Magazine Le Mensuel

Nº 2910 du vendredi 16 août 2013

Presse étrangère

Le coup du sort sur le Liban

Le traitement de l’actualité libanaise, vampirisée par l’enlèvement des pilotes turcs, par la presse internationale, offre cette semaine son lot d’analyses globalisantes empreintes de désillusion.  
 

Elle
Le magazine féminin Elle titre: Un été à Beyrouth: la fête, pas la guerre.
«Faire la fête, c’est notre réaction», résume Marianna, 23 ans, au February 30. Alors que la guerre en Syrie se propage en crise régionale, menaçant la stabilité du Liban, rien ne semble entamer la boulimie de plaisir des jeunes Beyrouthins, au contraire. «On en a marre de ces problèmes sectaires. Nous n’avons pas hérité des rancunes de nos parents. Plutôt de leur sens de la party», poursuit-elle en sirotant – Ramadan oblige – un jus de fruit.
Bien sûr, le jour, les noctambules sont inquiets. Surtout depuis la bataille de Qoussair. Des tensions que la jeune génération dissout dans un shot de vodka, une bière Almaza ou un nuage de narguilé. «Je me sens proche des chiites comme minorité menacée. Mais la nuit, il n’y a pas de noms, pas d’identité, il y a la danse», tranche Elie, une brebis chrétienne échouée à la beach party de l’Eddé Sands. «En tant que chiite, j’ai peur des fatwas salafistes. Et je me dis parfois: “Go Hezbollah, fight it!”, commente Marianna dans son franglais typiquement libanais. Mais tout ça nous fatigue, we all just wanna have fun».
Sur le toit-terrasse du Coop d’Etat, Sam, jeune sunnite gay, raconte que l’atmosphère est redevenue très tendue à Bir Hassan, où il vit, à deux pas du lieu de l’attentat. Lui échappe à ce climat délétère en retrouvant son petit ami, chiite, au centre-ville où «les problèmes d’eau, d’électricité, de chômage sont moins importants. Car le vrai problème, ce n’est pas la religion, c’est la pauvreté».

HRW
Dans un rapport rendu public, l’Organisation de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW) affirme que des Palestiniens fuyant les violences en Syrie se sont vu refuser l’entrée au Liban, contrairement aux autres réfugiés − des Syriens − qui se trouvaient avec eux. Gerry Simpson, responsable Moyen-Orient à HRW, évoque «un changement très récent de politique» de la part du Liban. «Mardi 6 août, 200 Palestiniens ont été refoulés et sont maintenant bloqués à la frontière», explique-t-il soulignant que «c’est la première fois que des réfugiés palestiniens sont refoulés aux frontières libanaises». Il rappelle que cette situation a toutefois déjà été observée dans d’autres pays de la région, en Jordanie notamment. HRW dénonce une «violation très claire du droit international qui garantit à toute personne qui fuit une zone de guerre de trouver un abri temporaire». «Refuser aux demandeurs d’asile d’entrer dans le pays est une violation des obligations internationales du Liban», explique HRW, en déclarant que «des familles entières, des enfants, des personnes âgées et des malades» sont bloqués à la frontière. Le gouvernement libanais «doit rapidement abroger sa décision», ajoute l’ONG.

Al-Hayat
Pour al-Hayat, le Liban est le pays du «pourquoi pas?».
Aujourd’hui, de nombreux types de crimes coexistent au Liban. Certains sont dus à la pauvreté et aux tensions sociales qui l’accompagnent, les autres sont à ranger dans la catégorie de la violence politique pure. Et parmi les crimes que l’on voit plus souvent de nos jours sont ceux qui peuvent être décrits comme des crimes «pourquoi pas?». Les services de sécurité sont si imparfaits qu’ils mettent en garde à vue un blogueur controversé et laissent des convois de combattants se déplacer dans le pays et propager anarchie et corruption. Et puis, après tout, pourquoi ne pas enlever tel ou tel citoyen en échange d’une rançon? C’est ce qui se passe lorsque les appareils d’Etat semblent avoir quitté le contrôle de la loi, et aussi ouvertement rejoint à contrecœur le système de loyautés sectaires et politiques et ses mécanismes d’hégémonie.
Le fait que ce discours soit ancien n’annule pas la nécessité de le répéter, tout en s’interrogeant sur la solution requise pour sortir de la situation actuelle. De toute évidence, espérer quelque chose de la formation d’un nouveau gouvernement est inutile, étant donné que la crise libanaise a atteint les os et la moelle du régime. Par contre, espérer quelque chose du conflit syrien, les deux camps savent le faire. S’ils croient qu’ils peuvent continuer cette lutte acharnée, la dynamique et les mécanismes sociaux au sein des communautés du pays font craindre un effondrement tellement béant que les bonnes volontés ne suffiront plus.

