Economie
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Nº 3100 du vendredi 5 avril 2019

Economie
Jeudi, 04 Avril 2019 13:38

Les ventes aux enchères

Nous y assistons souvent, nous y sommes parfois invités, mais nous ignorons tout de ce qui se passe dans les coulisses des ventes aux enchères. Un processus long sur lequel nous renseigne Johnny Sarkis, expert en œuvres d’art, meubles et tapis et membre de l’Alliance européenne des experts et de l’Association des Antiquaires et collectionneurs du Liban.
 

Comment est organisée une vente aux enchères? Où et comment les biens sont-ils récupérés? Comment sont-ils évalués?
Le processus d’une vente aux enchères est long. En général, le client qui désire déposer un ou plusieurs lots à la vente nous contacte afin de le lui estimer. Sinon, c’est à la suite d’une expertise ou d’une succession que le lot est inclus dans une vente. Cela peut donc provenir aussi bien d’un collectionneur, d’un amateur, d’une succession de personnes décédées que d’un artiste, d’un antiquaire ou d’un marchand.
Dans un premier temps, il faut examiner le lot, l’estimer puis fixer un prix de réserve, qui est le prix auquel le lot sera proposé aux enchères. Si le client vendeur est d’accord, le lot est photographié, mesuré et décrit. Un contrat de dépôt de vente pour enchères est alors conclu entre les deux parties (le client et la maison d’enchères). C’est à partir de ce moment que le lot est inclus dans la prochaine vente. Il faut généralement compter entre deux semaines à deux mois, depuis le jour de la réception du lot jusqu’à sa mise en vente aux enchères. Si les lots ne sont pas déposés à l’étude, la maison d’enchères se charge du transport à partir du domicile du vendeur. Dans le cadre d’une vente générale de lots divers, c’est une fois que l’on a atteint 300 lots que l’on peut organiser la vente. Par contre, lorsqu’il s’agit d’une vente d’art contemporain et particulièrement de tableaux, c’est à partir de 80 lots que la vente peut être lancée. Cela nécessite une mise en scène et un espace d’exposition différents. Concernant les critères d’évaluation, ceux-ci sont établis en fonction:
●  De la valeur des lots sur le marché aussi bien local qu’international.
● Soit des prix atteints aux enchères dans les ventes précédentes soit du résultat des ventes à Paris, à Drouot ou en province, chez Christie’s, Sotheby’s et Bonham’s en Angleterre, dans le reste de l’Europe et aux Etats-Unis. Ceci nécessite, dans certains cas, de longues recherches.

Combien coûte l’organisation d’une vente aux enchères?
Les coûts d’une vente varient en fonction de la durée et du lieu. C’est toute une infrastructure qui comprend aussi bien les employés que le manutentionnaire ainsi que l’installation en vitrines, l’éclairage, l’accrochage et la présentation des lots. Il faut également prévoir le podium, les chaises, les micros et les écrans le jour des ventes. Il faut tenir compte de la publicité par voie de presse, par messages et quelquefois par radio, par affichage ou encore par envoi de cartons d’invitation. Le catalogue et le site Internet sont de même pris en considération. Il faudra compter au minimum 15 000 à 30 000 dollars pour une petite vente. Sur plusieurs jours, le montant peut atteindre le double.

Comment le public est-il informé? Comment participer aux enchères?
Le public est informé par les moyens précédemment cités. Toute personne majeure et saine d’esprit peut participer aux enchères sans aucune condition. Elle peut soit assister à la vente, soit laisser un ordre d’achat écrit ou par téléphone à condition que la personne soit connue de la maison d’enchères.

Comment est fixée la mise à prix?
La mise à prix est fixée conformément au contrat signé entre le vendeur et la maison d’enchères. Généralement, le premier prix affiché dans le catalogue est celui de l’ouverture de l’enchère et le second  en est une estimation. Dans d’autres maisons d’enchères, le prix d’ouverture est en-dessous du premier prix affiché. Toutefois, c’est dans un souci de transparence que nous préférons que le premier prix soit celui de l’ouverture de l’enchère, par lequel nous sommes contractuellement liés. La seule exception concerne les lots en valeur libre sans prix de réserve ou si le client décide de lui-même de baisser son prix avant la vente.

 

Comment est fixé le prix minimal par lequel commence la vente aux enchères d’un bien? Comment ce montant augmente d’un enchérisseur à l’autre?
Le montant entre enchérisseurs augmente en général en fonction du montant initial. Si l’on commence, par exemple, à 100 $, l’augmentation se fera ainsi: 120, 150,180, 200. Si l’on débute à 1 000 $, nous passons à 1 200 et ainsi de suite. Par contre, lorsque le prix minimal est de 10 000 $, l’augmentation se fait de 1 000 en 1 000. A noter que l’enchérisseur peut parfois proposer une somme différente, même pour les petits montants.

Devient-on directement adjudicataire ou y a-t-il un délai réservé aux surenchères après la vente aux enchères? Si oui, comment surenchérir?
Une fois que l’enchère a été faite, l’adjudicataire devient sur le champ le nouveau propriétaire du lot à condition qu’il règle le montant des enchères et les commissions et taxes dues. Personne ne peut surenchérir une fois que le marteau s’est abattu sur la table et que l’enchère a été déclarée.

Comment payer le prix d’adjudication?
Au moment où le lot lui est échu, l’adjudicataire reçoit un bordereau qu’il signe tout de suite, par lequel il reconnaît qu’il doit payer le montant du lot. Une fois la vente terminée, il se dirige chez le comptable pour lui régler le montant. Muni d’un reçu, il pourra alors récupérer son lot. En France, vous devez immédiatement régler le montant dû en espèces, par chèque ou par carte bancaire et ce n’est qu’après avoir reçu le bordereau que vous pouvez prendre livraison du lot. Certaines études au Liban font de même.

Comment s’effectue le transfert du titre de propriété?
Une fois le montant réglé, l’adjudicataire est le propriétaire du lot et, dans les bordereaux, cette transaction, bien que publique, reste sous le sceau de la discrétion. Sauf avis de l’adjudicataire, nul ne peut savoir qui a acheté le lot et qui l’a vendu, sauf si la vente se déroule, par exemple, à la suite d’une succession dans la maison du vendeur.

Quels sont les frais annexes pour un adjudicataire?
Les frais annexes sont les droits de criée de 12,5% en sus des enchères, puisqu’ils comprennent la commission de la maison et les 2,5% qui sont dus à la municipalité de Beyrouth, dont un des représentants assiste à la vente.

Natasha Metni Torbey

Imaginée par Solène Esber-Atwi et Louis Munoz-Zagury, la plateforme Hiwayati met en relation les familles à la recherche d’activités pour leurs enfants et les professionnels des métiers de l’art, de la culture et du sport au Liban.
 

L’idée est née il y a 5 ans lorsque Solène, en vacances dans sa famille au Liban, prend conscience de la difficulté qu’ont les parents à occuper leurs enfants après l’école. Dans un pays où les espaces publics et verts sont rares et avec des journées d’école finissant tôt, un membre de la famille, souvent la mère, se voit contraint d’écourter ses journées de travail. Conséquence de cela, les enfants ont tendance à passer leurs après-midis devant des écrans. Avec comme élément de comparaison, le dispositif français d’Aménagement des rythmes de vie des enfants et des jeunes (ARVEJ), dont Solène a bénéficié plus jeune, elle réalise que cette situation est néfaste pour le développement personnel des plus jeunes. Or, au pays du cèdre, nombreux sont les professionnels offrant des activités variées et de qualité. Ils rencontrent néanmoins des difficultés à se faire connaître. C’est ainsi qu’Hiwayati se veut être la réponse à une double demande: apporter un épanouissement aux enfants en occupant leur temps libre – et libérer conjointement celui des parents – ainsi qu’offrir une visibilité et un service de gestion aux professionnels.

