Magazine Le Mensuel

Nº 2878 du vendredi 4 janvier 2013

Presse étrangère

L’heure des projections

 

En ce début d’année 2013, la presse internationale dégage les tendances de ce que sera le Liban des douze mois à venir. La première revue de presse de l’année ressemble furieusement à celles de l’année dernière. Le Hezbollah et les réfugiés syriens sont toujours au centre des attentions.

 

Al-Hayat

Dans les colonnes du quotidien panarabe al-Hayat, l’éditorialiste Jihad el-Khazen s’adresse au parti de Dieu.
Le Hezbollah aurait toutes les raisons du monde de tirer profit de la nomination de John Kerry au secrétariat d’Etat américain. Le Hezbollah est un mouvement national de libération qui combat le terrorisme israélien. Soit. Sa résistance est légitimée par toutes les lois de la terre et du ciel, tant qu’il y a occupation. Mais l’Administration américaine a décidé de fermer les yeux sur le terrorisme israélien et d’introduire le Hezbollah dans sa liste des organisations terroristes.
Il y a une cabale américano-sioniste qui s’occupe de délégitimer tous les mouvements de résistance. Il est donc du devoir de tous les mouvements de résistance de combattre ses instigateurs.
J’ai récemment appelé le Hezbollah à se désengager du régime syrien. Non seulement parce qu’il est en passe de tomber, mais aussi et surtout parce que nous ne voulons pas qu’un mouvement de résistance tombe avec lui. Le régime étant accusé de crimes de guerre, il était dommageable que le Hezbollah soit accusé de cela avec lui. Parce que la guerre civile se communautarise, il aurait été bon que le Hezbollah prenne ses distances avec l’Iran pour lui éviter la fronde des pays du Golfe où sont installés un grand nombre de chiites.
Plutôt que de faire la leçon, de manière maladroite, aux branches actives d’al-Qaïda en Syrie, Nasrallah aurait tout intérêt à s’opposer à lui et à l’accuser de terrorisme. Une façon de convaincre les Américains de l’inanité de la comparaison entre l’organisation chiite et les terroristes islamistes.

 

Gulf News

Le site Internet Gulf News a savamment observé la volonté politique des acteurs de la communauté chiite de se rapprocher des chrétiens.
Cette année, plus que toute autre année auparavant, les médias contrôlés par le Hezbollah ont diffusé des célébrations de Noël. Le 25 décembre, la station de radio al-Nour a passé des chants religieux en l’honneur du Christ. La chaîne de télévision al-Manar n’était pas en reste. Elle a consacré une partie de ses programmes à la place de Jésus, fils de Marie, dans l’islam. La controverse religieuse, qui existe sur cette question, a été ostensiblement passée sous silence. En parallèle, la chaîne a diffusé nombre de reportages sur l’entraînement des combattants d’al-Qaïda ou l’attaque des salafistes à Achrafié. Il s’agit d’une décision politique prise par le Hezbollah.
Centrer l’actualité sur les pressions qu’a subies la municipalité de Tripoli pour réduire au strict minimum les illuminations de Noël et la vente de sapins participe de cela. On a même entendu le prédicateur Omar Bakri conseiller aux musulmans de ne pas participer aux célébrations de Noël qu’il considère comme hérétiques. L’environnement sans précédent qui a prévalu au Liban cette année indique que le pays est en mutation et que la «formule de coexistence» qui dicte les relations des communautés est influencée aujourd’hui plus que jamais par le nouveau climat dans la région. Une transformation structurelle est en cours.     

 

Financial Times

Pour le vénérable Financial Times, c’est l’émergence du mouvement salafiste au Liban qui retient son attention. Le journal économique en dresse le portrait.
Les salafistes, grands gagnants du nouvel ordre politique arabe, menacent de creuser le fossé sunnite-chiite. C’est au Liban que le phénomène est le plus visible. Surtout depuis que le mouvement s’est organisé et s’est clairement élevé contre le Hezbollah.

