Magazine Le Mensuel

Nº 2894 du vendredi 26 avril 2013

Presse étrangère

Le Liban et ses espoirs

Cette semaine, le traitement de l’actualité libanaise par la presse étrangère est allé tous azimuts. Les sujets politiques, économiques et sociaux qui font le débat sont à la une.  

The Christian Science Monitor
The Christian Science Monitor s’interroge sur les «funérailles silencieuses» qu’organise le Hezbollah en ce moment.
Le Hezbollah ne semble pas avoir réussi à commercialiser l’idée qu’il participe à la guerre en Syrie pour défendre les sites religieux. Cette formule finit par réduire la marge de mouvement du Hezbollah au Liban. Il se cantonne à un rôle de gardien de sites religieux, après pourtant s’être taillé une place plus importante, tirant sa force au-delà de sa communauté d’origine. L’autorité du Hezbollah au Liban se base sur les alliances avec d’autres communautés et le concept de résistance. Il s’est même construit un réseau d’hommes d’affaires.
Les funérailles silencieuses indiquent l’incapacité du parti à «vendre» sa lutte. L’absence de storytelling où les combattants sont élevés au rang de martyrs le confirme. Le silence qui entoure la participation du Hezbollah dans ce qui se passe en Syrie est assourdissant dans l’opinion publique libanaise. Il faut surfer sur les réseaux sociaux pour suivre ces combats, pour prendre connaissance de l’histoire des combattants qui viennent de villages du Sud et de la Békaa.
Ces derniers jours, le Hezbollah a quelque peu changé de discours. Certains responsables ont indiqué qu’il s’agissait pour le parti de «défendre la résistance» en menant une «guerre préventive qui vise à contrecarrer les menaces avant qu’elles ne s’étendent et nous touchent». Voilà qui est plus en accord avec la fibre du Hezbollah qui tente de redonner une nouvelle identité à la communauté chiite qu’il représente. On assiste à un renforcement de l’autorité du parti, non seulement parce qu’il a revigoré la représentation des chiites au Liban, mais parce qu’il est une puissance régionale et un outil qu’envient aujourd’hui toutes les autres communautés de la région.

The New York Times
The New York Times s’intéresse aux espoirs que constitue l’exploitation du gaz et du pétrole.
Alors que le Liban se prépare à développer le potentiel de ses ressources pétrolières et gazières, on commence à définir la plupart des problèmes que le pays pourrait résoudre par ce biais. Dans la zone économique exclusive du Liban, il y a une forte probabilité que, dans la zone extracôtière, on trouve une quantité importante de gaz et peut-être un peu de pétrole.
La société Spectrum, qui a produit une carte détaillée de la zone, estime qu’il pourrait y avoir près de 30 milliards de mètres cubes de gaz. Mais elle note également que c’est seulement au moment du forage qu’une estimation plus précise pourra être affinée, et que le forage ne débuterait qu’en 2015 ou 2016. Jusqu’ici, le Liban a pris du retard sur ses voisins dans la recherche d’hydrocarbures dans les fonds marins de la Méditerranée orientale.
«Il est beaucoup trop tôt pour commencer à dépenser de l’argent et commencer à rêvasser sur un Liban exportateur d’hydrocarbures, ayant des excédents budgétaires comme le Koweït, et sur l’annulation de notre dette comme certains politiciens l’ont proposé», explique Nassib Ghobril, de la Byblos Bank. «Ils sont juste en train d’attiser inutilement les attentes des gens sans aucune preuve concrète à ce stade», ajoute-t-il. La production de gaz naturel pourrait résoudre certains problèmes, comme la pénurie d’électricité chronique du Liban. Les centrales électriques du Liban fonctionnent actuellement grâce au carburant importé. L’Electricité du Liban (EDL) fonctionne à perte et attribue ses échecs aux caisses vides.
«Le déficit de l’EDL coûte au Trésor au moins deux milliards de dollars chaque année, et en 2012, ce chiffre s’élève à trois milliards de dollars», explique Ghobril. «Nous ne devrions pas faire preuve de facilité sur le sujet».

