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Nº 2878 du vendredi 4 janvier 2013

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ECONOMIE

Arab Finance House. Le récit d’une liquidation inévitable.

La crise de la banque islamique Arab Finance House (AFH) a éclaté au grand jour avec la démission tonitruante de Fouad Matraji, directeur général de l’établissement entre 2009 et 2011. A l’issue d’une réunion houleuse des membres du conseil d’administration, en mars 2011, la presse rapporte la nouvelle selon laquelle Matraji aurait claqué la porte au nez des participants, ne tardant pas à envoyer une lettre annonçant son intention de quitter ses fonctions.

Au cours des deux années qu’il a passées à la tête de la banque islamique, l’AFH avait fait de mauvaises affaires en investissant dans quatre projets, tous dans le domaine de l’immobilier, trois à Bahreïn et un en Inde. Il serait apparu que ces projets étaient «fictifs», dans la mesure où ils n’ont jamais connu de début d’exécution. Il s’agit des projets suivants: Danat en Inde; Marsa el-Seif I et Marsa el-Seif II, ainsi que Aarin à Bahreïn. Dans ce royaume, le projet consistait à remblayer la mer pour y construire des complexes touristiques polyvalents. Rien n’a été exécuté à ce jour, pas même un début des travaux de remblai. Résultats financiers: les capitaux propres de l’AFH sont passés de 60 millions de dollars à 25 millions de dollars, alors que les pertes essuyées ont totalisé plus de 25 millions de dollars. Le conseil d’administration accuse Fouad Matraji de mauvaise gestion, alors que ce dernier se défend en affirmant qu’il aurait agi à la demande des actionnaires qataris, qui détiennent 67% des fonds propres contre 33% pour les actionnaires koweïtiens. Quelle que soit la version exacte des faits, Fouad Matraji est installé à présent au Canada. Depuis son départ, quatre directeurs généraux ont été nommés par le directoire de la banque puis démis de leurs fonctions, n’ayant pas réussi dans la mission qui leur a été confiée qui consiste à réduire la taille de la banque ou à la liquider, selon deux sources différentes proches du dossier. Les quatre directeurs qui se sont succédé en l’espace de 18 mois sont Nabil Osman, Khalil Ghalayini, Ahmad Bargouth et Sabri Ammar. Ce dernier est toujours en poste. Il est assisté et conseillé par Eric McLean. Selon le personnel, ce dernier est le directeur réel puisqu’il leur envoie par courriel des instructions strictes et Sabri Ammar ne fait qu’exécuter les décisions en y apposant sa signature.

Une source de la Banque du Liban avait confié à Magazine que dans l’état des finances de la banque et des positions des principaux actionnaires, il est difficile d’envisager une issue à l’affaire autre que celle de la fermeture de l’établissement. Le dossier des clients, qui ont été nombreux à souscrire aux quatre projets vu le rendement élevé de 50% promis sur le capital investi après trois ans, ne devrait pas provoquer de vagues. Malgré leur contestation, les clients sont, conformément à la charia, partenaires à part entière avec leurs agents dans le cadre des services de la banque islamique. Le dossier des indemnités des employés est plus compliqué puisqu’il fait l’objet de plusieurs interprétations de la convention collective des employés de banque, qui est en suspens pour l’instant. Entre-temps, 116 salariés ont été remerciés sur un total de 206. Les autres devraient suivre ultérieurement. Seuls dix employés licenciés ont obtenu leurs indemnités suivant un protocole conclu entre le personnel et l’administration. Cet accord a été dénoncé unilatéralement par l’administration de l’AFH. Les autres salariés licenciés ne possèdent entre leurs mains qu’un papier signé par le directeur Sabri Ammar, leur promettant d’être indemnisés. Aujourd’hui, la banque semblerait en manque de liquidités. Les branches de Haret Hreik et du centre-ville ont été fermées. Celle de Chtaura va suivre. Le siège social de l’AFH, situé à Mazraa, a été mis en vente. Ce qui pourrait en dire long sur l’avenir.       

PAGES RÉALISÉES PAR LILIANE MOKBEL

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