase de reconstruction, le Liban pourrait tenir le rôle principal dans l’acheminement des matériaux de construction. L’arrière-pays arabe est aussi concerné. Pour Albert Kostanian, c’est une occasion à ne pas manquer: «La Syrie a des problèmes de ports. Elle a une façade maritime assez étroite. Banias, Tartous et Lattaquié sont des ports syriens spécialisés, dont la capacité d’extension est assez saturée et qui ne sont pas extensibles à volonté. Donc, si reconstruction il y a, et que le Liban est préparé en termes d’infrastructures et de transports adéquats, il pourrait y prendre part, d’autant plus que le Liban dispose d’un réseau bancaire assez développé et de services. Ceux qui voudront acheminer des matériaux seront très heureux de le faire à partir d’ici si les infrastructures nécessaires existent. Il faut tenir compte également du facteur de l’hinterland arabe. N’oublions pas que l’Irak a aussi une façade maritime très étroite de quelques kilomètres au niveau de Bassora, au sud-est du pays. Si on avait au Liban un bon chemin de fer, le port de Beyrouth pourrait être celui de l’Irak, voire de la Jordanie, qui a aussi le même problème. La Jordanie a une façade de quelques kilomètres au niveau d’Aqaba qui donne vers la Mer rouge. Tous ces pays ne diposent pas vraiment d’accès convenable à la mer. Le Liban pourrait bénéficier grandement de tout ça».
M. Kostanian insiste aussi sur la nécessité d’une imbrication port/réseau ferré: «Il n’y a pas un port digne de ce nom qui ne dispose pas d’un réseau ferroviaire bien dimensionné, menant au réseau national de fret pour acheminer des marchandises. Donc, c’est un point critique pour la compétitivité du Liban (…). Aujourd’hui, un projet est déjà en cours pour raccorder le port de Tripoli au réseau du nord de la Syrie en direction de Lattaquié et Tartous».  Reste encore à réhabiliter le port de Beyrouth…

Occasion manquée
Au Liban, les occasions manquées pour développer les infrastructures ne se comptent plus. Pour M. Kostanian, «tout ce qui a trait à la planification et l’organisation des infrastructures dans le pays est un ratage total, que ce soit au niveau de l’énergie, de la gestion des déchets, de l’eau, des transports… le transport n’est pas un cas isolé». En 2016, la société française Egis Rail, spécialisée dans l’ingénierie des transports urbains guidés et ferroviaires, mène une étude de faisabilité sur 3 lignes de chemins de fer: un train de marchandises Beyrouth-Tripoli (connecté aux 3 ports de Beyrouth, Jounié et Tripoli), une ligne Beyrouth-Tripoli avec 8 trains/heure et un train Intercités Beyrouth-Tabarja  avec 8 trains/heure et d’une capacité de 1 200 passagers chacun. Depuis cette date, le dossier envoyé au Conseil du Développement et de la Reconstruction (CDR) est resté lettre morte.

En mars 2018, le Liban reçoit pourtant un prêt de 295 millions de dollars de la Banque mondiale pour «inaugurer la restructuration du secteur des transports en déclin au Liban». Seul bémol, le projet prévoit l’achat de 120 bus BRT (Bus Rapid Transit) pour desservir 40 kilomètres seulement entre les quartiers du nord et le cœur de Beyrouth. Selon la Banque mondiale, cet achat des BRT mobilisera des investisseurs du secteur privé pour un montant entre 50 et 80 millions de dollars. En outre, 250 bus de liaison relieront les gares principales à l’arrière-pays. Un projet absurde selon Carlos Naffah, quand on sait qu’un bus a une capacité maximale de 40 à 50 personnes et que cela ne diminuera pas le problème des émissions de CO2. Le directeur de l’ONG déplore en outre la création de futures voies qu’il ne considère pas comme des solutions durables, comme la portion de Dbayé-Nahr Brahim (2,8 milliards de dollars) et une future autoroute Beyrouth-Tabarja (5,2 milliards) le tout sous forme de prêts issus de la conférence CEDRE.
Mais le Liban a-t-il les moyens d’entreprendre le chantier de la réhabilitation? Non, pour l’économiste Albert Kostanian, et il n’est pas question de faire payer le gouvernement qui, de toute façon, s’en trouverait incapable, d’autant plus que cette fois aucun prêt de CEDRE n’est prévu à cet effet. Pour réhabiliter le réseau ferré, M. Kostanian indique qu’un système de partenariat public-privé serait le moyen le plus efficace. «L’Etat devrait être partenaire de fonds privés pour réhabiliter l’infrastructure des chemins de fer et choisir un opérateur privé international qui soit lui-même opérateur de transports (assurant la circulation, la maintenance, le marketing du transport, au-delà de l’infrastructure). Donc l’Etat n’aurait rien à payer, son rôle serait de réguler, faciliter et mettre à disposition son domaine foncier», estime-t-il. Selon Carlos Naffah, la ligne côtière de Naqoura-Beyrouth est déjà utilisable à 70%, celle de Beyrouth-Tripoli à 97% et celle de Tripoli-Homs a juste besoin d’être réhabilitée sur ses 82 kilomètres.