Counterpunch
Sur le site Counterpunch, Franklin Lamb revient sur le 30e anniversaire de l’attentat contre l’ambassade américaine de Beyrouth.
Le secrétaire d’Etat américain John Kerry a attaqué le Hezbollah dans les médias libanais à la date anniversaire de l’attentat suicide de 1983 qui a frappé l’ambassade américaine à Beyrouth et qui a tué 52 personnes. «En ce 30e anniversaire, les Etats-Unis célèbrent trente ans de collaboration étroite avec le peuple libanais qui prouve que les ennemis de la démocratie ont échoué», a-t-il dit de Washington. Pour sa part, l’ambassadeur US au Liban, Maura Connelly, a déclaré que le bombardement avait ouvert un nouveau chapitre dans l’histoire de l’Amérique au Moyen-Orient. Connelly explique que l’explosion a appris aux Américains que «les intentions pacifiques ne suffisaient pas pour nous protéger de ceux qui utilisent la terreur pour atteindre leurs objectifs au Moyen-Orient». Ce qu’ils oublient de mentionner, c’est l’identité des organisations terroristes présentes au moment de l’attentat.
En ce qui concerne le Hezbollah, dont la création effective n’a été proclamée qu’en 1985, l’agent de la CIA Robert Baer et son équipe chargé d’enquêter sur l’attentat contre l’ambassade ont conclu qu’il n’y avait pas suffisamment de preuves fiables pour appuyer la théorie selon laquelle le Parti de Dieu était responsable. Parmi la trentaine de milices qui circulaient dans Beyrouth au début des années 1980, seul le Jihad islamique a revendiqué l’attaque.

Libération
Dans les colonnes du journal Libération, a été publiée une tribune intitulée «Aidons le Liban qui aide la Syrie».
Loin des flamboyances de la geste humanitaire, le Liban, discrètement, joue un rôle déterminant dans l’accueil des réfugiés syriens qui franchissent la frontière pour trouver asile sur son territoire. Qui, parmi les donneurs de leçons humanitaires des grandes puissances occidentales, en ferait autant sans broncher, en serrant les dents?
Cette fois encore, l’absence de grands camps – dont le principe a été refusé par les autorités libanaises – a conduit les Syriens à se fondre dans la population locale en louant des logements de fortune ou en ayant recours aux solidarités transfrontalières qui lient les deux peuples. Elles existent au-delà des rivalités politiques entre les deux pays nées de la partition traumatique de 1924, voulue par les grandes puissances de tutelle à l’époque du mandat français. Dès lors, et cela constitue une vraie révolution culturelle pour certaines ONG, pas d’autre alternative pour être plus efficace que d’agir via les réseaux d’acteurs locaux, omniprésents, eux, et répartis sur tout le territoire. Depuis longtemps, ils se substituent à un système gouvernemental particulièrement défaillant dans l’organisation de l’offre de soins. Dans ce Liban qui forme des praticiens de haut niveau – que captent bon nombre de pays de tous les continents -, 70% des médecins sont des spécialistes, dont une majorité exerce dans les villes principales, et un tiers seulement de la population a une couverture sociale plus ou moins complète. C’est dire que, de longue date, d’autres acteurs, associatifs, confessionnels ou politiques, ont accompagné l’émergence de dispositifs alternatifs pour offrir des soins minimaux à la population pauvre et/ou éloignée des centres urbains.

