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Nº 2879 du vendredi 11 janvier 2013

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Il aime Vladimir Poutine et la Russie. Gérard Depardieu fait un pied de nez à la France

 

Depuis le 5 janvier, la Russie compte un nouveau citoyen et pas n’importe lequel, Gérard Depardieu, qui va devoir maintenant partager les bonheurs et les malheurs de sa nouvelle patrie. Une grande opération de communication pour Vladimir Poutine et une tranquillité fiscale pour l’acteur.

Samedi 5 janvier, dans la soirée, l’acteur Gérard Depardieu a reçu devant les caméras de télévision des mains de Vladimir Poutine en personne son passeport russe. L’affaire a été menée rondement en moins de trois semaines dans un pays célèbre pour ses lenteurs et ses tracasseries administratives.
Ensuite, Gégé s’est rendu dans l’endroit de la Fédération de Russie qu’il préfère, la République de Mordovie (Volga), connue non seulement pour ses studios de cinéma mais plus encore pour ses pénitenciers de femmes, les plus durs du pays. C’est dans l’un d’eux que Nadejda Tolokonnikova purge une peine de deux ans pour avoir demandé en chanson à la Vierge, dans une église, de chasser Poutine.
L’acteur a été reçu en grande pompe par le président de la République de Mordovie qui l’attendait au bas de la passerelle, accompagné d’un groupe folklorique. On l’a nourri de blinis avec un petit verre de vodka et on lui a offert une chemise russe faite sur mesure et, cerise sur le gâteau, le président lui a remis en signe de bienvenue un permis de séjour et les clés d’un appartement dans le nouveau quartier de Saransk. Ravi de cet accueil, Gérard Depardieu l’a chaleureusement remercié. «Tout ce qu’il me faut pour être heureux c’est une maison au bord d’un étang en Mordovie», a-t-il déclaré avant de promettre «d’être l’ambassadeur de la Mordovie dans le reste du monde».
L’acteur français, muni de son tout nouveau passeport russe, a quitté dimanche soir la Mordovie pour se rendre en Suisse, où il devait assister à la cérémonie de la remise du Ballon d’Or de la Fifa lundi, selon le porte-parole du gouverneur de la région cité par l’agence Interfax.

Une petite bombe
Bien que l’affaire Depardieu ait été évoquée par Vladimir Poutine lors de sa grande conférence de presse le 21 décembre, elle a fait l’effet d’une petite bombe dans l’univers médiatique et parmi la population à peine remise des libations qui accompagnent le début de l’année nouvelle. Bloggeurs et commentateurs présents en Russie en cette période de vacances s’en sont donnés à cœur joie. Les avis ne sont pas unanimes. Certains approuvent la décision du comédien et y voient même des avantages pour la Russie. «J’estime que c’est réconfortant qu’un homme qui a la stature et la renommée internationale de Gérard Depardieu décide de venir vivre en Russie», souligne Vitali Bapashov dans son live journal.
Pour Antilibérast, l’intelligentsia est une fois de plus en contradiction avec elle-même. «Les intellectuels prônent la liberté sous toutes ses formes et lorsqu’une personne utilise sa liberté pour changer de patrie ils la vouent à toutes les gémonies», écrit-il.
Plus prosaïque, German Greff pense que «la venue en Russie de Depardieu est la conséquence de la stabilité politique et économique du pays», et Dmitri Ragozine, vice-Premier ministre, souligne que les «Européens ne connaissent pas bien le système fiscal russe et que quand ils le connaîtront, nombreux suivront l’exemple de Gérard Depardieu».
Reste que les critiques ont la dent dure et l’humour féroce comme en témoignent les caricatures et la délectation avec laquelle les Russes citent les articles les plus méchants parus dans la presse française. Natalya se souvient des écrivains français, reçus comme des princes par Staline (Gide, Camus, Sartre) et qui avaient, en leur temps, loué l’Union soviétique avant de se rétracter publiquement. Evgeni Boutman, de la radio Echo de Moscou, tout en rendant hommage au talent de l’acteur, rappelle son passé tumultueux, sa faiblesse pour les boissons alcoolisées, son mépris des lois. «Depardieu remplit toutes les conditions pour être un citoyen russe, il conduit un scooter en état d’ivresse, il aime faire scandale». «Si dans cinq ans Depardieu refuse d’être sur la liste de soutien du président Poutine, pensez-vous qu’on lui enlèvera son passeport», ironise le politicien Ilya Yashine. «La Russie est en passe de devenir une maison de retraite pour comédiens sur le retour», constate Natalya Malevitch. «Génial, comme cela il y aura de la place pour les jeunes Russes qui ne rêvent que d’émigrer», rétorque Pavel.

