Magazine Le Mensuel

Nº 2857 du vendredi 10 août 2012

Entretien

Sami Gemayel, député du Metn. «L’Etat aurait-il perdu tout prestige?»

Les menaces qui pèsent sur le coordinateur du comité central du parti Kataëb l’obligent à prendre des mesures de sécurité exceptionnelles. Mais elles ne l’empêchent pas d’affirmer ses positions et celles de son parti sur tous les sujets, même les plus délicats et les plus incendiaires. Tour d’horizon avec Sami Gemayel, député du Metn.  

Comment expliquer qu’une baguette magique ait mis fin aux sit-in des journaliers et du cheikh Amad el-Assir ainsi qu’à la grève des enseignants?
Un gros effort a été fait par le Hezbollah et la Syrie pour éviter l’effondrement du gouvernement dont la situation est ridicule. Il était urgent de redonner de l’oxygène à l’équipe. Mais ceci est éphémère. Le gouvernement a affiché son échec.

Autrement dit, le Hezbollah est le magicien…
Bien sûr. La Syrie aussi. Tous les deux ont formé ce gouvernement qu’ils n’ont pas intérêt à voir s’effondrer.

Que pensez-vous de l’action du ministre Marwan Charbel qui s’est rendu à Yammouné pour trouver un compromis au problème des planteurs de cannabis?
J’ai pour le ministre Charbel une estime particulière et je connais ses bonnes intentions. Ceci ne signifie pas que nous soyons d’accord sur tout. Nous sommes contre la manière dont sont traités les planteurs de haschisch. Si des indemnités devaient leur être versées, elles seraient contraires à la loi. La culture du chanvre est interdite et celui qui s’y adonne sait cela d’avance. Je comprends, en revanche, la nécessité de leur trouver des cultures de substitution.

Ces cultivateurs bénéficient d’appui et sont armés!
Comment le ministre de l’Intérieur accepte-t-il de voir apparaître à la télévision des gens armés tenant des conférences de presse, sans réagir? Comment ces gens peuvent-il défier l’Etat quand bon leur semble. L’Etat aurait-il perdu tout prestige?

Le dialogue doit reprendre le 16 août. Y participerez-vous ainsi que le 14 mars, les forces de sécurité ayant obtenu les datas des communications?
Nous nous concertons sur le sujet avec nos partenaires du 14 mars et nous en déciderons au moment opportun.

Avez-vous d’autres conditions?
Cela est sujet à débat au sein du 14 mars.

Les Kataëb se distinguent toujours et Amine Gemayel est un fervent adepte du dialogue. Sa position se rapproche aujourd’hui de celle de Fouad Siniora…
Tous les partenaires, à part les Forces libanaises, ont participé au dialogue. A ce sujet, nous ne nous distinguons pas. Nous avons cru, dès le début, au dialogue. Ce que nous voulons dire, nous le disons et nous exprimons nos convictions devant tout le monde. Nous ne craignons pas de faire face avec nos principes à nos rivaux politiques.

Que pensez-vous du discours de sayyed Nasrallah au sujet de la stratégie de libération?
Il existe des contradictions chez le Hezbollah qui prouvent son embarras et son manque de crédibilité dans la défense de sa position.

Etes-vous satisfait de la position du président de la République concernant les armes?
Nous avons, dès le début, déclaré notre appui au président de la République. Cet appui se maintient et nous espérons qu’il poursuivra ses efforts dans ce sens. Nous serons à ses côtés, car il est le chef de l’Etat. Pour la première fois depuis 20 ans, nous avons un président de la République avec lequel nous pouvons nous entendre.

Concernant les armes placées sous l’autorité de l’Etat, sayyed Nasrallah a souligné que si les missiles étaient mis à la disposition de l’armée, Israël les détruirait en deux heures. Qu’en dites-vous?
Ceci est le problème de l’armée et non le sien. Cette décision revient au peuple libanais qui choisira ce qui lui convient. Le peuple libanais a des institutions démocratiques élues auxquelles il revient de le protéger.