Un vivier d’emplois
Réhabiliter le réseau ferré comporte un autre atout incontournable: celui de l’emploi. Avec un taux de chômage d’environ 25% (selon les chiffres du ministère du Travail de 2014), le train pourrait être la bonne alternative car les compagnies de chemins de fer sont généralement les plus gros employeurs. «Les réseaux ferroviaires sont de gros employeurs et ce, à tous les niveaux. Il y a une main d’œuvre peu qualifiée, des techniciens, des cadres, des financiers, c’est un secteur qui ratisse très large, il représente des milliers et des milliers d’emplois», d’après M. Kostanian. Des milliers d’emplois qui ne devraient pas coûter une livre à l’Etat car cela doit être pris en charge par le secteur privé, selon l’économiste. «L’Etat doit juste mettre à sa disposition un domaine foncier, il incombe au privé de recruter tous ces gens».
Après quatre décennies d’arrêt et à l’heure où la Syrie voisine se reconstruit, le Liban pourrait saisir l’occasion unique de sortir de son coma économique. Récemment, l’Irak a rouvert sa ligne Bagdad-Fallouja après des années de guerre qui avaient porté un coup d’arrêt à son réseau ferré. Au pays du cèdre et au fil des stations, de Beyrouth à Damas, de Rayak à Homs, de Naqoura à Tripoli, le rail pourrait renaître de ses cendres et redonner au Liban sa dynamique d’antan, quand on entendait encore siffler le train.

Marguerite Silve

Ogero n’était pas une administration appréciée par de nombreux Libanais. Le Premier ministre Saad Hariri a fait appel, il y a vingt mois, à Imad Kreidieh, débauché d’une société américaine basée à la Silicon Valley, pour chapeauter cette entité et lui donner un nouvel élan. Mission presque accomplie.
 

 

Imad Kreidieh est décidé à rétablir la confiance du citoyen libanais dans Ogero, bras d’exécution du ministère des Télécoms en charge de la maintenance des infrastructures télécoms au Liban. Réaliste et raisonnable, il affirme à Magazine s’être donné un délai expirant le 4 janvier 2020, date de la fin de son mandat, pour achever les 29 projets du chantier mis déjà sur les rails pour la remise sur pied d’Ogero, après avoir effectué une évaluation des actifs de cette entité. Certes, cet homme qui vient du secteur privé, a été quelque peu déçu au cours de ses vingt mois à la tête d’Ogero, par l’irrespect des fonctionnaires concernant leurs devoirs envers les citoyens. Il fait référence aux termes utilisés aux Etats-Unis pour désigner le fonctionnaire à savoir «Public servant». Celui-ci résume en deux mots sa mission, celle d’une personne dédiée au service du public citoyen. Ce qui l’a amené à suivre une méthodologie de gestion basée sur la motivation des employés et le suivi en continu. Imad Kreidieh est persuadé que l’application dans les administrations du concept de la sanction positive et de la récompense peut constituer un stimulant de taille pour les fonctionnaires. Il souhaite qu’un jour Ogero puisse fonctionner selon le modèle d’une entreprise privée, en créant une autorité de régulation du secteur qui aura à gérer tant l’aspect financier que celui du service au client. Une autorité de régulation qui existe déjà dans des pays en voie de développement, où il a déjà travaillé, tels le Soudan et le Pakistan, et où les entreprises privées s’efforcent d’être en conformité avec les requis — délais, normes internationales etc. — posés par les autorités de régulation respectives.

LibanTélécom
Dans cet esprit, il réclame l’adoption des décrets d’application de la loi 431. Celle-ci prévoit, entre autres, la création de LibanTélécom, qui remplacera Ogero, et dont une partie du capital sera ouverte au public et à un partenaire stratégique permettant un fonctionnement de la nouvelle entité sur le modèle des agents du secteur privé. Cette phase, gelée depuis la promulgation de la loi, en 2001, pourrait-elle un jour être mise en application? Imad Kreidieh se dit persuadé que l’exécution des idées stratégiques d’intérêt national ne doit jamais être limités dans le temps et dépendre de personnes spécifiques, se référant à des paroles prononcées par le général De Gaulle en 1957 sur la création de l’Union européenne.      

La cybersécurité
Ogero est l’épine dorsale de l’Internet au Liban. Il est normal qu’elle soit une cible pour les hackers. D’ailleurs, les systèmes de détection identifient tous les jours cinq à six tentatives d’intrusion des installations. Or, depuis la création de l’espace virtuel mondial, devenu un moyen de communication et de connexion, le risque d’intrusion et d’espionnage est bien réel et la menace est permanente. Imad Kreidieh est conscient de cette situation et rappelle que les hackers ont pu pénétrer les données de la NASA, les serveurs de la National Security Agency (NSA), lire les courriels de Hillary Clinton et espionner dernièrement 50 millions de comptes Facebook. «Par définition, le monde virtuel connecté en temps réel 24h/24 est la cible de tentatives d’intrusion parfois par des challengers, d’autres fois par des amateurs en quête de plus d’infos ou par des auteurs de cyber rançonnage», explique le directeur général d’Ogero, avant d’ajouter: «Les problèmes de vulnérabilité du cyberespace sont universels et Ogero joue le rôle de gardien des portes du cyberespace libanais contre les intrusions en provenance de l’extérieur vers l’intérieur.» Les moyens de cybersécurité sont évolutifs et Ogero fait de son mieux pour accomplir la tâche qui lui incombe.

