Magazine Le Mensuel

Nº 2907 du vendredi 26 juillet 2013

Confidences Moyen-Orient

Confidences Moyen-Orient

Un ministre mal en point
Après le retrait américain d’Irak, l’échec le plus sanglant de l’Oncle Sam semble être l’absence totale d’électricité dans ce pays plus que le dossier sécuritaire. En effet, les grandes villes d’Irak ne sont plus approvisionnées en électricité que deux à trois heures par jour. La température dépassant les 45 degrés pendant tout l’été, ces coupures permanentes ont poussé la population à protester en manifestant dans la rue. Le premier dénoncé: le ministre de l’Energie, Hussein Chahrastani, allié du Premier ministre Nouri el-Maliki, qui a clairement échoué à gérer ce dossier depuis sa nomination, il y a plus de quatre ans. C’est ce qui expliquerait les nombreuses demandes des députés pour son limogeage. Affaire à suivre. 

   

Jannati conserve sa place
Le Conseil des gardiens de la Constitution en Iran a renouvelé le mandat de son président Ahmad Jannati. A 87 ans, le religieux chiite est connu pour ses positions radicales, notamment sur la question du dossier nucléaire. Or, ils étaient nombreux à penser qu’il prendrait sa retraite vu son âge avancé. C’était sans compter avec le Guide suprême Ali Khamenei qui a imposé Jannati aux autres onze membres du conseil. Ce poste est stratégique puisqu’il permet à son occupant de choisir les candidats aux élections présidentielles et parlementaires. La décision la plus récente de Jannati fut de rejeter la candidature de l’ancien président Hachémi Rafsandjani à l’élection présidentielle.  

Ahmad Ould Daddah, leader de l’opposition mauritanienne, a refusé de reconnaître la légitimité du nouveau comité électoral indépendant, supposé superviser les prochaines élections parlementaires. Tous les membres de ce comité avaient été désignés par le chef de l’Etat, le général Mohammad Ould Abdel-Aziz, au pouvoir depuis plusieurs années à la suite d’un coup d’Etat militaire. Pourtant, le régime espérait une participation de l’opposition à ce scrutin prévu en août, afin de se libérer des pressions occidentales, qui exigent que le général au pouvoir démocratise le système politique. Pour enfoncer le clou, Ould Daddah a accusé le président Ould Abdel-Aziz d’être le caïd d’un gang, ajoutant que «toute élection qui a lieu dans de telles conditions sera jugée truquée». Il appelle ses partisans à boycotter «cette mascarade».  

En pointillé…
La bloggeuse koweïtienne Sara el-Driss passera vingt mois en prison après sa condamnation par un tribunal au Koweït. Son crime? Avoir porté atteinte à l’émir, cheikh Sabah el-Ahmad el-Sabah, en mettant en doute ses prérogatives constitutionnelles. Ironiquement, la jeune femme a aussi été condamnée pour «mauvais usage de son téléphone mobile». C’est la première fois qu’une activiste politique est condamnée à la prison ferme ce qui, selon plusieurs observateurs, lance un signal fort sur la fin de l’état de grâce et des libertés politiques dont jouissait l’émirat du Golfe. Ces mêmes observateurs ajoutent que la famille princière était très agacée par la décision des forces de l’opposition de boycotter les élections parlementaires, ce qui expliquerait ce durcissement à l’égard de tous ses détracteurs parmi les différents groupes et activistes.        

 

Recep Tayyip Erdogan le Premier ministre turc, passe un mauvais quart d’heure après l’échec des pourparlers entamés depuis de longs mois avec les leaders kurdes afin de trouver une solution politique au dossier épineux du conflit qui oppose le PKK à l’armée turque. En riposte aux positions intransigeantes des leaders du Parti pour la Justice et le Développement, les combattants kurdes syriens ont étendu leur contrôle sur plusieurs régions frontalières, chassant des combattants du Front al-Nosra, au grand dam d’Ankara. Erdogan, qui pensait monopoliser toutes les cartes en Syrie, voit ses rêves se briser.     

 

Makhlouf déteste Jamil
Les relations entre le vice-Premier ministre syrien, Qadri Jamil, et le cousin du président Bachar el-Assad, Rami Makhlouf, n’ont jamais été au beau fixe. Les deux hommes d’affaires ne s’apprécient guère sur le plan personnel ni professionnel. Le choix porté l’année dernière sur Jamil au poste de numéro deux du gouvernement avait marqué le début de la fin pour le cousin, considéré l’homme le plus puissant de Syrie. Entre-temps, une guerre ouverte semble déclarée par Makhlouf avec l’approche du remaniement ministériel. Dans sa ligne de mire: Qadri Jamil et son allié le ministre Ali Haïdar, chargé de la réconciliation nationale. C’était sans compter sur l’alliance entre ces derniers et Moscou, qui verrait d’un très mauvais œil toute atteinte contre les deux hommes, et qui aurait adressé un message fort au président Bachar el-Assad à ce sujet.  

