Magazine Le Mensuel

Nº 2922 du vendredi 8 novembre 2013

Affaire Déclassée

Les signes avant-coureurs de 1975. L’assassinat de Abdallah Osseiran

Au début de 1971, le Liban se remet des séquelles de la crise de 1969 avec les fedayin qui avait provoqué la démission du Premier ministre de l’époque, Rachid Karamé, et une vacance gouvernementale de sept mois. L’élection de Sleiman Frangié à la présidence de la République apporte un changement après le chehabisme qui gérait l’Etat depuis 1958.

En dépit de cette difficile période, le pays connaissait encore une ère de prospérité. Il était alors classé en tête des pays arabes sur le plan du développement et en tant que centre culturel. Pourtant, ce n’était qu’un prélude à la guerre civile qui a éclaté en 1975, remettant tout en question.
Le 21 décembre 1971, un crime odieux suscite l’indignation générale. Abdallah, fils aîné du président Adel Osseiran, lequel a alterné durant de longues années la fonction de chef du Législatif et nombre de portefeuilles ministériels, est assassiné à Saïda.
Le jeune homme de 26 ans est abattu par des inconnus au seuil du domicile paternel. Le mobile du crime n’est pas connu. La résidence des Osseiran est envahie par toutes les personnalités politiques venues exprimer leur émotion. S’agissait-il d’un crime passionnel ou politique?
Le Conseil des ministres décide de saisir la Cour de justice. L’enquête est menée en toute discrétion. Aucune information ne filtre. Quelques jours plus tard, Samih Zein est arrêté. Il est accusé du crime sur la base de plusieurs témoignages recueillis auprès des voisins. Cependant, Zein nie en être l’auteur et rejette toute implication.
L’affaire traîne. L’enquête est close peu de temps après. Le 12 juin 1974, le verdict est rendu. La Cour de justice condamne à mort Samih Zein, sans aucune possibilité de recours. Sa mère est condamnée à trois ans de prison, ainsi que Adnan Saleh accusés tous deux de recel d’informations. L’affaire est close.
La chasse aux assassins ne s’arrête pas. Plusieurs crimes sont commis durant cette période. L’affaire la plus célèbre étant celle de Michel Boustani qui terrorisait la région du Chouf depuis des années.
Le 16 décembre 1971, quelques jours avant l’affaire Osseiran, il est abattu au cours d’une fusillade avec les Forces de sécurité intérieure près de Brih. Il faisait partie de la lignée des bandits légendaires, tels Garo ou Artine el-Asmar.
Michel Boustani avait tué un notable en 1959 et, depuis, il faisait vivre la région du Chouf dans la terreur. Il pillait les maisons des paysans. A son actif, aussi, plusieurs viols et meurtres. Il agissait avec une bande de mauvais garçons. En 1968, il tire et tue un agent des FSI. Son parcours s’achève dans une embuscade, dans laquelle il trouve la mort avec son bras droit, Khalil Faddoul. La région du Chouf respire. Le dernier des grands bandits a passé l’arme à gauche.

Arlette Kassas

Les informations citées dans cet article sont tirées du Mémorial du Liban-Le mandat Sleiman Frangié, de Joseph Chami et des articles sur Internet.

Qui est Adel Osseiran?
Adel Osseiran, chef du Législatif à 
plusieurs reprises, a entamé sa vie 
politique avec le portefeuille du commerce et de l’industrie dans le premier 
gouvernement de l’indépendance en 1943 présidé par Riad el-Solh.
En 1969, il est ministre de l’Intérieur dans le gouvernement de Rachid Karamé sous le mandat de Charles Hélou, pour quelques jours seulement, avant d’occuper le 
ministère de la Justice dans le nouveau cabinet, formé le 25 novembre 1969, jusqu’au 13 octobre 1970. Il retrouve le même ministère dans le gouvernement de Rachid Solh, du 31 octobre 1974 au 23 mai 1975, sous le mandat de Sleiman Frangié. Il occupe plusieurs fonctions ministérielles aux Travaux publics, au commerce, à la Justice, à l’Education et au Plan  dans les différents gouvernements de Rachid Karamé toujours sous le mandat de Frangié et, enfin, il est ministre de la Défense sous le mandat d’Amine Gemayel. 

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