Comité de stratégie nationale
Néanmoins, l’enjeu de la sécurité du cyberespace est bien plus complexe. La responsabilité d’Ogero dans ce domaine est lourde puisqu’elle est d’ordre national. Le patron du bras d’exécution du ministère des Télécoms refuse de faire assumer à cette entité seule, l’entière responsabilité d’une telle tâche vu la multitude d’intérêts parfois contradictoires des joueurs sur cet espace cybernétique. Ainsi Imad Kreidieh recommande une stratégie nationale de cybersécurité qui serait endossée par un comité représentant tous les secteurs vitaux concernés par cette menace cybernétique: les forces armées (armée, FSI, Sûreté générale, services de renseignement…), les acteurs du monde économique et financier (l’Association des banques au Liban, la Banque du Liban…) et les administrations publiques.
Pour le patron d’Ogero, la cybersécurité revêt une telle importance stratégique que le prochain conflit mondial serait une guerre menée via des cyberattaques, donnant l’exemple des Etats-Unis qui ont créé une armée de cyberattaques et une autre de cybersécurité. Imad Kreidieh considère qu’il est temps de porter l’affaire de la cyberdéfense au sein du débat public. Ogero a eu recours aux services d’une compagnie américaine pour identifier les failles dans son cyberespace et a colmaté les brèches et sa vulnérabilité. Pour l’instant, les accès aux données d’Ogero sont cryptés et ne sont connus que d’une poignée de fonctionnaires en plus de l’utilisation de sniffers, qui représentent des logiciels permettant d’identifier ceux qui ont eu accès aux données, l’heure de l’accès et les données qu’ils ont traitées. De nouvelles couches de sécurité sont ajoutées en continu. Mais toutes ces démarches restent insuffisantes. La création d’un comité stratégique national de défense cybernétique est un must. Une affaire à suivre...


Expérience riche et variée
Imad Kreidieh, la cinquantaine, a fait son baptême du feu dans le monde des télécoms en 2001, lorsqu’il est désigné directeur-adjoint des opérations pour le lancement par Investcom — appartenant au groupe Mikati — de la première opération GSM en Syrie. Muté à Khartoum, au Soudan, il devient directeur général pour l’implantation de la première opération GSM dans le pays, alors qu’Investcom est racheté par la compagnie MTN (Mobile Telecoms Network Group). Plus tard, le numéro 1 d’Ogero met le cap sur le Pakistan pour rejoindre la société Warid, avant de s’installer aux Emirats arabes unis, où il travaille durant près de six ans pour le compte d’une société dont le corps de métier est le contenu digital. Là-bas, il est remarqué par une société américaine opérant à Dubaï et basée dans la Silicon Valley, spécialisée dans les compteurs intelligents pour l’électricité. Imad Kreidieh est détenteur d’un diplôme d’économie monétaire de la North Eastern University of Boston. Il a entamé sa vie professionnelle dans un business familial en Arabie saoudite avant d’intégrer le secteur bancaire libanais puis de prendre sa vitesse de croisière dans les télécoms.

Liliane Mokbel

La conscience collective au Liban assimile souvent les bureaux de contrôle technique à des compagnies d’assurance. Il s’agit bien dans les deux cas d’une tierce partie qui gère le risque, délivre des garanties et accorde une certaine protection. Néanmoins, leur corps de métier est totalement différent.


Par définition, un bureau de contrôle a pour mission principale la maîtrise des risques qui se décline dans quatre natures de prestations: Inspection et Mesure, Assistance et Conseil, Formation et Certification. Son objectif ultime est de certifier à son client que son ouvrage ou son service, selon leur nature, est de qualité dans le sens où ils sont conformes à certaines normes de sécurité, de fonctionnalité et de durabilité.
Face aux parties prenantes, le bureau de contrôle technique s’efforce dans les limites des outils mis à sa disposition de s’acquitter d’une mission de «Prévention du Risque et de Garantie de Performance». Voire davantage, le contrôleur est celui qui doit avoir tout vu et empêché la suvenue de problèmes. Pour l’assistance et conseil, sa mission est de trouver les solutions pour prévenir ou limiter les dommages déjà encourus. En un mot, les bureaux de contrôle ont l’obligation de transformer les menaces en opportunités.
Comme la presse les qualifie, les bureaux de contrôle technique c’est l’histoire d’une vocation: s’engager pour un monde plus sûr. Ils donnent à leur clientèle le pouvoir d’anticiper les besoins de demain pour créer ensemble un monde plus sûr.
Partant de là, le concept de la sécurité s’enrichit presque chaque année de nouvelles normes. Ces dernières années, la presse spécialisée internationale a même parlé de quelques «révolutions normatives» avec un fort impact à tous les niveaux (conception, travaux, techniques, produits, coûts…). Certes, ces normes deviennent de plus en plus «contraignantes» du fait de la sophistication des constructions résidentielles et des installations industrielles, de celles de la santé et de la protection de l’environnement mais au moins elles sont garantes d’un ouvrage de qualité, qui se tient dans le temps.
Pour tout résumer, ces bureaux garantissent l’intégrité de la performance des actifs ainsi que la sécurité des personnes, ils permettent aux entreprises de préparer les évolutions et les exigences du futur. Pour ce qui est de la fréquence des vérifications, elle varie selon le type d’établissement, et si ceux-ci peuvent recevoir du public (ERP), les vérifications sont plus fréquentes. Reste qu’au Liban, les recours par des individus aux services d’un bureau technique de contrôle pour la construction de leur logement particulier sont rares. Dans tous les cas de figures, la sécurité des installations et la qualité des produits sont des gages de développement durables.

