Magazine Le Mensuel

Nº 2894 du vendredi 26 avril 2013

LES GENS

Ahmad el-Assaad. La politique en héritage

Fils de l’une des grandes familles politiques libanaises, de celles qui ont marqué l’histoire contemporaine, il revient au Liban après de longues années passées à l’étranger. Il représente pour certains l’alternative au Hezbollah à travers son parti L’option libanaise. Portrait d’Ahmad el-Assaad.

Dès l’âge de cinq ans, il est placé en pension dans différents établissements scolaires. D’abord à l’école des Apôtres à Jounié, ensuite à Champville et finalement à l’International College (IC). Ahmad el-Assaad se souvient encore de son premier jour à l’IC, où il arrive en classe sans livres ni cahiers. «Un des officiers chargés de la protection de mon père était venu me retrouver pour me remettre quelques affaires. Je suis sorti pour lui parler. Alors que je retournais en classe, le professeur s’est exclamé: pour qui vous prenez-vous pour agir de cette façon, pour le fils du président de la République? Je lui ai répondu: non je ne suis pas le fils du président de la République, je suis le fils du président de l’Assemblée nationale».
Avec le début de la guerre en 1975, alors qu’il a douze ans, Ahmad el-Assaad quitte le Liban pour la Suisse où il continue ses études scolaires. Il obtient la maturité suisse, un certificat de fin d’études qui permet un accès direct à toutes les écoles supérieures du pays. Ce certificat est accordé dans un cadre scolaire à celui qui se distingue par un haut niveau de connaissance et de culture générale. Il se rend ensuite aux Etats-Unis, en Utah, et entame des études en mathématiques. «Je ne savais pas ce qu’était l’Utah, un Etat dominé par les mormons. La première année fut très pénible, mais j’ai fini par m’y habituer». Après les Etats-Unis, il part en Hollande, à Amsterdam, où il poursuit sa formation et entre dans le monde du travail. «Au début, je me suis lancé dans les produits alimentaires, puis j’ai acheté des supermarchés et, par la suite, j’ai investi dans des marques de produits alimentaires entre la Hollande et la Belgique. Je faisais travailler beaucoup de monde». En reconnaissance de tous ses efforts, la reine de Hollande lui accorde la nationalité du pays. Avec la chute du communisme, bénéficiant d’un important réseau de distribution, il investit dans le bois en Pologne et en Ukraine et ouvre de grandes manufactures. Polyglotte, Ahmad el-Assaad parle et écrit sept langues: l’arabe, le français, l’anglais, l’italien, l’espagnol, l’allemand et le hollandais.

Retour au Liban en 2003
En 2003, alors qu’il vient d’avoir quarante ans, il décide de tout liquider et de rentrer au Liban. «Je me suis dit: c’est maintenant ou jamais. Il était de mon devoir de revenir. En l’espace de huit mois, j’ai tout liquidé. J’ai tout vendu, mes sociétés, ma maison et je suis rentré au Liban».
Des regrets, Ahmad el-Assaad n’en a aucun. «Malgré tous les problèmes que nous avons ici, nous nous sentons vivre. Nous ne connaissons pas cette routine tuante qui existe partout ailleurs, où malgré toute réussite, on est tout simplement un numéro. En Europe, tout est programmé à l’avance. Ici, tous les jours il se passe quelque chose». Depuis son retour, Ahmad el-Assaad est entrepreneur dans le bâtiment pour financer ses activités politiques et sociales. Pour lui, la classe politique est pourrie. «Il n’y a pas d’hommes d’Etat, ceux qui sont capables de mettre le pays sur les rails. Un homme politique pour moi est celui qui a des idées et un programme clair pour le développement de la société. Aujourd’hui, il existe des intermédiaires entre les institutions de l’Etat et les citoyens. C’est dommage, le Liban mérite mieux que cela». Une
politique saine est l’essence même d’une société saine. Il note qu’en Europe, l’entrée en politique est un couronnement de carrière et les politiciens deviennent ainsi un exemple pour les autres. «Au Liban, c’est tout le contraire. Il existe une grande différence entre le niveau d’éducation des citoyens et les gouvernants. La société civile est beaucoup plus développée que la classe politique. C’est la raison pour laquelle nous avons besoin d’un changement politique, sinon nous continuerons à tourner dans un cercle vicieux».