De MyAftersCool à Hiwayati

La rencontre entre la jeune femme et Louis s’est faite à l’école de commerce Audencia, à Nantes, dans le cadre de leur Master en Entrepreneuriat. C’est lors de cette formation que le projet, baptisé dans un premier temps MyAftersCool a mûri, avec l’objectif initial d’occuper les espaces vacants des établissements scolaires en organisant des activités à des tarifs abordables.
En mai 2017, Solène et Louis s’installent à Beyrouth et entament un tour des écoles libanaises. Ils se voient rapidement confrontés à la difficulté de s’adapter aux modes de fonctionnement propre à chaque établissement. Pour y remédier, ils décident de réorienter le projet en lui apportant une dimension digitale. C’est au sein de Berytech – un incubateur libanais qui accompagne l’entreprise depuis octobre 2017 – que les fondateurs vont imaginer une plateforme web permettant aux parents de trouver et de réserver des activités pour leurs enfants. En février 2018, ils mettent en ligne une version prototype du site et la soumettent à des parents et des professionnels libanais. Leurs retours ont permis de concevoir une nouvelle plateforme pensée pour répondre aux attentes des familles et des professionnels. En début d’année, ils ont rebaptisé l’entreprise Hiwayati car ils souhaitent étendre l’offre d’activités à tous les âges d’ici 2022.

Parents et professionnels
Les familles ont accès à un annuaire en ligne comprenant un large spectre d’activités, du théâtre au judo en passant par le hip-hop. Depuis un moteur de recherche, le parent indique la localisation (par exemple: Badaro) et la thématique souhaitée (par exemple: violon). Il accède alors aux activités proposées au sein de structures, à domicile et aux camps de vacances.
Un système de réservation intuitif permet à l’utilisateur de réserver l’activité de son choix. Le paiement ne s’effectue pas en ligne mais directement auprès du professionnel. Une fois la réservation validée, le parent accède à des fonctionnalités de gestion du temps extra-scolaire de l’enfant.
Les professionnels, eux, disposent d’une interface dédiée au référencement de leurs activités et à la gestion de leurs réservations. Ils pourront également bénéficier d’une offre de services incluant du conseil, de l’aide pour améliorer leur communication et un accompagnement dans l’organisation d’événements. Ces services s’adressent autant aux professionnels établis qu’aux personnes souhaitant proposer des activités à domicile.
Les fondateurs souhaitent qu’il y ait des activités variées et à tous les prix mais restent attachés à la qualité de l’offre. L’équipe d’Hiwayati rencontre tous les professionnels ou étudiants avant de valider la création de leur compte sur la plateforme. Mettant un point d’honneur à la pertinence des thématiques proposées, ils privilégient les activités autour du développement durable et du patrimoine libanais.

Les citoyens de demain
Avec la conviction que c’est par l’éducation, la culture et la sensibilisation à la protection de l’environnement que l’avenir du Liban se façonne, cette plateforme veut favoriser l’épanouissement et l’ouverture culturelle de la jeunesse et offrir de la visibilité aux professionnels des secteurs artistiques, culturels et sportifs afin d’encourager leur développement. Le lancement de la plateforme est normalement prévu dans quelques semaines. Parallèlement, l’équipe d’Hiwayati s’est lancée dans la préparation d’une campagne de crowdfunding qui devrait débuter durant l’été.

Par Noémie de Bellaigue

En marge de la remise des prix décernés aux lauréats du Challenge Startupper de l’année par Total, Daniel Alvarez, Directeur général de Total Liban, a répondu aux questions de Magazine. Par Joëlle Seif

Dans quel cadre s’inscrit l’initiative du Challenge Startupper de l’année par Total?
Total est une entreprise pétrolière qui exerce la politique de responsabilité sociétale  ou corporate social responsibility dans un souci d’avoir un impact positif sur l’ensemble de l’environnement du marché. C’est en Afrique que fut lancée la première édition du Challenge Startupper de l’Année par Total  en 2015. Devant le succès de cette initiative, le groupe Total a décidé de l’étendre à une soixantaine de pays en 2018. Ce n’est pas une démarche économique et Total n’agit pas dans le but d’investir dans des start-up pour réaliser des profits. Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la volonté de Total de soutenir le développement socioéconomique des pays dans lesquels le groupe est implanté à travers le monde. Il contribue localement au renforcement du tissu social, à travers l’appui apporté aux entrepreneurs les plus innovants, dans la réalisation de leur projet.

Quels sont les critères de sélection des candidats?
Au départ quelque 300 dossiers ont été soumis, dont plus de 90 ont été retenus. La première sélection a été faite sur base des questions fermées du questionnaire en ligne. Dans une deuxième phase, l’agence Sparknews a revu les dossiers et a sélectionné 15 finalistes qui ont présenté leurs projets. Trois aspects importants ont été retenus pour la sélection. D’abord, le caractère innovateur de la start-up au niveau de l’idée, de la technique et du concept. Ensuite l’impact social ou l’utilité pour la société et finalement, la faisabilité et l’applicabilité de l’idée.

Quels seront les prix décernés?
Le premier prix est d’un montant de 12 500 euros, le second de 7 500 euros  et le troisième de 5 000 euros. En outre, les trois lauréats bénéficieront d’un coaching ainsi que d’une campagne de communication pour donner de la visibilité à leur projet. En outre, l’affichage dans les stations-service Total portera sur les gagnants. Le label «coup de cœur féminin» est décerné pour primer le meilleur projet féminin. Généralement, le monde des start-up est un univers masculin et c’est la raison pour laquelle nous avons voulu encourager les initiatives féminines. Toutes les gagnantes du label «coup de cœur féminin» seront invitées à Paris pour suivre une semaine de formation. Les projets présentés concernent plusieurs domaines: la santé, le traitement des déchets, l’environnement, les transports, le développement de la jeunesse, etc.… La composition du jury est très diversifiée, chacun venant d’un monde différent.

Joëlle Seif

 

 

 

A l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Sharon Stammers et Martin Lupton ont lancé l’initiative Women in lighting, un site web qui promeut la représentation féminine dans ce secteur. Cherine Saroufim, architecte partenaire à IDEPCONSULT- Mounir Saroufim and Partners à Beyrouth, est l’ambassadrice du projet au Liban.


