Magazine Le Mensuel

Nº 2924 du vendredi 22 novembre 2013

Presse étrangère

Des sujets qui fâchent et qui inquiètent

La faible activité politique du pays a déplacé le traitement de l’actualité libanaise vers le marronnier de la guerre de Syrie, le sort des réfugiés.

HAARETZ
Pays: Israël.
Genre: quotidien.
Diffusion: 72000 exemplaires par jour.
3e quotidien du pays, loin derrière Maariv et Yediot Aharonot.

Amos Harel est sans doute le journaliste le mieux informé de Tel-Aviv des affaires militaires d’Israël. Cette semaine, il titre: La menace du Hezbollah diminue, mais l’apparition de nouveaux belligérants met Israël au défi.
L’armée israélienne continue de se préparer à une éventuelle guerre avec le Hezbollah – l’adversaire qui pose le problème le plus grave dans la région et qui, compte tenu de son arsenal estimé à plus de 70000 roquettes, constitue le plus grand danger pour Israël. A ce titre, une question que l’armée et les services de renseignements se posent depuis des années semble être sur le point de trouver sa réponse.
Israël s’est longtemps demandé comment les autres partenaires du parti chiite – l’Iran et la Syrie – réagiraient en cas de confrontation entre Tsahal et le Hezbollah. Ce à quoi l’on assiste n’est pas encourageant. Le resserrement de cette alliance, sous l’influence de l’aide que l’Iran et le Hezbollah fournissent au régime de Bachar el-Assad, ne fait qu’accroître la volonté du despote syrien et de ses amis. Ainsi, l’Iran, le régime syrien et le Hezbollah doivent être considérés comme des éléments constitutifs d’un front commun qui agira contre Israël, si le besoin s’en faisait sentir.
A l’avenir, cet engagement mutuel influencera la réponse de la Syrie en cas de conflit entre Israël et le Hezbollah, ou d’une attaque israélienne contre les installations nucléaires iraniennes. Les services de renseignements israéliens notent un «niveau élevé d’intimité» entre les trois partenaires de l’alliance, bien que la domination de Téhéran en son sein soit claire.

DER SPIEGEL
Pays: Allemagne.
Genre: hebdomadaire.
Diffusion: 1076000 exemplaires.
Premier hebdomadaire du pays, devant Focus.

Une enquête de l’hebdomadaire allemand révèle que «de nombreux réfugiés syriens au Liban sont tentés d’obtenir de l’argent en vendant leurs organes».
Très lucratif, le marché noir des organes trouve de plus en plus de vendeurs chez les réfugiés, au point de concurrencer les donneurs palestiniens. Le manque à gagner leur permet tout juste de passer l’hiver avec leurs familles. Quand Raïd, Syrien de 19 ans, a accepté de confier son histoire au Der Spiegel, il souffrait de douleurs atroces et maintenait le bandage encore taché de sang qui lui barrait l’estomac, sept jours après s’être fait enlever le rein gauche. Il y a sept mois, le jeune homme a fui Alep avec ses parents et ses six frères et sœurs pour s’installer à Beyrouth, où il connaît rapidement une extrême précarité. Quand la possibilité de vendre un de ses reins pour 7000 dollars (5200 euros) s’est présentée à lui, il n’a pas hésité.
Des connaissances l’ont mis en relation avec un homme du nom d’Abou Hussein, l’intermédiaire d’un groupe de trafiquants d’organes spécialisés dans les reins. Surnommé Big Man, Abou Hussein a été recruté il y a quinze mois pour trouver des «reins syriens» quand ses patrons ont compris l’aubaine que représentait l’afflux massif de réfugiés. Comme nombre d’autres groupes de trafiquants, celui de Big Man officie, en toute discrétion, dans une clinique clandestine d’un immeuble résidentiel de Beyrouth. Les 7000 dollars qu’a récoltés Raïd permettront à peine à sa famille de passer l’hiver, quand les trafiquants en ont tiré, eux, 15000 dollars. Abou Hussein touche quant à lui entre 600 et 700 dollars de commission pour chaque vente qu’il arrange.

THE GUARDIAN
Pays: Angleterre.
Genre: quotidien.
Diffusion: 200000 exemplaires par jour.

D’après l’Unicef, des centaines d’enfants syriens fuient seuls leur pays.
Abdallah, sept ans, ne sait pas depuis combien de temps il est au Liban. Assis dans une salle de jeux servant d’abri pour les enfants des rues au Liban, il se rappelle du premier jour de son arrivée au refuge. «Quand je suis arrivé, il y avait une fête avec les autres enfants. Ils m’ont donné un cadeau, des pantoufles et quelques vêtements».
Abdallah a fui Idlib en Syrie avec son oncle il y a quelques mois, après que sa famille eut été tuée dans des bombardements. Après avoir vécu dans une église pendant deux semaines, le jeune garçon et son oncle ont été arrêtés. Abdallah dit que son oncle l’a abandonné à l’abri et n’est jamais revenu. «Il y a la guerre dans mon pays. Une bombe est tombée sur ma maison et elle a explosé. Je n’avais plus de maison, alors je suis venu au Liban. Je ne sais pas où est ma famille. Peut-être qu’ils sont morts», dit-il calmement.

