L’idéologie qui cimente la nation. La dimension orthodoxe
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Nº 2895 du vendredi 03 Mai 2013

L’idéologie qui cimente la nation. La dimension orthodoxe

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Souhaitant s’appuyer sur une idéologie partagée par la majorité de la population, Vladimir Poutine multiplie gestes de bonne volonté et concessions envers l’Eglise orthodoxe, qui devient un élément incontournable de la politique intérieure et extérieure de la Russie.

Le 9 avril, la Douma votait en première lecture le projet de loi sur les offenses aux sentiments des croyants. Le texte, présenté par le parti gouvernemental Russie unie, vise à punir de peines de prison pouvant aller jusqu’à cinq ans de privation de liberté toute personne qui, par ses propos ou ses actes, porterait atteinte aux sentiments des croyants. L’église, par la voix du père Vsevolod Tchaplin, chargé des relations avec la société civile au patriarcat de Moscou, a exprimé sa satisfaction. Les dignitaires religieux musulmans ont également approuvé la nouvelle loi, par contre les représentants de la communauté israélite ont émis des réserves faisant remarquer que la loi actuelle leur paraissait tout à fait suffisante. «Je ne suis pas partisan de sanctions pénales»,a commenté à la radio, La voix de la Russie le rabbin Zinovii Kogan. Quant aux défenseurs des droits de l’homme, ils estiment qu’il s’agit d’une violation flagrante des principes de la Constitution qui stipule l’égalité de tous les citoyens devant la loi. «Le texte adopté par la Douma attribue des privilèges à un groupe de citoyens, il est en conséquence inconstitutionnel dans un Etat qui s’affirme laïque», a écrit dans son blog le défenseur des droits de l’homme, Serge Kovalev.

Besoin de légitimité
Les événements de l’hiver dernier: vague de manifestations après les élections législatives de décembre 2011, considérées par une partie de la population comme truquées, désacralisation de l’image de Vladimir Poutine, affaire des Pussy Riot, ont été ressentis comme le signal de la perte de légitimité du pouvoir.
Par ailleurs, conscient des limites de «la démocratie du marché», qui avait assuré depuis douze ans la paix civile dans le pays, de la remise en cause de sa propre légitimité et de l’échec de toutes les tentatives d’implanter une nouvelle idéologie, le président russe s’est retourné vers des valeurs qui, en d’autres temps, avaient fait leurs preuves: le sentiment national et les valeurs orthodoxes, «Les deux piliers sur lesquels la nation russe s’est cimentée» (discours de Poutine devant les Chambres au début du mois de décembre).
D’un autre côté, les principes de l’orthodoxie, qui place la morale chrétienne avant les droits de l’homme et souligne le caractère sacré du pouvoir temporel, s’inscrivent dans le cadre «du modèle russe» dont le chef de l’Etat est un chaud partisan.
Dans ce contexte, Vladimir Poutine, qui ne perd pas une occasion pour rappeler «le caractère laïque, multiethnique et multiconfessionnel de la Russie», a présenté à l’examen des députés des projets de lois inspirés par la conception orthodoxe du monde: loi contre la propagande de l’homosexualité, loi sur la défense des sentiments des croyants, une loi sur les associations non gouvernementales, sur la calomnie, sur l’interdiction de l’adoption d’enfants russes par les Américains…
Cette nouvelle orientation pose problème et accentue les clivages. Au sein même de l’Eglise, des voix commencent à se faire entendre pour mettre en garde contre cette politique aux effets particulièrement pervers pour l’orthodoxie, qui se coupe de plus en plus de l’ensemble de la société. «L’orthodoxie n’est pas une idéologie, c’est un idéal, l’Eglise est ouverte à tous indépendamment de leurs opinions politiques. Il faut éviter toute confrontation entre l’Eglise et la société», estime le père Alexeï Ouminiskiy. Opinion que ne partage pas le père Dimitri Smirnov, connu pour ses positions conservatrices. «L’ambition de l’Eglise est de jouer un rôle dans la société même si celle-ci le refuse», estime-t-il. Quant au père Vladimir Viguilianski, dans un article paru le 30 avril dans une revue chrétienne, il déconseille aux croyants de participer à des manifestations politiques pendant la période pascale.