Bien qu’elles représentent plus de 50% des professionnels du secteur de la conception d’éclairage dans le monde, les femmes n’y sont pas représentées à leur juste valeur. «Il suffit de regarder le nombre de femmes s’exprimant lors de grandes conférences, juges lors de récompenses, pour se rendre compte que leur représentativité est nettement inférieure à celle des hommes. Nous voulons changer cela», témoigne Martin Lupton, fondateur du projet avec Sharon Stammers, tous deux architectes d’intérieurs et concepteurs d’éclairage suédois.
Pour Cherine Saroufim, diplômée de l’Alba et de la très prestigieuse Parsons Art and Design School à New-York et revenue au Liban depuis 11 ans, il ne faudrait pas y voir un nouveau mouvement féministe. La jeune femme ne se décrit d’ailleurs pas comme telle. «Je ne suis pas féministe. Je n’ai jamais eu à m’imposer et sur les chantiers, je me sens à ma place. Même si c’est un métier difficile pour les femmes. Women in Lighting, ce n’est pas une question d’égalité homme-femme, nous ne sommes pas là pour dire que nous sommes meilleures qu’eux. Mais dans notre domaine en tant qu’éclairagiste, alors que nous sommes plus nombreuses que les hommes, nous sommes sous-représentées. Lors des conférences, 90% des intervenants sont des hommes. Même au Liban, nous sommes une majorité. Sharon Stammers et Martin Lupton ont voulu créer un mouvement pour essayer de retrouver toutes ces femmes à travers le monde. Des femmes qui sont prêtes à faire bouger la communauté et à réaliser qu’elles constituent une grande masse».
Très présente au niveau international et active dans des associations américaines, enseignante à l’Alba et à la LAU, le profil de Cherine Saroufim séduit rapidement les fondateurs du projet qui voient en elle une potentielle ambassadrice. «Un étudiant libanais dans le secteur est rentré de ses études en Allemagne et connaissait les fondateurs. Il leur a parlé de moi et Women in Lighting m’a contacté. C’était du bouche-à-oreille, je pense que cela a été le cas pour les autres ambassadrices du projet dans le reste du monde». Une aubaine pour le secteur de l’éclairage au Liban où la profession n’est pas toujours bien représentée, parfois rejetée, voire méconnue du grand public. Pour Cherine Saroufim, être ambassadrice est une mission pour les générations futures: «Qu’elles sachent qu’elles peuvent arriver à faire ce qu’elles veulent comme moi j’ai réussi à le faire. J’ai été très bien secondée, que ce soit au niveau de la famille mais aussi grâce à mon appartenance à cette université de Parsons. J’ai aussi travaillé avec le cabinet Tillotson Design Associates qui fait partie de l’association de femmes Working women dont le but était d’atteindre 70% de femmes en poste afin de promouvoir leur présence dans la profession. Cela m’a énormément encouragée. Je suis là pour promouvoir mon domaine qui est l’éclairage, mais aussi pour encourager les jeunes». 

Marguerite Silve

Dans sa croisade contre le détournement, le gaspillage et la mauvaise gestion des deniers publics, le député Ibrahim Kanaan ne recule devant rien. Conscient de la gravité de la situation économique et financière, il propose des solutions réalistes pour une sortie de crise.

Vous êtes à l’origine, en tant que président de la Commission des Finances et du Budget, de la divulgation des nombreuses irrégularités qui entachent les comptes publics? Comment avez-vous découvert cela et où en sommes-nous aujourd’hui?
Lorsque j’ai assumé, en 2010, mes fonctions de président de la Commission des Finances et du Budget, j’ai découvert avec mes collègues que les comptes publics ont été rejetés 14 fois par la Cour des comptes. Le Parlement a créé un précédent en votant les budgets sans valider les comptes publics en violation de l’article 87 de la Constitution. C’est en contradiction avec le principe universel de la transparence des comptes. Enfin, il y a eu des infractions et des violations qui ont été relevées par la Cour des comptes. C’était une situation illégale et malsaine qui portait préjudice à la position financière du Liban sur la scène internationale et au niveau local, puisque la dette publique est à 70% interne. Pendant deux décennies, les dépenses de l’Exécutif n’étaient pas soumises à un contrôle. Les difficultés que nous vivons aujourd’hui sur le plan des finances publiques et de l’économie sont en grande partie dues à cette situation. A cause de cela, le Liban est un Etat financier hors-la-loi.
 
Cela était-il dû à l’incompétence, à l’ignorance ou bien cela était-il réfléchi?
En tant que réformateur, qui travaille depuis 9 ans sur des réformes fiscales et budgétaires importantes, je ne vais pas juger les intentions. Ceci dit, je doute que les responsables ne savaient pas ce que cela impliquait.
Nous essayons de changer la culture ambiante qui veut que les lois soient faites pour être appliquées aux citoyens ordinaires et non pas aux dirigeants. La classe politique a toujours considérée qu’elle était au-dessus des lois. C’est cela qui nous a mené à cette situation catastrophique.
 
Soit, vous ne voulez pas juger les intentions. Mais finalement, des milliards de dollars ont été dépensés sans justificatifs légaux. Si on ne demande pas des comptes aux responsables, comment dissuader d’autres de ne pas récidiver?
Je réclame qu’ils soient jugés mais ce n’est pas à moi de le faire. En tant que parlementaire, je ne suis pas juge. J’ai tout préparé pour que n’importe quelle instance judiciaire, qu’elle soit ordinaire ou exceptionnelle, se saisisse du dossier. J’ai travaillé, pendant 10 ans, sur tous les détails des comptes publics. J’ai refusé trois fois des compromis et ça m’a coûté beaucoup au niveau politique et personnel. Notre position constante a été d’exiger des comptes publics transparents. En 2013, j’ai contribué à un projet de loi présenté par le président Michel Aoun, qui était député à l’époque, pour la création d’une cour spéciale pour les crimes financiers, totalement détachée du système judiciaire avec des magistrats élus par le corps judiciaire et d’autres par le Parlement. Le projet de loi est toujours à la Chambre. Son vote par l’assemblée générale constituera une importante avancée.
 
On impute à Fouad Siniora des dépenses non justifiées de 11 milliards de dollars. Connaissez-vous le contenu du dossier remis par le député Hassan Fadlallah au procureur financier Ali Ibrahim?
Ce montant, que j’ai moi-même découvert, est une dérogation à la règle du douzième provisoire, qui permet de dépenser autant que le dernier budget lorsqu’une loi de finances n’est pas votée. Mais il y a beaucoup plus que ça. Je ne crois pas que l’on puisse faire assumer la responsabilité de cette affaire à une seule personne. Toute la classe politique au pouvoir entre 1990 et 2005 est responsable. Il se peut que certaines personnalités, comme M. Siniora, soient plus responsables que d’autres du fait que tout le dossier des finances était entre ses mains. Mais nous savons aussi que le consensus nécessaire pour transgresser les lois ne revenait pas au seul ministre mais à plusieurs personnes. On ne peut pas dire non plus qu’il n’y a que 11 milliards de dollars dépensés sans justificatifs.
 
A combien chiffrez-vous les sommes dépensées sans justificatifs légaux depuis 1990?
J’attends que les comptes publics préparés par le ministère des Finances soient transmis à la Commission parlementaire. Je ne peux pas à ce stade donner un chiffre précis. Il y a les dons estimés à près de 4 milliards de dollars; il y a les avances du Trésor situées entre 13 et 14 milliards de dollars et dont seulement 4% ont été rendus; il y a aussi les prêts, chiffrés entre 8 et 10 milliards de dollars. Je ne dis pas que ces sommes ont été dépensées sans justificatifs mais plutôt sans un respect scrupuleux des procédures légales. Pour cette somme totale de 26-27 milliards de dollars, le ministère des Finances a travaillé pendant 9 ans pour essayer d'en retrouver la traçabilité. Cependant, selon moi, aucune dépense publique n’a été faite dans le cadre de la loi, du moment qu’elles n’ont pas été validées par la Cour des comptes et qu’elles avaient lieu sans budget. L’essentiel, c’est que nous avons rompu, en 2010, avec ce phénomène malsain. Nous avons maintenant des budgets. Ici dans mon bureau, j’ai deux projets de budgets. Et nous avons aussi des comptes publics, avec
8 millions de documents, qui vont être publiés. Dans le passé, tous les comptes de l’Etat tenaient sur une simple feuille A4. Notre objectif n’est pas d’assouvir une vengeance politique mais de réaliser quelque chose de positif pour notre pays, son économie et ses finances publiques et retrouver cette confiance nécessaire pour le Liban.

Le Trésor pourra-t-il récupérer une partie de l’argent qui a été détourné ou gaspillé?
Tout est possible mais il faut en priorité guérir la classe politique et le peuple libanais de cette politisation et de cette confessionnalisation des affaires nationales. C’est pour cela que nous avons proposé un projet de loi permettant de récupérer les fonds qui ont été détournés ou pillés. Nous avons travaillé sur toute une batterie de lois qui visent à lutter contre la corruption. Certains textes ont déjà été votés, comme le droit d’accès à l’information, la protection des lanceurs d’alerte, la lutte contre la corruption dans les contrats gaziers et
pétroliers, la Commission nationale pour la lutte contre la corruption, la Cour spéciale pour les crimes financiers, l’enrichissement illicite… Maintenant, il faut que la classe politique et la population réalisent que lorsqu’ils réagissent d’une manière confessionnelle ou partisane à une question d’importance nationale, ils sont en train d’hypothéquer l’avenir de leurs enfants.

