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Nº 2918 du vendredi 11 octobre 2013

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Le chimique ouvre la voie à la solution politique. Genève 2 en novembre… mais rien n’est sûr

Alors que les experts de l’Onu ont débuté leur inspection des sites chimiques en Syrie et ont commencé à détruire l’arsenal chimique syrien, la conférence de Genève 2, prévue pour la mi-novembre, se prépare à l’aune des nouveaux rapports de force qu’illustrent parfaitement les dernières sorties du président Bachar el-Assad.

Une équipe internationale en désarmement chimique a entamé dimanche dernier la destruction des armes chimiques syriennes et des installations de production. Des membres de la mission conjointe de l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) et de l’Onu «se sont rendus sur un site où ils entament la vérification et la destruction» des armes. Concrètement, des véhicules lourds vont écraser et détruire les ogives de missiles, bombes chimiques, ainsi que les mélangeurs et les unités mobiles et fixes de remplissage. D’abord, utilisation de méthodes expéditives; ensuite, méthodes plus propres et durables qui viendront clôturer la destruction des sites. L’équipe d’inspecteurs est arrivée à Damas pour entamer le processus de vérification des détails du programme fourni par le gouvernement syrien. La première phase, qui est la divulgation par les Syriens, s’achève. Place à présent à la phase deux, la vérification, la destruction et la désactivation.
L’accord russo-américain est donc entré en application et en début de semaine, les Nations unies ont pris le relais. «Le démantèlement de l’arsenal chimique syrien devra être supervisé par une centaine d’experts de l’OIAC et de l’Onu», a déclaré ce lundi Ban Ki-Moon, qui sollicite l’aide des pays membres des Nations unies. Dans une lettre adressée aux quinze membres du Conseil de sécurité, le secrétaire général de l’Onu explique que la mission va se dérouler en trois phases: une première qui a commencé dimanche avec la destruction d’ogives de missile et de bombes; une deuxième comprenant la destruction des armes chimiques et des équipements nécessaires à leur fabrication; une troisième consistant en une vérification de l’élimination totale de l’arsenal. «La troisième phase sera la plus difficile et celle qui posera le plus de défis», poursuit-il.


Coopération satisfaisante
«Du 1er novembre 2013 au 30 juin 2014 (…) la mission conjointe devra appuyer, surveiller et vérifier la destruction d’un programme complexe d’armement chimique comprenant des sites multiples répartis dans un pays plongé dans un violent conflit et portant approximativement sur 1 000 tonnes d’armes, d’agents et de précurseurs chimiques», ajoute-t-il. «La mission conjointe (…) se développera pour atteindre un effectif d’environ 100 personnes venant à la fois de l’OIAC et des Nations unies». Ban Ki-Moon annonce qu’il va désigner un «coordinateur spécial» pour superviser l’ensemble des opérations et assurer la liaison entre l’Onu, l’OIAC et les autorités syriennes. Cette mission ne déploiera sur le terrain que le personnel nécessaire à un moment donné et elle sera basée à Chypre et à Damas.
La coopération des autorités syriennes avec les experts de l’Onu a été saluée par le secrétaire d’Etat américain, John Kerry. «Le processus a démarré en un temps record et nous en sommes reconnaissants à la Russie, pour sa coopération, mais bien entendu aussi envers la Syrie, pour son consentement», a-t-il déclaré dans une conférence de presse conjointe à l’issue d’un entretien avec son homologue russe, Sergueï Lavrov, sur l’île indonésienne de Bali.
Après avoir éloigné la possibilité d’une frappe militaire internationale, Kerry et Lavrov se penchent désormais sur le volet politique et interne du dossier syrien. «Nous nous sommes prononcés pour la convocation de la conférence internationale à la mi-novembre», a déclaré Sergueï Lavrov, cité par l’agence publique russe Ria Novosti. Nous nous sommes mis d’accord sur des mesures à prendre pour que le gouvernement et l’opposition syrienne participent à cette conférence», a-t-il poursuivi. Rappelons que l’initiative d’une nouvelle conférence internationale à Genève, rassemblant notamment des représentants du gouvernement syrien et de l’opposition, avait été lancée en mai par Lavrov et Kerry. Les modalités de la conférence Genève II sont encore à définir.
Qui sera présent? Les parrains internationaux, la Russie et les Etats-Unis, de toute évidence. L’émissaire spécial pour la Syrie à l’Onu et à la Ligue arabe, Lakhdar Brahimi, explique que l’Iran et l’Arabie saoudite, les puissances régionales qui soutiennent les deux camps qui s’opposent, pourraient bien y participer. Le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, indique, pour sa part, que la Chine, la Grande-Bretagne et la France, membres permanents du Conseil de sécurité, devront y participer.
Brahimi essaie «d’inviter tout le monde à la mi-novembre», en ajoutant surtout que le régime du président Bachar el-Assad et l’opposition, représentée par la Coalition nationale syrienne, doivent aller «à Genève sans pré-conditions». Voilà le nœud de l’affaire, quelle représentation les Syriens auront-ils à Genève? Début octobre, Moscou avait indiqué que Damas pourrait entamer dans le cadre de Genève 2 des négociations de paix avec les éléments modérés de l’opposition armée. Or, l’opposition demande le retrait du président Assad comme préalable à des négociations.