Des groupes français
Cinq des six bureaux de contrôle technique qui opèrent au Liban sont des groupes français. Dès lors, on peut se demander si cela est dû à la performance de ces groupes à l’international, à la législation française pragmatique et corsée de corps de métier ou une simple coïncidence? Alexandre Richa, directeur général de Qualiconsult explique à Magazine: «Ce n’est guère fortuit que la grande majorité des bureaux de contrôle technique dans le secteur du BTP relèvent de groupes français, dont fait partie le Groupe Qualiconsult. En réalité, la tierce-partie est une notion qui existe partout au monde et notamment dans les pays développés, mais prend une forme différente selon chaque région. Dans les pays anglo-saxons, ce sont les consultants qui exercent la tierce-partie sur un projet donné, quand ils ne sont pas impliqués sur ce même projet, d’où la notion de «Peer review». Aux Etats-Unis, les municipalités ayant leurs propres services techniques, prennent elles-mêmes en charge la mission de tierce-partie, donc du contrôle technique. Il n’y a qu’en France où le système stipule que le contrôle technique s’effectue par le biais de compagnies privées indépendantes, qui sont des organismes certificateurs tierce-parties. De ce fait, il leur est interdit par la loi de faire de la conception (Design), du pilotage de projet (Project Management) et de l’exécution (Contracting), et les rend ainsi indépendants vis-à-vis des promoteurs immobiliers, des boîtes de consultants et des entreprises. Ce qui explique que ces sociétés sont d’origine française pour leur quasi-majorité. »   
 
Responsabilité et charge
Sur un autre plan, à la question de savoir si la description de l’inspecteur du bureau de contrôle technique comme étant la personne «qui doit avoir tout vu pour empêcher les problèmes de se poser» est correcte, Nassib Nasr, PDG d’Apave Liban répond: «Le contrôleur technique dans le bâtiment est supposé revoir l’ensemble des études et plans d’exécution en amont des travaux; il est ainsi co-responsable des études avec les consultants; ce principe diffère un peu dans la phase de l’exécution des travaux où le contrôleur n’est pas présent sur le chantier en permanence et conduit ses inspections par sondage; tout ceci est expliqué par la norme française correspondante ref NF P 03-100, qui présente les critères généraux pour la contribution du contrôle technique à la prévention des aléas techniques dans le bâtiment. Prié de jeter la lumière sur les responsabilités du bureau face au maître d’œuvre, sur la jurisprudence libanaise en la matière ainsi que sur la possibilité d’insérer dans le contrat de contrôle et de surveillance des clauses limitatives des responsabilité, le No 1 d’Apave Liban explique que «dans le cadre Libanais, la loi correspondante (décret 7964 sorti en 2012) est claire sur   l’étendue des clauses contractuels et sur les responsabilités; le contrat liant la société de contrôle au maître de l’ouvrage ne peut pas donc être altéré. Toutefois, des missions non obligatoires, tel que le fonctionnement des équipements ou l’isolation acoustique, peuvent être insérées sans limiter pour autant les responsabilités du contrôleur». Il ajoute qu’au cas où une police d’assurance est souscrite par le maître d’œuvre, c’est le décret 7964 qui présente le cadre juridique de leurs interventions.
Qu’en est-il de l’utilité d’un recours à une triple protection, à savoir celles de l’expert sur le chantier, d’un assureur et d’un bureau technique de contrôle? Le pdg d’Apave insiste que tout ce monde est complémentaire; dans les pays industrialisées qui ont vu naître le contrôle et l’inspection technique par une tierce partie, la notion de prévention du risque implique systématiquement la distribution des responsabilités entre le concepteur et le contrôleur, alors que l’assurance vient compléter la boucle. Ceci est également lié à la notion de Qualité qui implique obligatoirement une phase «prévention».