Pouvez-vous chiffrer le nombre de fonctionnaires recrutés illégalement surtout à la veille des élections législatives?
Evidemment que j’ai un chiffre et il est mis à jour presque quotidiennement. Pour l’instant, nous en sommes à 3 000 à 4 000 personnes recrutées dans l’administration civile et quelque 5 000 dans les forces armées et les services de sécurité. Cette situation est anormale d’autant plus que nous traversons une crise économique et financière difficile et que nous devons réduire les dépenses publiques. Tous ces nouveaux fonctionnaires et militaires coûtent au Trésor près de 20 millions de dollars par mois, soit près de 240 millions de dollars par an.

Les recrutements illégaux sont-ils l’apanage d’un parti politique bien déterminé?
Tous sont responsables dans des proportions différentes. C’est le fruit de cette culture qui fait que les responsables politiques pensent qu’ils peuvent se libérer de toutes les contraintes, de toutes les limites imposées par la loi et faire ce que bon leur semble, en estimant que l’intérêt de leur parti est plus important que l’intérêt public. Après que nous ayons pris en main ce dossier avec l’Inspection centrale et le Conseil de la fonction publique, il y a un arrêt presque total du recrutement. Ils ont peur.

Mais le mal est fait…
Certes, mais il y a une possibilité d’y remédier. L’article 86 autorise la Cour des comptes à résilier les contrats illégaux.

Les douanes seraient aussi une importante source de gaspillage et de manque à gagner pour l’Etat. Le Hezbollah et le mouvement Amal sont notamment pointés du doigt. Comptez-vous vous attaquer à ce dossier?
Je n’ai pas encore abordé cette question dans les détails. Mais je sais qu’il y a un manque à gagner dans la perception des droits de douanes. Les chiffres de deux ou quatre milliards de dollars sont avancés. Je ne sais pas s’ils sont exacts. Après avoir terminé avec le dossier du recrutement illégal, nous allons nous pencher sérieusement sur ce dossier.

Est-il vrai que de nombreux obstacles se dressent devant la mise en œuvre des décisions de la conférence CEDRE?
CEDRE comporte deux volets, le premier réservé au Législatif et le second à l’Exécutif. La partie législative est terminée. 90% des lois proposées ont déjà été votées. Lors de la conférence de Londres, où j’ai eu une intervention en présence de l’ambassadeur Pierre Duquesne, la communauté internationale a reconnu les progrès réalisés par le Liban au niveau du chantier législatif. Concernant l’Exécutif, nous savons tous que les choses vont moins vite à cause du retard de 9 mois pris dans la formation du gouvernement. C’est pour cela que le gouvernement est invité à accélérer la mise en œuvre de la partie qui lui incombe et qui s’articule autour de l’approbation d’un budget incluant des réformes. Celles-ci, au nombre de 39, ont déjà été proposées par la Commission des Finances. La deuxième mesure est la réduction du déficit budgétaire de 1 à 2%, sur une période de trois à cinq ans. Cet objectif peut être atteint à travers ce que nous faisons au niveau du recrutement illégal et la réhabilitation du secteur de l’électricité, qui engloutit 2 milliards de dollars par an. Ces mesures sont susceptibles d’améliorer la confiance dans les capacités financières du Liban, ce qui permettrait de baisser les taux d’intérêt sur le service de la dette publique à hauteur 1%. Nous pourrions, par conséquent, économiser entre 1 000 et 1 500 milliards de livres. Enfin, il y a les dons et les subventions faites par l’Etat à des associations à but non lucratif, qui appartiennent souvent à des épouses ou des proches d’hommes politiques, des partis, des communautés religieuses. Nous parlons, là, de 700 milliards de livres. Je suis sûr que nous pouvons, immédiatement, économiser 300 à 350 milliards de livres. Si nous ajoutons à cela une politique plus austère dans les dépenses de l’Etat concernant les conférences, les voyages etc…, nous pouvons réduire de 50% le déficit. Je ne pense pas que le redressement soit difficile. Il suffit d’avoir une volonté politique.

Paul Khalifeh

Au moment où l’État libanais est pressé d’élaborer un budget conforme à son engagement d’assainir ses finances publiques, et selon lequel il a pu recueillir les promesses de prêts de 11 milliards de dollars alloués à des projets d’investissement divers, lors de la conférence de Paris, la taille de l’administration et le dossier des recrutements abusifs au sein de la fonction publique est devenu prioritaire pour alléger le déficit budgétaire pour l’année à venir.

Début octobre 2018, des rapports sur les finances de l’État dénonçaient un déficit budgétaire de plus de 4 milliards de dollars. Plus d’une partie a soulevé la présence d’un surplus parmi les fonctionnaires du secteur public qui touchaient leur salaire sans fournir un travail. Ce surplus a augmenté avec le recrutement d’une dizaine de milliers d’employés durant les deux dernières années, sans besoin réel de l’administration, et malgré la décision du Conseil des ministres de geler les emplois ou les contrats dans le secteur public. Un gel pris sur la base de deux raisons principales: le nombre plus que suffisant des employés et contractuels, et le souci de réduire le déficit annuel, surtout que la grande part du budget est consacrée au paiement des salaires.
Le 5 octobre, le président de la Commission parlementaire des Finances et du Budget, Ibrahim Kanaan adresse une demande à la présidente du Conseil de la fonction publique, Fatima Sayegh Ouaidat, de lui fournir des informations détaillées sur le recrutement de fonctionnaires depuis l’adoption de la grille des salaires en août 2017, et qui stipulait clairement le gel de tout nouveau emploi ou contrat dans le secteur public.
Le 8 octobre, le directeur de l’Inspection centrale, Georges Attieh, demande aux administrations publiques et municipalités de fournir tous les détails nécessaires pour établir un rapport exhaustif sur les fonctionnaires du secteur public.

Recettes et salaires
Les chiffres parlent d’eux mêmes: le nombre des fonctionnaires dans le secteur public atteint plus de 40% du nombre total des employés dans les deux secteurs public et privé au Liban. 65% des recettes de l’État vont au paiement des salaires des fonctionnaires. Ces recettes sont de l’ordre de 12,5 milliards de dollars annuellement, alors que 8 milliards sont nécessaires pour payer les salaires (y compris les retraites), 5,5 milliards sont alloués au service de la dette, un milliard aux services et projets et deux milliards pour combler le déficit de l’électricité, ce qui constitue un déficit annuel virtuel de 4 milliards de dollars. Or, selon les derniers chiffres du ministère des Finances, le déficit public a atteint 4,5 milliards de dollars à fin septembre, en hausse de 124% sur un an. Une hausse provoquée par l’augmentation de 26,5% des dépenses publiques sur la même période, principalement liée à l’écart entre le coût estimé du relèvement de la grille des salaires avant son vote et son coût effectif, à une augmentation importante du nombre de départs à la retraite en 2018, certains encouragés par ce relèvement, ainsi qu’aux recrutements illégaux.
On parle de graves dérives dans le processus de recrutement de fonctionnaires, et l’on dénonce l’embauche récente de nouvelles personnes, alors que l’article 21 de la loi 46 sur la nouvelle échelle des salaires interdit clairement tout recrutement pour une période de deux ans et réclame un recensement détaillé des fonctionnaires.

