Magazine Le Mensuel

Nº 2911 du vendredi 23 août 2013

Confidences Moyen-Orient

Confidences Moyen-Orient

Berlin joue les médiateurs
Depuis son élection au poste de chancelière de l’Allemagne, Angela Merkel n’a jamais considéré la politique étrangère comme son terrain de jeu préféré. Elle a même choisi de s’éloigner des problèmes politiques du monde pour se concentrer sur les questions économiques. Mais il semble que Merkel a succombé au vœu de son ministre des Affaires étrangères, Guido Westerwelle, de s’impliquer dans le dossier tunisien. Surprenant comme choix, Tunis étant le terrain de jeu de Paris et non de Berlin. Le ministre a quand même tenté sa chance en s’entretenant avec les dirigeants du parti Ennahda et les opposants aux islamistes pour les convaincre de former un gouvernement d’union nationale. Sans grande surprise, cette médiation s’est soldée par un fiasco.

Bachir vend ses armes
Le Soudan, qui fait face à des sanctions internationales du fait de l’implication présumée de son président dans des crimes contre l’humanité au Darfour, semble décidé à s’engager dans le conflit qui déchire la Syrie depuis 28 mois. Les médias américains ont révélé que d’importantes quantités d’armes ont été vendues par Khartoum aux milices et groupes armés de l’opposition syrienne, qui n’ont, bien entendu, pas déboursé un sou, car la transaction a été réglée par le généreux émirat du Qatar. Selon ces mêmes médias, les Soudanais auraient accepté de vendre des missiles antichars de fabrication chinoise, ainsi que des tonnes de munitions pour des armes moyennes et légères.

Rami el-Hamdallah, Premier ministre palestinien désigné pour succéder à Salam Fayyad, avait jeté l’éponge après un désaccord avec Mahmoud Abbas. A la surprise générale, le président de l’Autorité palestinienne a décidé de le nommer de nouveau au même poste. Il l’a chargé de former un nouveau gouvernement le plus tôt possible. Hamdallah, connu pour son honnêteté et son franc-parler, a accepté, après avoir reçu des garanties d’Abou Mazen, d’obtenir les pleins pouvoirs et de choisir lui-même ses ministres. C’était justement sur ce point que les deux hommes avaient eu un malentendu, puisque le président avait nommé deux vice-Premiers ministres sans même le consulter. Mais suite aux développements en Egypte, défavorables au Hamas, ennemi juré de l’Autorité, il semble que Abbas veut à tout prix un nouveau gouvernement à Ramallah.

Shakib Khalil, ancien ministre de l’Energie algérien, est recherché par la justice de son pays pour son implication dans une gigantesque affaire de corruption, liée à la compagnie Sumatra. Or, Khalil était considéré comme l’une des personnalités les plus proches du président Abdel-Aziz Bouteflika dont il bénéficiait de l’entière confiance. Ce développement a provoqué un froid au palais présidentiel perçu par l’opinion publique comme une complicité dans des «affaires» attribuées à Khalil. Des observateurs ont indiqué que la maladie du président a affecté son autorité et permis au juge de trancher dans ce dossier qui traîne depuis trois ans.

En pointillé…
La province irakienne semi-indépendante du Kurdistan connaît toujours un calme relatif, comparé à la vague d’instabilité sécuritaire qui frappe le pays. A la surprise générale, les deux principaux partis kurdes, dirigés par Massoud el-Barzani et Jalal el-Talabani, ne souhaitent pas que les élections aient lieu cette année comme prévu. Aussi, les parlementaires devront-ils proroger bientôt leur propre mandat de plusieurs mois sous prétexte que la situation dans la région ne permet pas l’organisation d’un tel scrutin. Pour les dirigeants d’Arbil, notamment, la situation de la communauté kurde en Syrie est en péril et il est de leur devoir d’apporter une aide à leurs frères qui se trouvent sous le feu du Front al-Nosra, menacés d’être chassés du pays des Omeyades, voire même d’être exterminés.

Le mea-culpa de Salehi
Quelques jours après avoir cédé son fauteuil au ministère iranien des Affaires étrangères, Ali Akbar Salehi fait son mea-culpa. Du jamais vu ces dix dernières années à Téhéran. A l’occasion d’une rencontre avec des journalistes iraniens, il a assuré qu’il était opposé à la décision d’arrêter les deux leaders réformateurs, Mir-Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi, et ajouté: «Je n’ai jamais cru les accusations portées contre Moussavi. Ce dernier n’a jamais été et ne sera jamais un espion». L’ancien homme fort du régime de Mahmoud Ahmadinejad a même enfoncé le clou en affirmant que ces personnalités devraient être honorées au lieu d’être humiliées. En ce qui concerne la politique extérieure, Salehi a exprimé des regrets de ne pas avoir visité l’Arabie saoudite, prétextant que s’il avait reçu une invitation de Riyad, il l’aurait acceptée sans hésitation.

