Rawi, rencontre des écrivains arabo-américains. Dynamiser la littérature arabo-américaine
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Nº 2853 du vendredi 13 juillet 2012

Rawi, rencontre des écrivains arabo-américains. Dynamiser la littérature arabo-américaine

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    Rawi, rencontre des écrivains arabo-américains. Dynamiser la littérature arabo-américaine
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La quatrième conférence nationale de Rawi (Radius of Arab American writers), organisation créée aux Etats-Unis pour rassembler les écrivains, artistes et universitaires arabo-américains, a récemment eu lieu à Michigan, Dearborn. Quel avenir sera assuré à la culture arabe aux Etats-Unis? C’est à cette question et à bien d’autres que les intervenants de Rawi s’efforceront de répondre.

 

Pauline Mouhanna, Illinois
Voilà une organisation qui porte bien son nom! Rawi (raconter des histoires en arabe) relate non seulement l’histoire de la culture arabo-américaine, mais aussi l’apport des artistes et des écrivains arabes à la société américaine. Fondée depuis 1992, elle regroupe aujourd’hui plus de 150 membres provenant de plusieurs origines. Un bon nombre d’entre eux étant originaires du Liban (Voir encadré). Tous s’identifient comme étant des Arabo-Américains.
C’est surtout la conférence annuelle qui permet à l’organisation de s’élargir et de se faire connaître. Glenn Shaheen, secrétaire de la communication, nous explique ce qui singularise la conférence de Michigan, Dearborn. «C’est l’occasion idéale pour nos écrivains de partager leurs connaissances et d’expliquer leurs projets futurs. Elle permet d’exposer les spécificités de l’ethnicité arabe au Brésil. Durant cette conférence, nous faisons découvrir au grand public des recherches récentes portant sur le journalisme arabe aux Etats-Unis. Il y a également des représentations théâtrales. Nous pensons réellement que l’événement a été exceptionnel». Il faut dire que, depuis la naissance de Rawi, la fondatrice Barbara Nimri Aziz, journaliste et animatrice de radio, a compris l’impact des médias sur la culture et vice versa. Elle a également saisi à quel point l’établissement de réseaux entre les écrivains, les journalistes et les artistes est important. C’est en fait grâce à son émission hebdomadaire à la radio, intitulée Tahrir, qu’elle arrive à atteindre de nombreux auteurs arabo-américains. Au point qu’aujourd’hui, l’organisation et Tahrir sont étroitement liées. Aziz, qui avait auparavant vécu dans plusieurs pays arabes, se rend compte que plusieurs organisations panarabes d’écrivains y existent. Elle s’interroge: pourquoi pas une telle organisation aux Etats-Unis? Son rêve était de dynamiser la communauté formée par les écrivains arabo-américains. Elle voulait également qu’une plus grande attention leur soit apportée aux Etats-Unis. Son but était aussi de faire comprendre au grand public que ces derniers représentent des courants variés. Un objectif que Rawi a atteint, selon Glenn Shaheen. Il explique: «Cette variété est quelque chose que nous continuerons de promouvoir et de saluer. C’est d’ailleurs la plus grande réussite que nous pouvions espérer». Outre ce succès, l’organisation peut se vanter d’avoir regroupé des écrivains de renommée internationale. Et les portes de Rawi sont toujours ouvertes à la nouvelle génération d’intellectuels arabo-américains.

P.M.

 

La part belle aux Libanais
Rawi regroupe plusieurs écrivains ou chercheurs d’origine libanaise. Parmi eux, Rabih Alameddine, le fameux auteur d’al-Hakawati. Ses romans sont traduits en dix langues. Quant à Randa Jarrar, auteur du roman A map of home (Une carte de la maison), elle a été choisie pour prendre part à Beirut39, qui a célébré les 39 écrivains arabes les plus doués et âgés de moins de 40 ans. Enfin, citons la chercheuse Evelyn el-Sultany. Ses travaux, portant sur les stéréotypes contre les Arabes, sont souvent mentionnés outre-Atlantique et peuvent être consultés via ce site: www.arabstereotypes.org.