Les surnuméraires
Le dossier des postes au sein de l’administration est mis sur le tapis, surtout que nombre de fonctionnaires sont recrutés sans avoir présenté le concours de la fonction publique. De plus, les récents recrutements représentent un poids considérable pour l’État, alors que, selon les estimations, le nombre de fonctionnaires surnuméraires dans les administrations publiques et les ministères représente entre 40 et 50% de l’ensemble des employés du secteur public. En juillet 2018, le père Tony Khadra, responsable de l’association Labora, révélait que l’Etat continuait de verser les salaires de près de 2 000 fonctionnaires décédés, alors que 20 000 fonctionnaires percevaient un salaire mensuel sans jamais se rendre à leur travail. Les problèmes de l’administration publique refont surface, étant donné qu’elle est incapable, en l’état actuel, de jouer un rôle efficace dans le projet de reconstruction. Cette situation malsaine menace la poursuite d’un grand nombre de programmes financés par les pays donateurs, surtout que les projets prévus par la conférence CEDRE sont plus que nécessaires pour une relance rapide et efficace de l’économie libanaise.

Tentatives de réforme
Au cours de son histoire, le Liban n’a pas connu de tentatives sérieuses pour réformer l’administration publique depuis le dernier projet de réforme et de développement de l’administration en 1959, élaboré et exécuté sous le mandat du président Fouad Chéhab. Ce dernier misait sur la réforme administrative pour initier une réforme politique.
Depuis, des tentatives timides et dispersées ont vu le jour, mais la plupart étaient plus motivées par l’image que les mandats successifs voulaient laisser d’eux-mêmes que par une réelle volonté d’assainir une administration pléthorique, non-productive et inefficace. Toutes ces tentatives ont été vouées à l’échec.
Depuis 2012, aucun recensement détaillé n’a été fait du nombre de fonctionnaires dans le secteur public. Une étude publiée en novembre 2013 dans la revue Assadissa de l’Institut des finances Bassel Fleihan souligne que le nombre exact des agents titulaires et contractuels, employés à temps partiel compris, reste difficile à déterminer. L’estimation réalisée par le ministère des Finances dénombre un total de 137 576 agents de la fonction publique en 2012, en ne retenant que les titulaires et contractuels à temps plein ou partiel de l’administration centrale, des forces armées et de l’éducation nationale, mais en excluant les contractuels journaliers payés à l’heure.
Les membres des forces armées constituent la majorité des effectifs, avec un peu moins de 95 000 agents (Armée libanaise, Forces de sécurité intérieure, Sûreté générale et Sûreté de l’État), soit plus des deux tiers des effectifs totaux. L’éducation nationale vient en deuxième position avec environ 27 500 salariés, soit 20% du total, auxquels s’ajoutent en 2012, selon le ministère, plus de 24 000 employés contractuels payés à l’heure.

Gel et besoins
À la fin des années 1990, le législateur avait limité le recrutement d’agents titulaires. Mais les besoins occasionnés par les départs à la retraite ont poussé le pouvoir à recruter des fonctionnaires hors cadre. Selon certaines sources, quelques 25 000 fonctionnaires ont intégré les administrations publiques ces trois dernières années. Après août 2017, et le gel de recrutement prévu par la loi sur la nouvelle grille des salaires, près de 5 000 fonctionnaires civils ont été recrutés.
Le député Alain Aoun (CL) a évoqué sur son compte Twitter un total de 4 695 postes créés depuis août 2017. Selon des sources concordantes, le nombre de recrutements effectués s’élèverait à environ 10 000 en comptant les militaires et les municipalités qui ne se sont pas encore déclarées.
Selon Alain Aoun, 72,2% du total sont à mettre au compte du seul ministère de l’Éducation; 9,6% pour Ogero; 6,2% pour les 574 municipalités sur 1073 qui ont communiqué leurs données; 4,4% pour les hôpitaux gouvernementaux; et, enfin, 7,4% pour le reste des entités contrôlées.
Selon le chercheur au sein de l’«International pour les informations», Mohammad Chamseddine, en plus des 4 695 personnes recrutées, il y en aurait 3 000 autres enrôlées pour le compte des Forces de sécurité.
Le ministère de l’Éducation réfute le nombre avancé, assurant que 2 173 enseignants avaient réussi les examens du Conseil de la fonction publique, et dispensent près de dix heures de cours par semaine dans les écoles secondaires publiques et reçoivent leur salaire de l’Université libanaise (UL) en attendant le décret qui fixe leurs postes. Le ministère a affirmé avoir signé des contrats avec 30 éducateurs spécialisés pour les personnes à besoins particuliers, selon la décision du Conseil des ministres no 12 du 7 mars 2018. Le nouveau ministre de l’Éducation, Akram Chehayeb, indique que les chiffres avancés par la Commission des Finances «ne sont pas précis», soulignant que les fonctionnaires au sein du ministère de l’Éducation recrutés après août 2017 ne dépassent pas 59, dont 30 prennent en charge des élèves à besoins spécifiques.
Cependant, les chiffres ne s’arrêtent pas à ces nouveaux postes alloués. Les rapports fournis par l’Inspection centrale et le Conseil de la fonction publique ont permis d’établir l’existence de 15 102 postes de fonctionnaires contractuels ou encore de journaliers ou autres dont les intitulés n’ont aucun fondement légal.
Le 25 février dernier, la Commission des Finances a mis les rapports fournis par l’Inspection centrale et le Conseil de la fonction publique sur la table, en attendant de les finaliser par l’apport des détails des administrations qui n’ont pas encore fourni leurs données en la matière. Affaire à suivre.

Arlette Kassas

Cette année l’Ordre des Infirmiers/ères au Liban a reçu pour la première fois le International WorkForce Forum (WFF) pour discuter de la profession dans le pays. L’occasion de faire le point sur un métier souvent déconsidéré mais pourtant indispensable.
 

Ils sont la cheville ouvrière des hôpitaux, cliniques et autres établissements de santé. Pas seulement pour prodiguer des soins, mais aussi pour accompagner les patients tout au long de leur convalescence, établir des diagnostics, faire de la prévention etc.. Représentés au Liban par le syndicat de l’Ordre national des infirmiers/ères, ils doivent s’acquitter d’une cotisation annuelle qui leur permet de travailler légalement. En février 2019, le syndicat recensait 15 863 infirmiers. Toutefois, ceux considérés «en activité» pour l’année 2018 est de 11 322. Selon le Dr Myrna Abi Abdallah Doumit, présidente de l’Ordre des infirmiers au Liban, la profession d’infirmier connaît un léger recul dû à des conditions de travail de plus en plus difficiles. «Dans certains hôpitaux, nous avons des infirmières qui travaillent plus de 12 heures par jour ce qui n’est pas acceptable. Dans d’autres, il y a énormément de patients, parfois 10, 13 ou 15 par infirmier. Ce ne sont pas de bonnes conditions en matière de soins de santé car cela pourrait pousser les infirmiers au surmenage et donc leur faire commettre des erreurs dans les soins qu’ils procurent, ce qui mettrait en danger les patients». C’est précisément ce que l’Ordre veut éviter en protégeant les droits des infirmiers. «C’était l’objet des discussions que nous avons eues lors de cette rencontre. Essayer d’avancer pour arriver à un environnement de travail sain et sécurisé pour les infirmiers», indique le Dr Abi Abdallah Doumit.
En ce sens, l’Ordre des Infirmiers au Liban participe à la campagne Nursing now, lancée en collaboration avec l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et le Conseil international des infirmières (CII). Prévue sur trois ans, cette campagne a pour objectif de rehausser le niveau des soins de santé et d’améliorer leur accès à un niveau mondial. Nursing now est basée sur les conclusions du rapport Triple Impact, qui conclut que développer les soins infirmiers dans le monde améliorerait la santé, promouvrait l’égalité des sexes et soutiendrait la croissance économique.
 
