Magazine Le Mensuel

Nº 2924 du vendredi 22 novembre 2013

Affaire Déclassée

Après la guerre des deux ans. 1977, année des espoirs perdus

Après la guerre dite de deux ans (1975-1977), les Libanais aspiraient à une vie calme et sécurisée, voulant oublier le cauchemar qu’ils avaient vécu. Tous les espoirs étaient tournés vers l’avenir. Mais 1977 fut l’année des espoirs déçus. Si les canons s’étaient tus, l’espoir d’un démarrage de l’Etat se faisait attendre.
 

Il n’y avait plus d’armes dans les rues, les milices s’étaient retirées et la ligne de démarcation qui divisait la capitale en deux régions: est et ouest, était devenue invisible. Toutefois, la tension était toujours là et plusieurs incidents portaient en eux la crainte d’un retour à la violence. Certains cherchant à profiter de cet état de choses.
Le 19 septembre 1977, un crime atroce provoque l’indignation et l’émotion générale. Dans la nuit du 19 au 20 septembre, Jean César Bakhos, président de la Cour d’appel et frère du député Auguste Bakhos, est assassiné. Des feux d’incendie dans les régions d’Antélias et de Aoukar alertent les habitants qui font appel aux forces de l’ordre.

 

Le frère anéanti
Sur la route de Baabdate, les agents de la sécurité découvrent une voiture abandonnée et brûlée. A l’intérieur gît un corps calciné difficile à identifier. Il le fut cependant grâce à son alliance. Le lendemain, tout le Liban apprenait avec émoi l’assassinat du jeune magistrat de 48 ans.
L’autopsie révèle que le magistrat a été abattu de plusieurs balles avant d’être brûlé dans sa voiture pour effacer les indices, brouiller les pistes et empêcher de découvrir l’identité de la victime.
L’enquête montre que les assassins ont tué le juge et l’ont placé dans sa voiture avec l’intention de la pousser dans le ravin. N’arrivant pas à le faire, ils brûlent le véhicule en laissant le cadavre à l’intérieur.
Le frère du magistrat, le député Auguste Bakhos, refuse de porter plainte contre inconnu. L’atrocité de la mort de son frère le laissait anéanti.
Quelques jours après le meurtre, le Conseil des ministres décide de déférer l’affaire devant la Cour de justice. Le 5 octobre, tous les éléments de l’enquête sont présentés au tribunal. Mais de nouveaux facteurs apparaissent. L’avocat Sleiman Tannouri et son épouse Renata Kahwagi sont arrêtés. Le crime occupe les médias. La personnalité de la victime étant connue, surtout pour son intégrité.
L’enquête continue. Le juge d’instruction de l’époque, Salim Azar, annonce sa décision le 16 mars 1978. Il requiert la peine de dix ans de travaux forcés pour les deux suspects. Le président de la Cour, Emile Kheir, impose le huis clos à la première audience et l’affaire ne sera plus communiquée aux médias. Aucun élément de l’enquête n’est révélé à l’opinion publique qui ignore ainsi les suites de l’affaire.
1977 est une année riche en événements et bientôt l’affaire passe au second rang et cède la place aux développements survenus avec les Palestiniens dans la région du Sud et aux changements de donnes sur la scène arabe. Les tentatives de reconstruire l’Armée libanaise pour lui permettre d’étendre son autorité sur tout le territoire s’avèrent plus compliquées que prévu. Pourtant, le président Elias Sarkis, fidèle à son slogan «Priorité à la sécurité avant le pain» y met toutes ses forces.

Arlette Kassas

Les informations citées dans cet article sont tirées du Mémorial du Liban – le mandat Elias Sarkis, de Joseph Chami.

Développements arabes
Le Liban vivait au rythme des développements internes et régionaux. 1977 était marquée par un important chambardement dans le monde arabe avec la visite du président égyptien Anouar el-Sadate à Tel-Aviv. La vie politique 
au Liban connaît alors de très graves 
bouleversements. Cette visite était qualifiée par la Syrie et par l’OLP de trahison des droits arabes et de la cause palestinienne. La Ligue arabe est divisée et le Liban, maillon faible, en subit les conséquences.

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