Magazine Le Mensuel

Nº 2872 du vendredi 23 novembre 2012

Economie & Finances

Economie et finance

Endettement
Comment l’Etat finance les dépenses

La crise continue. Le gouvernement n’a pas réussi à marquer des points au niveau économique, l’instabilité politique et sécuritaire sur le double plan local et régional ne faisant que se détériorer. Tout comme les cabinets précédents présidés par Saad Hariri et Fouad Siniora, celui dirigé par Najib Mikati opère hors budget. Le projet de la loi de finance 2012 a été avalisé par le gouvernement mais il n’a jamais été approuvé par le Parlement, et celui de 2013 est tout naturellement mis en veilleuse. Cela signifie qu’aucun changement radical n’a eu lieu en termes de gestion des finances publiques. Le cycle de l’ouverture de crédits affectés à différents postes de dépenses et l’émission d’obligations souveraines se poursuivent en l’absence d’un budget voté selon les dispositions de la loi fondamentale.
Comment agit l’actuel gouvernement? Selon les mêmes méthodes que ses prédécesseurs, il a validé une avance de 10000 milliards de livres et approuvé l’ouverture de crédits supplémentaires de plus de 9000 milliards de livres, soit au total quelque 20000 milliards de livres. Cette mesure pourrait être à caractère répétitif tant que le projet de loi sur le budget 2012 n’a pas été promulgué. Les dispositions de l’article 85 de la Constitution autorisent le gouvernement et le président de la République, dans des cas d’urgence, même en l’absence de la tenue d’une assemblée plénière de la Chambre des députés, à approuver des décrets portant sur l’ouverture de crédits supplémentaires, à condition que les montants aient un plafond défini dans le cadre de la loi de finance pour l’exercice financier en cours. Dans les faits, ce n’est qu’au niveau de la Commission parlementaire des Finances et du Budget que les dispositions de l’article 5 du projet de budget 2012 ont été amendées. Ainsi, l’expression «le déficit du budget devrait être précisé dans le projet de la loi de finance», sachant que les crédits supplémentaires sont ouverts pour couvrir le déficit budgétaire. Lors d’une réunion de travail à la Cour des comptes, le directeur du ministère des Finances, Alain Bifani, a souligné que le recours à des avances du Trésor vise à trouver un mécanisme pour assurer les fonds nécessaires aux dépenses, en attendant qu’une loi soit promulguée afin de garantir un parapluie légal aux montants dépensés. Il a cependant indiqué que «c’est la troisième année consécutive que les dépenses du gouvernement s’effectuent sur base d’avances du Trésor et hors du cadre de la loi sur la comptabilité générale».
Sur le plan des titres souverains, des sources proches du ministère des Finances croient savoir que la BDL et certaines grandes banques libanaises sont intervenues récemment sur les marchés internationaux pour éviter une baisse de leur valeur. Parallèlement, ce gouvernement, comme les précédents cabinets d’ailleurs, a recours à l’émission d’obligations mais à plus long terme et en y appliquant des taux
d’intérêt plus ou moins élevés. Pour la première fois, le ministère des Finances a procédé à l’émission de bons du Trésor en livres d’une durée de sept ans dans le but d’encourager les banques à y souscrire. Cette catégorie de bons du Trésor a attiré un grand nombre de souscripteurs. Le montant de ces souscriptions s’est élevé à près de 1000 milliards de livres à un taux d’intérêt de 7,5%. A travers cette démarche, la BDL souhaiterait éponger l’excédent de liquidité qui se trouve sur le marché afin d’éviter une demande accrue sur le billet vert. Pour ce qui a trait aux eurobonds, le ministre des Finances a lancé le processus d’émission d’obligations en devises afin de financer les dettes venant à échéance pour le restant de 2012, ainsi que pour l’année prochaine. La gestion de l’émission d’eurobonds a été confiée à trois banques, le Crédit Suisse, Blom Bank et Byblos Bank. Le montant de l’opération avoisinerait 3,7 milliards de dollars.

