Magazine Le Mensuel

Nº 2907 du vendredi 26 juillet 2013

Confidences Liban

Confidences Liban

Bras de fer constitutionnel
Un ex-ministre de la Justice a remis au président du gouvernement démissionnaire une étude juridique détaillée portant sur les prérogatives et la mission d’un cabinet d’expédition des affaires courantes. L’analyse est basée sur des études entreprises par de grands constitutionnalistes français de la IVe République. Le Premier ministre démissionnaire, Najib Mikati, s’attelle au renforcement de sa position en matière de prérogatives constitutionnelles face à ceux qui contestent son avis sur le sujet. Notamment le président Nabih Berry qui reste attaché à la convocation de l’Assemblée pour légiférer sur un ordre du jour comportant quatre clauses, considérant que cette démarche relève de ses compétences. L’étude indique que le Parlement est maître de lui-même pour la gestion des législations et la définition de l’ordre du jour, mais ne peut pas agir de façon contraire aux textes constitutionnels.

 

Les Kataëb jouent-ils en solo?
Les Kataëb se démarquent de leurs alliés du 14 mars sur plusieurs sujets. Le président Amine Gemayel a réclamé la formation d’un gouvernement à caractère politique, il a annoncé sa solidarité avec le Hezbollah après l’explosion de Bir el-Abed et qualifié la convocation de l’Assemblée par Nabih Berry de constitutionnelle… Toutes ces prises de position auraient encouragé l’ambassadeur iranien, Ghadanfar Rokn Abadi, à se rendre au siège central des Kataëb, à Saïfi, pour un entretien avec le président Gemayel qualifié de «franc et constructif», au cours duquel il lui a remis un message du président iranien élu, Hassan Rohani. Au plan local, les observateurs ont souligné la tenue d’une réunion Amal-Kataëb à Marjeyoun à l’heure où les relations Amal-Courant patriotique libre (CPL) se dégradent.

CPL-Hezbollah: Washington surveille
Les cercles diplomatiques américains semblaient fort intéressés, ces deux dernières semaines, par l’évolution des relations entre le Courant patriotique libre et le Hezbollah. Ils voulaient en savoir plus sur la nature de leur discorde et sur la dimension qu’elle pourrait prendre, vu les conséquences qu’une rupture pourrait avoir sur les équilibres internes au Liban. Interrogé à ce sujet par un diplomate américain, un cadre aouniste a nié toute divergence avec le Hezb.

Rifi se consacre à la politique
Un come-back à la tête des Forces de sécurité intérieure (FSI) n’intéresse plus le général Achraf Rifi, comme il le confie à ses visiteurs. Après son départ à la retraite, il y a quelques mois, il lui est difficile de regagner son poste, hors cadre. Il raconte que l’ex-Premier ministre, Saad Hariri, l’a sollicité pour cela dans le cadre d’un package global incluant la prorogation pour un an des mandats du commandant en chef de l’armée, le général Jean Kahwagi et du chef d’état-major, Walid Salman. Le général Rifi, qui a installé un bureau à Beyrouth, refuse d’aborder cette question avec la presse et préfère se consacrer à l’action politique à Tripoli.

De Joumblatt à Hariri
Un émissaire du député Walid Joumblatt va prochainement rencontrer l’ex-président Saad Hariri, affirme un ministre informé, pour lui transmettre une proposition en trois points: mettre un terme à la campagne menée par le Moustaqbal contre le Hezbollah, suspendre le veto mis sur la participation du Hezb au gouvernement, soutenir l’initiative de Nabih Berry pour unifier les rangs au sujet du cabinet en gestation. Le leader druze estime qu’il faudrait cesser de poser des conditions et des veto parce que de telles approches ne facilitent pas la naissance du gouvernement. Dans ses cercles privés, Joumblatt tient à mettre en avant l’appel du président François Hollande à son homologue libanais, Michel Sleiman, dans le cadre duquel le chef de l’Etat français a encouragé la naissance d’un cabinet «qui n’exclut personne». Pour le chef du Parti socialiste, le message occidental est clair: pas de veto contre le Hezbollah. On dit que l’ex-président Fouad Siniora qui a rencontré Saad Hariri voudrait activer la mise sur pied d’une équipe apolitique et transférer les dossiers politico-sécuritaires et la question des armes du Hezbollah devant les assises du dialogue national qui doivent se tenir après la naissance du gouvernement.

