Magazine Le Mensuel

Nº 2849 du vendredi 15 juin 2012

  • Accueil
  • general
  • Un projet de l’UNRWA. Des bureaux d’emploi pour les Palestiniens
general

Un projet de l’UNRWA. Des bureaux d’emploi pour les Palestiniens

Le nombre de réfugiés palestiniens vivant au Liban est estimé entre 260000 et 280000, selon l’UNRWA. La plupart sont jeunes: moins de 25 ans pour la moitié d’entre eux. Pour certains employeurs libanais, les Palestiniens s’avèrent être une main-d’œuvre très efficace et productive. Mais la réalité n’est pas toujours rose. Nombreuses restrictions à l’embauche et travail précaire, tel est leur quotidien. Zoom sur les bureaux de l’emploi dédiés aux Palestiniens mis en place par l’UNRWA.

«Les Palestiniens sont privés des droits fondamentaux au Liban. Alors, quand vous leur donnez la possibilité de travailler, croyez-moi, ils se donnent à 200%. Ils donnent le meilleur d’eux-mêmes afin de montrer leur potentiel et s’avèrent très productifs, parfois même plus que les Libanais», souligne un jeune chef d’entreprise libanais, à la tête d’un centre de beauté. Il ajoute: «Je n’ai embauché que des Palestiniens grâce au soutien de l’UNRWA et des bureaux de l’emploi. J’en suis fier et content. Je ne regrette rien».
Depuis leur création, les managers des différents centres pour l’emploi de l’UNRWA, ouverts à Saïda, Tyr et Tripoli entre autres, ont reçu 780 offres d’emploi de la part d’employeurs potentiels. «Les Palestiniens sont doués dans ce qu’ils entreprennent en plus d’être productifs et d’avoir des compétences. Il est tout à fait normal que les chefs d’entreprises libanais se tournent vers nous», déclare Majd Farhat, responsable du pôle emploi de l’UNRWA.Dans le camp de Rachidié, près de Tyr, Moha Mansour, jeune maman, avait des difficultés à trouver un emploi. «J’ai fait des études de management et je cherchais un travail partout, remuant vainement ciel et terre. Je me suis enregistrée au centre et rempli un CV. Le conseiller m’a reçu pour un entretien spécialisé et m’a aidé dans mes démarches. Les employés du centre m’ont posé des questions et m’ont orientée vers des stages et formations», souligne-t-elle avec enthousiasme.
Elle raconte qu’un jour, elle a vu ses efforts porter leurs fruits. «J’ai reçu un appel téléphonique d’une société de matériel IT et ils m’ont embauchée, dit-elle avec satisfaction. Non seulement j’ai pu trouver un emploi, mais surtout j’ai trouvé des gens qui m’ont aidée et soutenue. J’ai trouvé des gens proches qui ont marché à mes côtés».

