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Nº 2863 du vendredi 21 septembre 2012

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Alain Aoun, député de Baabda. «Les élections législatives auront lieu tôt ou tard»

Les chrétiens ne doivent pas se présenter, divisés, devant le Parlement. Le pape a apporté un solide appui aux chrétiens du Liban et de tout l’Orient. Alain Aoun, député du Bloc du Changement et de la Réforme, répond aussi aux questions que chacun se pose au sujet des débats autour du projet de loi électorale.

Les Commissions parlementaires mixtes ont entamé le débat autour de la loi électorale transmise par le gouvernement. Votre projet s’inspire de celui de la Rencontre orthodoxe. Sur quoi les chrétiens sont-ils divisés?
Nous n’étions pas supposés être divisés. Le projet de la Rencontre orthodoxe était approuvé à l’unanimité et des amendements ont été apportés à celui de la proportionnelle sur la base des moyennes circonscriptions. Nous pouvions modifier le projet au Parlement. Mais les autres chrétiens sont revenus sur leur engagement concernant la proportionnelle laissant croire à la division. Ceci porte préjudice à l’action commune que nous menons. Nous ne fermons pas la porte à la possibilité des petites circonscriptions.

Chaque partie fait porter à l’autre la responsabilité, et les citoyens ne savent plus qui a raison…
Dans ma conférence de presse j’ai exhibé des dossiers argumentant des projets que j’ai présentés et qu’ils ont signés. Le rapport a été distribué aux 34 députés, aux leaders, au patriarche maronite et aux évêques. La préférence du comité de Bkerké allant vers le projet de la Rencontre orthodoxe et la proportionnelle sur la base de quinze circonscriptions. Qui donc aurait changé?
 
Qu’en est-il des petites circonscriptions?
Cette formule n’était pas sous étude, elle est apparue par la suite. Nous avons accepté d’en débattre. Peu importe ce qui se dit à l’intérieur du comité. Pourquoi ne voulez-vous pas croire à ce qui a été étayé et transmis à tous.

Al-Jamhouria écrit que si les procès-verbaux des réunions de Bkerké étaient publiés on y verrait comment le général Aoun a changé d’avis…
Je les défie de les publier.

Le chef des Forces libanaises, Samir Geagea, a déclaré que les petites circonscriptions assuraient cinquante-cinq députés chrétiens au Parlement. Ne pas l’accepter serait trahir. Qu’en dites-vous?
Je n’ai pas pris connaissance du projet des petites circonscriptions et je ne sais pas qui l’a signé. Quoi qu’il en soit, qu’ils le présentent signé par cinquante-cinq députés, peut-être que cela le fera avancer. Je ne peux pas parler de ce que je ne connais pas.

Est-il encore possible que vous puissiez, en tant que CPL et chrétiens du 14 mars, arriver à une vision unifiée de la loi électorale loin des calculs politiques?
La possibilité existe, mais il faudrait qu’ils ne changent pas d’opinion chaque jour. Qu’ils ne reviennent pas sur leur position chaque fois que nous arrivons à quelque chose de concret. Qu’est-ce qui garantit que nous arriverons à un nouvel accord sur lequel ils ne reviendront pas?  Nous étions ouverts à toutes les idées. Des lois existent, certaines sont déjà devant le Parlement et d’autres sont sous étude. Un projet a été approuvé par soixante et un députés pourquoi laissent-ils échapper une telle occasion? Nous pouvons discuter d’une meilleure formule si elle existe. Pourquoi fermer les portes et perdre l’occasion unique qui nous reste?

Quel était l’avis du patriarche Mgr Raï à la dernière réunion de Bkerké?
Le patriarche n’intervient pas directement. Il encourage l’entente entre nous. Il est favorable à tout ce qui peut améliorer la représentation chrétienne. Mais il n’entre pas dans les détails techniques. Il nous pousse, en tant que force politique, à trouver un accord sur ce qui nous paraît être le meilleur.