Au Liban, le mouvement salafiste compte des modérés, qui œuvrent principalement dans le secteur associatif, et des extrémistes de plus en plus apparents. De 1976 à 2005, la tutelle syrienne l’a mis en sommeil. Mais la révolution en Syrie et la colère croissante des sunnites au Liban contre le pouvoir du Hezbollah lui ont redonné vie.

Leur réveil s’est matérialisé dans la ville conservatrice de Tripoli. Ils ont été présents, voire menaçants, lorsqu’il fallait défendre l’un des leurs ou affronter les combattants pro-régime de la capitale du Nord.

Leur émergence, et ce n’est pas un hasard, aura coïncidé avec l’affaiblissement du premier parti sunnite, celui du Courant du futur, dont le leader Saad Hariri est en exil depuis plus d’un an. Les anciens partisans sunnites du parti qui ont rejoint les rangs du mouvement salafiste expliquent que Hariri n’a pas fait assez pour défendre leur communauté. Les observateurs disent que le mouvement, coincé entre l’omnipotence du Hezbollah et la modération de la communauté sunnite, n’est pas capable de devenir un acteur politique majeur, mais qu’il peut mettre à mal la sacro-sainte équation libanaise qui assure la stabilité du pays.

 

Al-Monitor

Le site d’informations créé en 2012, al-Monitor, qui combine tribunes et hébergements d’articles publiés en presse, a la particularité de faire cohabiter sur une même plateforme des points de vue israéliens et arabes. L’un de ses articles explique que la question des gisements de gaz en Méditerranée propose une nouvelle approche du conflit israélo-libanais.
Le conflit entre le Liban et Israël existe depuis 1948. Toutes les méthodes de guerre et de cessez-le-feu ont été appliquées. Mais aujourd’hui, la question du gaz offre peut-être une opportunité à saisir.
Le 27 décembre dernier, le gouvernement a lancé la première étape d’un appel d’offres international pour l’exploitation des gisements pétrolifères et gaziers en Méditerranée, qui s’étendent des deux côtés de la frontière grossièrement dessinée des eaux territoriales des deux pays en conflit.
Il faut savoir que depuis 2006, date de la fin du dernier conflit entre le Liban et Israël et de la découverte de ces gisements, les missions diplomatiques américaines dépêchées à Beyrouth n’ont qu’un seul sujet de discussion à l’ordre du jour, celui des eaux territoriales. Chypre est également actrice de ces discussions.
Les Libanais savent que la normalisation de la situation à leurs frontières méridionales est impérative pour leur permettre de faire fructifier cette manne. Ce gisement offshore pourrait, par exemple, contribuer à purger la dette abyssale du pays.
Mais pour profiter de cette manne, le Liban devra changer de visage. Il devra devenir neutre sur le terrain des affaires étrangères. Il faudrait donc que les forces politiques du pays acceptent de jouer ce jeu si éloigné de leurs habitudes. Si neutralité il devait avoir, elle serait sans doute décrétée de l’extérieur.
L’opportunité est magnifique. Pas de guerre, pas de négociations, même pas de diplomatie traditionnelle, mais seulement du gaz liquide pour liquéfier les conflits insolubles et, par-dessus le marché, engranger des profits. Que demande le peuple?

Julien Abi-Ramia

 

Ria Novosti

Le calvaire des réfugiés syriens

Dans le hit-parade des sujets de l’année, celui des réfugiés syriens arriverait certainement en tête. Dernier reportage en date, celui de Ria Novosti, l’agence nationale de presse russe.
Après un entretien avec les réfugiés, on se rend compte d’une chose: leurs histoires sont toutes semblables. La majorité a participé aux manifestations pacifiques qui ont commencé en Syrie au plus fort du Printemps arabe, il y a plus d’un an. Ils ont ensuite été victimes de représailles s’étendant même à leurs familles. Bon gré mal gré, certains ont pris les armes et d’autres sont restés «révolutionnaires dans l’âme». Les conditions de vie des réfugiés syriens au Liban sont loin des normes européennes: les autorités locales n’ont rien préparé pour les accueillir et il n’y a pas, par définition, de camps de réfugiés installés à l’avance – aussi un journaliste a-t-il du mal à les trouver.

 

 

 

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