Les femmes vulnérables
Nervin Khalil est une autre jeune Palestinienne du Liban. Physiothérapeute, après une expérience professionnelle de dix ans, elle s’est soudainement retrouvée chassée de son emploi qui ne lui offrait aucune protection. Prisonnière de sa condition sociale et des restrictions auxquelles elle doit faire face, il fut très dur pour elle de se retrouver du jour au lendemain femme au foyer. «Cela vous tue de rester à la maison sans emploi. Vous pensez que vous êtes inutile et que vous ne servez à rien dans cette société. On pense que vous êtes seulement bonne à rester à la maison et faire la cuisine! Psychologiquement, vous devenez faible et n’avez plus confiance en vous. Le travail fait partie de la vie!».
Selon Majd Farhat, la première difficulté à laquelle un directeur de centre pour l’emploi est confronté quand il reçoit des jeunes, concerne les femmes. «Les parents ont du mal à accepter que leurs filles sortent du camp ou s’éloignent trop pour aller exercer leur emploi. Notre rôle est alors de faire le médiateur au sein même de l’organisation familiale. Les jeunes filles viennent au centre avec leurs parents et nous leur expliquons les avantages pour leur enfant et eux-mêmes à trouver un emploi stable, quel que soit son emplacement. Nous devons les convaincre et leur prouver que nous n’allons pas lâcher leur enfant dans la nature. Nous suivons les personnes que nous plaçons. Nous essayons de faire changer les mœurs petit à petit et je pense que nous sommes sur la bonne voie».
Depuis la création des centres, il y a quelques mois, l’UNRWA a participé à l’embauche de 135 Palestiniens au Liban, 81 personnes ont bénéficié de formations intensives et 1486 se sont inscrites et ont pu rencontrer un conseiller professionnel.
Des pôles emplois dignes des bureaux européens, pourquoi? Pour qui? Dans quel objectif?
Tout le monde le sait: les Palestiniens ont peu de droits, bien souvent pas de protection sociale et un salaire en deçà de la hauteur des efforts fournis. Dans un pays où de nombreux locaux ne sont pas protégés, il n’est pas difficile d’imaginer le sort réservé à ceux qui ont le statut de réfugiés… L’UNRWA a décidé alors de les prendre en main.
«Des négociations ont lieu avec les employeurs. Nous avons besoin de nous assurer que l’emploi qui sera proposé répondra à un certain nombre de critères. Il doit être de bonne qualité et ne doit pas exploiter les réfugiés. Le salaire minimum doit être garanti, tout comme des indemnités de départ en cas de licenciement. Les horaires doivent respecter l’être humain, nous ne voulons pas que les réfugiés soient pris pour des esclaves», affirme le directeur du projet de l’UNRWA
Selon l’office des réfugiés des Nations unies, les restrictions imposées aux Palestiniens au Liban concernant le droit au travail en découragent plus d’un. Ils n’y croient plus et abandonnent le système éducatif, pensant que cela ne les conduira jamais à exercer un emploi convenable. 56% des réfugiés en âge de travailler sont sans emplois, notamment au Liban-Sud. Ceux qui ont un emploi occupent bien souvent un poste précaire qui ne leur permet pas de sortir de la pauvreté. Les femmes sont plus affectées par le chômage.
Le 17 août 2010, le Parlement libanais a approuvé des mesures garantissant un certain nombre de droits aux réfugiés palestiniens enregistrés au Liban, notamment des permis de travail gratuits et des indemnités de départ.
Alors que ces mesures constituent un important pas en avant vers le droit au travail, elles doivent encore être concrètement appliquées au quotidien. Il faut noter également que la législation ne permet pas toujours aux Palestiniens du Liban de pratiquer les métiers de leur choix. Environ trente professions syndiquées leur sont toujours interdites.
Améliorer l’accès à l’emploi est l’un des objectifs de l’UNRWA. L’office international vise à offrir un travail décent aux Palestiniens et à les aider peu à peu à sortir de la misère. C’est dans cet esprit que sont créés des bureaux pour l’emploi… le pari sera-t-il à la hauteur des attentes, l’avenir nous le dira.

 

Anne Lobjoie

 

  Des chiffres qui parlent

– 62% des Palestiniens du Liban vivent dans des camps.

– Les 38% restants vivent dans des bidonvilles non officiels à proximité des camps.

– Les 2/3 des Palestiniens sont pauvres et vivent avec moins de 6 dollars par jour.

– 6,6% de la population palestinienne survit avec moins de 2,17 dollars par jour.

– Plus de la moitié des Palestiniens sont sans emploi: 56% d’entre eux sont au chômage.

– De ces 56% de chômeurs, 83,3% sont des femmes et 16,7% sont des hommes.

– 8% des réfugiés en âge d’aller à l’école ne sont pas inscrits.

– Les 2/3 des jeunes âgés de plus de 15 ans n’ont pas le brevet.

– 1/3 des réfugiés souffrent de maladie chronique.

– 95% n’ont pas d’assurance médicale privée ou publique.

– Un foyer palestinien paye en moyenne 1228 dollars par an de soins médicaux.

– La destruction du camp de Nahr el-Bared, en 2007, a abouti au déplacement de 27000 réfugiés qui vivent toujours dans des logements temporaires.

Related

Après les excès des fêtes. Quels aliments privilégier?

Eliane Ashkar, directrice artistique de Graphics eMotion. «Nous rêvons d’avoir des projets au Liban»

Première phase, écraser al-Nosra. Daech met à exécution son plan libanais

Laisser un commentaire


The reCAPTCHA verification period has expired. Please reload the page.