Magazine Le Mensuel

Nº 2911 du vendredi 23 août 2013

Affaire Déclassée

Victime des différends libano-syriens. Le calvaire de Georges Madkour

Avec l’accession à l’Indépendance, plusieurs mesures sont prises pour remplacer les institutions créées par le mandat français au Liban et en Syrie afin d’assurer l’autonomie des ressources naturelles de chacun des pays. Ce processus donne lieu à de nombreux conflits politiques entre les deux pays.
 

Le 9 juin 1945, la Mira remplace l’Office des céréales planifiables, instauré en 1942 par le général Catroux, dans le but d’assurer la distribution des céréales aux populations au Liban et en Syrie. L’Office a pour fonction de faire face au blocus anglais sur les importations des céréales et du carburant. Avec la fin du mandat, un accord franco-britannique porte sur le ravitaillement, et la Mira, ainsi créée, prend en charge la collecte et la distribution des céréales planifiables au Liban et en Syrie. Sa direction est confiée au général britannique Clark. Au cours d’une réunion le 3 juillet à Chtaura, entre les chefs de gouvernements libanais et syrien et les deux ministres de ravitaillement, en présence du chef de la 9e armée britannique, l’accord final est signé. D’autres mesures sont prises par la même occasion au plan de l’administration libanaise: nommer les commissions, modifier les licences d’exportation et réviser les taxes sur certains articles.

Vive émotion au Liban
Le 1er juin 1946, la direction de la Mira est divisée entre deux: libanaise et syrienne. La libanaise est confiée à Georges Madkour. Quelques jours plus tard, le 7 juin, des agents syriens de la Sûreté arrêtent Madkour à Beyrouth et l’emmènent à Damas où de fortes accusations sont portées contre lui concernant l’assassinat de l’imprimeur Ghattas Cozma dont le corps a été retrouvé à son domicile dans la nuit du 22 au 23 mai 1946. Le nom de Madkour est avancé par un membre de la Mira et il est soumis à un interrogatoire de trois jours par les services syriens au bout duquel le ministre syrien de l’Intérieur, Sabri Assaly, déclare que Madkour avait avoué son crime, et que les autorités syriennes prendront les mesures qui s’imposent dans son cas.
Au Liban, l’affaire suscite une vive émotion notamment à propos des circonstances de l’arrestation de Madkour. Plusieurs Libanais adressent une pétition au chef de l’Etat, lui demandant de s’occuper de ce dossier et d’intercéder en sa faveur. Pour les milieux libanais, les aveux de Madkour, si tant est qu’il en ait fait, lui auraient été extorqués par la force. Cependant, les autorités libanaises ne réagissent pas. L’affaire occupe le devant de la scène durant des mois et Madkour reste détenu à Damas. Les autorités syriennes refusent de discuter de l’affaire et la presse syrienne publie des photos du détenu et une partie de ses aveux. Le Liban se contentera de demander au chef du gouvernement syrien de suivre personnellement l’affaire.
Cependant, celle-ci se corse. Michel Touma, directeur de la Mira à l’époque, affirme que Madkour était, la nuit du crime, en sa compagnie au chevet d’une cousine en présence du Dr Rizk. Il ne pouvait pas être par conséquent l’auteur du crime, n’ayant pas pu se trouver en même temps à Damas. Ce témoignage apportait un nouvel argument à l’avocat de Madkour, Bahige Takieddine.
Il fut établi ensuite que Madkour avait parlé au téléphone à partir de Beyrouth avec le bureau de la Mira de Damas. L’employé, qui lui a répondu, a également témoigné en sa faveur. Malgré tous ces éléments, l’affaire occupe les Libanais pendant encore huit mois.
L’arrestation de Madkour est survenue au lendemain d’un accord par lequel Damas obtenait l’exclusivité de la fourniture du blé au Liban. Trois mois plus tard, les Libanais et les Syriens décident de la liquidation de la Mira par un commun accord au cours d’une réunion à Sofar en présence des chefs de gouvernement des deux pays.
Le 22 février 1947, Madkour est acquitté par la justice syrienne et relâché. Il rentre le même jour à Beyrouth. L’affaire est close.

Arlette Kassas

Les informations citées dans cet article sont tirées du Mémorial du Liban – Mandat de Béchara el-Khoury, de Joseph Chami.

 Assassinat de Cozma
Le meurtre de Ghattas Cozma est survenu à la fin du mandat français en Syrie et à la veille du départ des Français. Les chrétiens de Syrie s’inquiètent alors du sort qui peut leur être réservé avec le départ des Français. Après l’acquittement de Madkour, il ne fut jamais 
établi qui a tué Cozma, celui qui livrait de
l’orge aux Syriens. 

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