LE MONDE
Pays: France.
Périodicité: quotidien.
Diffusion: 325000 exemplaires.
1er site français d’information.

La correspondante du quotidien au Liban, Laure Stéphan, raconte Tripoli par le cinéma.
Si Tripoli n’a jamais retrouvé sa vitalité d’avant-guerre, la ville côtière trois fois millénaire, qui abrite un complexe conçu par Oscar Niemeyer, jouit d’une longue tradition culturelle. «Avant la guerre [1975-1990], il y avait un véritable engouement des Tripolitains pour le cinéma et le spectacle: le théâtre, le chant, les derviches tourneurs, raconte Joumana Chahal Timery, présidente de l’Association pour la sauvegarde du patrimoine de Tripoli (ASPT), qui vit entre Paris et le Liban. Dans les années 1960, il y avait vingt cinémas, les uns à côté des autres dans le centre de Tripoli, fréquentés par toutes les couches sociales. Des débats avaient lieu après les films. On se retrouvait à dîner puis à danser dans des cafés après la projection. Toute cette vie s’est arrêtée avec la guerre».
Cette tradition, le Festival international du film de Tripoli espère la ranimer. La première édition, pari fou au vu des tensions et de l’aventure souvent solitaire qu’elle a représentée pour son organisatrice, la réalisatrice Jocelyne Saab, se veut un acte de résistance culturelle. «Il y a une blessure dans cette ville, qui s’étend dans tout le pays, et de très graves disparités sociales. Les élites en portent la responsabilité. Il y a une urgence à se rassembler, à produire une nouvelle pensée, une nouvelle nahda [renaissance, courant intellectuel arabe né à la fin du XIXe siècle]. La seule chose qui puisse sauver le Liban, c’est qu’il retrouve une souveraineté culturelle», estime Jocelyne Saab.

Associated Press
Pays: Etats-Unis.
Genre: agence de presse.
Diffusion: première agence du monde.

L’agence de presse américaine s’inquiète de la multiplication des enlèvements.
La prise d’otages d’hommes d’affaires prospères a explosé au Liban, une conséquence inattendue de la guerre civile qui déchire le pays voisin, la Syrie. Selon les forces de l’ordre, les groupes armés qui faisaient autrefois de l’argent en assurant la contrebande de carburant et de cigarettes à la frontière entre le Liban et la Syrie ont vu leur commerce s’effriter en raison de la violence dans cette zone et ont, depuis, multiplié les kidnappings pour renflouer leurs caisses. Les Forces de sécurité intérieure libanaises ont dénombré 73 enlèvements entre août 2011 et septembre 2013. Cinq ans plus tôt, on ne comptait que 14 rapts du genre.

Agence France-presse FP
Pays: France.
Genre: agence de presse.
Diffusion: 200 bureaux dans 150 pays.

Rana Moussaoui raconte que «des Syriennes célèbrent la cuisine de leur pays».
Elles viennent d’Alep, d’Idlib ou de Hassaké: unies dans le malheur de l’exil au Liban, des Syriennes donnent un nouveau sens à leur vie en apprenant à promouvoir la gastronomie de leur pays déchiré par la guerre. Depuis plus de deux mois, un atelier de cuisine lancé par un restaurant libanais avec le financement du Haut-Commissariat pour les réfugiés et la coopération de la branche libanaise de Caritas, aide ces femmes à faire revivre les traditions culinaires de leurs régions dans le but de leur assurer un revenu et créer leur propre service de restauration. Dans un modeste sous-sol de Caritas à Dekouané, banlieue est de Beyrouth, Ibtissam Masto exhibe fièrement sa «kebbé du moine», des boulettes à base de boulgour assaisonnées à la mélasse de grenade, une spécialité de sa ville de Jisr el-Choughour. «L’idée de cet atelier m’a emballée, j’ai espoir de pouvoir faire rentrer de l’argent».

Julien Abi Ramia
 

Top Thèmes
Cette semaine, c’est le sort des réfugiés syriens, dont l’afflux a repris à la faveur du début de la bataille de Qalamoun, qui monopolise le traitement de l’actualité libanaise par les médias étrangers. Vient ensuite le dernier discours du secrétaire général du Hezbollah Hassan Nasrallah dans lequel il a expliqué la stratégie de son parti en Syrie. Dans les médias français, c’est le prêt d’une semaine du capitaine de l’équipe de France de handball, Jérôme Fernandez, au club libanais d’al Sadd qui participe au championnat d’Asie qui fait la une.

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