The Atlantic
Le mensuel influent de la côte est des Etats-Unis, The Atlantic, livre une analyse originale de la situation du Liban. «Les Américains nous voient comme des Ben Laden, des terroristes», dit Bilal, cheikh salafiste tripolitain. «Mais quand il s’agit du Hezbollah, ils parlent de milice. Nous avons des cerveaux. Nous savons que les Américains sont derrière tout ce qui se passe. Ils sont assis à regarder couler le sang des musulmans et ils ferment les yeux». Les théories du complot ont toujours été un moyen pour les Libanais de donner un sens à la vie politique labyrinthique et aux changements d’alliances incessants. La nature confessionnelle de l’Etat crée un environnement dans lequel peuvent fleurir les théories du complot. Hussein est un combattant du Hezbollah. Il explique que les sunnites au Liban, avec l’aide de l’Arabie saoudite, du Qatar, des Etats-Unis et d’Israël, sont derrière les récentes attaques contre le Hezb. «Il est évident qu’ils ont tous les mêmes objectifs, ils travaillent tous ensemble. Regardez ce que les Frères musulmans ont fait en Egypte. Ils ont fermé l’ambassade de Syrie et maintenu ouverte celle d’Israël. Nous croyons que nous pouvons tous les vaincre. Notre idéologie est plus forte que celle d’al-Qaïda, et nous ne sommes pas des terroristes». Le blogueur Assaad Abou Khalil n’est pas loin de penser la même chose. «L’Arabie, le Qatar et d’autres pays du Golfe ont apporté un soutien direct à des groupes salafistes au Liban. Les Saoudiens font ce qu’Israël ne peut pas faire. Ils veulent pousser le conflit contre le Hezb le plus loin possible. Ils ont essayé la voie politique; maintenant, ils essaient la voie militaire…».

The New York Times
Cette semaine, The New York Times s’intéresse aux enfants de rue qui travaillent, «de plus en plus nombreux au Liban».
L’Organisation internationale du travail évoquait l’année dernière le chiffre de 100 000 mineurs concernés, mais ces estimations reposent sur une étude menée au Liban-Sud datant de 2002. Quant aux rapports du gouvernement, le dernier en date, émis par le ministère des Affaires sociales, remonte à l’année 2000! «Dans un pays où 1/5 des habitants vit sous le seuil de pauvreté, les enfants constituent, au choix, une source potentielle de revenus ou une main-d’œuvre gratuite pour les familles les plus démunies», analyse Hayat Osseiran, rédactrice du rapport 2012 de l’OIT sur le Liban. «De plus, l’enfant est souvent considéré dans la famille libanaise comme l’héritier d’un savoir-faire transmis de génération en génération (…)». Le Liban est l’un des premiers pays de la région à avoir ratifié, dès 1991, la convention internationale des droits de l’enfance. Or, l’âge minimum requis pour travailler au Liban est de 13 ans. Les droits de l’enfant sont régis par des statuts personnels qui diffèrent d’une confession à l’autre. Le cadre législatif libanais ne permet donc pas, une gestion univoque du problème. Deux obstacles entravent la lutte contre le travail infantile au Liban: un nombre trop faible d’inspecteurs du travail et l’implication d’hommes politiques dans l’annulation de sanctions imposées à des employeurs qui affichent un parti pris en leur faveur.

Julien Abi Ramia

Guardian
Nouvelle arrivée de Syriens?
Le quotidien britannique The Guardian prévoit une nouvelle vague de réfugiés syriens au Liban.
Le Liban se prépare à un nouvel afflux de réfugiés syriens. Jusqu’à 2 000 personnes fuyant l’offensive militaire à Homs ont été signalées, essayant d’atteindre la frontière. Explique le représentant adjoint du HCR au Liban, Jean-Paul Cavalieri. «C’est ce que nous entendons de nos équipes sur les autorités au sol et locales». L’exode de la troisième ville de Syrie s’est intensifié depuis que les forces loyalistes ont évincé l’opposition armée du quartier de Baba Amr, la semaine dernière. Il y a peu d’informations sur le sort de 20 000 habitants qui étaient là lorsque le siège a commencé il y a un mois.

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