Magazine Le Mensuel

Nº 2865 du vendredi 5 octobre 2012

Film

Frankenweenie. Le grand retour de Tim Burton

Tim Burton revient sur nos grands écrans, avec un nouveau long métrage d’animation en noir et blanc, Frankenweenie, version 3D. Un film étrange et attachant à la fois.

Avec Frankenweenie, c’est en quelque sorte un retour aux sources pour ce cinéaste atypique. Au fil de la projection, le spectateur retrouve des effluves d’Edward Scissorhands, Nightmare before Christmas, Corpse bride, considérés comme des chefs-d’œuvre de la filmographie de Tim Burton et des bijoux du septième art.
Frankenweenie est à la base un projet de longue date, de très longue date. En 1984, Burton voulait déjà faire de Frankenweenie un long métrage en stop motion. Mais faute de moyens, il en fera un court avec des personnages réels. Vingt-cinq ans plus tard, sous l’égide de Disney qu’il retrouve par la même occasion, Tim Burton transforme son court métrage en version longue, en animation image par image, soit donc en stop motion, une technique qu’il a déjà utilisé par le passé pour Nightmare before Christmas et Corpse bride, ainsi que pour son premier court Vincent.
Avec un immense plaisir, le spectateur retrouve l’univers de Burton. Un univers que la critique ne cesse de qualifier de gothique, même si Burton semble contester cette labellisation. Mais qu’importe toute classification, le monde de Burton est tellement particulier, tellement atypique, reconnaissable entre tous, dans chaque détail du film. Personnages attachants et inquiétants, intrigue nouée autour de l’opposition entre le paria et son entourage formaté, l’enfant versus l’adulte, l’imaginaire versus la conformation, l’individu face à la société, le rêve contre la réalité.
Frankenweenie est l’histoire d’un petit garçon et de son chien. Victor Frankenstein vit dans la banlieue de New Holland, avec son père, sa mère et son chien Sparky. Victor est un petit garçon étrange, solitaire, différent des autres, toujours occupé dans son laboratoire, à la grande inquiétude de son père. Le jour où Sparky meurt accidentellement, Victor est inconsolable. Décidé à ne pas perdre son seul ami, Victor tente de le ramener à la vie en se tournant vers le pouvoir de la science. Et il y parvient. Sparky ressuscite, avec quelques légères modifications que le spectateur découvrira avec un immense sourire. Mais afin de ne pas troubler la tranquillité de New Holland, Victor va tenter de cacher Sparky au regard des autres. Sans succès… Sparky est traqué, comme la vilaine bête, la créature informe… Et la ville en entier va comprendre que vouloir mettre la vie en laisse peut avoir quelques monstrueuses conséquences…
L’histoire est simple, mais Burton l’enrobe de profondeur poétique, en soignant chaque plan, chaque personnage, chaque élément du décor, leur donnant une portée autre. Victor serait-il une image de Tim Burton lui-même, cet enfant timide et différent qui a souffert de la conformité et de la conformation de sa ville natale de Burbank, dans le quartier nord de Los Angeles? Le film serait-il alors une allusion à la seule échappatoire de Burton? Certes, tout semble l’indiquer.
Hommage évident au Frankenstein de Mary Shelley et au cinéma du genre, Frankenweenie vous accroche dès les premières minutes. Cinéma dans le cinéma, Victor montre à ses parents un film fait maison, dans lequel on voit Sparky débarrasser une ville du monstre qui la menace. Et l’imaginaire part en vadrouille. Pour côtoyer celui du réalisateur.
Le monde imaginaire de Tim Burton se déploie dans chaque détail de ce film, rehaussé par l’utilisation du noir et blanc, comme pour exacerber ce côté éminemment inquiétant qui distingue sa filmographie. New Holland ressemble fortement à la banlieue d’Edward Scissorhands. Mais cette fois, la critique sociale cède la place au fantastique.
Victor n’est pas le seul personnage étrange. Presque tous les enfants de New Holland ont ce côté bizarre, incompris du monde des adultes, et qui, par prolongement cinématographique, intrigue à son tour le spectateur. Edgard «E» Gore, Elsa Van Helsing et sa chienne Persephone, Bob, Toshiaki, Nassor, «Weird girl» et son encore plus étrange chat, Mr. Whiskers. Voilà qu’au détour d’une séquence, on a le privilège de les voir tous assis sur les bancs de l’école, chacun arborant son inquiétante étrangeté à travers un regard, un sourcil qui se soulève, un mouvement d’épaule… Perfectionniste, méticuleux, Tim Burton ne laisse aucun détail traîner au hasard. Et il semble s’être tellement amusé à donner vie à tous ces personnages, à la banlieue de New Holland en entier; le laboratoire de Victor, le cimetière des animaux de compagnie, le moulin à vent…
Pour ce long, Tim Burton retrouve certains des acteurs avec qui il a déjà collaboré, (à l’exception des éternels Johnny Depp et Helena Bonham Carter), ou du moins leur voix, comme Winona Ryder, Martin Landau, Catherine O’Hara, Christopher Lee, auxquels s’ajoutent Charlie Tahan, Atticus Shaffer, Martin Short… Et évidemment, c’est son compère de toujours, Danny Elfman qui signe la bande son.
Emmêlant poésie noire, fantastique, humour et une dose de fleur-bleue, Frankeneweenie se laisse regarder avec un regard d’enfant émerveillé. Et l’adulte redevient cet enfant à l’imaginaire débridé, à l’instar de Tim Burton qui semble n’avoir jamais perdu tout au long de son existence ce côté magique.

N.R.
 

Circuits Empire et Planète.

 

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