Toutes les communautés touchées. 13% de mariages précoces au Liban
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Nº 3074 du vendredi 3 février 2017

Toutes les communautés touchées. 13% de mariages précoces au Liban

 
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    Toutes les communautés touchées. 13% de mariages précoces au Liban
    Pauvreté, décision du père de famille, manque d’éducation… Le phénomène du mariage précoce touche toutes les communautés. En 2015, le Liban compte 13% d’unions de ce type au niveau de...
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Pauvreté, décision du père de famille, manque d’éducation… Le phénomène du mariage précoce touche toutes les communautés. En 2015, le Liban compte 13% d’unions de ce type au niveau de sa population locale et 24% au niveau des réfugiés.

«J’étais là, debout, entourée de ma famille, vêtue d’une robe. En face de moi, se tenait un parfait inconnu, qui s’est avéré être un cousin éloigné. J’avais 15 ans; il avait trois fois mon âge. C’était à lui que je ‘‘devais me donner corps et âme’’, me dit-on. Je ne comprenais rien. Ces noces furent pour moi une journée de deuil, où je devais enterrer mon enfance pour m’allier à cet animal dépravé». Ces confessions de N.C. sont celles d’une multitude de jeunes filles qui, chaque jour, subissent le même sort. «Des années   durant, j’ai souffert de maltraitance physique et verbale, ayant réussi à échapper les premières nuits à sa concupiscence. Après plusieurs fausses couches, j’ai mis au monde un premier enfant deux ans plus tard, puis un deuxième et un troisième. Heureusement, j’ai survécu, bien que, parfois, j’envie celles qui ont perdu la vie à la suite des violentes nuits de convoitise ou à cause d’un accouchement».

Facteurs aberrants. Chargée de presse et de communication à Kafa*, Maya Ammar énumère les multiples raisons à l’origine d’une telle infamie: il peut s’agir, en premier lieu, de la situation économique (23% des cas). Une enquête menée sur le mariage précoce au Liban, en 2015, par l’Institut des sciences politiques (ISP) de l’Université Saint-Joseph (USJ), en collaboration avec l’ambassade du Canada, montre qu’à Beyrouth, 12 241 jeunes filles ont été concernées. Chez les réfugiés syriens, «22 984 jeunes filles mariées avant 18 ans ont des époux en moyenne 9 ans plus âgés qu’elles, tandis que celles mariées après 18 ans ont des époux en moyenne 6,6 ans plus âgés». Ce qui fait que «plus la mariée est jeune, plus l’écart avec son conjoint est grand, ce qui confirme l’idée que les raisons économiques sont le fondement de ces unions». «C’est du trafic», s’indigne F.H., victime d’un mariage forcé. «Nous sommes échangées contre de l’argent, contre une dot», s’insurge-t-elle. D’autre part, 19,9% des filles forcées à convoler avant l’âge de 18 ans, obéissent à une décision prise par le père de famille. «Je me suis réveillée ce jour-là pour apprendre l’horrible nouvelle que je ne pouvais plus me rendre à l’école, mon père ayant décidé de me marier à un menuisier de 42 ans», confie S.G.. Autres origines de ces unions prématurées, le manque d’éducation, la décision de constituer une famille (15,5%), le désir de s’autonomiser de la famille (15,8%), la décision de la famille (14,8%) et le désir de quitter l’école (10,7%), selon des chiffres fournis dans le cadre de l’étude réalisée par l’ISP de Beyrouth et l’ambassade du Canada.  

Que dit la loi? Maya Ammar explique: «Toutes les confessions autorisent le mariage des mineurs, après autorisation du tuteur ou des parents», les tribunaux religieux étant ceux qui régissent le statut personnel et qui définissent l’âge de nubilité de leurs fidèles. Chez les musulmans, celui-ci est fixé à 18 ans chez les garçons et entre 14 et 17 ans chez les filles. Pour les chrétiens, l’âge varie entre 16 et 18 ans chez les garçons et entre 14 et 18 ans chez les filles. Cependant, l’âge peut être abaissé à 9 ans chez les musulmans pour les filles, après obtention d’une dérogation de la part du tribunal religieux. En cas de refus, les noces peuvent avoir lieu, les proches du nouveau couple et la personne ayant prononcé le mariage devant s’acquitter d’une amende. Il est également à noter que «l’union des mineures avant l’âge de 18 ans est nettement plus important dans les communautés musulmanes libanaises. La communauté alaouite vient en tête avec un taux de 16%, suivie des communautés sunnite (13%) et chiite (12%). Malgré un taux assez faible, les communautés chrétiennes ne sont pas en reste, avec un taux de 7% pour les maronites et les grecs-orthodoxes et de 6% pour les grecs-catholiques», comme le démontre l’étude menée.
Où en est la loi aujourd’hui? Alors que les demandes s’intensifient concernant la mise en place d’une loi fixant l’âge légal pour le mariage à 18 ans, d’autres problèmes sont à envisager: le Parlement doit d’abord remplir sa tâche législative, les communautés doivent cesser d’intervenir au plan politique et les institutions religieuses ne doivent plus être en charge des statuts personnels. Toutefois, la question qui se pose est la suivante: une révision de la loi, même archaïque, est-elle réellement susceptible de mettre fin à un tel phénomène? Surtout que, dans la plupart des communautés (les tribus plus particulièrement), la fixation d’un âge légal ne change rien, même si ce dernier est limité à 14 ou 15 ans.
 
