Magazine Le Mensuel

Nº 2940 du vendredi 14 mars 2014

Confidences Moyen-Orient

Confidences Moyen-Orient

Le dernier mot revient au roi
Depuis son élection à la tête du gouvernement marocain, Abdel-Ilah Benkirane n’a jamais réussi à maintenir de bons rapports avec le roi Mohammad VI. Plusieurs couacs ont affaibli la position du leader islamiste et de son parti, qui se maintient au pouvoir grâce à une faible majorité. Face aux attaques continues de l’opposition et aux divisions au sein même du gouvernement, Benkirane a choisi de mettre les points sur les i, en assurant qu’il ne voulait nullement entrer en conflit avec la monarchie. Il a affirmé: «On m’accuse de délaisser certaines de mes prérogatives au profit du roi. Et alors? Celui qui a un problème avec les nominations faites par le roi n’a qu’à s’y opposer publiquement».      

 

Velléités de coup d’Etat à Bagdad
Le Premier ministre irakien, Nouri el-Maliki, n’a jamais caché son mépris des règles démocratiques et de la Constitution du pays. Mais il menace de franchir un cap en déclarant qu’il pourrait adopter un nouveau budget sans l’aval du Parlement. Du jamais vu dans un système prétendument parlementaire. Les propos du Premier ministre sont considérés par Oussama el-Noujeifi, président du Parlement, équivalents à un coup d’Etat. Dans ce combat, même le leader chiite Ammar el-Hakim prend ses distances avec son allié Maliki, estimant qu’un tel scénario est absurde et inconcevable.    

Moaz el-Khatib ancien président du Conseil national syrien, joue désormais un rôle de médiateur et tente de rapprocher les différents antagonistes loin des médias. Il aurait ainsi rencontré à Berlin, en toute discrétion, une délégation iranienne pour débloquer les négociations de Genève qui n’avaient abouti à rien. Seul problème, son approche ne plaît pas aux faucons de l’opposition qui le traitent d’agent double et l’accusent de faire le jeu du régime. Khatib avait quitté son poste à la suite du clash entre l’Arabie saoudite et le Qatar, préférant se mettre à l’écart plutôt que d’être pris pour un pion  par l’un des deux pays. Depuis, il refuse d’accorder des entrevues aux médias évitant de jeter de l’huile sur le feu. Il travaille dans l’ombre pour trouver un terrain d’entente.    

 

Abdel-Aziz Bouteflika a fini par céder aux pressions de son entourage en acceptant de se présenter pour un quatrième mandat consécutif, malgré sa promesse faite l’année dernière de laisser sa place à la nouvelle génération. Des promesses qui n’ont pas été tenues, puisque le président malade a personnellement présenté sa candidature auprès du Conseil constitutionnel. Une sortie qui n’a duré que quelques minutes, l’état de santé du président algérien se dégradant de jour en jour. D’où la fureur des Algériens devant cette annonce.      

Les Sawiris de retour
Les frères Naguib et Samih Sawiris, qui avaient joué un rôle prépondérant au cours des dix dernières années du règne de l’ancien président égyptien Hosni Moubarak, ont réussi à remonter la pente et sont à nouveau des acteurs principaux dans la vie économique du pays. Ils avaient pourtant été pourchassés et humiliés durant le passage des Frères musulmans au pouvoir. Mais les changements qui ont eu lieu au plus haut sommet de l’Etat ont joué en leur faveur et le soutien que les deux milliardaires coptes ont apporté à la candidature du maréchal Abdel- Fattah el-Sissi expliquerait la décision du tribunal du Caire, qui vient de les blanchir des accusations d’évasion fiscale portées contre eux. Entre-temps, les deux hommes ont mis en place, en toute discrétion, un comité de soutien financier, politique et logistique pour la campagne présidentielle du ministre de la Défense.


En pointillé…
Les relations entre l’homme d’affaires syrien, Rami Makhlouf, et son cousin, le général Maher el-Assad, n’ont jamais été au beau fixe. Mais depuis l’éclatement de la révolte populaire, les deux hommes avaient préféré mettre leur désaccord de côté pour montrer un front uni face aux opposants du régime. Tout cela est du passé, le frère du président, chef de la puissante quatrième division de la garde républicaine, a ordonné à ses hommes de confisquer onze containers, qui avaient traversé la frontière libanaise vers la Syrie sans payer les droits de douane, estimés à plusieurs millions de livres syriennes. Surpris, les conducteurs avaient pourtant expliqué que la marchandise appartenait à Ihab, frère cadet du tout-puissant Makhlouf, sans que cela ne fasse fléchir les hommes d’Assad.


Abbas pourrait nommer un vice-président
Les proches du président palestinien, Mahmoud Abbas, ne cachent plus le désir de ce dernier de nommer un vice-président, tant qu’il ne lui est pas possible d’organiser des élections présidentielles. C’est ce qui explique la décision du bureau politique du mouvement Fateh de former un comité chargé d’étudier ce dossier et de présenter au président ses recommandations. Une idée qui avait déjà circulé à l’époque de Yasser Arafat et qui n’avait jamais vu le jour. Mais du fait de l’âge avancé d’Abou Mazen et la peur de voir l’Autorité palestinienne sans chef, cette proposition est revenue sur le tapis, soutenue notamment par Washington. Les Américains craignent un scénario dans lequel le Hamas deviendrait l’unique représentant du peuple palestinien. Seul problème: trouver le candidat idéal, ce qui ne sera pas chose facile vu les dissensions à Ramallah.

