Magazine Le Mensuel

Nº 2893 du vendredi 19 avril 2013

Presse étrangère

Le pays en suspens

Cette semaine, la presse internationale estime que le Liban est à un tournant décisif qui déterminera son identité, à l’heure des grandes luttes d’influence adossées au combat qui font rage en Syrie.

 

Huffington Post
Pour le Huffington Post, le Liban vit entre «prudence et insouciance».

Chaque fois que les signes d’une détente politique apparaissent dans le pays, les Libanais vous demandent: «Et l’été, il sera calme?». La question n’est pas du tout superficielle. Elle touche directement au besoin urgent de sauver l’économie de l’effondrement par la relance du tourisme, qui constitue l’essentiel des revenus du pays. Aujourd’hui, le Liban se situe à un carrefour entre ceux qui aspirent à une vie, une jouissance et une prospérité normale et ceux qui considèrent que le Liban est un prolongement de la bataille en Syrie. Tous les Libanais ont une autre question essentielle qu’ils ont pris l’habitude de poser: «Que veulent-ils?», le terme «ils» signifie les grandes puissances, pour les uns les Etats-Unis, pour les autres, la République islamique d’Iran.

La désignation de Tammam Salam a apporté un soulagement qui a contribué à atténuer la tension qui avait failli conduire le pays vers le pire. Peut-être que ceux qui, à contrecœur, ont approuvé la désignation de Salam se préparent à contrecarrer sa tâche.

C’est là que «l’été local» croise le «parapluie international». Il est clair que la décision de la communauté internationale, si on peut l’appeler ainsi, est de s’assurer d’empêcher le Liban de se glisser dans des guerres civiles ou des guerres par procuration pour le compte d’acteurs régionaux. Cette phase délicate doit être accompagnée par la sagesse et la volonté de s’engager à «la bonne conduite», comme dit Tammam Salam.

 

Haaretz
Dans les colonnes de Haaretz, Z’vi Barel, spécialiste politique du quotidien, explique que «si le nouveau régime syrien tournait le dos à l’Iran, Téhéran ferait tout pour garder le Liban dans sa sphère d’influence».

Alors que des pays comme le Qatar et l’Arabie saoudite n’ont débloqué que 400 millions de dollars sur 1,5 milliard promis aux réfugiés syriens au Liban, ils préfèrent utiliser cet argent pour armer les factions rebelles syriennes. Des rapports font état d’énormes caches d’armes placées dans les camps palestiniens et directement financées par l’ambassade du Qatar au Liban.

Plongé dans la tourmente, le Liban commence maintenant à se lancer dans l’une de ses plus importantes batailles politiques à ce jour, qui déterminera non seulement la nature de son gouvernement et son Parlement, mais aussi la liste des pays qui vont influencer son avenir. Serait-ce l’Iran, l’Arabie saoudite ou le Qatar? Le principal changement, à l’horizon des prochaines élections, c’est que, pour la première fois, le vote aura lieu sans le parrainage syrien, et est donc considéré par l’Iran et l’Arabie saoudite comme une arène de compétition, en anticipant la chute du président syrien Bachar el-Assad.

Une hypothèse est que l’Iran se prépare à la chute d’Assad et à son incapacité d’utiliser la Syrie comme un satellite pour intervenir dans la vie politique libanaise. Le Liban deviendrait alors le principal fief de l’Iran au Moyen-Orient. L’Iran prétendra à un rôle important, grâce à l’omnipotence du Hezbollah. C’est là que réside l’importance de ces élections.

 


The Guardian s’intéresse au Fatmagül Sultan, le bateau turc producteur d’électricité.

Le navire, le sultan Fatmagül, est la pièce maîtresse d’un projet novateur visant à surmonter les pénuries d’électricité chroniques dans les pays en développement qui luttent pour répondre à la demande croissante. Il est arrivé au large de Beyrouth en vertu d’un contrat de 370 millions de dollars sur trois ans signé entre le gouvernement libanais et l’entreprise énergétique turque Karadeniz Holding. Après s’être raccordé au réseau national du Liban, le navire produit 188 mégawatts d’électricité par jour. Ce chiffre devrait passer à 270MW en juin, quand un deuxième navire turc arrivera au large de Beyrouth. Kamal Hayek, directeur général de l’Electricité du Liban (EDL), a déclaré que la production du Sultan Fatmagül offrait un supplément de deux heures de courant par jour, pour un pays en proie à des coupures de courant.