Le Hezbollah sur le qui-vive
Le Hezbollah est sur le qui-vive. Il a relevé le niveau de ses dispositions sécuritaires dans les régions où il se trouve, tout en synchronisant ses activités avec les organes sécuritaires officiels. Ces mesures ont permis de démasquer plusieurs cellules dormantes et de prévenir des explosions planifiées dans plus d’une région allant du Sud à la Békaa, en passant par Beyrouth, notamment sur l’axe Beyrouth-Saïda. Ces révélations faites par des milieux médiatiques proches du parti chiite prédisent que le pays pourrait être le théâtre d’une escalade sécuritaire, d’actes de violence inédits, mais l’ensemble restera sous contrôle si les réactions des forces internes restent pondérées. Un excès de pression, ajoutent-ils, peut entraîner l’explosion.

Alerte de la CIA
Un rapport du Foreign Policy indique: «Bien que le Hezbollah soit l’ennemi de la CIA, cela n’a pas empêché l’agence américaine de l’alerter, lorsqu’elle a découvert que des mouvements liés à al-Qaëda s’apprêtaient à attaquer le Hezb au Liban. Les Renseignements américains ont fait parvenir ces informations aux autorités libanaises qui les ont transmises au Hezbollah». Selon des responsables libanais, les Américains ont alerté le Liban après avoir capté des conversations téléphoniques entre des combattants au Liban et dans les pays du Golfe.

Aoun absent à l’iftar présidentiel
Pourquoi le général Michel Aoun n’a pas participé au iftar donné par le président Michel Sleiman à Baabda? Les explications sont à puiser dans les résultats de la rencontre Sleiman/Aoun à Baabda. Certains ont rapporté qu’après un échange de grande franchise sur les sujets délicats de l’heure (le dossier syrien, les développements à Saïda, la question gouvernementale, la prorogation de la législature et du mandat du général Jean Kahwagi), la glace a été brisée entre les deux hommes et les relations se sont réchauffées. D’autres estiment que la rencontre a certes tempéré la discorde sans toutefois réussir à ouvrir une nouvelle page en termes de coopération. Le président Sleiman et le général Aoun ont promis de se revoir après la mise sur pied d’une équipe représentative des deux parties qui préparerait les dossiers à débattre.

 

Des enfants combattants syriens au Liban
Le phénomène des enfants-combattants syriens qui déferlent au Liban est inquiétant, comme l’exprime un rapport diplomatique. Des associations locales et les sources sécuritaires libanaises révèlent que de jeunes adolescents de 15 ans sont admis dans des camps d’entraînement militaire en Turquie et en Jordanie. Des officiers de la CIA leur apprennent à manipuler les armes individuelles et les explosifs et les familiarisent avec les tactiques de combat contre l’ennemi et derrière ses rangs, avant de les renvoyer sur le front pour se battre contre les forces du régime. «Cet entraînement, précise le rapport, n’est pas conforme à la Charte des Nations unies qui interdit la mobilisation des enfants pour faire la guerre». De plus, certains jeunes s’inscrivent à ces camps d’entraînement pour soi-disant rejoindre l’Armée syrienne libre (ASL), mais ils ne tardent pas à regagner le Front al-Nosra et les groupes takfiristes, pour des raisons d’ordre idéologique.
Le chef d’état-major américain, le général Martin Dempsey, avait déclaré le 18 juillet dernier que le Pentagone ne fournira pas d’entraînement aux combattants syriens, mais d’autres institutions le feront.