Le Mag
Dans l’hebdomadaire marocain Le Mag (Mag.ma), une autre tribune, Le Tripoli que je connais.
Tripoli, la deuxième ville du Liban, a la réputation d’être violente à cause du conflit qui oppose les quartiers de Bab el-Tebbané et de Jabal Mohsen. Pourtant, le Tripoli que je connais est différent de celui-là. Les habitants de ces quartiers parallèles vont souvent au travail ensemble; leurs enfants fréquentent les mêmes écoles et, il arrive parfois qu’ils se marient entre eux. A l’origine, il s’agissait d’un quartier, nommé Bab el-Tebbané. Il s’est scindé pendant la guerre civile libanaise. La communauté alaouite de Bab el-Tebbané (un groupe musulman minoritaire qui représente 12% de la population syrienne avec des poches au Liban et en Turquie) s’est regroupée du côté de la montagne (Jabal Mohsen) donnant sur Bab el-Tebbané. Cette situation tient, en partie, aux tensions qui existaient à Tripoli entre le Parti démocratique arabe libanais qui soutenait le régime syrien durant la guerre civile et le Mouvement islamiste sunnite Tawhid.
En conséquence, aujourd’hui, beaucoup généralisent et déclarent que les habitants de Bab el-Tebbané soutiennent l’armée syrienne libre. Les médias décrivent aussi trop souvent un conflit sectaire, pâle ressemblance avec la guerre civile du Liban. Ces deux quartiers font également partie des plus pauvres du Liban. L’analphabétisme, le chômage et la densité de population y sont élevés. Les besoins fondamentaux comme l’électricité, l’eau courante et la sécurité ne sont pas satisfaits, ce qui permet aux détenteurs du pouvoir d’alimenter les conflits armés dans la région. Aujourd’hui, cependant, plusieurs initiatives visent à rapprocher et à créer des espaces de dialogue entre les habitants de Bab el-Tebbané et Jabal Mohsen.
Wamda est une plateforme Internet qui traite de l’actualité technologique au Moyen-Orient. Cette semaine, elle présente GameCooks, une petite entreprise libanaise qui conçoit des jeux pour smartphones et tablettes.
 Le studio de développement GameCooks est situé sur une colline qui surplombe Beyrouth à Mansourieh. Après que ses deux fondateurs, Lebnan et Arz Nader, eurent quitté l’équipe qui a conçu Birdy Nam Nam, un jeu qui a eu beaucoup de succès dans les pays arabes, ils ont quitté Hamra tout en continuant à concevoir des jeux. Alors que Beyrouth est généralement considéré comme le centre libanais de l’innovation, les voilà donc à quelques kilomètres, en pleine création. Le siège de leur entreprise? Un grand appartement familial où les bureaux ont remplacé les chambres et le salon a été transformé en grande salle d’accueil et de réunion. L’entreprise compte huit employés, une moitié s’est spécialisée dans la conception de jeux, l’autre dans des applications plus classiques. A l’origine concentrée sur le marché arabe, l’équipe s’attaque désormais à l’international. Ils n’ont aucun budget marketing. Toute la publicité passe par les réseaux sociaux et les plateformes vidéo. L’argent est entièrement consacré à la production. C’est la règle au Liban. «Je ne gagne presque rien, mais je dépense 300 dollars par mois pour une mauvaise connexion Internet, c’est fou», explique Nader, qui ajoute que le pays est un environnement difficile pour les start-up technologiques.

 

Wamda
Wamda est une plateforme Internet qui traite de l’actualité technologique au Moyen-Orient. Cette semaine, elle présente GameCooks, une petite entreprise libanaise qui conçoit des jeux pour smartphones et tablettes.
 Le studio de développement GameCooks est situé sur une colline qui surplombe Beyrouth à Mansourieh. Après que ses deux fondateurs, Lebnan et Arz Nader, eurent quitté l’équipe qui a conçu Birdy Nam Nam, un jeu qui a eu beaucoup de succès dans les pays arabes, ils ont quitté Hamra tout en continuant à concevoir des jeux. Alors que Beyrouth est généralement considéré comme le centre libanais de l’innovation, les voilà donc à quelques kilomètres, en pleine création. Le siège de leur entreprise? Un grand appartement familial où les bureaux ont remplacé les chambres et le salon a été transformé en grande salle d’accueil et de réunion. L’entreprise compte huit employés, une moitié s’est spécialisée dans la conception de jeux, l’autre dans des applications plus classiques. A l’origine concentrée sur le marché arabe, l’équipe s’attaque désormais à l’international. Ils n’ont aucun budget marketing. Toute la publicité passe par les réseaux sociaux et les plateformes vidéo. L’argent est entièrement consacré à la production. C’est la règle au Liban. «Je ne gagne presque rien, mais je dépense 300 dollars par mois pour une mauvaise connexion Internet, c’est fou», explique Nader, qui ajoute que le pays est un environnement difficile pour les start-up technologiques.

Julien Abi Ramia

Jeune Afrique
«Dans les meules de Beyrouth»

Jeune Afrique s’intéresse au roman de Toufic Youssef Aouad, récemment traduit en français.
Il aura fallu attendre près de quarante ans pour que soit traduite en français Dans les meules de Beyrouth, œuvre majeure de la littérature contemporaine libanaise publiée en arabe en 1972. Elle nous transporte en 1968. Au Pays du Cèdre, l’heure universelle est à la révolution et la jeunesse libanaise cherche à faire la sienne. La guerre de 1975-1990 approche déjà. Ses acteurs sont en scène: les réfugiés palestiniens en armes, les assaillants israéliens et les mauvais génies du confessionnalisme qui vont enflammer le cocktail. Entre son village et la capitale, entre ses aspirations libérales et le carcan des traditions, la jeune Tamima est précipitée dans les meules d’un passé aliénant et du futur qui menace.

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