Inspection, certification
Prié de dire si l’inspection et la mesure entraînent nécessairement la certification d’un ouvrage, le directeur général de Qualiconsult Liban souligne que cette procédure de certification n’est pas automatique et certains promoteurs de bâtiments se voient refuser notre certification, dans la mesure où ils n’ont pas respecté les normes en vigueur durant le processus des études et de l’exécution des travaux. La certification est une procédure destinée à faire valider par un organisme indépendant le respect du cahier des charges d’un ouvrage, en regard d’un référentiel donné. C’est un processus d’évaluation de la conformité qui aboutit à l’assurance écrite qu’une bâtisse répond à certaines exigences. En l’occurrence, il s’agit d’une certification tierce-partie, dans la mesure où la conformité est vérifiée par un organisme certificateur indépendant. Aussi faut-il souligner que la souscription d’une police d’assurance ne peut pallier le recours à un bureau de contrôle. C’est que la souscription d’un promoteur pour couvrir un projet donné est identique à une garantie dont bénéficie un produit manufacturé que l’on achète sur le marché. En droit, on dit que la garantie est l’obligation du vendeur ou du fabricant d’assurer au client la possession paisible de l’article vendu. ●


 Positionnement d’Apave au Liban
Apave Liban est devenu leader du contrôle technique bâtiment au Liban depuis plus de dix ans; une étude de marché conduite par une agence de marketing indépendante en 2016 a reflété ce positionnement avec une grande avancée la séparant du reste de la concurrence. La société est également leader dans d’autres domaines, telle que la formation professionnelle continue, étant les seuls sur le marché à présenter un plan de formation complet au niveau de la diversification des secteurs techniques, dans les essais et mesures environnementales. Apave a de nombreux projets pilote dans son portefeuille parmi les plus récents et les plus importants figurent notamment: le contrôle technique du Head Quarter de la Banque Libano-Française(BLF) Achrafié; le contrôle de l’extension de l’usine Hawa Chicken a Chekka, les mesures des rejets atmosphériques des groupes électrogènes de l’EDZ (électricité de Zahlé); le contrôle technique de l’ABC Verdun; les essais environnementaux de mise en service de l’usine de traitement des eaux usées de Chekka; la sécurité incendie du Musée oriental de Doha; l’accompagnement pour la mise à niveau du système de qualité ISO pour Alfa; la formation des ingénieurs de l’armée libanaise (plus que 110 personnes pour l’année en cours ayant assisté à une dizaine de sujets techniques); la vérification périodique de centaines d’ascenseurs…


Les projets de Qualiconsult
Qualiconsult est actuellement un des leaders en termes de Contrôle Technique dans le domaine du Bâtiment et des Travaux Publics au Liban, selon les chiffres mêmes de l’Ordre des Ingénieurs et Architectes de Beyrouth. Elle est bien positionnée sur le segment des Travaux-Publics, notamment les ouvrages d’art de Ponts ainsi que les infrastructures ferroviaires, aériennes et portuaires (Chemins de Fer, Métros Aéroports, Ports et Ouvrages maritimes). La compagnie a été sélectionnée comme contrôleur technique officiel de la région d’Ajman aux Emirats arabes unis qui l’a missionnée pour certifier les infrastructures de son projet phare Al-Zorah, un projet d’aménagement de plus de 22 millions de m2 de terrain jouxtant la mer du Golfe, qui a pris plusieurs années pour être achevé. Sans oublier toutes les missions qui lui ont été confiées pour la revue et la validation des études de Métro et de chemin de fer reliant les principales villes d’Arabie saoudite à la Mecque; le contrôle des aéroports internationaux en Arabie saoudite et au Qatar; contrôle des travaux maritimes de la base navale relevant de l’armée libanaise dans la baie de Jounié.

Par Liliane Mokbel

Les assureurs sont à la fois une cible des hackers et un protecteur contre ceux-ci. Magazine fait le point avec M. Fateh Bekdache, vice-président et directeur général d’AROPE, filiale assurance de BLOM Bank.
 

L’explosion du risque lié au boom des cyberattaques et le durcissement en Europe de la protection des données personnelles mobilisent les assureurs qui y voient un marché à très fort potentiel. Le marché mondial de la cyberassurance, estimé à 3,4 milliards$ en 2016, pourrait atteindre 6,8 milliards en 2019 et 8,6 milliards en 2020, selon Munich Re, numéro 2 mondial de la réassurance. Néanmoins, pour Fateh Bekdache, vice-président et directeur général d’Arope Insurance, la demande sur l’assurance cybersécurité est à ses premiers balbutiements dans la région du Proche-Orient. Il identifie néanmoins l’émergence d’un besoin croissant dans ce domaine vu la sensibilisation de l’opinion publique à travers la multiplication des séminaires sur les cyberattaques initiés par la Banque Du Liban et le bureau de lutte contre la cybercriminalité. M. Bekdache souligne que pour le moment, la demande sur ce type de police d’assurance provient de grandes institutions financières qui traitent d’énormes bases de données telles les banques, ainsi que du gouvernement et des hôpitaux. Ceci dit, les dommages causés par une cyberattaque peuvent être destructeurs de la structure des entreprises, d’où l’importance du risque à couvrir qui se répercute sur le coût de la police d’assurance. «Pour ce type de couverture, l’évaluation des risques n’est pas simple et nécessite une étude sur mesure et customisée (adaptée) à chaque entreprise. Elle n’est pas nécessairement coûteuse mais tout dépend du besoin, des conditions et des couvertures demandées. De plus, l’assureur et le réassureur examinent aussi les mesures de protection et de prévention qui sont installées par le client, son PCA ou Plan de Continuité d’Activité, les limites de couverture, et surtout les antécédents de pertes», déclare M. Bekdache.
Quel est le minimum d’outils de web sécurité adopté par l’entreprise pour qu’elle soit éligible à la souscription d’une police d’assurance portant sur le piratage des données ou la destruction de leur système de stockage? «Les assureurs et les souscripteurs (underwriters) exigent une liste extensive de prérequis et d’informations afin de bien définir les couvertures de la police et ses exclusions, répond le directeur général d’Arope Insurance. Ainsi, les entreprises qui n’ont ni aucune mesure de sécurité ou de protection en place ne peuvent être couverts vu le risque inévitable et l’exposition ouverte au risque. Il est évident que jusqu’à présent la demande pour l’assurance cyber par les PME est encore limitée, par contre, les banques sont les premières à en demander, et elles disposent le plus souvent d’une infrastructure technologique forte et bien protégée contre les fraudes et les cyberattaques.» Sur la part de responsabilité des entreprises en cas de cyberattaque, M. Bekdache précise que si le réassureur avait préalablement sollicité une pré-enquête de risque et un IT Audit du système informatique du  sujet à assurer, en cas de réclamation, l’entreprise serait protégée puisque toutes les vérifications nécessaires auront été effectuées.

