Magazine Le Mensuel

Nº 2924 du vendredi 22 novembre 2013

Film

Raymond Gebara. Un documentaire qui retrace son parcours

La NDU et la Fondation Emile Chahine pour la culture cinématographique rendent hommage à Raymond Gebara à travers la production d’un documentaire, Gebara, écrit et réalisé par Nasri Brax. Retour sur un parcours chargé.
 

Raymond Gebara, un grand artiste qui a contribué à établir les bases du théâtre moderne libanais, qui a contribué à le propulser en dehors des limites géographiques du pays. Un acteur de la «Nahda» culturelle, intellectuelle et artistique. Comédien, auteur, metteur en scène, Gebara, homme aux multiples facettes artistiques, dont les pièces se situent entre la satire, l’humour noir, la critique, la dérision. Un regard acerbe et affûté porté sur notre société.
Pour lui rendre hommage, la NDU (Université Notre-Dame de Louaizé) et la Fondation Emile Chahine pour la culture cinématographique ont produit le documentaire Gebara, écrit et réalisé par Nasri Brax. Si le format du film ne dénote aucune originalité, tourné comme un simple documentaire linéaire, chronologique, sans aucune valeur cinématographique, plus apte à trouver sa place sur le petit écran, il a au moins le mérite, l’unique mérite, de présenter au public, qui ne les connaît pas encore, les grandes réalisations de Raymond Gebara. Depuis ses débuts dans les années 60 jusqu’à sa dernière production l’année dernière, Maqtal inna wa akhawatiha.

 

Quand les planches s’animent
Dans le Liban des années 60-70, les troupes de théâtre moderne naissent, croissent, se font concurrence, débattent idées, renouveau et avant-gardisme, contribuant ainsi à établir le Liban comme un terrain de créativité et de création. Le documentaire se résume à une succession d’images d’archives sur fond de voix off qui relate l’histoire de Raymond Gebara, étayée de rencontres-interviews avec Gebara lui-même et ceux qui ont été le témoin de son évolution, comme Rifaat Tarabay, Camille Salamé, Joseph Bou Nassar, Antoine Kerbage, Julia Kassar et May Menassa.
Tous pointent du doigt la particularité du jeu de Raymond Gebara, sa capacité à se glisser dans la peau des personnages qu’il incarnait avec tout le talent que cela exige; jouer sans jouer. Des planches au petit écran, des grands rôles des tragédies classiques aux rôles taillés sur mesure, Raymond Gebara a prouvé à maintes reprises ses dons de comédien. Puis ce furent les premières pièces; Let Desdemona die, Under the watchful eye of Zakour. Des pièces qui souvent n’ont pas été assimilées par le public comme le montre le documentaire, des pièces critiques qui se penchent également sur la question du théâtre dans le théâtre qui semble habiter toute l’œuvre dramaturgique de Raymond Gebara. En 1975, survient la guerre qui interrompt la production et la propulse à un autre niveau. Entre l’exil et la survie dans le pays, Raymond Gebara continue à écrire et à mettre en scène des pièces qu’on lui commande, à l’instar de Charbel, ou d’autres encore comme Zarathustra became a dog, Jesus’ trial, Kandalaft goes to heaven, The male bee et Dream Maker. Puis, c’est la période de frustration, quand il est nommé directeur général de Télé-Liban, un poste qui l’épuise physiquement et l’éloigne momentanément du théâtre, qu’il retrouve toutefois, quelques années plus tard, en produisant notamment Who picked the autumn flower, Picnic at the demarcation lines.
Tout au long du documentaire de deux heures environ, le nom de Raymond Gebara croise ceux de Latifé et Antoine Moultaka, Mounir Debs, Roger Assaf, Nidale Achkar, Yaacoub el-Chedraoui… Mais il ne fait que les croiser. Le documentaire n’entre pas en profondeur dans le monde du théâtre. Il se contente d’égrener les étapes de la carrière de Gebara, sans y apporter aucun regard critique, constructeur. Sans sonder le personnage lui-même, ses démons intérieurs, ses luttes personnelles… Sa carrière rejaillit éclairée seulement du projecteur de la gloire, du rayonnement d’un hommage qui ne semble pas à la hauteur du personnage. Et retentit la perpétuelle accusation, le principal reproche devenu un leitmotiv: le gouvernement qui ne s’occupe pas de ses artistes. Alors que l’intérêt réside ailleurs, peut-être. Rejouer les anciennes pièces fondatrices du théâtre libanais pour que les nouvelles générations puissent les voir, comme le propose May Menassa, ou tourner la page du passé et recommencer à zéro, comme le suggère Joseph Bou Nassar? Le dilemme reste entier entre les lamentations 
sur ce qui a été et la modernité qu’on se refuse à affronter.

Leila Rihani

Prochaines projections
Après avoir été présenté en avant-première le 17 octobre à l’Unesco, le documentaire Gebara est projeté jusqu’à fin novembre à la NDU. Il sera également projeté dans le cadre de sociétés, d’institutions et d’universités qui s’intéressent aux questions culturelles et artistiques.

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