Les complices d’Assir à découvert
Les documents importants que l’Armée libanaise a saisis dans le bureau d’Ahmad el-Assir au sein de son périmètre de sécurité à Abra ont mis dans l’embarras un nombre de cheikhs, d’hommes d’affaires et quelques journalistes libanais et palestiniens, en plus de certains cadres politiques et partisans islamiques qui avaient des relations solides avec le cheikh en fuite. Certains parmi les impliqués, dont les noms et les activités ne sont plus un secret pour l’armée, ont contacté des personnalités politiques et sécuritaires à Saïda et à Beyrouth pour se justifier, invoquant «les circonstances» qui les auraient poussés à aider Assir. Quant aux individus plus importants qui ont apporté leur aide au cheikh salafiste, ils se sont envolés pour des «voyages d’affaires» à l’extérieur du pays. La source privée de Saïda, qui rapporte ces détails, indique que selon les informations qui circulent, le bras droit d’Assir, Fadel Chaker, aurait planté ses quartiers à Taamir-Aïn el-Héloué, plus précisément dans le no man’s land situé entre le barrage de l’Armée libanaise et les forces de sécurité palestinienne. Selon des témoins oculaires, Chamandar alias Fadel Chaker et certains de ses adeptes, seraient apparus dimanche passé pour la première fois après les événements de Abra. Mais l’ex-chanteur a été contraint de se retirer suite à des contacts libano-palestiniens. Quant à Ahmad el-Assir, les informations sur sa présence à Taamir n’ont pas été confirmées.

Rencontre Hezbollah-PSP
La dernière réunion entre des représentants du Hezbollah et du Parti progressiste s’inscrit dans le cadre d’une volonté joumblattiste de rapprochement de l’axe syro-iranien, prétend un jeune député. Walid bey, dit-il, après une lecture attentive de la situation, a constaté le repli euro-américain au niveau syrien, et la chute du mouvement régional des Ikhwan sur le front égypto-turc. Le même député cite une source participante à la réunion qui a duré quatre heures et qui a abordé les divers développements locaux et régionaux, pour dire que les rapports entre les deux parties sont stables et bâtis sur une vision commune de plusieurs dossiers internes. Les présents ont passé en revue les relations bilatérales en insistant sur l’importance de consolider les liens entre eux. Les représentants du Parti progressiste ont souligné la nécessité de former un gouvernement politiquement représentatif de tous les courants dans les plus brefs délais. Ils ont également rejeté toute démarche qui mène à la paralysie de l’Assemblée. La réunion druze-chiite qui a eu lieu au domicile du ministre Hussein Hajj Hassan a regroupé en plus de l’hôte, Mohammad Fneich, Hassan Fadlallah et hajj Wafic Safa pour le Hezbollah, ainsi que Ghazi Aridi, Waël Bou Faour, Alaeddine Terro, Akram Chéhayeb et Zafer Nasser pour le Parti progressiste.

Invasion démographique
Le Liban est victime d’une véritable invasion démographique avec la multiplication du nombre de déplacés et de résidents syriens qui a atteint quelque chose comme un million et quart d’individus. Un expert en sociologie remarque que cette donne ébranle la structure démographique nationale aux plans de l’habitat, du travail, de la santé et des transports, et induit des changements qui se répercutent dangereusement sur la dynamique de la stabilité interne. L’expert souligne que les politiques sont divisés quant à l’évaluation de cette réalité et sur les moyens à mettre en œuvre pour régler cette problématique. Rester dans l’attente des congrès internationaux ou la mise sur pied de camps pour les déplacés n’est pas un choix judicieux parce que les promesses généreuses des pays occidentaux sont restées lettre morte jusque-là, surtout que les responsables de ces pays ne manquent pas de déclarer que la crise syrienne risque de s’étaler sur dix ans, selon l’analyse faite par cet expert. Il conseille de coordonner les efforts sur ce chapitre avec les autorités syriennes. Le ministre syrien de la Réconciliation nationale a affirmé au général Michel Aoun ainsi qu’à d’autres que le gouvernement syrien est disposé à rapatrier ses citoyens déplacés en leur accordant les garanties nationales et internationales (incluant l’Onu) souhaitées. L’expert invite à la relecture d’un rapport publié par l’AFP, la semaine passée, qui reconnaît que des combattants d’al-Qaïda du nord-ouest du Pakistan ont pris le chemin non seulement de la Syrie, mais aussi du Liban et de l’Egypte.

 

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