Le Hezbollah, un problème
Selon Ahmad el-Assaad, le Hezbollah serait le premier problème à résoudre car toute la classe politique se cache derrière lui. «Le Hezbollah représente la force et l’argent. C’est tout comme les Palestiniens. Ceux qui étaient avec eux les appuyaient car ils avaient intérêt à le faire. Mais quand les Israéliens les ont chassés, ceux-là mêmes qui les appuyaient ont accueilli les soldats israéliens avec des fleurs et du riz». Il estime que si le Hezbollah est fort maintenant, c’est que les circonstances s’y prêtent. «Mais un jour viendra où le Hezbollah cessera d’exister et moi je serai toujours là. J’ai beaucoup de gens qui me soutiennent. A chaque élection, je subis des pressions et je suis menacé, mais je continuerai à me présenter. Quelqu’un doit se lever et dire non. Il faut montrer qu’il y a encore dans ce pays des hommes libres, qui possèdent des valeurs et qui ne baissent la tête que devant Dieu».
S’il est certain qu’Ahmad el-Assaad doit sa popularité à son père, il n’en demeure pas moins qu’il a lui-même fortifié cet héritage. «Il existe une grande interaction entre la nouvelle génération et moi. Les jeunes veulent que ce soit cette vision du Liban qui soit adoptée». C’est à travers l’association «Saving the next generation» qu’il travaille de près avec les jeunes. «Chaque année, pendant un mois, des enfants participent à un camp dans la région de Tannourine. 80% des enfants sont chiites, alors que les autres 20% sont des enfants de toutes les communautés. Ils découvrent l’autre et on leur apprend la coexistence. Nous essayons de leur montrer que l’autre ne fait pas peur». C’est à travers la nouvelle génération que le changement se fera selon Assaad. «Il faut que les jeunes réalisent que l’éducation et le savoir sont les seules armes véritables».
Ahmad el-Assaad a épousé en 1999 une Hollandaise qu’il a perdue il y a trois ans. De cette union sont nés deux enfants: Kamel (13 ans) et Layan (9 ans) qui vivent avec lui. Depuis deux ans, il s’est remarié avec Abir Ramadan. «Nous partageons les mêmes idées. Abir m’aide beaucoup dans mon travail et elle est d’un grand support pour moi». Avec beaucoup d’émotion, il parle de son père Kamel el- Assaad et évoque sa relation avec lui. «Quand j’étais pensionnaire, je ne comprenais pas toujours pourquoi je ne pouvais pas rentrer à la maison comme tout le monde. Mais maintenant, avec le recul, je réalise que cela a forgé mon caractère et a fait de moi un homme fort et stable». C’est vrai qu’il ne voyait pas souvent son père, mais les instants passés avec lui étaient des moments de qualité qui compensaient toutes les absences. «Nous étions loin mais proches à la fois. C’est lui qui m’a inculqué les valeurs et les principes. Il m’a appris à être un homme politique en accord avec moi-même. Mon père a toujours pensé que ce ne sont pas les sièges qui font les hommes. Il était le seul qui ne s’accrochait pas au pouvoir et il n’a jamais baissé la tête devant les Syriens. Contre leur volonté, il a appuyé les Gemayel parce que telle était sa conviction. Il était prêt à perdre son siège pour ses principes. Des hommes pareils n’existent plus. Je n’oublie jamais toutes les leçons qu’il m’a apprises».

 

Joëlle Seif  
 

Saving the next generation
Cette association, parrainée par Ahmad el-Assaad, prend en charge les jeunes de 12 à 18 ans. A l’âge de 18 ans si ces jeunes ont de bons résultats, l’association finance leurs études dans les universités suivantes: Usek, NDU, La Sagesse et AUST. Cette année, l’association prend en charge 42 étudiants. L’année prochaine, leur nombre sera porté à 120. Onze étudiants continueront leurs études aux Etats-Unis, au New York Institute of Technology (NYIT). «J’ai fait exprès de choisir les Etats-Unis pour ces étudiants, car je veux qu’ils rencontrent face à face le Grand Satan», dit ironiquement Ahmad el-Assaad.  

Ce qu’il en pense
-Social Networking: «Je ne suis pas un adepte du social Networking. Je trouve cela très superficiel. Toutefois, je possède une page sur Facebook pour couvrir mes activités politiques gérée par mon équipe. Je protège mon intimité».
-Ses loisirs: «J’aime l’équitation et le tennis. C’est à Tannourine, quand je vais visiter les enfants, que je peux exercer ces deux sports. A la maison, je fais un peu de marche sur la machine et de la boxe. Je sors très peu».
-Sa devise: «When the going gets tough the tough gets going».

 

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