Irak, une poudrière. Sous le feu de la division communautaire
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Nº 2895 du vendredi 03 Mai 2013

Irak, une poudrière. Sous le feu de la division communautaire

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    Irak, une poudrière. Sous le feu de la division communautaire
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En une semaine, 240 personnes ont trouvé la mort dans des violences entre sunnites et chiites. Dans ce cadre de violences intercommunautaires, le président du Parlement a réclamé la démission du gouvernement et la tenue d’élections anticipées. Alors que les attentats se multiplient, aucun scrutin n’est pour l’instant prévu avant 2014. Dans le nord du pays, le Kurdistan irakien déploie des Peshmergas. Le chaos règne.


Lundi 29 avril, cinq attentats dans des villes chiites du sud de Bagdad ont fait 18 morts. A al-Amara, à Diwaniya, à Mahmoudia et dans la ville sainte de Kerbala, des voitures ont explosé. Sans revendication. La semaine précédente, la confrontation des forces armées irakiennes du président Nouri el-Maliki et des manifestants sunnites à Hajiwa s’était achevée dans le sang. Selon Mohammad el-Badri, un des organisateurs du mouvement, l’armée avait encerclé les protestataires et empêché tous les ravitaillements. Bilan: cinquante morts et plus d’une centaine de blessés.

Une région sunnite?
L’escalade communautaire en Irak constitue indéniablement une menace supplémentaire pour la stabilité régionale. La recrudescence des violences fait craindre un retour à un conflit ouvert comparable aux sanglants affrontements qui avaient suivi l’invasion américaine en 2003. Les nouvelles de Hajiwa ont rapidement fait tache d’huile et ont semé la discorde dans tout le pays. Un autre opposant, de Mossoul, Saïd el-Khalidi, l’affirme: «Les hommes des tribus vont bientôt prendre les armes et se diriger vers Hajiwa pour défendre les sunnites d’Irak». Dans le même temps, les  imams wahhabites des mosqués d’Anbar, de Mossoul et de Diyala n’hésitent pas à appeler au jihad contre les chiites ou contre le gouvernement coupable d’une collaboration avec l’Iran. Survolté, le chef de la tribu Dulaim, la plus grande d’Irak, Ali Hatem el- Suleiman, a exhorté son auditoire à former une opposition armée. Il a directement menacé les forces armées irakiennes en leur intimant l’ordre de rester dans leurs casernes auquel cas l’appel au jihad serait modéré, l’appel à la constitution d’une région sunnite d’Irak annulé. Pendant ces virulentes paroles, un groupe armé et cagoulé de ses partisans se déployait à Falloujah et dans d’autres villes. Conformément aux exigences des protestataires, qui se sont engagés en retour à ne pas constituer de région sunnite et à modérer l’appel au jihad, les forces de police nationales et de l’armée ont complètement disparu des centres- villes.


Tentatives d’apaisement
Dans ce contexte, l’émissaire de l’ONU en Irak, Martin Kobbler, a lancé un appel au calme avertissant que la poursuite de la violence mènerait à la guerre civile.
L’ensemble des efforts de pacification menés les jours suivants ont permis de limiter les dégâts. Il n’y aura donc pas de région sunnite irakienne ni d’appels massifs au jihad. Le Comité gouvernemental d’investigation sur le drame de Hajiwa mené par le Premier ministre adjoint Salih el-Mutlaq, a convenu de considérer les membres de l’armée et les manifestants décédés comme des martyrs de la nation. Cette décision permet aux familles des défunts de toucher une aide financière importante. Ce même comité a décidé d’amnistier l’ensemble des personnes retenues prisonnières depuis cet événement. Ces choix ont été pris grâce à l’initiative d’Oussama el-Noujaïfi, chef du Parlement et membre du Bloc Iraqiya, la coalition d’opposition. Ce monsieur a entrepris des négociations avec des leaders nationaux et des cercles internationaux. Ainsi, le président de la région autonome du Kurdistan irakien Massoud Barzani, le leader du Conseil suprême islamique Ammar Hakim, le leader de l’Alliance nationale irakienne Ibrahim Jaafari et les ambassadeurs anglais et américain en Irak auraient participé à ces tractations.
Les autorités arabes régionales ont également vivement réagi aux secousses irakiennes. Al-Azhar a dénoncé «l’attaque de militants pacifistes». Après avoir réaffirmé que «les manifestations et protestations pacifiques constituent un droit légitime garanti par la charia et les lois modernes», la Haute autorité sunnite du Caire a appelé les dirigeants irakiens à «coordonner le dialogue entre les différentes parties dans l’optique de répondre aux attentes populaires». La Ligue arabe a demandé une enquête expéditive pour mettre à jour les responsables du carnage d’Hajiwa. Son secrétaire général, Nabil el-Arabi, s’est dit inquiet pour l’«unité, la sécurité et la souveraineté du pays».