Les navires d’alimentation de la compagnie Karadeniz ont déjà fait leurs preuves dans le port de Bassorah dans le sud de l’Irak, où les pénuries d’électricité après l’invasion sont devenues monnaie courante. Karadeniz a également fourni Karachi, dans le sud du Pakistan, mais les opérations y ont été suspendues en raison d’un différend d’ordre juridique. De nouveaux projets sont à l’étude en Libye et dans certains pays africains.

 

La Croix
Le journal La Croix a suivi la visite du patriarche Béchara Raï en France. L’occasion pour le quotidien catholique d’une longue interview.

«En suivant les changements en cours dans certains pays arabes, nous craignons qu’ils ne conduisent à des conflits interconfessionnels, à des régimes plus durs encore et à une partition de la région sur une base confessionnelle. Il ne doit y avoir qu’une identité nationale partagée, sur la base de la citoyenneté, inclusive de tous les apports culturels, et qui puisse assurer la base d’un ‘vivre ensemble’ serein et fructueux». Le patriarche a donné une conférence devant deux cents personnes à l’Institut catholique de Parisdans le cadre d’un colloque intitulé Christ et César, quelle parole publique des Eglises. Extraits.

«Grâce à leur présence effective dans les pays du Moyen-Orient qui remonte à 2000 ans, les chrétiens ont le droit et le devoir de participer pleinement à la vie nationale de leurs patries», insiste-t-il. «Ils doivent jouir d’une pleine citoyenneté et ne pas être traités en citoyens de second ou troisième degré».«Les chrétiens du Moyen-Orient sont les gardiens de cette région du monde qui est la patrie des trois grandes religions: le judaïsme, le christianisme et l’islam».

Nous vivons avec les musulmans au Moyen-Orient depuis mille quatre cents ans. Ensemble, nous avons su trouver un modus vivendi. Cet équilibre est aujourd’hui menacé : nous observons une ingérence extérieure qui voudrait fomenter à tout prix la guerre, sous prétexte d’établir la démocratie. Les réformes politiques, économiques et sociales sont une nécessité en Syrie et dans tout le monde arabe. Mais elles ne peuvent être imposées de l’extérieur. La situation actuelle en Syrie est désastreuse. Des groupes fondamentalistes tuent et détruisent, soutenus depuis l’Orient et l’Occident par les armes, l’argent et les appuis politiques. J’adresse un cri à la conscience internationale : cessez la guerre ! Cessez le commerce des armes !

Julien Abi Ramia

 

Le souvenir du 13 avril

Al-Hayat

Le quotidien panarabe al-Hayat commémore l’anniversaire du début de la guerre civile à sa manière.

A l’aube du 13 avril, le débat tournait autour de deux thèmes, le système politique du pays et la Syrie. Les uns pointaient du doigt le monopole des maronites sur la marche du pays, déclarant leur volonté de mettre un terme aux «privilèges constitutionnels» au profit d’une participation communautaire au pouvoir. D’autres estimaient que le capitalisme occidental était, par nature, incapable de lutter contre Israël. Ce débat n’a toujours pas été tranché, après des décennies de combats, de dialogue et d’accords, d’ingérences régionales et internationales, politiques et militaires.

Le débat a pris beaucoup de titres, mais son contenu a toujours été le même. Le monopole maronite hier est devenu l’hégémonie chiite d’aujourd’hui grâce aux armes, au financement et à l’influence fournie par la tutelle syrienne.

A mesure que le régime institutionnel syrien devenait un régime autocratique, noyauté par les services de renseignement, la restauration du rôle de l’Etat et de ses institutions devenait impossible au Liban grâce à l’avènement de solutions communautaires, surtout après l’accord de Taëf, censées contenter tout le monde.

 

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