 

Mohammad el-Hout à Magazine
La MEA est en bonne santé

«Le transporteur aérien national, Middle East Airlines, est relativement en bonne santé si on prend en considération la conjoncture locale et régionale». C’est ce qu’a précisé le P.-D.G. de la MEA, Mohammad el-Hout, lors d’un entretien téléphonique avec Magazine. Il a bien sûr reconnu les difficultés du moment et dans un avenir proche. Toutefois, le patron de la compagnie a affirmé que s’il n’est pas en mesure de contrôler les postes des revenus dans le cadre du bilan de la compagnie qui sont indépendants de sa propre volonté, il est néanmoins en mesure de maîtriser les postes des dépenses opérationnelles et courantes d’une part, et d’optimiser la productivité d’autre part. Le numéro 1 de la MEA a refusé d’en dire plus sur la question, préférant la discrétion lors des périodes de vaches maigres. Il a catégoriquement nié la nécessité pour l’instant de tout recours à la mise en œuvre d’un plan B. En réponse à une question sur le timing de l’acquisition de dix nouveaux Airbus 320 et 321 et sur l’endettement que cette transaction fait peser sur les finances de la compagnie, Hout a souligné que la réception de ces appareils est prévue entre 2018 et 2020, mettant l’accent sur le fait que «les acomptes versés pour le moment sont modestes». «Le gros du paquet serait payé à partir de 2016 à l’avionneur Airbus, soit deux ans avant la livraison des premières commandes. D’ici là, la conjoncture ne pourrait que s’améliorer», déclare Mohammad el-Hout, qui préfère voir la moitié pleine du verre. Insistant à ne faire cas que des réalisations positives, il évoque «la bonne saison du pèlerinage à la Mecque», pendant laquelle la MEA a transporté 13000 pèlerins. Depuis un certain temps, le conseil d’administration de la MEA a réfléchi à une stratégie de diversification de ses revenus en posant la première pierre d’un Centre de formation de pilotage par simulation et en démarrant le chantier de construction d’un centre d’entreposage du fret aérien. Ces deux projets pourraient s’avérer rentables mais à plus long terme. Toutefois, la reconduction pour une durée de douze ans du monopole de transporteur aérien libanais de passagers devrait permettre un atterrissage en douceur de la MEA du fait du ralentissement du mouvement aérien à l’aéroport international Rafic Hariri. Parallèlement, la réduction du nombre de vols de la compagnie Air France sur Beyrouth en raison d’une restructuration interne du transporteur français pourrait donner l’opportunité à la compagnie nationale d’optimiser ses revenus sur une ligne qui connaît une demande constante tout au long de l’année. Entre-temps, les chiffres bien plus que les mots en disent long sur la sécurité aléatoire dans le pays. Selon les données de l’aéroport international Rafic Hariri, le nombre de vols commerciaux sur Beyrouth a chuté de 13% en octobre, en raison du recul des vols de transit, alors que celui des vols de jets privés a fortement régressé, enregistrant une baisse de 45%.       

Barrage de Balaa
L’argent n’a pas d’odeur

Le financement par l’Iran de la construction du barrage de Balaa à Batroun a suscité la méfiance des notables de la région. Ces derniers ont estimé que l’investissement dans le développement de 40 millions de dollars n’est pas anodin et pourrait être le prélude à une implantation en douceur de l’Iran. En d’autres termes, les notables ont sous-entendu une crainte d’une certaine forme de «colonisation par l’argent de la région». Mais faut-il rappeler que l’argent n’a ni couleur ni odeur lorsqu’il représente un moyen incontournable (faute de crédits disponibles) pour le développement d’une région. Néanmoins, les travaux de construction seront accomplis par une compagnie libanaise et les ouvriers qui travailleront dans ce chantier seront eux aussi des locaux, affirme une source digne de confiance.

 


LILIANE MOKBEL

 

 

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