Assad, le communicateur
Depuis quelques semaines, l’opposition syrienne est tiraillée par des divisions entre ses multiples composantes. D’importants groupes rebelles islamistes en Syrie ont annoncé qu’ils rompaient leurs liens avec l’opposition politique et qu’ils allaient former une nouvelle alliance dans laquelle figure un groupe lié à al-Qaïda. «La Coalition nationale et le gouvernement d’Ahmad Tomeh ne nous représentent pas, et nous ne les reconnaissons pas non plus», ont indiqué treize des groupes rebelles islamistes les plus puissants sur le terrain.
De l’autre côté, Bachar el-Assad se projette déjà dans l’avenir. Dans une interview accordée au magazine allemand Der Spiegel, le président syrien, qui salue ses «vrais amis» russes, accuse Barack Obama de «mensonges» et les Européens de «suivisme», exclut de négocier avec les rebelles tant que ces derniers ne déposeront pas les armes.
Dans un autre entretien accordé à la chaîne de télévision turque Haik TV, Assad a admis que son gouvernement a peut-être été trop dur dans sa répression au début, mais il se dit fidèle à sa décision de «combattre le terrorisme et défendre [son] pays», accusant le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, de «fanatisme».
Le président syrien a, en outre, annoncé que des élections présidentielles auront lieu deux mois avant la fin de son mandat, qui s’achève en août prochain, et laisse planer le doute sur sa candidature. «Si j’ai le sentiment que le peuple syrien veut que je sois président dans une prochaine étape, je me porterai candidat. Si la réponse est non, je ne le ferai pas», a-t-il ajouté, précisant que sa décision serait «plus claire dans les quatre ou cinq mois», tout comme pourrait l’être à cette même date la situation du pays.

Julien Abi Ramia

Les combats se poursuivent
C’est une véritable guerre de territoires que se livrent l’armée régulière et l’insurrection armée. D’un côté, la première a repris le contrôle d’une route stratégique qui relie le cœur du pays à la ville d’Alep, dans le nord. Les rebelles avaient saisi la principale 
autoroute nord-sud à la fin de l’an dernier, dans l’espoir de couper les vivres aux troupes gouvernementales qui se trouvent dans la région. Le régime de Bachar 
el-Assad avait répondu en perçant une nouvelle route dans le désert. Les insurgés avaient réussi à s’en emparer au mois d’août, mais l’armée l’a reprise ce dimanche.
De l’autre, l’insurrection a lancé, ce lundi, une vaste attaque contre des positions tenues par l’armée dans la province d’Idlib, au 
nord-ouest du pays, largement contrôlée par la rébellion, alors que l’Etat islamique d’Irak et du Levant, lié à al-Qaïda et dirigé par l’Irakien Abou Bakr el-Bagdadi, a installé des barrages sur les principales routes menant aux frontières turque et irakienne et a ouvert plusieurs fronts pour contrer ses concurrents au sein de l’insurrection.

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