Un gouvernement à la va-vite
Le gouvernement formé par le nouveau Premier ministre égyptien, Hazem el-Beblaoui, n’a pas été bien accueilli par plusieurs partis politiques influents sur la scène politique locale. Selon des sources bien informées, Beblaoui aurait reçu des réponses négatives de la part de plusieurs candidats approchés pour des postes ministériels. Parmi eux, Inas Abdel Dayem, flûtiste de grande renommée et ancienne présidente de l’Opéra, qui s’était même entretenue personnellement avec le Premier ministre avant sa décision de décliner son offre prestigieuse au poste de ministre de la Culture. Voilà pourquoi Mohammad Arab, membre du gouvernement de Hicham Kandil, a été reconduit à son poste à la dernière minute, provoquant la surprise dans les milieux culturels qui espéraient voir un nouveau visage remplacer Arab, accusé d’avoir été trop indulgent avec les Frères musulmans.           

Bouteflika, président fantoche?
Depuis son retour à Alger, les apparitions publiques du chef de l’Etat algérien malade, Abdel-Aziz Bouteflika, se font très rares. Pire encore, les photos, censées rassurer les Algériens sur l’état de santé de leur président, n’ont fait qu’amplifier leurs craintes. Le président se déplace en fauteuil roulant et paraît très fatigué et affaibli. Autre détail: son retour au palais présidentiel s’est effectué en toute discrétion, contrairement aux retours précédents organisés en grande pompe avec la participation de milliers de partisans. Des milieux à Alger relèvent que Bouteflika est désormais un président sans vrais pouvoirs, toutes les décisions étant prises par les généraux, avant d’ajouter qu’un compromis avait été conclu entre les principaux centres de pouvoir du pays pour permettre au chef de l’Etat d’achever son mandat sans avoir un mot à dire dans le choix de son successeur. Résultat, plusieurs prétendants se sont d’ores et déjà affichés, ce qui signifie que le projet de Bouteflika de voir un des membres de sa famille le remplacer est bel et bien enterré.      

Bachir adore voyager
Le président soudanais, Omar Hassan el-Bachir, sous le coup d’un mandat d’arrêt international, continue de voyager comme bon lui semble à travers le Continent noir. Dernier épisode en date, sa participation au sommet organisé à Abuja par l’Union africaine afin de traiter des dangers du sida et du paludisme. Son passage éclair dans la capitale nigériane avait mis le président Goodluck Jonathan dans une position très délicate face à la communauté internationale, agacée de voir ce personnage, accusé de crimes contre l’humanité, reçu comme un héros. Pour se défendre, Jonathan a déclaré: «Nous ne lui avons pas adressé une invitation, car c’est l’Union africaine qui organise cet événement». Rappelons que le Nigeria est l’un des rares pays africains à avoir signé les protocoles de la Cour internationale et aurait dû par conséquent arrêter Bachir dès son arrivée à l’aéroport.
 
Rien ne va plus entre Ankara et Le Caire
Depuis la destitution du président égyptien Mohammad Morsi et la désignation d’un nouveau chef d’Etat, Ankara manifeste ouvertement son hostilité envers le coup de force de l’armée. Le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, on le sait, est opposé à l’ingérence des généraux dans les affaires politiques. Il n’a donc pas mâché ses mots en annonçant que le président en Egypte était toujours Morsi. Colère au Caire, qui a accusé Ankara de se mêler dans ses affaires internes et de ne pas respecter son indépendance. Selon le nouveau régime, Erdogan ferait mieux de mettre en avant les intérêts des deux pays et des deux peuples au lieu de privilégier ceux de son propre parti. Cerise sur le gâteau, le leader turc a rétorqué en refusant de répondre à l’appel téléphonique de son ami, le vice-président Mohammad el-Baradeï.    

11 milliards d’euros est le volume des échanges commerciaux entre les deux voisins espagnol et marocain. Ceci explique le fait que plus d’un millier de compagnies ibériques opèrent tranquillement dans le royaume chérifien. La balance, qui penche en faveur de Madrid, depuis plusieurs années, pourrait être rééquilibrée grâce aux nouveaux accords signés entre les deux parties. Le roi Juan Carlos, en visite à Rabat à la tête d’une délégation impressionnante de plus de 130 hommes d’affaires, a réussi à mettre un terme aux anciens litiges entre les deux pays, permettant ainsi le renforcement des liens économiques. Les Espagnols, qui connaissent la pire crise de leur histoire, espèrent trouver de nouvelles opportunités au Maroc avec lequel ils ont décidé de faire renaître un ancien projet: la construction d’un tunnel maritime au coût astronomique de 10 milliards de dollars. Ce rapprochement a surpris les observateurs, l’Espagne occupant toujours une partie du territoire marocain et n’ayant pas l’intention de faire des concessions à ce sujet, alors que Rabat persiste à refuser tout dialogue avec le voisin algérien.       

500 millions de dollars d’aides et d’assistance ont été fournis par les Etats-Unis à l’Autorité palestinienne pour l’année 2013 afin d’éviter l’effondrement des institutions présidées par Mahmoud Abbas. Or, selon les sites israéliens, le secrétaire d’Etat, John Kerry, aurait menacé à l’occasion de sa dernière rencontre avec Abou Mazen, de suspendre toute forme d’aide financière au cas où il ne retirerait pas ses conditions pour accepter la reprise du processus de paix. Pourtant, Abbas n’avait gardé qu’une seule condition: le gel des colonies israéliennes dans les territoires occupés en 1967. Mais même cette demande ne serait plus acceptable pour les Américains, qui veulent donner l’impression d’avoir réalisé une percée, six ans après l’accession de Barack Obama à la Maison-Blanche. Des sources proches de Ramallah ont assuré que le président ne céderait jamais sur ce point, même si cela devait signifier la dissolution pure et simple de l’Autorité palestinienne.

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