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Éditorial
Faites taire le cheikh Ahmad el-Assir

Le cheikh Ahmad el-Assir est aujourd’hui le salafiste le plus médiatisé. Son côté folklorique et son discours peuvent plaire. Il appelle à la primauté des institutions étatiques. Sur les armes du Hezbollah, il hausse le ton pour satisfaire les ultras qui reprochent au 14 mars un manque de courage à ce sujet. Il ne demande pas qu’on protège les chrétiens, il sollicite leur protection! Mais le discours est une chose et la réalité en est une autre. Le cheikh Assir se réclame de la tendance salafiste et de son plus grand théoricien Ibn Taymiya. Comment celui-ci s’adresse-t-il aux trois grandes communautés libanaises, les sunnites, les chrétiens et les chiites? Dans son ouvrage al-Wassatia, il prête au Prophète un rôle de législateur dont les travaux ont été complétés par les écoles juridiques. Il demande une application à la lettre de la Charia et une contrainte des mauvais musulmans, sunnites inclus, à appliquer rigoureusement une vision austère de l’islam, sous peine de coercition et même d’élimination physique. Les salafistes extrémistes irakiens ont tué, sans distinction, autant de sunnites que de chiites. Les chiites, eux, n’ont eu droit à aucune considération. Je rappelle qu’au XIIIe siècle, quand les mamelouks déferlèrent sur le Kesrouan pour y massacrer et chasser les chiites, c’est sous l’autorité d’une fatwa d’Ibn Taymiya. Selon sa théorie d’al-Wala’wal-Barra’, il demande de couper tout lien avec les chrétiens et d’être intransigeant à leur égard. Il va à l’encontre de la tradition de tolérance de l’islam qui avait vu, à l’époque des conquêtes arabes, les chrétiens en conflit avec Constantinople, soulagés d’être débarrassés de son joug et trouver leur compte sous le règne des musulmans. On a même vu, lors de la recon-quête de l’Espagne par Isabelle la Catholique, les juifs se réfugier en terre d’islam pour fuir les persécutions. Mais si cette forme de tolérance du Moyen Age n’est plus acceptable aujourd’hui, que serait-ce alors de la position d’Ibn Taymiya. Or, le cheikh Ahmad el-Assir n’a jamais, à ce jour, renié son mentor. Il ne faut pas se méprendre sur l’ampleur de ce phénomène. Quel que soit son pouvoir de nuisance, il restera limité, tant les extrémistes salafistes sont incapables de se regrouper sous une même autorité. Dans leur interprétation rigoureuse du texte, ils sont réfractaires à toute organisation cléricale hiérarchisée. Ils ne reconnaissent que l’autorité d’un calife dont le rôle principal est de permettre aux musulmans de pratiquer leurs devoirs cultuels. Ce calife doit être élu par l’ensemble de la Umma et reste sous la surveillance rigoureuse des hommes de religion. C’est dire combien cette forme de pouvoir est utopique et combien resteront nombreux et divisés les émirs salafistes. Mais le pouvoir de nuisance du cheikh Ahmad el-Assir n’en reste pas moins une réalité. Il suffit de l’écouter s’adresser aux chefs du tandem chiite. Il les insulte et traite de «cochon» un officier de l’armée qui ne lui est pas favorable. Ce n’est pas tant l’insulte qui est préjudiciable que son intention de «déshumaniser» ses adversaires. On se donne bonne conscience pour les éliminer. C’est ainsi qu’ont été traités les juifs avant le génocide et que les Israéliens se comportent avec les Palestiniens pour justifier la colonisation de leur terre; que les Hutus ont qualifié d’animaux à travers la radio des «mille collines» les Tutsi avant de les massacrer. C’est ainsi que le cheikh Ahmad el-Assir dédouane dès maintenant tout acte violent à l’égard de ceux à qui il s’adresse avec haine. Son public étant ce qu’il est, il ne faudra pas s’étonner de le voir un jour passer à l’acte. Phénomène spontané ou monté de toutes pièces, le cheikh Ahmad el-Assir n’en reste pas moins le révélateur d’un profond malaise. C’est à ce jour, l’expression la plus radicale face à la menace, au mépris et au doigt menaçant que brandit le Hezbollah, dès qu’il s’agit de ses armes. Chaque fois qu’on lui rappelle que ces armes doivent être entre les mains de l’Etat, condition indispensable pour bâtir un Etat moderne, il répond au mieux par l’indifférence, au pire il accuse ceux qui s’adressent à lui de traîtrise. Cela ne peut plus durer, nous sommes au bord de la rupture. Que le Hezbollah fasse un choix, sinon Ahmad el-Assir deviendra bientôt un héros, ou plutôt un antihéros, tant lui et ses clones au Liban-Nord provoqueront la violence.


 Amine Issa
   

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