Deux défis majeurs
Au Liban, les infirmiers peuvent travailler de jour comme de nuit, mais aussi pendant les vacances, week-ends et jours fériés. Le tout pour un salaire qui varie entre 500 et  1 200 $ selon le lieu de travail et la région d’après le Dr Myrna Abi Abdallah Doumit. «Nous faisons face à deux défis majeurs. D’abord, le revenu des infirmiers qui s’aperçoivent qu’ils ne reçoivent pas un salaire suffisant. Ce n’est pas seulement une perception mais la vérité si nous comparons à d’autres pays et au niveau d’éducation qu’ils ont reçu au Liban. Il en va de notre responsabilité en tant qu’Ordre des infirmiers, de s’assurer de la justesse des salaires, en comparaison aux autres professions au Liban. L’autre point, c’est l’environnement de travail. Nous demandons un nombre d’heures de travail raisonnable qui ne devrait pas dépasser 12 heures d’affilée. Il faut que les infirmiers puissent se reposer d’une tranche de service à une autre et qu’ils n’aient pas d’heures supplémentaires imposées. Enfin, nous demandons un nombre de patients limité par infirmiers. Si le nombre d’heures par patients est augmenté, la condition sine qua none doit être la diminution du nombre de patients».
Le Dr Myrna Abi Abdallah Doumit tient à souligner les difficultés auxquelles l’Ordre est confronté au niveau des hôpitaux publics et privés: «Au Liban, il y a deux espaces de travail pour les infirmiers: les établissements publics et privés. Pour les hôpitaux publics, le nombre d’heures de travail a été réduit à 35 heures et les salaires ont été augmentés, tandis que dans le privé, les infirmiers travaillent toujours
40 à 42 heures par semaine. Toutefois, pour les hôpitaux publics cela ne veut pas dire que les nouveaux salaires et aménagements horaires sont appliqués: ils sont pour la plupart autonomes et décident d’appliquer ou pas le décret du gouvernement. Quant aux hôpitaux privés, leur syndicat rapporte que le gouvernement ne leur verse pas les cotisations de la NSSF et qu’ils ne peuvent donc pas augmenter les salaires. Nous n’arrêterons pas jusqu’à ce que nous obtenions les droits des infirmiers».
 
Pénurie d’infirmiers
Face à ces difficultés, de nombreux infirmiers préfèrent quitter le Liban. «Certains émigrent pour les raisons que je viens d’évoquer, salaire, conditions de travail et pour lesquelles les infirmiers n’ont pas trouvé de solutions au Liban. Certains partent car ils ont de meilleures opportunités à l’étranger, d’autres souhaitent poursuivre une formation de qualité supérieure». Ce manque d’attractivité pour la profession fait qu’elle connaît un certain recul au Liban, certaines régions souffrant plus que d’autres: au Liban-sud avec seulement 725 infirmières (soit 6,40%), 885 dans le gouvernorat de Nabatieh (soit 7,82%), tandis que Beyrouth compte 2971 infirmiers, soit 26,24% (chiffres de 2018 sur le site de l’Ordre des infirmiers au Liban).
Pour le Dr Myrna Abi Abdallah, c’est un cercle vicieux «Plus les conditions de travail sont mauvaises et les salaires sont précaires, moins les étudiants choisiront cette profession. Cependant, il serait dommage de n’en voir que la part sombre. Par exemple, la profession d’infirmier apporte une certaine flexibilité. Si vous n’êtes pas quelqu’un du matin, vous pouvez choisir de travailler l’après-midi, ou si vous ne pouvez/souhaitez pas travailler l’après-midi vous pouvez choisir de travailler la nuit. Le métier d’infirmier est aussi un passeport international pour les jeunes personnes qui souhaitent voyager! Cela donne l’opportunité de se rendre dans beaucoup de pays différents. C’est une profession qui apporte beaucoup».
Pour Howard Catton, Directeur de la politique des Soins de santé au (CII) basé à Genève, le rôle d’infirmier va bien au-delà des simples représentations populaires. «Le rôle d’un infirmier est certes de prendre soin, de veiller sur les personnes quand elles sont malades, mais aussi de les informer sur leur état de santé, les éduquer et les conseiller afin qu’ils soient en bonne santé et qu’ils le restent. Les infirmiers sont présents tout au long de notre vie, de la naissance jusqu’à la mort. Majoritairement les gens imaginent que les infirmiers ne travaillent que dans des hôpitaux, mais vous trouvez aussi des infirmiers dans des entreprises, des usines, dans l’armée, sur des bateaux de croisière … De plus en plus, les infirmières sont les premiers points de contact en matière de soins de santé. Quand vous allez dans des pays où l’accès aux soins est difficile, la première personne qui vient à vous est une infirmière».

Marguerite Silve

Mardi, 02 Avril 2019 11:31

Les ventes aux enchères

Nous y assistons souvent, nous y sommes parfois invités, mais nous ignorons tout de ce qui se passe dans les coulisses des ventes aux enchères. Un processus long sur lequel nous renseigne Johnny Sarkis, expert en œuvres d’art, meubles et tapis et membre de l’Alliance européenne des experts et de l’Association des Antiquaires et collectionneurs du Liban.
 

Comment est organisée une vente aux enchères? Où et comment les biens sont-ils récupérés? Comment sont-ils évalués?
Le processus d’une vente aux enchères est long. En général, le client qui désire déposer un ou plusieurs lots à la vente nous contacte afin de le lui estimer. Sinon, c’est à la suite d’une expertise ou d’une succession que le lot est inclus dans une vente. Cela peut donc provenir aussi bien d’un collectionneur, d’un amateur, d’une succession de personnes décédées que d’un artiste, d’un antiquaire ou d’un marchand.
Dans un premier temps, il faut examiner le lot, l’estimer puis fixer un prix de réserve, qui est le prix auquel le lot sera proposé aux enchères. Si le client vendeur est d’accord, le lot est photographié, mesuré et décrit. Un contrat de dépôt de vente pour enchères est alors conclu entre les deux parties (le client et la maison d’enchères). C’est à partir de ce moment que le lot est inclus dans la prochaine vente. Il faut généralement compter entre deux semaines à deux mois, depuis le jour de la réception du lot jusqu’à sa mise en vente aux enchères. Si les lots ne sont pas déposés à l’étude, la maison d’enchères se charge du transport à partir du domicile du vendeur. Dans le cadre d’une vente générale de lots divers, c’est une fois que l’on a atteint 300 lots que l’on peut organiser la vente. Par contre, lorsqu’il s’agit d’une vente d’art contemporain et particulièrement de tableaux, c’est à partir de 80 lots que la vente peut être lancée. Cela nécessite une mise en scène et un espace d’exposition différents. Concernant les critères d’évaluation, ceux-ci sont établis en fonction:
●  De la valeur des lots sur le marché aussi bien local qu’international.
● Soit des prix atteints aux enchères dans les ventes précédentes soit du résultat des ventes à Paris, à Drouot ou en province, chez Christie’s, Sotheby’s et Bonham’s en Angleterre, dans le reste de l’Europe et aux Etats-Unis. Ceci nécessite, dans certains cas, de longues recherches.

Combien coûte l’organisation d’une vente aux enchères?
Les coûts d’une vente varient en fonction de la durée et du lieu. C’est toute une infrastructure qui comprend aussi bien les employés que le manutentionnaire ainsi que l’installation en vitrines, l’éclairage, l’accrochage et la présentation des lots. Il faut également prévoir le podium, les chaises, les micros et les écrans le jour des ventes. Il faut tenir compte de la publicité par voie de presse, par messages et quelquefois par radio, par affichage ou encore par envoi de cartons d’invitation. Le catalogue et le site Internet sont de même pris en considération. Il faudra compter au minimum 15 000 à 30 000 dollars pour une petite vente. Sur plusieurs jours, le montant peut atteindre le double.

