Magazine Le Mensuel

Nº 2950 du vendredi 23 mai 2014

Confidences Moyen-Orient

Confidences Moyen-Orient

Quand Hamad se confiait à Kadhafi
Les relations entre Doha et Riyad restent tendues malgré les tentatives de convaincre les dirigeants des deux pays d’enterrer la hache de guerre. Il est peu probable de voir la situation se débloquer de sitôt, puisque des cyber-activistes saoudiens ont révélé des enregistrements téléphoniques de 2008 dans lesquels on peut entendre clairement l’ancien maître du Qatar, Hamad Ben Khalifa Al Thani, insulter la famille royale saoudienne. Ironie de l’histoire, Hamad se confiait alors à son meilleur ennemi, le colonel libyen Mouammar Kadhafi, qu’il a combattu trois ans plus tard et a mené à sa perte. Dans cet appel, l’ancien émir ne mâche pas ses mots contre l’Egypte et la Jordanie, qu’il accuse de manquer de dignité. Selon lui, il en allait de même pour les Emirats arabes unis et le Soudan, jugés trop dociles à Riyad.   

 

Washington a le dernier mot… au Koweït
L’Administration américaine a eu, une nouvelle fois, gain de cause en imposant à l’émir du Koweït, cheikh Sabah el-Ahmad as-Sabah, la démission de son ministre des Affaires islamiques, Nayef el-Ajmi. Les Américains accusaient le ministre d’être l’un des principaux financiers des mouvements terroristes proches des groupes jihadistes. Vu la grande influence américaine à Koweït City depuis la libération du pays par les G.I. des troupes de Saddam Hussein, l’émir a dû laisser tomber son protégé, sorti par la petite porte. Ce développement intervient à une période critique pour le gouvernement qui fait face à une grogne parlementaire pouvant provoquer des élections anticipées.

Abdel-Aziz Bouteflika n’a rien perdu de son machiavélisme politique. Les partis qui ont soutenu le président algérien dans sa dernière campagne électorale doivent regretter leur choix. Alors qu’ils étaient convaincus qu’un des leurs sera nommé vice-président, Bouteflika a choisi de poursuivre son one man show, car la nouvelle Constitution qu’il vient de présenter au Parlement ne prévoit pas la création du poste de vice-président, comme cela avait été promis. Le président malade, qui n’est pas sûr de terminer son nouveau mandat, sa santé se détériorant de jour en jour, a aussi limité à deux le nombre de mandats successifs du chef de l’Etat. Stupeur même au sein du Front de libération nationale (FLN), dont les dirigeants ne comprennent pas pourquoi le raïs a décidé de ne pas tenir parole, tout en accusant ses proches, notamment Ahmad Ouyahia, d’en être responsables.

Sadek el-Mehdi sous les verrous
Leader historique de l’opposition soudanaise et dernier Premier ministre démocratiquement élu à Khartoum, Sadek el-Mehdi a été placé en détention après avoir été entendu par la Cour de sécurité de l’Etat. Il a osé critiquer les crimes commis par le régime de Omar el-Bachir au Darfour. Il s’est présenté devant les juges et a réitéré sa position à ce sujet, assurant que le peuple soudanais avait le droit de connaître toute la vérité. Un exercice qui a renforcé sa popularité. Plusieurs centaines de ses partisans l’ont accueilli en grande pompe dès son arrivée au tribunal et l’ont acclamé en le portant en héros. Triste spectacle pour le régime de Bachir, qui espérait faire fléchir son ennemi numéro un. En réponse à cette arrestation, le parti d’opposition al-Oumma, dirigé par Mehdi, a annoncé la suspension de sa participation au dialogue national.

 

Salva Kiir Mayardit président du Soudan du Sud, a profité de la signature de l’accord de cessez-le-feu avec Riek Machar pour prolonger son mandat présidentiel de trois ans. Il justifie ce choix par les troubles internes. Ceci signifie que la plus jeune démocratie d’Afrique n’en est en réalité plus une. Kiir suit ainsi l’exemple de son voisin du Nord, alors qu’il se présentait en alternative à la dictature à Khartoum. La communauté internationale est restée silencieuse face à cette usurpation du pouvoir pour sauver la population de la famine. 

