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Nº 2872 du vendredi 23 novembre 2012

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De Tripoli à Tyr. La loi antitabac, ils n’en veulent pas!

Votée il y a un an… appliquée depuis peu, une chose est certaine: la loi antitabac ne fait pas l’unanimité. Appréciée par les non-fumeurs, les autres comme les restaurateurs vont jusqu’à la boycotter. De Tripoli à Tyr, en passant par Beyrouth, ces derniers expliquent à Magazine les problèmes que cette loi leur pose.

«Malheureusement, nous ne pouvons pas boycotter la loi, car notre restaurant se trouve juste à côté du poste de police!», dit Darine dans un sourire. Elle gère un restaurant à Tripoli.
Détrompez-vous, le sourire est narquois! Ce que déclare la jeune femme résume le problème de bon nombre de restaurateurs. «Avant la mise en place de la loi, nous songions à offrir la possibilité à nos clients de fumer un narguilé. Ce n’est même plus la peine d’y penser!», déclare la jeune femme.
«Si notre business est affecté par cette loi? Bien sûr! Nous sommes au Liban et si les clients ne peuvent pas fumer dans un restaurant, ils risquent de ne plus y venir du tout! C’est d’ailleurs ce qui se passe. Le nombre de clients est tombé en flèche, 30% de moins depuis que la loi est obligatoirement appliquée».
Darine explique que son restaurant est en quelque sorte un fast-food libanais. «Depuis qu’il est interdit d’y fumer, les gens viennent y prendre leurs plats et s’en vont».  Elle ajoute: «cette loi est inappropriée au Liban. Les gens ne vont pas arrêter de fumer pour autant. Ils sont tout simplement mécontents. Enfin nous sommes dans l’un des pays où presque tout le monde fume, cela fait partie des habitudes».

La jeune gérante explique pourquoi elle ne peut suivre le boycott qui est décidé. «Comme je le disais plus haut, nous sommes situés à côté d’un poste de police, nous sommes ainsi coincés. Si nous enfreignons la loi, nous risquons de payer cher: plus d’un million de livres libanaises je crois. Nous ne pouvons pas nous le permettre, tout comme nous ne pouvons pas nous permettre pour l’instant de faire les frais d’un réaménagement du restaurant pour respecter les normes imposées par la loi et créer un coin fumeur».
Certains interprètent la loi comme bon leur semble! Dans le Petit café de Kaslik, tout le monde fume faisant fi de cette loi! «Nous, nous avons deux murs que nous pouvons démolir et continuer de fumer. Cet hiver, nous aviserons! Nous pourrons ainsi permettre aux clients de le faire», déclare un manager. Une manière de contourner la loi ou tout simplement une lacune dans le texte? Quoi qu’il en soit, au Petit Café, le narguilé continue de constituer les meilleures rentrées.

Impossible de dire que les forces de l’ordre n’y veillent pas. «Hier, un agent de police est venu contrôler. Il a vu que nous avions deux murs ouverts et que nous étions conformes aux critères imposés par le texte de loi, donc il ne nous a rien dit», ajoute le jeune homme.  
«Même si ici fumer est autorisé, nous boycottons la loi, nous sommes solidaires des autres restaurateurs qui n’ont pas la chance d’avoir les aménagements que nous avons. Au Liban, dans notre secteur, nous ne pouvons tolérer une telle loi. Nous vivons grâce au narguilé. Les touristes viennent aussi pour cela. Si nous l’interdisons, ils iront ailleurs. Nous allons perdre de considérables rentrées», estime-t-il.
Cette loi est hypocrite, affirme le même manager. «Nous avons bien d’autres problèmes de santé publique au Liban! Que le gouvernement retire les deux cheminées qui polluent la région de Jounié, que l’on interdise les voitures extrêmement polluantes, etc. on pourra alors interdire de fumer!

Malheureusement, le cas du Petit Café n’est pas celui de tout le monde. Le propriétaire d’un petit restaurant de Beyrouth requérant l’anonymat nous affirme avec colère que cela ne peut pas durer. «Je vis de presque rien. J’ai un tout petit restaurant, vous imaginez combien cette loi a affecté mon chiffre d’affaires. Les gens ne viennent plus chez moi. On aimait venir y prendre un bon café et fumer sa cigarette ou son narguilé. Je n’ai pas les moyens de faire des travaux de rénovation donc les gens viennent de moins en moins, ils vont là où ils peuvent toujours fumer, où c’est aménagé pour ou chez les restaurateurs qui ne craignent pas d’enfreindre la loi car ils peuvent payer l’amende. Moi je ne le peux pas, je vais devoir mettre la clé sous la porte si cela continue. La solution? Ce serait que le gouvernement recule et annule le texte. Je ne vois pas autre chose», déclare-t-il avec amertume.
Pour les restaurateurs, tout cela ne permettra pas de réduire la consommation de tabac au Liban où fumer fait partie de la culture et ces mesures n’arrêtent pas les fumeurs. Les seuls qui bénéficient des effets positifs de cette loi sont les non- fumeurs et au Liban ils sont minoritaires au grand désespoir des professionnels de santé qui affirment qu’un vrai problème est dû à la consommation de tabac au Liban. L’avenir nous dira si cela en valait la peine!

Anne Lobjoie Kanaan

 

 

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