Comment le public est-il informé? Comment participer aux enchères?
Le public est informé par les moyens précédemment cités. Toute personne majeure et saine d’esprit peut participer aux enchères sans aucune condition. Elle peut soit assister à la vente, soit laisser un ordre d’achat écrit ou par téléphone à condition que la personne soit connue de la maison d’enchères.

Comment est fixée la mise à prix?
La mise à prix est fixée conformément au contrat signé entre le vendeur et la maison d’enchères. Généralement, le premier prix affiché dans le catalogue est celui de l’ouverture de l’enchère et le second  en est une estimation. Dans d’autres maisons d’enchères, le prix d’ouverture est en-dessous du premier prix affiché. Toutefois, c’est dans un souci de transparence que nous préférons que le premier prix soit celui de l’ouverture de l’enchère, par lequel nous sommes contractuellement liés. La seule exception concerne les lots en valeur libre sans prix de réserve ou si le client décide de lui-même de baisser son prix avant la vente.

 

Comment est fixé le prix minimal par lequel commence la vente aux enchères d’un bien? Comment ce montant augmente d’un enchérisseur à l’autre?
Le montant entre enchérisseurs augmente en général en fonction du montant initial. Si l’on commence, par exemple, à 100 $, l’augmentation se fera ainsi: 120, 150,180, 200. Si l’on débute à 1 000 $, nous passons à 1 200 et ainsi de suite. Par contre, lorsque le prix minimal est de 10 000 $, l’augmentation se fait de 1 000 en 1 000. A noter que l’enchérisseur peut parfois proposer une somme différente, même pour les petits montants.

Devient-on directement adjudicataire ou y a-t-il un délai réservé aux surenchères après la vente aux enchères? Si oui, comment surenchérir?
Une fois que l’enchère a été faite, l’adjudicataire devient sur le champ le nouveau propriétaire du lot à condition qu’il règle le montant des enchères et les commissions et taxes dues. Personne ne peut surenchérir une fois que le marteau s’est abattu sur la table et que l’enchère a été déclarée.

Comment payer le prix d’adjudication?
Au moment où le lot lui est échu, l’adjudicataire reçoit un bordereau qu’il signe tout de suite, par lequel il reconnaît qu’il doit payer le montant du lot. Une fois la vente terminée, il se dirige chez le comptable pour lui régler le montant. Muni d’un reçu, il pourra alors récupérer son lot. En France, vous devez immédiatement régler le montant dû en espèces, par chèque ou par carte bancaire et ce n’est qu’après avoir reçu le bordereau que vous pouvez prendre livraison du lot. Certaines études au Liban font de même.

Comment s’effectue le transfert du titre de propriété?
Une fois le montant réglé, l’adjudicataire est le propriétaire du lot et, dans les bordereaux, cette transaction, bien que publique, reste sous le sceau de la discrétion. Sauf avis de l’adjudicataire, nul ne peut savoir qui a acheté le lot et qui l’a vendu, sauf si la vente se déroule, par exemple, à la suite d’une succession dans la maison du vendeur.

Quels sont les frais annexes pour un adjudicataire?
Les frais annexes sont les droits de criée de 12,5% en sus des enchères, puisqu’ils comprennent la commission de la maison et les 2,5% qui sont dus à la municipalité de Beyrouth, dont un des représentants assiste à la vente.

Natasha Metni Torbey

Le marché du catering fait actuellement face à une crise qui révèle les difficultés du métier.

Dans un pays comme le Liban qui mêle amour de la bonne chère et soin de l’apparence, le marché du catering devrait exploser comme nulle part ailleurs. En effet, les Libanais ne plaisantent pas avec l’hospitalité et aiment montrer fièrement la surabondance de plats sur leur table. Les traiteurs sont donc censés travailler pour répondre à cette demande. Cependant, si le marché n’est pas en chute libre, il n’est pas aussi florissant qu’on pourrait le croire. En effet, après la période bouillonnante des fêtes de Noël, les compagnies font face à un passage à vide qui se répète de plus en plus au fur et à mesure que les années avancent.
Nagi Morkos, spécialiste de l’hôtellerie et de la restauration pour Hodema Consulting, dresse un portrait du marché. «Il existe une centaine de compagnies de traiteurs au Liban. Certaines font dans le social comme les dîners et les mariages, d’autres dans les événements d’entreprise et certaines sont dans le secteur institutionnel: elles s’occupent de fournir les écoles ou les cafétérias. Mais les catégories ne sont plus si étanches. Cela ne suffit plus de se spécialiser dans un seul domaine».

Diversification nécessaire
La crise économique affecte en effet le secteur comme beaucoup d’autres domaines, sachant que les clients habituels peuvent se tourner vers d’autres alternatives pour faire des économies. Le métier est d’autant plus difficile que l’activité n’est assurée que l’été lorsque les familles organisent de grands dîners chez elles ou pendant les fêtes de fin d’année où les commandes explosent.
Fady Rizk, gérant de Edesia Catering, a compris l’urgence. Il a choisi de diversifier son activité et gère aujourd’hui, en plus du service classique de catering, un café ainsi qu’une cantine dédiée aux dîners professionnels. Il explique qu’il faut se démarquer: par la régularité de la qualité des produits, ainsi que des thèmes particuliers commandés par les clients pour leurs repas. Par exemple, ils ont organisé un dîner d’anniversaire pour un de leurs clients au musée Mim à Sodeco, basé sur le thème des minéraux.
La crise affecte aussi les demandes. Le secteur bénéficie d’un revenu total de 100 millions de dollars, mais on constate une baisse du montant de la facture finale du client. D’après les chiffres de Hodema Consulting, le secteur aurait enregistré une baisse du ticket moyen de 20 à 30% en 2018 par rapport à l’année précédente. «Les gens consomment moins et moins luxueux: on se prive de certains plats ou on préfère un vin moins coté… Ce qui se répercute sur le chiffre d’affaires des compagnies», explique M. Morkos.
Pour fidéliser sa clientèle et s’assurer un revenu stable, les traiteurs indépendants Aoun Frères expliquent qu’il ne doit y avoir aucune concession sur la qualité et un compromis sur les prix, deux éléments clés qui leur permettent de vivre de leur travail et d’élargir leur clientèle.
 
Marché instable
Malgré les efforts de diversification, le marché reste très instable. Il y a peu de barrières à l’entrée du marché, ce qui renforce la concurrence. Même s’il y a de la place pour tout nouveau venu tant qu’il a une bonne idée, beaucoup de compagnies naissent pour disparaître peu de temps après car elles bradent leurs prix, ce qui tente le client mais n’assure pas une bonne qualité sur le long terme. Ces compagnies changent leurs prix par à-coups et déstabilisent donc le marché. Par ailleurs, sans moyen de survie en période creuse, elles font automatiquement faillite. Edesia Catering arrive à garder des prix stables et une marge correcte via des marchés passés avec les fournisseurs. Un de leurs départements en recherche constamment de nouveaux et leur propose, avant de commander, un volume calculé sur leur consommation habituelle, ce qui leur permet d’acheter à des prix très compétitifs. Cette stratégie s’appelle le volume rebate (réduction sur le volume).
Cependant, le secteur est loin d’être à l’agonie. Il y a effectivement eu une baisse de demande générale enregistrée en 2018, surtout de la part des particuliers: les clients qui commandaient beaucoup jusqu’alors réduisent leurs demandes et appellent moins souvent. Les prix au supermarché baissent, ce qui incite à cuisiner soi-même et décourage les compagnies.
Le catering est loin d’être un marché saturé: il y a de la place pour de nouveaux venus à condition d’avoir un projet étudié et résilient aux aléas du marché. «Les nouveaux arrivants dans le secteur peuvent aussi bien être  la mère de famille qui vend ses kebbés pour un dîner, un restaurant qui fait du catering à partir de sa cuisine, ajoute M. Morkos. Les barrières d’entrée du marché sont très basses». De plus, même si certains grands noms du catering peuvent faire de l’ombre par leur renommée et leur expérience, le Liban est un petit pays qui fonctionne au bouche-à-oreille, et le secteur en profite, y compris les «petits» traiteurs. Enfin, le Liban possède beaucoup de fournisseurs, ce qui réduit les prix de vente de la marchandise. En effet, tous les produits nécessaires sont déjà disponibles dans le pays, ce qui évite de les importer et, par conséquent, de reporter les frais de douane sur les prix de vente. Pas d’inquiétude donc pour ceux qui se lancent. Mais les acteurs du marché ont intérêt à se renouveler, s’ils veulent garder leur place dans ce milieu exigeant.