Autoprotection
Comme les assureurs ne manipulent que «des données sensibles» ils sont une cible recherchée par les hackers, Arope, en connaissance de cause, inscrit le processus d’autoprotection dans ses priorités. «Arope investit constamment dans la sécurisation informatique. Ainsi la compagnie a mis en place des pare-feu, des détecteurs d’atteinte, des systèmes de prévention et des anti-virus afin de minimiser les risques de cyberattaque. La prévention est non seulement possible mais essentielle, et aujourd’hui la Fintech, l’Insurtech et l’émergence de la Blockchain promettent une gestion plus forte et plus efficace de ce genre de risque», conclut Fateh Bekdache.

Liliane Mokbel
 

Au moment où areeba prône des solutions de paiement par carte, les Libanais et la planète vivent dans l’obsession des cyberattaques. areeba est en première ligne de défense.

Le directeur commercial d’areeba, Ramzi Saboury, affirme à Magazine que la société suit les dernières tendances technologiques pour ajouter de nouveaux paliers de sécurité. Sa plateforme de paiement en ligne offre des solutions complètes, intégrées et sécurisées pour les transactions d’entreprise à entreprise et d’entreprise à consommateur, tout en intégrant des outils tels que la Tokenization. Ce procédé élimine la fraude en permettant aux utilisateurs de générer un jeton pour les paiements récurrents au lieu de stocker les informations de leur carte sur le site web du commerçant. La plate-forme de paiement en ligne d’areeba reçoit les paiements effectués avec les principales marques de cartes (MasterCard, Visa et American Express) et protège les transactions contre la fraude grâce aux fonctions de sécurité Verified by Visa, MasterCard Secure Code et Amex SafeKey. M. Saboury souligne qu’areeba a lancé une initiative appelée «2bada Jadd», qui durera trois mois dans chacune des quatre régions suivantes: Bekaa; Mont-Liban; Nord et Sud. Elle reposera sur trois piliers:
● Engager des marchands et leur fournir un soutien: areeba offrira l’installation des terminaux de point de vente (TPV) sans frais.
● Inciter les commerçants à passer aux paiements électroniques: Pour créer un trafic de paiement, areeba lancera une campagne d’incitation pendant trois mois à l’intention des commerçants de chaque région. Ainsi, «pour chaque 10 transactions effectuées sur un TPV d’areeba, le commerçant participe à un tirage au sort pour gagner 10 000 $, 5 000 $ ou 2 500 $».
● Encourager les titulaires de cartes à dépenser dans ces quatre régions: En parallèle, areeba lancera une campagne offrant à tout titulaire de carte de paiement effectuant une transaction avec son TPV, la possibilité de participer à un tirage au sort et de gagner trois voyages à Istanbul pour deux personnes (par région).

La carte biométrique

«L’utilisation de la technologie des empreintes digitales pour authentifier une personne en vue de paiements offrira aux titulaires d’une carte un processus de paiement plus rapide, plus simple et plus sécurisé par rapport à l’utilisation traditionnelle des codes confidentiels», ajoute Ramzi Saboury. Il précise qu’«areeba s’associe à Zwipe, une entreprise de technologie biométrique, Visa et Gemalto, pour mener ce programme pilote au Moyen-Orient.» La carte biométrique intègre la dernière technologie permettant des transactions à l’aide d’un lecteur d’empreintes digitales intégré plutôt que de saisir un code PIN. L’empreinte digitale est immédiatement comparée aux données biométriques stockées en toute sécurité dans la carte. Qu’il soit en mode contact ou sans contact, le processus de paiement est totalement intuitif, garantissant une expérience fluide. La carte est alimentée par le TPV, ce qui élimine le besoin d’une batterie embarquée. Pour plus de sécurité, la carte biométrique offre l’option d’une authentification conventionnelle basée sur un code PIN, comme protection alternative pour les transactions de valeur supérieure.                                                 

