Magazine Le Mensuel

Nº 2953 du vendredi 13 juin 2014

Actualités internationales

Rencontre historique Peres-Abbas au Vatican. Prière pour une paix improbable

Les présidents israélien Shimon Peres et palestinien Mahmoud Abbas ont «invoqué la paix» pour le Proche-Orient, au cours d’une rencontre de prière historique, à l’issue de laquelle ils ont planté symboliquement avec le pape François un olivier dans les jardins du Vatican.

 

Mahmoud Abbas, le président palestinien, et son homologue israélien Shimon Peres, ont été accueillis dimanche dernier en fin d’après-midi par le pape à la Maison Sainte-Marthe, où réside François. Après un accueil chaleureux mais séparé, chacun a eu un entretien personnel avec le Saint-Père. Les présidents israélien et palestinien se sont ensuite salués par une accolade chaleureuse, avant de se rendre avec le pape et le patriarche orthodoxe Bartholomée, en minibus, vers les jardins du Vatican, pour un moment de prière historique.
Alors que le processus de paix est en panne et que le climat de défiance s’est accentué entre Israël et les Palestiniens, ce moment a été pensé comme une pause dans le conflit israélo-palestinien. L’invitation avait été lancée par le pape depuis Bethléem, le 25 mai dernier, lors de son voyage en Terre sainte. Pas question pour le souverain pontife d’organiser une «médiation», ce qui serait «une folie». Depuis son intronisation, le pape François insiste plutôt sur l’importance de la «culture de la rencontre», une formule et un concept parfaitement mis en œuvre ce dimanche au Vatican. Dans un tweet, le pape invitait «toutes les personnes de bonne volonté à s’unir dans la prière pour la paix au Moyen-Orient». Il avait déjà remercié lors de la prière du Regina Cœli, dimanche midi, toutes les personnes qui prient pour le succès de cette rencontre. «La prière peut tout. Utilisons-la pour porter la paix au Moyen-Orient et au monde entier», avait écrit le pape dans un autre tweet samedi. Cette initiative coïncidait avec la solennité de la Pentecôte, fête de l’esprit saint.
Abbas, Peres et le pape ont pris place dans un triangle de verdure au cœur du Vatican, un lieu neutre avec en toile de fond la basilique Saint-Pierre. Le patriarche grec-orthodoxe de Jérusalem, Théophile, figurait également parmi les invités à l’événement. La rencontre s’est déroulée en trois temps, faisant écho aux trois religions: judaïsme, christianisme et islam. Le choix de cet ordre correspond à la chronologie d’apparition de ces religions. Les prières ont été prononcées en hébreu, anglais, italien et en arabe, entrecoupées d’interludes musicaux, dont la célèbre chanson Shalom Aleichem. Les prières ont suivi le même schéma: louange, demande de pardon, puis invocation pour la paix. Après les prières, le souverain pontife, Shimon Peres et Mahmoud Abbas ont pris chacun à son tour la parole, avant de planter un olivier dans les jardins. Le président israélien, âgé de 90 ans, en a profité pour rappeler qu’il avait connu la Deuxième Guerre mondiale dans sa jeunesse. «C’est en notre pouvoir d’apporter la paix à nos enfants. C’est notre sainte mission de parents», a souligné le prix Nobel de la paix.
Le président palestinien a, quant à lui, prié le Seigneur pour «une paix globale et juste pour notre pays et notre région. Nous voulons la paix pour nous et nos voisins», a-t-il martelé, insistant sur «la liberté dans notre Etat souverain et indépendant». Accompagnés du Saint-Père et du patriarche, les deux présidents se sont enfin entretenus loin des caméras.
«Pour faire la paix, il faut du courage, bien plus que pour faire la guerre», a affirmé le pape François dans son discours, évoquant avec des accents dramatiques les victimes innocentes de la guerre et de la violence, les nouvelles générations épuisées par les conflits. «Il faut du courage pour dire oui à la rencontre et non à l’affrontement; oui au dialogue et non à la violence; oui à la négociation et non aux hostilités; oui au respect des accords et non aux provocations; oui à la sincérité et non à la duplicité», a martelé le pape. La manière dont il a achevé son discours se passe de commentaire: «L’Histoire nous enseigne que nos seules forces ne suffisent pas. Plus d’une fois, nous avons été proches de la paix, mais le malin, par divers moyens, a réussi à l’empêcher. Nous ne renonçons pas à nos responsabilités, mais nous invoquons Dieu comme un acte de suprême responsabilité, face à nos consciences et face à nos peuples. Il faut abattre les murs de l’inimitié et parcourir la route du dialogue, il faut rompre la spirale de la haine et de la violence avec une seule parole: ‘frère’. Mais pour prononcer cette parole, nous devons tous lever le regard vers le Ciel, et nous reconnaître enfants d’un seul Père. Que du cœur de chaque homme soient bannis ces mots: division, haine, guerre; que le style de notre vie devienne Shalom, paix, salam! Amen».

Elie-Louis Tourny
 

Israël désavoue l’union palestinienne
Le 2 juin à Ramallah, un gouvernement d’union nationale palestinien a prêté serment, après la rupture de juin 2007 entre l’Autorité palestinienne et le Hamas. Une réconciliation qui pourrait porter atteinte aux négociations avec Israël, ce dernier considérant le Hamas comme une organisation terroriste. Le gouvernement israélien a d’ores et déjà menacé d’émettre des sanctions à l’égard de ce nouveau gouvernement d’union nationale.

La religion peut libérer la politique
Toute la cérémonie de dimanche et sa planification ont laissé beaucoup de gens dans la confusion, tant pour les Israéliens que les Palestiniens. Selon le père David Neuhaus, vicaire patriarcal pour la communauté catholique d’expression hébraïque, «cette incompréhension est bénite, car lorsque les gens sont absolument sûrs de ce qu’ils font et de ce qu’ils doivent faire, ils sont dans l’autosuffisance et l’action de Dieu est alors bloquée», a-t-il affirmé au micro de Radio Vatican.
Selon lui, l’action du Saint-Père, lors de son pèlerinage et à travers l’organisation de cette rencontre, montre que la religion peut libérer le domaine politique, au lieu d’être utilisée par ce dernier, et cela est un grand changement. «Je crois que cet acte va avoir une influence, peut-être pas immédiate, mais je pense que le rôle du pape est d’ouvrir les horizons, au-delà d’où nous pouvons voir, parce que notre monde est totalement fermé par les murs que nous avons construits», a-t-il conclu.

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