Pour lui, le gouvernement doit également démissionner avant que de nouvelles élections soient organisées. Toujours selon lui, tout élément contraire mènerait à la guerre civile. Sur cette question, il semble que le Premier ministre Nouri el-Maliki, accusé de monopoliser le pouvoir et de léser la communauté sunnite, n’accepte que «la dissolution du Parlement, le gouvernement restant indispensable pour la gestion des affaires courantes».
Les manifestations comme celles d’Hajiwa, où le départ de Maliki est réclamé, sont de plus en plus nombreuses dans toutes les grandes villes sunnites depuis décembre 2012. Il est accusé d’abuser des concepts de débaassification et de contre-terrorisme pour purger les sunnites des postes de pouvoir. Même au sein de sa propre coalition, des voix s’élèvent contre son autoritarisme.

Au Nord, les Peshmergas
En conséquence de l’instabilité sécuritaire, le gouvernement fédéral du Kurdistan irakien a déployé des Peshmergas à Kirkouk et dans sa banlieue. La présence de ces combattants remplace le vide laissé par le départ des troupes irakiennes. Selon le ministère des Affaires Peshmergas, ils s’attacheront à défendre l’ensemble de la population quelle que soit son origine ethnique et religieuse face aux opérations terroristes. Plus largement, dans tout le nord du pays, les positions militaires kurdes ont été renforcées.
Selon un responsable du Parti démocratique kurde, le déploiement de cette force Peshmerga illustre le rôle d’intermédiaire pacifique que les Kurdes peuvent jouer. Ce même responsable rejette les accusations de Bagdad. Selon le gouvernement central et l’état-major de l’armée irakienne, la présence des puits de pétrole dans la région de Kirkouk est la raison profonde du déploiement militaire kurde, celui-ci constitue de facto une violation des accords de sécurité passés entre Erbil et Bagdad. Un tel déploiement de force n’est pas une première. Il y a quelques mois déjà, les Peshmergas avaient empêché des forces spéciales de l’armée irakienne de monter jusqu’à Kirkouk.
Dans la poudrière du Moyen-Orient, l’Irak multicommunautaire est une reproduction miniature des conflits qui guettent l’ensemble de la région. D’où l’urgence d’y mettre un terme.

Antoine Wénisch
 

Dix chaînes satellitaires interdites
Une vaste blague. Pour incitation à la violence dans leur couverture des récentes violences communautaires, l’Irak a suspendu les licences de dix chaînes de télévision, parmi lesquelles celle du réseau satellitaire qatari al-Jazeera. La Commission des médias et de la communication a estimé en effet que les contenus diffusés constituaient «un encouragement aux actes criminels de vengeance et penchaient davantage vers le mensonge et l’exagération que vers l’objectivité». La plupart des chaînes visées sont locales, pro-sunnites et plutôt critiques envers le gouvernement chiite. L’Observatoire pour la liberté journalistique en Irak ne nie pas les incitations à la violence de certains médias, mais dénonce «un coup dur pour la démocratie». On ne pourra probablement pas matériellement interdire la diffusion d’une chaîne a fortiori satellitaire, mais les équipes journalistiques des médias concernés ne pourront plus ni couvrir les événements ni circuler sur le territoire irakien.

Twitter et le jihad…
Le mardi 23 avril, le cheikh saoudien wahhabite, Saad el-Duirihim, a posté le tweet suivant: «Les combattants jihadistes d’Irak devraient utiliser la manière forte en tuant le plus possible de chiites, incluant femmes et enfants». Selon lui, il n’y a que de cette façon que les «rawafid» (NB: terme utilisé par les wahhabites pour désigner les chiites) les craindront. Ce type d’appel au martyre takfiriste s’inspire directement des fatwas d’Ibn Taymiyyah au XIIIe siècle et de Abdel- Wahhab au XVIIIe siècle. Les réseaux sociaux en plus.
Duirihim avait précédemment posté un autre tweet dans lequel il affirmait que seuls les gens originaires de Najd, entreraient au paradis directement après le Jugement dernier. Najd est la ville du centre de l’Arabie saoudite d’où est originaire le wahhabisme.