Nathalie Ouvaroff, Moscou
 

L’orthodoxie en chiffres
Selon les derniers chiffres du patriarcat de Moscou, l’Eglise orthodoxe compterait à l’heure actuelle 157 diocèses, répartis dans sept pays; 29269 paroisses dont 13500 en Fédération de Russie. 884 monastères et couvents, 5 académies de théologie et 87 écoles de théologie.Par ailleurs, 80% des Russes ethniques se réclament de l’orthodoxie, mais seulement entre 3 et 7% vivent et pratiquent leur foi. Pour le reste, il s’agit d’un réflexe identitaire ou de superstition.

 

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Éditorial
Libérez les deux évêques!

L’enlèvement de Youhanna Ibrahim, évêque syriaque orthodoxe d’Alep, et Boulos Yazigi, évêque de l’Eglise grecque-orthodoxe de la même ville, le 22 avril, est un crime répréhensible à tous les égards. Sur un plan général, la privation de liberté, pour des motifs injustifiés, par des groupes ne disposant d’aucun mandat pour le faire est un retour à la loi de la jungle. Humainement, ces deux prélats, de par leur fonction et leur vocation, sont des messagers de paix, d’amour et de dialogue, ils ne méritent certainement pas le mauvais traitement qui leur a été infligé. A un niveau religieux, ils ont été enlevés parce qu’ils sont chrétiens, ce qui constitue une atteinte inadmissible au principe de la liberté de culte. Vu du prisme de la crise syrienne, les deux évêques étaient en mission humanitaire, pour tenter d’obtenir la libération de deux prêtres kidnappés dans la même région, il y a deux mois. Leur enlèvement est une violation de tous les principes, y compris des règles de la guerre, qui interdisent de s’en prendre à des médiateurs et des messagers. Si deux éminents évêques, dont le frère du patriarche de la plus grande Eglise d’Orient, ont été traités avec autant de légèreté et de rudesse, quel sort sera-t-il réservé au commun de leurs ouailles. C’est sans doute l’un des principaux messages que les ravisseurs (des Tchétchènes paraît-il; mais qui croit qu’ils peuvent agir sans couverture locale?) veulent transmettre aux chrétiens de Syrie et de toute la région: «Même vos évêques ne jouissent d’aucune immunité, alors que dire de vos prêtres, vos diacres, vos bonnes sœurs et vos fidèles?». Malgré le caractère abject de cet acte, on constate avec tristesse et consternation qu’il n’a pas suscité la vague de réprobation qu’il mérite. Faut-il, à Dieu ne plaise, qu’ils soient torturés et leurs têtes plantées sur un clocher (comme le cheikh Saadeddine d’Alep, égorgé et décapité avant que sa tête ne soit exposée sur le minaret de sa mosquée), pour que l’on entende, enfin, quelques timides condamnations? Pourtant, pour bien moins que cela, nous avons vu, ces deux dernières années, des personnalités politiques et publiques et des dirigeants, monter sur leurs grands chevaux, pour dénoncer avec véhémence la «répression sauvage», «les crimes odieux», «les atteintes inacceptables aux libertés individuelles et collectives…». Nous avons vu des médias entrer en campagne pour défendre un blogueur interpellé, ou un militant arrêté, des ONG se mobiliser pour sensibiliser l’opinion publique… Mais pour les deux évêques, c’est le silence radio, tous ont perdu la voix… et la conscience. Cette triste affaire est un exemple vivant de la politique des deux poids deux mesures, qui n’est malheureusement plus l’apanage des grandes puissances, mais aussi de supports médiatiques censés informer les gens. On constate que l’information fait l’objet d’une sélection rigoureuse et d’une hiérarchisation répondant à une grille de lecture politique. Malgré toutes les tentatives destinées à minimiser la gravité de l’enlèvement des deux évêques et à le banaliser, en le traitant comme un fait divers ordinaire, cet acte constitue un développement extraordinaire. Il montre que plus personne n’est à l’abri, que certains groupes franchissent toutes les lignes rouges sans que personne ne leur demande de comptes et, plus grave encore, que les opposants syriens qui occupent le devant de la scène médiatique n’ont aucun pouvoir sur ceux qui tiennent le terrain. Si l’Occident n’est pas parvenu à obtenir la libération de deux évêques, quelles garanties peut-il encore fournir que les armes qu’il livre aux rebelles ne finiront pas entre les mains des coupeurs de têtes et autres barbares lâchés dans la nature… à deux pas de chez nous?


 Paul Khalifeh
   

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