ONG qui se mobilise pour l’égalité hommes-femmes et la non-discrimination et qui promeut le développement des droits humains des femmes et des enfants.


Réfugiés: chiffres alarmants
Selon les Nations unies, «le mariage des mineures concerne 37 000 fillettes chaque jour à travers le monde. Et d’ici à 2050, ce chiffre pourrait atteindre 1,2 milliard de victimes de mariages forcés». Elles sont constamment exposées aux violences domestiques, en proie aux tentatives de suicide et aux décès en couche. Au Liban, les réfugiés syriens marquent des chiffres alarmants: le quart des femmes mariées enregistrées auprès de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés, soit 22 984 femmes, se sont mariées avant 18 ans. «93% d’entre elles ont épousé des hommes de 9 ans plus âgés qu’elles, en moyenne. Précis et fiables, ces chiffres sont incomplets, car les listes de l’agence onusienne ne sont pas exhaustives, un grand nombre de réfugiés n’étant pas inscrits», selon le rapport de l’étude sur le mariage précoce.

Natasha Metni

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Éditorial
Des murs et des pas mûrs

Au nom de la sécurité nationale et de la sauvegarde de l’emploi aux Etats-Unis, le président Donald Trump veut construire un mur fait d’un mélange de ciment et de lois protectionnistes. A peine a-t-il signé les premiers décrets pour l’édification de ces clôtures, censées être érigées aux frontières, que des barrières ont surgi à l’intérieur du pays. Ces décisions choquantes, prises par un président controversé, constituent un cocktail malodorant, qui n’a pas tardé à exploser en manifestations de colère dans les aéroports et les rues des villes américaines. La période de grâce est un luxe auquel Donald Trump n’a pas goûté.D’aucuns jugeront déplacée la vague de condamnation soulevée dans le monde par les décisions du président américain. Il s’agit, somme toute, de mesures prises par un Etat souverain sur son territoire national. Cela aurait été vrai si les Etats-Unis avaient été un pays comme les autres. Or, ils ne le sont pas et ne l’ont jamais été. L’Amérique est une nation, dont le modèle a, de tout temps, inspiré les autres, dans le pire et le meilleur, dans le rêve et le cauchemar. Que d’autres dirigeants soient tentés de lui emboîter le pas est un danger réel, qui aboutira au cloisonnement du monde. A l’ère de l’Internet et de la mondialisation, celui-ci devrait plutôt se diriger vers davantage d’ouverture. Ce n’est pas de barrières dont le monde a besoin, mais de plus d’humanité dans les relations entre les Etats.Ici au Liban, l’application de la «méthode Trump» risque de provoquer des catastrophes en chaîne, surtout que la classe politique se contorsionne pour tenter d’imaginer une loi électorale acceptée de tous. Le critère de la représentation est, certes, essentiel pour apaiser la vie politique. Il n’est plus permis, en effet, que les lois électorales soient confectionnées sur mesure afin de sauvegarder les intérêts personnels de certains dirigeants, au détriment d’autres composantes de la société. Mais, dans le même temps, si la juste représentation aboutit à la construction de murs entre les communautés, le résultat sera pire. Il faut s’entendre sur une formule susceptible en même temps d’assurer une représentation authentique de tous et de réduire, à leur plus simple expression, les cloisons entre les communautés religieuses. La tâche est difficile mais pas impossible. De nombreuses propositions allant dans ce sens existent et ont été débattues. Il suffit de les remettre sur la table.Le seul inconvénient est que le temps manque. Non pas que les délais constitutionnels soient courts, car il y a toujours moyen de les rallonger. Le problème est que l’économie est plus que jamais tributaire de l’entente politique, sans laquelle les réformes urgentes et structurelles ne peuvent pas être lancées. Espérons que la classe politique ne ratera pas le coche une nouvelle fois, d’autant que les experts s’attendent à une relance de l’économie en 2017.    


 Paul Khalifeh
   

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