Président à vie en Mauritanie
Le président mauritanien, Mohamed Ould Abdel-Aziz, a choisi de succéder à lui-même dans les élections présidentielles prévues en juin. Au pouvoir depuis 2009, il a usé de tous les moyens pour affaiblir l’opposition qui n’a aucune chance de prendre le pouvoir à travers les urnes. Agé de 58 ans, cet ancien militaire avait renversé par la force, en 2008, Sidi Ould Cheikh Abdallahi, premier président démocratiquement élu du pays. Alors que l’opposition crie au scandale et refuse de participer à ce qu’elle qualifie de mascarade, la communauté internationale reste silencieuse, le régime actuel étant un allié de taille dans la guerre menée contre Aqmi. Ceci explique le fait que le président soit reçu en grande pompe dans les capitales européennes et que Washington ne trouve pas nécessaire de lui rappeler les principes des droits de l’homme, comme il le fait dans les autres pays du Maghreb. Résultat, Ould Abdel-Aziz n’a rien à craindre cet été.              

Bachir sort triomphant
Le bras de fer qui oppose le président soudanais, Omar Hassan el-Bachir, et l’opposition, semble avoir tourné au profit du premier, qui a réussi à semer la zizanie dans les rangs de ses détracteurs. Pendant que des médiateurs du régime tentaient de convaincre Al-Sadik el-Mahdi d’intégrer un nouveau gouvernement, d’autres parvenaient à assouplir la position de Hassan Tourabi, qui a finalement accepté d’engager un dialogue direct avec le gouvernement. Un choix qui a porté un coup fatal aux opposants, lesquels assuraient qu’ils ne négocieraient pas séparément avec le régime. Mais Bachir a su convaincre son ancien mentor en lui promettant de partager le pouvoir avec lui. Des promesses qui ne verront sans doute pas le jour, puisque le président n’est pas connu pour respecter sa parole.       

L’Egypte et l’Ethiopie à couteaux tirés
Les tensions ne font que grandir entre Le Caire et Addis-Abeba au sujet du barrage d’al-Nahda que l’Ethiopie compte construire sur les bords du Nil. Ainsi, l’armée éthiopienne a fait savoir qu’elle était prête à tous les sacrifices nécessaires pour protéger ce projet qu’elle a qualifié de vital. C’est la première fois que les militaires éthiopiens prennent la parole en public pour soutenir le gouvernement du Premier ministre Haile Mariam Desalegn, au pouvoir depuis 2012 et qui tente à tout prix d’imposer son autorité et de faire oublier son prédécesseur décédé, le tout-puissant Meles Zenawi. Des menaces qui n’ont pas fléchi l’Egypte, qui a fait savoir sa disposition à aller en guerre pour empêcher un projet qui, selon elle, constituerait une grave atteinte à sa souveraineté nationale. Une escalade très inquiétante qui n’a pourtant pas poussé l’Union africaine à s’interposer.    

1 milliard de dollars est le montant versé par les autorités libyennes au gouvernement du Niger pour obtenir l’extradition du fils du colonel Mouammar Kadhafi, el-Saadi. C’est chose faite, puisque l’ancien joueur de football, nommé conseiller personnel du président du Niger, se trouve désormais derrière les barreaux en attendant son procès dont le verdict est connu d’avance. Un accord négocié pendant de longs mois entre des représentants du gouvernement libyen et des proches du président Mahamadou Issoufou, connu pour son goût du luxe, qui n’a pas longtemps résisté à cette offre alléchante. Pour sa part, el-Saadi devra répondre d’accusations portant sur son implication dans le massacre du stade sportif de Tripoli, en 2006, un incident qui avait provoqué la mort de plus de soixante-dix spectateurs après la défaite de son équipe préférée. Cette défaite l’avait mis dans une rage absolue, le poussant à ordonner à ses gardes du corps de tirer à balles réelles sur les supporters de l’équipe adverse.     

9 milliards de dollars sont les pertes du Yémen durant les neuf dernières années pour des contrats douteux signés par le régime de l’ancien président Ali Abdallah Saleh avec plusieurs compagnies gazières. Pour la première fois, de hauts responsables yéménites ont reconnu que des accords signés avec Total, entre autres, ne respectaient pas les normes internationales. Des sources à Sanaa affirment que plusieurs milliards de dollars auraient été attribués au frère et au fils de l’ancien président, afin d’assouplir la position du ministère du Pétrole. Si les nouvelles autorités insistent pour que soient signés de nouveaux contrats, le Pays du Qat continue à perdre énormément d’argent car les combats qui opposent les rebelles houthistes aux mouvements salafistes ont saboté les pipelines de gaz, coûtant plus de 4 milliards de dollars pour la seule année 2014.    

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