Entre patrie et compte en banque
Par ailleurs, le Facebook russe a repris la photo de Denis Bolen suggérant un échange entre les trois Pussy Riot et les trois gloires passées de la scène française: Gérard Depardieu, Brigitte Bardot et Mireille Mathieu.
La population, toutes générations confondues, confrontée aux difficultés de la vie quotidienne n’est pas plus tendre pour l’acteur. «Il est complètement fou ce Français, il va voir comme c’est facile de vivre ici», estime Olga, caissière dans un supermarché. Tatiana, retraitée, ancien membre du parti communiste, est choquée. «C’est honteux de vouloir quitter sa patrie pour échapper aux impôts, je pensais que les Français aimaient leur pays plus que leur compte en banque», déclare-t-elle et d’ajouter: «Décider de venir vivre en Russie et chanter les louanges de Poutine qui vient de signer une «loi cannibale» (la loi contre l’adoption) c’est dément et honteux».
Conscient que ses démêlés avec l’Etat français pour des histoires de gros sous faisaient un peu désordre et témoignaient d’une absence totale de sentiment patriotique, Depardieu a tenté de rectifier le tir. Dans une déclaration envoyée à la première chaîne de télévision, il évoque son amour pour Vladimir Poutine. «J’aime infiniment le président Poutine et je sais que ce sentiment est réciproque, avait-il déclaré avant de poursuivre égratignant au passage le Premier ministre français: «La Russie est une grande démocratie où un Premier ministre ne se permet pas de traiter de minable l’un de ses compatriotes». Et de terminer par une vibrante «gloire à la Russie».
Reste à déterminer les mobiles qui ont poussé Vladimir Poutine à accomplir ce geste, après avoir, lors de la conférence de presse du 21 décembre, souligné les relations privilégiées qui existent entre Paris et Moscou.
L’hypothèse d’une vengeance contre la France où des ministres ont ouvertement soutenu les Pussy Riot et où la mairie et la préfecture de Paris bloquent le projet d’église et de centre culturel russe du quai Branly, n’est pas dénuée de fondement, mais ne retient pas vraiment l’attention des experts.
Le politologue Stanislas Belkovski pense que Poutine a de sérieux problèmes de santé qui ont accentué sa haine et son mépris des hommes, ce qui explique selon lui à la fois la «loi cannibale» et le passeport russe à Gérard Depardieu. Enfin, Alexeï Vénedictov, rédacteur en chef à la radio Echo de Moscou, voit dans cette initiative un coup de publicité. «La loi contre l’adoption d’enfants russes a fortement traumatisé la société, le président a saisi la perche que lui tendait involontairement Depardieu pour détendre l’atmosphère et détourner l’attention de la population.

Nathalie Ouvaroff, Moscou

 

Brigitte Bardot aussi…
Gérard Depardieu fait des émules. BB, qui aura bientôt quatre-vingts ans, a déclaré qu’elle était prête à demander la nationalité russe si les vétérinaires décidaient d’euthanasier deux éléphants de cirque atteints de phtisie et contagieux. «Je me refuse à vivre dans un pays qui est un cimetière d’animaux», a-t-elle déclaré.
La comédienne, mariée à un ténor du Front national, a avoué son admiration pour Vladimir Poutine. «C’est un grand président qui a fait plus pour la protection des animaux que tous les présidents français», estime-telle et d’ajouter: «Quand je lui demande quelque chose, généralement il le fait».
La réponse ne s’est pas fait attendre. Dans une lettre ouverte à l’actrice, Youlia Latyna, journaliste à radio Echo de Moscou, fait un tableau détaillé fort sombre de la situation des animaux en Russie et explique que Poutine se comporte vis-à-vis de l’écologie et des animaux comme «un seigneur de la nature».

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