A quoi servent ces missiles?
Il nous importe d’en bénéficier pour défendre le Liban s’ils sont mis sous l’autorité de l’armée. Celle-ci doit obtenir du Hezbollah les informations techniques qui lui permettent de juger de leur qualité. Si la méthode du Hezbollah est la bonne, le parti devrait l’indiquer à l’armée. Ce que nous contestons c’est que la décision de la guerre et de la paix appartienne au Hezbollah qui se sert de ses armes pour faire pression sur les Libanais.

Qu’a demandé le secrétaire du Conseil de la sécurité nationale iranien, en visite à Beyrouth, au Hezbollah, au vu des menaces israéliennes de frapper les installations nucléaires en Iran?
Les objectifs de la visite étaient plus politiques que militaires. Les services iraniens se trouvent en permanence au Liban et la coopération avec le Hezbollah est permanente.

Sayyed Nasrallah s’est demandé pourquoi l’Etat libanais ne se fournissait pas en armes auprès de Téhéran. Qu’est-ce qui l’en empêche?
Ils ont une mainmise sur le gouvernement, sur la majorité et sur le Parlement et ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Pourquoi donc nous posent-ils la question?

Qu’avez-vous pensé de l’expulsion des 14 réfugiés syriens vers leur pays?
Des accords internationaux relatifs aux conditions des réfugiés sont signés par le Liban qui ne peut pas y contrevenir.

Quelles sont les limites de la contestation à ce sujet par le député Walid Joumblatt?
La position de Walid bey sur le dossier syrien est claire, il n’y a rien de nouveau.

Pensez-vous qu’il en arrive à retirer ses ministres du gouvernement?
La  présence de Walid Joumblatt dans le gouvernement est liée à sa sécurité et à celle de la communauté druze, c’est pourquoi je doute qu’il prenne une telle initiative.

Lui et la Montagne sont alors menacés?
Certainement. Le 7 mai en est un exemple.

Et les menaces qui vous concernent tous en tant que 14 mars?
Je ne sors définitivement plus de mon bureau.

Comment pourrez-vous participer au dialogue alors que vous êtes exposé à tout moment sur la route?
Votre question est pertinente.

Pouvez-vous concilier les mesures de sécurité et votre souhait de ne pas donner l’impression de 
boycotter le président de la République?
Il est possible d’organiser la sécurité pour une seule participation. Le problème est de ne pas pouvoir bouger lorsqu’on mène une campagne électorale.

Craignez-vous que les législatives de 2013 n’aient pas lieu?
Cette éventualité existe. Ceux qui ont fait le 7 mai, changent les gouvernements à leur gré et n’hésiteront pas à torpiller les élections si elles ne sont pas à leur avantage.

Où en sont les alliances au Metn-Nord?
Elles sont les mêmes tant que les différends politiques sur les principes essentiels sont les mêmes.

N’avez-vous pas ouvert une nouvelle page avec le parti Tachnag?
Le Tachnag, au vu des développements internes et externes, révise sa position. Il ouvre une nouvelle page avec tous les partenaires et tente de se placer là où il peut bouger, mais à ce jour il maintient sa position.

Où en est le projet électoral du comité de Bkerké?
Nous tentons de l’achever au plus vite, mais les déplacements posent problème. Ni Georges Adwan ni moi ne pouvons bouger. Deux semaines se sont écoulées sans que nous puissions nous rencontrer. Au sein du 14 mars, certains sont en exil volontaire et d’autres emprisonnés chez eux.

Qui vous menace?
Nos adversaires politiques ont intérêt dans notre immobilité forcée. Mais nous ne savons pas qui organise les actes de terrorisme. Nous avons des suspicions mais nous ne pouvons pas nous y tenir.

Berry a parlé d’informations venues d’un chef d’Etat occidental, mentionnant la possibilité de créer un Etat fédéral au Liban. Qu’en pensez-vous?
Toute solution doit émaner de la volonté des Libanais à travers un congrès national. Le projet de la décentralisation d’un Etat ne peut être imposé au peuple.

Si la partition était imposée en Syrie, le sera-t-elle au Liban?
Pas nécessairement. Ce n’est pas un changement des frontières qui est requis mais l’organisation du pluralisme à l’intérieur de l’Etat. Ce qui est demandé à la Syrie et au Liban c’est d’établir une participation de tous au sein de chaque Etat.

 

Propos recueillis par Saad Elias

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