Khalfan avait vu juste
Depuis la chute du régime de Hosni Moubarak, en février 2011, Dahi el-Khalfan, chef de la police de Dubaï, avait mis en garde contre le danger que représente la confrérie des Frères musulmans. Ce général a été même à l’origine d’un incident diplomatique entre Abou Dhabi et Le Caire, sans pour autant changer ses positions contre les «Ikhwan». S’il avait préféré prendre du recul en 2013, il occupe de nouveau les devants de la scène en déclarant: «Au cours de ma vie, j’ai connu beaucoup de leaders et de partis politiques pas très intelligents. Mais je peux certifier que le mouvement le plus stupide est celui des Frères musulmans». Et cerise sur le gâteau, le général a relevé que la confrérie avait toujours travaillé pour les Etats-Unis.

Téhéran tente l’impossible
Depuis le début de la crise syrienne, le mouvement palestinien Hamas a choisi le camp de l’opposition, ce qui explique sa décision de quitter la capitale syrienne et d’installer son quartier général à Doha. Des tensions s’étaient installées entre les islamistes et leurs alliés et sponsors iraniens. Après la chute de Mohammad Morsi, les hommes de Khaled Mechaal ont tendu de nouveau la main à Téhéran, qui l’a acceptée sans hésiter. La République islamique ne compte pas en rester là, elle désire voir restaurés les liens entre le régime syrien et le Hamas. Ça ne sera pas chose facile. Le président Bachar el-Assad, ayant toujours considéré Mechaal comme un ami personnel, n’a pas digéré la trahison de ce dernier. Il refuse de le recevoir ou même d’entendre parler d’un retour des leaders de son mouvement en Syrie. Mais le soutien crucial apporté par les Iraniens au président syrien pourrait en fin de compte céder aux pressions. Affaire à suivre.

Riad el-Assaad accuse l’opposition
Le colonel Riad el-Assaad, considéré pendant longtemps l’homme fort de l’opposition syrienne, a perdu durant les derniers mois la majorité de ses prérogatives après avoir été victime d’un attentat à Deir Ezzor. Or, ce n’est pas le régime qui avait planté la charge explosive qui le visait, mais plutôt des agents très influents de l’Armée syrienne libre, dont il était pourtant le commandant en chef. Les choses ont bien changé, le colonel ayant été chassé de son poste et remplacé par le général Salim Idriss. Ce dernier est considéré proche des Etats-Unis, qui ne pouvaient plus supporter les conflits internes causés par Assaad qui n’en faisait qu’à sa tête. Aujourd’hui, le colonel dissident se trouve isolé et sans alliés, ce qui explique probablement sa décision de rompre son silence en montant au créneau pour accuser ses anciens camarades d’être des mercenaires et des agents.

Institutrice ou espionne?
Les autorités bahreïnies ont toujours été connues pour leur brutalité envers leurs citoyens, sans pour autant ménager les visiteurs étrangers. Mais Manama est allé plus loin en expulsant une institutrice américaine -et c’est une première – accusée de travailler pour une organisation étrangère, le Hezbollah. Erin Kilbride, éducatrice en petite section, avait critiqué les autorités locales sur les réseaux sociaux et était entrée en contact avec des organisations de défense des droits de l’homme. Trop c’est trop! Les policiers l’ont emmenée au commissariat où elle a été interrogée pendant de longues heures avant que son visa ne lui soit retiré. Face au scandale, le ministre bahreïni, Fawwaz Ben Mohammad Al Khalifa, a publié sur son compte Twitter une photo du domicile d’Erin montrant, collé sur son mur, le drapeau du Hezbollah.

12 millions de sunnites vivraient aujourd’hui en Iran. Mais il est impossible de donner un chiffre exact puisque depuis l’époque du Chah, il est interdit de recenser les sunnites arabes, traités comme des citoyens de second degré. Malgré l’importance de leur nombre, le nouveau président réformateur, Hassan Rohani, n’a pas jugé utile de nommer un sunnite dans son cabinet. Pendant que le Parlement, dominé par les conservateurs, débattait sur le fait d’accorder ou non la confiance à tel ou tel ministre, personne n’a trouvé utile de poser la question qui fâche: pourquoi ce cabinet n’a-t-il pas inclus les sunnites qui représentent près de 10% de la population? La gent féminine en était aussi absente. Rohani y a remédié en nommant une femme au poste de vice-présidente, les sunnites n’ont pas bénéficié du même traitement. Ceci a poussé le chef de cette communauté, le cheikh Mulay Abdul Hamid, à exprimer publiquement sa déception de voir le président réformateur utiliser les mêmes méthodes que son prédécesseur.

750000 dollars ont été volés par l’organisation terroriste somalienne al-Shabab, qui n’a pas hésité à faire main basse sur l’assistance humanitaire internationale, allouée aux déplacés et aux orphelins. Selon les autorités britanniques, la majorité de l’aide offerte par Londres à ce pays meurtri serait tombée entre de mauvaises mains, nécessitant une réévaluation de l’acheminement de toute assistance à l’avenir. Le mouvement islamiste, dont le financement se fait à travers des activités illégales comme le piratage, le pillage et le trafic de substances illicites, semble être prêt à tout pour poursuivre ses attaques contre les forces gouvernementales, après avoir perdu du terrain au cours des deux dernières années. Entre-temps, des millions de Somaliens meurent de faim et de maladie et des milliers tentent de quitter le pays à tout prix, même au risque de leurs vies.

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