Magazine Le Mensuel

Nº 2904 du vendredi 5 juillet 2013

general

Salah Honein. La politique, un engagement pour la vie

Il est le fils d’Edouard Honein, l’une des grandes figures de l’histoire contemporaine du Liban. Il a repris le flambeau en 1992, défendant ses idées et son attachement à la loi et à la Constitution libanaise. Loin du Parlement aujourd’hui, son engagement en politique reste le même. Portrait de l’ancien député de Baabda, Salah Honein.
 

C’est dans le cadre de son domicile à Achrafié, dans son salon où sont exposées de superbes sculptures et des toiles peintes par sa sœur, que l’ancien député Salah Honein nous reçoit. Sur l’un des murs sont accrochés quelques tableaux qui attirent notre attention. «Des gribouillages que j’ai faits à l’âge de trois ans», confie l’avocat en souriant. C’est sur la colline de Werwar, dans une maison située entre Hadath et Kfarchima, que Salah Honein a grandi. Un environnement sain et agréable, composé d’une forêt de pins, de champs d’oliviers et d’agrumes s’étendant à perte de vue, constitue le décor de son enfance, marquée par la convivialité et l’ouverture à l’autre. «J’ai eu une enfance équilibrée et heureuse grâce à l’amour de la famille et une ambiance conviviale qui régnait à cette époque. J’ai vécu dans une maison où j’ai appris à être concerné par l’autre», souligne Salah Honein. Il y régnait une atmosphère chaleureuse, créée par sa mère, une femme toujours présente, souriante et positive. «Même si mon père n’était pas là, son esprit était toujours présent. Ma mère portait en elle une joie et une espérance que je n’ai jamais trouvées chez quelqu’un d’autre. Elle créait la gaieté autour d’elle et chaque fête avec elle avait une dimension différente». Proche de ses parents, ce sont des moments de qualité que Salah Honein passait avec son père. «On faisait souvent des promenades silencieuses et même dans le silence on communiquait», confie Honein.
Dès 6 heures du matin, le jeune garçon se réveillait au son des voix des personnes venues exprimer leurs doléances et leurs préoccupations à son père. «Mon intérêt pour les gens a grandi naturellement en moi. Très tôt, j’ai appris à les écouter et me préoccuper de leur sort. Je voyais comment mon père les écoutait, partageait leurs peines et s’enthousiasmait avec eux». Tout jeune, Salah Honein avait déjà des angoisses pour le pays. «Je m’intéressais au Liban et à la société publique».
Son éducation s’est faite par l’exemple et non par l’autorité. Elève de l’Institut moderne jusqu’à la classe de 7e, c’est à Notre-Dame de Jamhour qu’il poursuit ses études avant d’entamer une licence en droit à l’Université Saint-Joseph. «C’est la logique du droit qui m’a séduit plus que l’avocature en elle-même. C’est une logique qu’on pouvait utiliser pour défendre n’importe quelle cause», dit-il. Après sa licence en droit, Salah Honein obtient une maîtrise en droit international et droit maritime international de l’University of Wales Institute of Science and Technology à Cardiff, en Grande-Bretagne. Il obtient ensuite un doctorat en droit international de l’University of Southampton. Sur la thèse de sa maîtrise en droit qu’il avait dédiée à son père, auquel il voue un grand attachement, il a écrit ces quelques mots: «A toi papa, qui du feu de ton amour a su m’illuminer le chemin sans m’éblouir et m’a fait parvenir la voix du cœur sans la perturber par le bruit des lèvres… Ton fils qui t’aime et te doit tant».