Maelys de la Ruelle

Depuis leur installation en 2007 à Bagdad, Erbil et Bassora, les banques libanaises se sont battues sur un marché complexe. D’ici fin 2015, elles auront une nouvelle échéance à honorer.

Sur un plan organisationnel, laBanque centrale irakienne a décidé de relever les capitaux propres des branches des banques étrangères installées en Irak à 70 millions de dollars. Cette décision respectée, les banques sont autorisées à ouvrir autant de branches qu’elles le souhaitent. D’après certains experts, la nouvelle réglementation portant le No 9/3/288 du 16 octobre 2014 viserait à encourager l’activité des banques étrangères en Irak et, par la suite, à pousser les banques locales à réaliser de meilleures performances au nom de la concurrence. Les banques libanaises, qui ont accueilli favorablement la possibilité d’ouvrir de nouvelles branches, se sont montrées plus réservées quant au montant de la capitalisation requis et au délai de se conformer à la nouvelle directive expirant pour les banques étrangères fin 2015, alors que ce délai est de trois ans pour les banques locales. La date butoir de la fin 2015 a été qualifiée de courte. Parallèlement, les financiers ont considéré avec scepticisme les dispositions de la Banque centrale irakienne selon lesquelles la capitalisation des banques étrangères doit représenter 30% de celle des banques locales. Ce qui signifie, dans la pratique, qu’à chaque fois qu’il sera demandé aux banques locales de relever leurs capitaux propres, il en sera de même pour les banques étrangères dans une proportion de 30%.

 

Marché compliqué
Le parcours des banques libanaises en Irak a débuté en 2007, sachant que la loi concernant les banques irakiennes n’a été promulguée qu’en 2003. Sur le marché irakien, on dénombre aujourd’hui la présence de multiples branches appartenant à neuf banques libanaises, et un bureau de représentation, répartis entre Bagdad, Bassora et Erbil. Il s’agit de Byblos Bank, Intercontinental Bank, la Banque Libano-Française, Bankmed, Bank of Beirut & Arab Countries, le Crédit libanais, Fransabank, Blom Bank et Middle East & Africa Bank, alors que Beirut Bank a ouvert un bureau de représentation et que Audi Bank est en passe d’inaugurer des branches notamment à Najaf et Souleimaniyé, en plus de branches à Bagdad, Bassora et Erbil. Les conditions de travail en Irak rendent l’activité bancaire difficile à gérer vu les limites des autorités monétaires en termes de compétences humaines et techniques. La faiblesse de la culture bancaire de la clientèle n’arrange pas les choses. Aujourd’hui donc, l’activité des établissements bancaires en Irak se concentre sur l’ouverture de crédits documentaires aux agents sans toutefois l’octroi de prêts. L’inexistence d’une centrale des risques et d’un registre de commerce rend l’obtention de toute information financière et économique concernant le client quasiment impossible. A ceci s’ajoute l’interdiction pour les banques de procéder à des hypothèques immobilières, celles-ci n’étant pas autorisées à posséder des propriétés. En parallèle, suivant les données de l’Agence américaine pour le développement, il est fort probable qu’une grande partie des Irakiens n’a pas de comptes bancaires. Par conséquent, le ratio des prêts bancaires rapportés au PIB est l’un des plus faibles dans le monde, ce ratio ne dépassant pas 9%, alors que la moyenne dans les pays de la région Mena s’articule autour de 55%. Aussi l’absence d’un mécanisme de domiciliation des salaires est de nature à freiner le développement des prêts individuels.

 

PAGES RÉALISÉES PAR LILIANE MOKBEL

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Éditorial
Ces mafias qui nous gouvernent

La situation économique et financière a atteint un tel bas-fond que l’édifice risque de s’écrouler sur tout le monde. Le cercle vicieux déficit/dette/hausse des taux d’intérêt/baisse de la consommation/chômage risque de se refermer durablement si des mesures d’urgence ne sont pas adoptées. Pour ne prendre que l’exemple de l’électricité, chaque mois qui s’écoule coûte au Trésor 160 millions de dollars. Le temps est compté, et pourtant, les dirigeants ne semblent pas pressés. Le gouvernement a été formé il y a maintenant plus de deux mois et il n’a encore pris aucune décision sérieuse susceptible de freiner la chute. Celle-ci sera tellement brutale que le pays aura du mal à s’en remettre. Ce n’est plus de l’incurie mais carrément de l’irresponsabilité qui s’apparente à une haute trahison. Tous savent que le pays n’a jamais traversé une situation économique et financière aussi mauvaise, même du temps de la guerre civile. Malgré cela, ils continuent à palabrer, à polémiquer, à se livrer à leur jeu favori de la surenchère stérile et destructrice. Ce n’est plus de l’insouciance mais une perverse complicité avec ces mafias sectorielles qui contrôlent des pans entiers de l’économie et du commerce, et qui font des milliards, dans l’illégalité et l’impunité les plus totales, au détriment du portefeuille et de la santé de centaines de milliers d’honnêtes citoyens, qui, malgré leur dur labeur, ne parviennent plus à boucler leurs fins de mois. Sinon comment expliquer les tergiversations, les lenteurs, le laxisme et autres travers qui rythment l’action (ou faut-il dire l’inaction!) de ceux qui nous gouvernent? Pour ne parler que des générateurs privés, ceux-ci génèrent (en plus des particules hautement polluantes) entre un milliard et un milliard et demi de dollars par an. Cette manne providentielle est appelée à tarir progressivement puis à disparaître définitivement si le plan de réhabilitation du secteur de l’électricité est mis en œuvre comme prévu. Les propriétaires sans scrupules de ces générateurs, qui n’ont pas hésité, il y a quelques mois, à plonger 4 millions de Libanais dans l’obscurité pour faire pression sur l’Etat, accepteront-ils candidement de fermer boutique? Certains d’entre eux n’ont-ils pas comme partenaires, ou comme complices ou protecteurs, des hommes politiques hauts placés? N’utiliseront-ils pas leur influence, achetée à coups de pots-de-vin et autres cadeaux pernicieux, pour saboter le plan de réhabilitation de l’électricité? Ce cas de figure, il faut le multiplier par cent, par mille peut-être, pour d’autres secteurs de l’économie, du commerce et des finances. Tant que les passerelles ne sont pas coupées entre les mafias et les dirigeants, tant que le tri n’est pas fait entre les affairistes et les hommes d’Etat, l’espoir de voir un véritable changement s’amorcer dans le pays reste mince.


 Paul Khalifeh
   
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Santé

Deuxième cas de rémission. Un nouvel espoir pour les malades du Sida?
Un second cas de rémission d’un patient infecté par le VIH a été annoncé début mars par la revue britannique…

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