Magazine Le Mensuel

Nº 2889 du vendredi 22 mars 2013

Société

Les mamans. Des femmes comme les autres

Faire l’amour, élan naturel et vital par excellence, perd parfois de son intérêt lorsque le couple devient parents. Plusieurs facteurs entrent en jeu pour mettre un frein au désir. Et pourtant, hommes et femmes doivent garder en vue que maternité et sexualité se conjuguent parfaitement.

«Sandra est la femme de ma vie, confie Jean-Pierre. Dès que je l’ai rencontrée chez des amis communs, ce fut le coup de foudre. Elle représentait à mes yeux la femme idéale et la plus désirable au monde. Quelques mois plus tard, nous nous sommes mariés et avons coulé des jours si heureux que, pendant deux ans, nous avons refusé de devenir parents pour nous consacrer entièrement à notre amour. Je la désirais comme un fou et ne m’en lassais pas. Un jour, elle m’annonce, les yeux brillants, qu’elle est enceinte. Passée la joie des premiers temps, j’ai constaté que mon désir envers elle n’existait quasiment plus. Je l’aimais toujours autant. Mais côté sexualité, c’était la panne totale. Son corps me dégoûte et je ne vois plus en elle que la mère adorée de mes enfants».
«Corinne a toujours été une femme d’affaires ambitieuse qui s’est imposée dans son métier comme le ferait le plus chevronné des hommes, raconte un époux qui a préféré garder l’anonymat. Quand je l’ai rencontrée, elle avait 38 ans et savait parfaitement ce qu’elle voulait. J’en suis tombé très amoureux au point de la convaincre de m’épouser, elle si récalcitrante à la vie de couple. A 40 ans, elle tombe enceinte. Folle de joie, elle décide de mettre un terme à sa carrière et de devenir maman au foyer. Depuis, elle ne privilégie plus ces moments à deux et les relègue au second plan, parce qu’elle est de plus en plus prisonnière des contraintes familiales et domestiques. Dès que je l’approche, elle, qui était si sensuelle, me repousse avec dégoût. Notre couple part à la dérive et je suis complètement perdu».
Si l’envie d’avoir des enfants relève pour les femmes d’un besoin irrationnel, charnel, si la plupart d’entre elles considèrent que c’est une suite logique dans une histoire d’amour, il semble que, chez les hommes, être à la fois une famille et un couple d’amants n’est pas évident. En effet, ils sont nombreux ces êtres de la gent masculine qui considèrent que devenir maman et rester une maîtresse désirable n’est pas évident. Certains vont même jusqu’à ne plus désirer leur femme quand celle-ci met au monde leur progéniture. Et pourtant – à quelques exceptions près –, les femmes qui enfantent restent des êtres sexuels et leur désir n’est pas tributaire de leur état de femme enceinte. Elles sont nombreuses également ces femmes qui, aussitôt qu’elles accouchent, donnent la priorité à leur bébé et se délaissent complètement, ne prenant aucun soin d’elles-mêmes, se vautrant dans un laisser-aller qui n’a rien d’attirant.

Re-sensualiser le couple
Comment sortir de ce bourbier? Comment devenir parents tout en préservant sa vie de couple? Comment relancer le désir en perte de vitesse? Il arrive souvent que l’afflux émotionnel que provoque l’arrivée d’un bébé dans un couple ait des répercussions sur leur libido. L’homme voit sa femme comme la mère qu’elle est devenue et la désire moins. Il se sent parfois délaissé et donc moins désiré et sa souffrance se traduit dans une perte de désir. La femme de son côté est obnubilée par son rôle de mère et ne se voit plus comme un être sexué. La fatigue et les nuits blanches prennent le pas sur le désir. Plusieurs facteurs entrent en jeu pour perturber la libido d’un couple et il serait extrêmement dangereux de laisser cette situation s’installer dans le temps. Pour relancer leur désir, la femme et l’homme doivent s’atteler à re-sensualiser le couple. Il faut vite réagir avant que l’indifférence sexuelle ne s’installe. La communication serait, d’après les spécialistes, primordiale. «Quand la communication ne va plus, rien ne va», estiment-ils. Chacun reste sur son territoire et campe sur ses positions. Malgré la fatigue et les heurts, un minimum de dialogue franc et sincère est requis pour combler le manque d’intimité. Prenez le temps de faire des choses ensemble en dehors de bébé. Comme un dîner en amoureux. Un tête-à-tête autour d’un projet commun, un week-end à deux… Le baiser aussi est un moyen très efficace de vous rapprocher. C’est un témoignage de tendresse, une preuve d’attention et un gage de complicité. Il peut ouvrir la voie à d’autres caresses. Les approches sensuelles, les massages, les caresses, les siestes partagées sont des façons gratifiantes de se faire du bien, de réveiller une libido qui hiberne… Si, quoi que vous fassiez, le courant ne passe vraiment plus au lit, il vaut mieux consulter un sexologue pour vous en sortir.

Quand bébé est là
Devenir parent ne signifie pas forcément perdre sa libido et de nombreux couples en sont la preuve. «J’ai aimé passionnément ma femme, raconte Omar. Et quand elle est tombée enceinte, j’ai été le plus heureux des hommes. L’idée d’‘‘engrosser’’ cet être que j’aime et désire, c’est, pour moi, un fantasme sexuel très puissant. Et une fois que l’enfant est né, la magie a continué. Je ne vois pas pourquoi je ne devrais plus la désirer», souligne-t-il.
«Mon mari, c’est mon amour, dit Hania. Ce n’est qu’après dix ans de concubinage que nous avons décidé de nous marier et d’avoir des enfants. L’arrivée de Tiara n’a rien changé entre nous. Tous les deux y avons veillé. Au lit, nous avons toujours été sur la même longueur d’onde et je vous assure qu’après mon accouchement, rien n’a changé», révèle la jeune dame.
Selon Samir Assouan, psychothérapeute, «dans le schéma traditionnel que nous avons de l’homme devenu papa, il était courant que, pour obtenir le plaisir maximal avec sa femme, un homme devait occulter le fait que la personne dans son lit est la mère de ses enfants. Ce clivage renvoie à la vielle image de la maman et de la putain, celle qu’on vénère et respecte, et celle dont on jouit dans l’anonymat. Et les femmes n’étaient pas en reste puisque, prises par leur charge parentale, elles se laissaient aller et avaient tendance à occulter l’aspect sensuel de leur féminité. Or, actuellement, ce schéma est en plein bouleversement. D’une part, les hommes acceptent mieux leur désir de paternité et prennent de plus en plus conscience de ce rôle. Par conséquent, ils acceptent aussi bien leur paternité que la maternité de leur moitié. D’autre part, les femmes d’aujourd’hui ont pris conscience que le désir est facteur d’équilibre et de pérennité dans le couple et se partage dans une parfaite harmonie dans leurs différents rôles. Pour parvenir à une harmonie sexuelle, il est primordial d’abandonner ses inhibitions, ses peurs, ses blocages et de se débarrasser du carcan de l’image parentale et des diktats que l’on nous a imposés», poursuit le spécialiste.

Danièle Gergès

Avis d’experts
La fin du désir sonne-t-elle le glas du couple? Non, affirment certains spécialistes du couple qui considèrent qu’un couple peut très bien survivre sans sexualité, à condition que les deux partenaires soient d’accord sur ce point. Mais il faut garder en vue que l’infidélité sournoise aura à ce moment plus de chance de s’introduire au foyer. Si vous êtes prêt(e) à accepter ce cas de figure, renoncer à votre libido ne posera plus problème.

 

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