Prix de revient
Le prix de revient de la transaction en cash est plus élevé que celui de la carte bancaire en raison des risques potentiels de vol et de contrefaçon. Ces dépenses, ainsi que les coûts de main-d’œuvre et les frais de dépôt en espèces et de retraits, entre autres, s’ajoutent et font de la gestion de l’argent un moyen de paiement plus coûteux. Ajoutons à cela l’amélioration de la commodité et du contrôle de la conservation des dépenses liées aux paiements personnels, de voyages et d’affaires; le coût des cartes couvre de nombreux services tels que: SMS, programmes de fidélité, programmes d’assurance, accès à des salons et autres avantages. De plus, l’utilisation de cartes peut aider les consommateurs à passer au vert en raison des options sans papier disponibles (au lieu des reçus) et des longs cycles de vie. Bien qu’il soit difficile de recycler le plastique, une carte de débit/crédit peut être utilisée pendant des années, au lieu de l’argent en papier, qui circule en permanence au point de causer des dommages.

Liliane Mokbel

Depuis leur installation en 2007 à Bagdad, Erbil et Bassora, les banques libanaises se sont battues sur un marché complexe. D’ici fin 2015, elles auront une nouvelle échéance à honorer.

Sur un plan organisationnel, laBanque centrale irakienne a décidé de relever les capitaux propres des branches des banques étrangères installées en Irak à 70 millions de dollars. Cette décision respectée, les banques sont autorisées à ouvrir autant de branches qu’elles le souhaitent. D’après certains experts, la nouvelle réglementation portant le No 9/3/288 du 16 octobre 2014 viserait à encourager l’activité des banques étrangères en Irak et, par la suite, à pousser les banques locales à réaliser de meilleures performances au nom de la concurrence. Les banques libanaises, qui ont accueilli favorablement la possibilité d’ouvrir de nouvelles branches, se sont montrées plus réservées quant au montant de la capitalisation requis et au délai de se conformer à la nouvelle directive expirant pour les banques étrangères fin 2015, alors que ce délai est de trois ans pour les banques locales. La date butoir de la fin 2015 a été qualifiée de courte. Parallèlement, les financiers ont considéré avec scepticisme les dispositions de la Banque centrale irakienne selon lesquelles la capitalisation des banques étrangères doit représenter 30% de celle des banques locales. Ce qui signifie, dans la pratique, qu’à chaque fois qu’il sera demandé aux banques locales de relever leurs capitaux propres, il en sera de même pour les banques étrangères dans une proportion de 30%.

 

Marché compliqué
Le parcours des banques libanaises en Irak a débuté en 2007, sachant que la loi concernant les banques irakiennes n’a été promulguée qu’en 2003. Sur le marché irakien, on dénombre aujourd’hui la présence de multiples branches appartenant à neuf banques libanaises, et un bureau de représentation, répartis entre Bagdad, Bassora et Erbil. Il s’agit de Byblos Bank, Intercontinental Bank, la Banque Libano-Française, Bankmed, Bank of Beirut & Arab Countries, le Crédit libanais, Fransabank, Blom Bank et Middle East & Africa Bank, alors que Beirut Bank a ouvert un bureau de représentation et que Audi Bank est en passe d’inaugurer des branches notamment à Najaf et Souleimaniyé, en plus de branches à Bagdad, Bassora et Erbil. Les conditions de travail en Irak rendent l’activité bancaire difficile à gérer vu les limites des autorités monétaires en termes de compétences humaines et techniques. La faiblesse de la culture bancaire de la clientèle n’arrange pas les choses. Aujourd’hui donc, l’activité des établissements bancaires en Irak se concentre sur l’ouverture de crédits documentaires aux agents sans toutefois l’octroi de prêts. L’inexistence d’une centrale des risques et d’un registre de commerce rend l’obtention de toute information financière et économique concernant le client quasiment impossible. A ceci s’ajoute l’interdiction pour les banques de procéder à des hypothèques immobilières, celles-ci n’étant pas autorisées à posséder des propriétés. En parallèle, suivant les données de l’Agence américaine pour le développement, il est fort probable qu’une grande partie des Irakiens n’a pas de comptes bancaires. Par conséquent, le ratio des prêts bancaires rapportés au PIB est l’un des plus faibles dans le monde, ce ratio ne dépassant pas 9%, alors que la moyenne dans les pays de la région Mena s’articule autour de 55%. Aussi l’absence d’un mécanisme de domiciliation des salaires est de nature à freiner le développement des prêts individuels.

 

PAGES RÉALISÉES PAR LILIANE MOKBEL

Mercredi, 17 Décembre 2014 02:59

Moyen-Orient

Asie centrale  
IDB Finance implante des cliniques mobiles

Islamic Development Bank (IDB), basée à Jeddah, et le Kirghizstan ont signé un accord en vertu duquel la banque islamique s’est engagée à assurer le financement de cinq cliniques mobiles consacrées aux soins médicaux. Ces cliniques seraient déployées dans les zones rurales en Asie centrale. Le projet de la clinique mobile au Kirghizstan s’inscrit dans le cadre du programme d’un coût de 266,5 millions de dollars financé par le royaume wahhabite et exécuté par l’IDB. Ce programme consiste à implanter 75 cliniques mobiles dans plusieurs pays islamiques à savoir, outre le Kirghizstan, le Pakistan, le Tadjikistan, l’Afghanistan et le Yémen. Les cliniques mobiles offriraient une panoplie de services dont des soins médicaux généralistes, la radioscopie et la mise à niveau du personnel médical.          