Responsabilité à assumer
Pour Salah Honein, la politique n’est pas une question d’héritage mais une responsabilité à assumer. «La responsabilité nécessite une volonté et une détermination. Au décès de mon père, c’est venu tout naturellement. Nous avons tous travaillé dans ce sens. Pour réussir en politique, il faut une cohésion autour de vous, que vous soyez soutenu par la famille, les amis et l’entourage. C’est une responsabilité énorme dont il faut être conscient pour pouvoir l’assumer», estime-t-il. Selon l’ancien député, on ne peut venir à la politique en dilettante. «La politique est un marathon continuel et il faut une véritable machine pour assumer ce rôle». C’est au contact des gens que l’on grandit en politique. «Ce sont eux qui vous forment et qui développent votre vision, votre courage, votre ténacité et votre espérance. Ils vous communiquent leurs projets et leurs ambitions».
C’est au décès d’Edouard Honein que Salah prend la relève. Plusieurs étapes jalonnent son parcours politique. «Après le décès de mon père, de 1992 à 2000 je m’investissais dans les contacts avec les gens et je faisais entre huit et douze visites par jour. Sans ce contact, je n’aurais jamais été prêt à assumer cette responsabilité». En 1996, il est candidat aux élections législatives. «Ce fut un premier pas très instructif pour moi. C’était la meilleure campagne que j’aie jamais faite et j’étais très heureux du support et de l’appui de tant de gens. Je voulais savoir si j’avais réussi à recueillir leur confiance».
En 2000, il fut élu député. Les années passées au Parlement sont selon lui la période en or. «C’était le poste de responsabilité. Avant, je me battais pour des idées et en tant que député il fallait passer à l’exécution de celles-ci». Son combat se situait à deux niveaux: la lutte pour la souveraineté, essentielle à toute pérennité politique du Liban, et le combat législatif. «Il ne fallait pas négliger un aspect au profit de l’autre. On devait être productif sur le plan de la souveraineté et sur celui de la législation». Totalement engagé dans sa mission, Salah Honein s’investit à fond dans la rencontre de Kornet Chehwan et dans le travail parlementaire. «Je ne voulais rien négliger. J’assistais aux réunions des quatre Commissions dont je faisais partie, aux séances parlementaires et j’ai présenté une vingtaine de projets de loi». En 2005, il est de nouveau candidat aux élections législatives. Même s’il n’est pas élu, rien ne change pour Salah Honein, il continue son combat. Pour l’ancien député, la politique est un engagement constant et une lutte continue. «Quand on est au Parlement on produit, hors du Parlement on agit, car on n’a plus la plateforme nécessaire et les outils adéquats pour l’exécution des projets».
Marié depuis 1988 à Astrid Opdenbosh, d’origine belge, mais qui est née et a vécu en Colombie, ils sont les parents de deux enfants: un garçon, Edouard (17 ans) et une fille, Inès (13 ans).
Aujourd’hui, dans le paysage politique libanais, Salah Honein est resté le même, un indépendant. «Je suis toujours là où j’ai commencé, collé à la Constitution et à mes principes. Ma politique est basée sur le respect de la Constitution et des lois». Toutefois, son indépendance ne l’empêche pas d’établir des alliances électorales avec les différentes composantes du 14 mars qui ne sont pas en contradiction avec ses idées. «Je me bats pour mes idées et même si l’on fait des alliances pour les élections, je garde mes idées propres». D’ailleurs, au cours de son mandat, Salah Honein a voté quatre fois contre les décisions du bloc dont il faisait partie lorsqu’il avait une vision différente des choses. «J’ai un énorme respect pour le bloc parlementaire, mais j’ai encore plus de respect pour mes principes politiques». Il a bien l’intention de se présenter de nouveau aux élections législatives car, selon l’avocat, son engagement en politique est un engagement à vie, selon les principes auxquels il croit et pour lesquels il s’est toujours battu.

Joëlle Seif
Photos Milad Ayoub-DR

La situation en Syrie
Selon l’ancien député, les Syriens doivent régler leurs problèmes eux-mêmes. «On n’a pas à nous mêler de leurs affaires. Je suis avec le droit des peuples de décider de leur sort et je suis également avec la liberté et les droits de l’homme». Pour Salah Honein, notre rôle devrait être celui du Liban-message dont ont parlé le pape Jean-Paul II et l’imam Moussa Sadr. «Nous devons rayonner par le message que nous 
portons, un message d’ouverture, de 
liberté, d’humanisme, de droit de l’homme, de démocratie et de dialogue. Nous n’avons pas de rôle militaire. Cela n’est pas dans nos convictions ni dans notre Histoire et ce n’est pas notre message».

Ce qu’il en pense
Ses loisirs: «Je suis un grand sportif. Je faisais tout genre de sport, de l’équitation, du ski, du tennis, de la natation, du jogging, du volley et du basket-ball. Mais actuellement, je fais de la marche et du hiking en montagne à Jabal Moussa, Faraya, Laqlouq et un peu de natation. J’aime les voyages en famille. J’aime également la lecture, quelques morceaux de musique choisis, le cinéma 
et le théâtre».
Social Networking: «Je n’ai pas encore adhéré à Facebook et Twitter par souci de mon intimité personnelle. Je possède 
toutefois un website. J’aime l’idée du Web. C’est une communication facile et rapide».
Sa devise: «Placer l’intérêt général au-dessus de l’intérêt personnel pour tout ce qui a trait à la vie publique. Pour ma vie privée, je suis adepte des propos de l’imam Ali Ben Abi Taleb: ce n’est pas en dormant qu’on réalise ses ambitions».

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