Le Dr Geagea s’est étonné que l’accord des dix ministres du Bloc du Changement et de la Réforme sur le projet de la proportionnelle sur la base des moyennes circonscriptions ait été suivi d’une initiative de votre part avec le député Nehmetallah Abi Nasr, celle d’avancer le projet de la Rencontre orthodoxe. Est-ce une manœuvre?
Ce n’est pas une manœuvre, nous avons voulu offrir une alternative. Si le projet du gouvernement, qui nous paraît assurer une représentation acceptable en protégeant l’interactivité entre l’ensemble des musulmans et des chrétiens par des circonscriptions mixtes, était refusé nous pourrions aller plus loin. Les musulmans au Liban doivent savoir que si le problème de la représentativité chrétienne n’est pas résolu, les chrétiens sont disposés à aller jusqu’à une dissociation sur le plan électoral. C’est ce qui est proposé dans le projet de la Rencontre orthodoxe.

Quand, en tant que comité de Bkerké, vous avez fait le tour des commandements politiques libanais, n’avez-vous pas rencontré un refus d’un tel projet?
Une partie du projet a été refusée, mais ils ne pouvaient pas tout rejeter. Nous leur avons dit que s’ils refusaient une proposition acceptable, nous irions plus loin. Nous ne sommes pas disposés à continuer avec eux sous un régime politique dont ils ne reconnaissent pas les failles et ne veulent pas s’engager à en rectifier le tir.

Le président Nabih Berry s’est dit prêt à adopter la formule sur laquelle les chrétiens s’entendraient. Qu’en pensez-vous?
Je considère qu’il nous a ralliés sur le projet de la Rencontre orthodoxe et nous espérons que son bloc parlementaire nous rejoigne à condition que les Kataëb et les FL ne s’y dérobent pas.

Que pensez-vous de l’accord du président Fouad Siniora sur les petites circonscriptions?
Sa position est floue. J’ai le sentiment qu’il s’agit d’une manœuvre plutôt que d’une réalité. Nous verrons.

Les législatives pourraient-elles être annulées si l’on revient à la loi de 1960?
Les élections ne peuvent pas être annulées. Elles auront lieu tôt ou tard. De toute évidence le maintien de la loi de 1960 entraînerait une crise dans le pays dont nous ne pouvons pas prévoir les incidences.

Les manifestations auxquelles a appelé sayyed Hassan Nasrallah ont été soutenues par certains et d’autres ont craint qu’elles n’échappent au contrôle et créent le chaos. Qu’en dites-vous?
La première manifestation, la plus importante, s’est déroulée dans de bonnes conditions. Des milliers ont manifesté pacifiquement alors qu’à Tripoli des dizaines sont descendus dans la rue, ils ont brûlé des restaurants et insulté le pape. On ne peut pas interdire une manifestation pacifique en riposte à une offense faite aux choses sacrées chez certains des frères dans le pays. L’important est que les manifestations restent dans un cadre pacifique.

N’y a-t-il pas une autre forme de protestation contre un tel préjudice?
Je ne peux pas me mettre à leur place, même si je suis d’un autre avis.

Comment qualifiez-vous votre relation avec le président de la République?
Elle est normale et saine. La présidence est dans son rôle et nous dans le nôtre. Des différends sont apparus lorsque les rôles se sont enchevêtrés.

En ce qui concerne la présence de Gardiens de la révolution iranienne au Liban, vous contenterez-vous de la mise au point de l’ambassadeur de Téhéran? Mais si des Pasdarans se trouvaient réellement au Liban, quelle serait votre position?
Il est certain que les autorités libanaises clarifieront cette affaire. Le président de la République s’est engagé à ce sujet et a demandé des explications à travers les créneaux officiels. Un démenti a été fait.

Les syriennes des frontières libanaises se poursuivent, et récemment, la région de Arsal violations a été bombardée par avion. Qu’en pense votre bloc?
Nous avons réclamé à maintes reprises la présence de l’Armée libanaise à la frontière pour empêcher les violations des deux côtés. Nous sommes évidemment contre les violations syriennes de la souveraineté libanaise, mais nous refusons que l’armée permette l’utilisation du Liban contre la Syrie.

Quel appui la visite du pape a-t-elle apporté aux chrétiens du Liban et de l’Orient?
C’est un appui très important au Liban en tant qu’exemple d’ouverture aux chrétiens d’Orient. Si les chrétiens du Liban se portent bien, les chrétiens de la région le seront aussi. Le Liban est un modèle d’ouverture aux musulmans et aux autres civilisations. 


Propos recueillis par Saad Elias


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