Magazine Le Mensuel

Nº 2925 du vendredi 29 novembre 2013

Affaire Déclassée

Crimes d’honneur au Liban. Une pratique du passé qui a la vie dure

En février 2013, un homme tue sa sœur enceinte de sept mois pour laver l’honneur de la famille. La victime, Baghdad Khaled el-Issa, 18 ans, blessée à coups de couteau à la tête et aux côtes, est retrouvée dans la région de Wazzani.
 

Les crimes d’honneur ont été fréquents au Liban pendant longtemps. Ils ont diminué au fil des ans. Celui qui commet un crime dit d’honneur, pouvait bénéficier, selon la loi, d’une excuse absolutoire. L’article 562 du Code pénal stipulait, en effet: «Pourra bénéficier d’une excuse absolutoire, celui qui, ayant surpris son conjoint, son ascendant, son descendant ou sa sœur en flagrant délit d’adultère ou de rapports sexuels illégitimes avec un tiers, se sera rendu coupable, sur la personne de l’un ou de l’autre d’homicide ou de lésion non prémédités». Cet article est jugé comme un dépassement du pouvoir judiciaire, car il donnait à des individus le droit de se faire justice eux-mêmes, tout en obligeant la justice à les exonérer de la peine, totalement ou partiellement.
En février 1999, l’article est amendé et l’auteur d’un crime d’honneur bénéficie alors d’une circonstance atténuante et non absolutoire. Mais les peines sont réduites à trois ans, durée minimale de détention pour un crime. Il faut attendre 2011 pour que cet article soit supprimé.  

 

5 000 cas annuellement
Les crimes d’honneur sont une pratique ancienne consacrée par la culture plutôt que par la religion. Le plus souvent, les femmes victimes d’un crime d’honneur sont accusées d’avoir eu des relations sexuelles en dehors du mariage, ou d’avoir été violées par un étranger. Le crime d’honneur n’est pas commis sous le coup de la colère, il s’agit souvent d’une décision familiale.
Ces crimes diffèrent des crimes passionnels. Le concept de l’honneur de la femme comprend traditionnellement la virginité, alors que l’honneur masculin est considéré comme la capacité de défendre celui de la femme.
En 1965, Kassem Abou Zaki tue sa sœur pour inconduite. Il est condamné à cinq ans de prison.
Le 9 février 1967, une jeune fille est égorgée par son frère pendant qu’elle attendait un taxi sur la route de l’aéroport. Pour empêcher que son corps soit identifié, le frère avait tranché la tête et l’a emportée dans un sac.
Le 16 septembre 1970, un homme tue ses deux sœurs, âgées de 40 et 41 ans, parce que l’une d’entre elles couvrait les rencontres de l’autre avec un homme.
Entre 1980 et 1994, onze crimes d’honneur sont commis au Liban. Entre 1995 et 1998, selon l’ouvrage de Moughaizel et Abdel-Sater, il y a eu trente-six jugements sur des crimes d’honneur, dont vingt-sept commis par des Libanais et neuf par des ressortissants syriens. De ce nombre, vingt-deux ont été commis par les frères, sept par les époux, six par les pères et un par un fils envers sa mère et sa sœur. Toutes les victimes étaient des femmes. Ceux qui ont commis les crimes ont bénéficié de circonstances atténuantes. Après quelques mois de prison, ils ont été relâchés. Entre 1998 et 2009, il y a eu neuf crimes d’honneur.
En octobre 2007, le grand uléma aujourd’hui disparu, Mohammad Hussein Fadlallah, déclare que les crimes d’honneur étaient «illicites du point de vue de la loi religieuse et ne devaient pas faire l’objet de circonstances atténuantes, mais être punis avec toute la sévérité de la justice».
En août 2011, et sur proposition du député Sami Gemayel, la Chambre des députés approuve la suppression de l’article 562 du Code pénal.
Plus de 5 000 cas de crimes d’honneur sont répertoriés chaque année dans le monde. Ils sont perpétrés dans un grand nombre de pays dont l’Afghanistan, le Bangladesh, le Brésil, l’Egypte, l’Inde, l’Iran, Israël, les Territoires palestiniens autonomes, la Jordanie, le Nigeria, le Pakistan, le Pérou, les Etats-Unis d’Amérique, la Turquie, le Royaume-Uni, l’Italie, la Norvège, la Suède, et l’Allemagne.

Arlette Kassas

Les conventions internationales
Le Liban a adhéré à la Déclaration universelle des droits de l’homme et aux pactes 
internationaux concernant les droits 
politiques, économiques et sociaux. Il a 
également ratifié en 1996, la Convention pour l’élimination de toutes les formes de 
discrimination à l’encontre des femmes.

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