Budget
Huit nouveaux ministres en Arabie saoudite

Le roi Abdallah d’Arabie saoudite a nommé par décret royal huit ministres pour s’occuper de la restructuration des contentieux relevant des ministères de la Santé, de l’Enseignement supérieur, du Transport, de l’Agriculture, de l’Information et des Affaires islamiques. Parallèlement, les ministères jugés d’une importance prioritaire n’ont pas subi de changement au niveau de leurs responsables, à savoir ceux des Finances, du Pétrole, de l’Intérieur, des Affaires étrangères et de la Défense. Les dispositions du décret royal étaient concises, soulignant que la restructuration concernerait le budget de 2015 sans autres précisions. De toute évidence, la restructuration devrait anticiper la baisse attendue des revenus du royaume provenant de l’exportation du pétrole. Le prix du baril de pétrole a reculé ces derniers mois à son niveau le plus bas depuis quatre ans.

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Éditorial
Le réflexe de Samson

La guerre menée par les Etats-Unis et ses alliés contre le Hezbollah est entrée dans une nouvelle phase. C’est l’impression qu’ont eue des diplomates européens et des hommes politiques libanais après avoir rencontré des responsables américains ces dernières semaines. Washington durcit progressivement les sanctions contre le Hezbollah dans le but de «l’affamer». Le président Donald Trump a signé, jeudi 25 octobre, un projet de loi élargissant la liste des personnes pouvant être sanctionnées pour avoir fait affaire avec le parti chiite. «Nous allons cibler, déstabiliser et démanteler leurs réseaux opérationnels et financiers, qui étaient nombreux, et qui le sont beaucoup moins maintenant», a-t-il déclaré. Quelques jours plus tôt, le secrétaire américain à la Justice, Jeff Sessions, avait désigné le Hezbollah comme étant une «organisation transnationale criminelle contre laquelle les Etats-Unis vont mener des enquêtes approfondies et engager des poursuites». «Une équipe spéciale de procureurs expérimentés dans le domaine de la lutte contre le trafic de drogue, le terrorisme, le crime organisé et le blanchiment d’argent va enquêter sur des individus et réseaux soutenant le Hezbollah», a affirmé Jeff Sessions. Le durcissement des sanctions américaines n’est pas une surprise. Dans une interview publiée par le quotidien israélien The Jerusalem Post à la mi-août, un ancien chef du Mossad, Tamir Pardo, avait reconnu qu’il n’était plus possible de vaincre militairement le Hezbollah mais qu’il fallait imposer des sanctions au Liban pour en venir à bout. Cette nouvelle stratégie mise au point entre Washington et ses proches alliés n’a pas échappé au commandement du parti, qui les prend très au sérieux. «Le Hezbollah fait l’objet de pressions, a déclaré Sayyed Hassan Nasrallah dans un de ses discours de Achoura. C’est plutôt une menace psychologique qu’une véritable menace. Ceux qui conspirent contre notre région, comme Israël, les Etats-Unis et leurs alliés, ne reconnaîtront pas notre victoire. Ils ont échoué dans la guerre militaire contre nous, alors ils essaient de nous frapper de l’intérieur».   Le Hezbollah pense que le véritable objectif des mesures américaines est de l’isoler sur le plan interne en le coupant de sa base populaire et de ses soutiens au sein des autres communautés. C’est ce qui expliquerait le fait que les sanctions pourraient être progressivement élargies pour englober des noms et des entités qui ne sont pas forcément liés au parti mais qui appartiennent à des alliés de différentes communautés. Des sources informées affirment, qu’à terme, entre 300 et 1 000 noms seraient inscrits sur les listes américaines. Si elle est prise, une telle mesure risquerait d’avoir de sérieuses répercussions sur l’économie. C’est cela qui a inquiété les diplomates européens et les hommes politiques libanais, qui ont senti que Washington ne se souciait plus de la stabilité du Liban et avait développé un réflexe de Samson, qui a détruit le temple sur sa tête et sur celles de ses ennemis philistins. Le Hezbollah ne reste pas les bras croisés face à ce changement de tactique. Il a lui aussi entamé une nouvelle étape de son parcours politique. La première étape, en 1992, a été son entrée sur la scène politique libanaise avec sa participation aux élections législatives. La deuxième, en 2005, a marqué sa participation au pouvoir exécutif, avec, pour la première fois, des ministres nommés au gouvernement. En 2018, le Hezbollah entame la troisième étape: la conquête de l’administration publique.


 Paul Khalifeh
   

Santé

Le diabète au Liban. Presque un demi-million de cas
Avec 425 millions1 de personnes qui en sont atteintes dans le monde et 464000 au Liban, le diabète est, avec l’hypertension…

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