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Éditorial
Libérez les deux évêques!

L’enlèvement de Youhanna Ibrahim, évêque syriaque orthodoxe d’Alep, et Boulos Yazigi, évêque de l’Eglise grecque-orthodoxe de la même ville, le 22 avril, est un crime répréhensible à tous les égards. Sur un plan général, la privation de liberté, pour des motifs injustifiés, par des groupes ne disposant d’aucun mandat pour le faire est un retour à la loi de la jungle. Humainement, ces deux prélats, de par leur fonction et leur vocation, sont des messagers de paix, d’amour et de dialogue, ils ne méritent certainement pas le mauvais traitement qui leur a été infligé. A un niveau religieux, ils ont été enlevés parce qu’ils sont chrétiens, ce qui constitue une atteinte inadmissible au principe de la liberté de culte. Vu du prisme de la crise syrienne, les deux évêques étaient en mission humanitaire, pour tenter d’obtenir la libération de deux prêtres kidnappés dans la même région, il y a deux mois. Leur enlèvement est une violation de tous les principes, y compris des règles de la guerre, qui interdisent de s’en prendre à des médiateurs et des messagers. Si deux éminents évêques, dont le frère du patriarche de la plus grande Eglise d’Orient, ont été traités avec autant de légèreté et de rudesse, quel sort sera-t-il réservé au commun de leurs ouailles. C’est sans doute l’un des principaux messages que les ravisseurs (des Tchétchènes paraît-il; mais qui croit qu’ils peuvent agir sans couverture locale?) veulent transmettre aux chrétiens de Syrie et de toute la région: «Même vos évêques ne jouissent d’aucune immunité, alors que dire de vos prêtres, vos diacres, vos bonnes sœurs et vos fidèles?». Malgré le caractère abject de cet acte, on constate avec tristesse et consternation qu’il n’a pas suscité la vague de réprobation qu’il mérite. Faut-il, à Dieu ne plaise, qu’ils soient torturés et leurs têtes plantées sur un clocher (comme le cheikh Saadeddine d’Alep, égorgé et décapité avant que sa tête ne soit exposée sur le minaret de sa mosquée), pour que l’on entende, enfin, quelques timides condamnations? Pourtant, pour bien moins que cela, nous avons vu, ces deux dernières années, des personnalités politiques et publiques et des dirigeants, monter sur leurs grands chevaux, pour dénoncer avec véhémence la «répression sauvage», «les crimes odieux», «les atteintes inacceptables aux libertés individuelles et collectives…». Nous avons vu des médias entrer en campagne pour défendre un blogueur interpellé, ou un militant arrêté, des ONG se mobiliser pour sensibiliser l’opinion publique… Mais pour les deux évêques, c’est le silence radio, tous ont perdu la voix… et la conscience. Cette triste affaire est un exemple vivant de la politique des deux poids deux mesures, qui n’est malheureusement plus l’apanage des grandes puissances, mais aussi de supports médiatiques censés informer les gens. On constate que l’information fait l’objet d’une sélection rigoureuse et d’une hiérarchisation répondant à une grille de lecture politique. Malgré toutes les tentatives destinées à minimiser la gravité de l’enlèvement des deux évêques et à le banaliser, en le traitant comme un fait divers ordinaire, cet acte constitue un développement extraordinaire. Il montre que plus personne n’est à l’abri, que certains groupes franchissent toutes les lignes rouges sans que personne ne leur demande de comptes et, plus grave encore, que les opposants syriens qui occupent le devant de la scène médiatique n’ont aucun pouvoir sur ceux qui tiennent le terrain. Si l’Occident n’est pas parvenu à obtenir la libération de deux évêques, quelles garanties peut-il encore fournir que les armes qu’il livre aux rebelles ne finiront pas entre les mains des coupeurs de têtes et autres barbares lâchés dans la nature… à deux pas de chez nous?


 Paul Khalifeh
   

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