En pointillé…
Le Premier ministre marocain, Abdel-Ilah Benkirane, ne supporte plus les critiques que lui adressent les membres de l’opposition. Par conséquent, il accuse les leaders politiques et les journaux qui lui sont hostiles de faire partie d’un complot dans le but de détruire le pays. Ces propos sont ceux du chef du Parti pour la Justice et le Développement, au moment où sa cote de popularité est en chute libre. Benkirane, qui occupe son poste depuis deux ans et demi et qui avait été chaleureusement accueilli au début de son mandat, semble avoir abusé de sa lune de miel avec les Marocains, qui ont perdu patience et souhaitent un changement, car la situation économique du pays se détériore de jour en jour sans que le gouvernement ne réagisse.

La Tunisie joue les médiateurs
La réunion à Rabat des Etats membres de l’Union maghrébine a étalé au grand jour l’étendue du différend qui existe entre le Maroc et l’Algérie. Le ministre algérien des Affaires étrangères, Ramtane Lamamra, avait décidé de snober la réunion, en déléguant un de ses adjoints à sa place. Une décision qui a provoqué la colère des responsables marocains qui ont considéré que si l’Union cessait d’exister, la responsabilité en incomberait au voisin algérien. D’où les efforts déployés par le ministre tunisien des Affaires étrangères, Al-Mongi el-Hamdi, qui a demandé aux deux partis de calmer le jeu et proposé de tenir une nouvelle réunion à Tunis en octobre prochain pour réanimer l’union.     

Riyad met les points sur les i
Le gouvernement saoudien a tranché en décidant de couper définitivement les ponts avec Khartoum, après plusieurs mois de tractations qui, d’après Riyad, n’ont abouti à rien. Ainsi, les banques saoudiennes ont annoncé qu’elles ne traiteraient plus avec les entreprises soudanaises, qu’elles soient privées ou publiques. Selon les Saoudiens, Khartoum n’a pas tenu parole en maintenant des liens étroits avec Téhéran et en continuant à héberger plusieurs leaders des Frères musulmans égyptiens. Les Soudanais ont tenté, de leur côté, de calmer le jeu en annonçant qu’ils allaient permettre aux Saoudiens d’entrer au pays sans visa, alors que le porte-parole de l’armée a nié toute collaboration militaire avec l’Iran. Des propos qui n’ont pas convaincu Riyad, qui a obtenu des informations sur le terrain assurant que des experts militaires iraniens étaient présents dans la province du Nil du Sud pour assister l’armée dans son combat contre les rebelles. Une collaboration militaire qui aurait débuté depuis plus de dix ans et aurait permis à l’armée soudanaise de moderniser ses moyens.    

Irak: les Kurdes perdraient la présidence
A la suite de l’invasion américaine en 2003 et de la chute du régime du président Saddam Hussein, un accord avait été conclu entre les différentes communautés irakiennes pour que la présidence de la République revienne à la communauté kurde, le poste de Premier ministre à la communauté chiite et celui de chef du Parlement aux sunnites. Tout cela pourrait changer, les divisions à l’intérieur même de la communauté kurde ayant donné des idées à Oussama el-Noujeifi, actuel chef du Parlement, qui souhaite être élu à la tête de l’Etat. En échange, son poste irait à un Kurde, un scénario qui agace à Erbil car les Kurdes sont attachés à la présidence. Des observateurs ont noté qu’au cas où les partis de Barzani et de Talabani n’arrivaient pas à s’entendre sur un candidat, il est peu probable de voir le poste attribué à l’un des leurs.

Erdogan ne perd pas espoir
Malgré la réaction violente de l’Etat arménien aux condoléances présentées par le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, à l’occasion de la 99e commémoration du génocide, le leader islamiste tenterait toujours d’atténuer les tensions avec Erevan. Il vient de demander à son ministre des Affaires étrangères de présenter un projet permettant à des milliers d’Arméniens d’acquérir la nationalité turque. Selon le projet d’Erdogan, les descendants des réfugiés arméniens, qui avaient fui le massacre en 1915, devraient rejoindre la Turquie pour y vivre s’ils désiraient obtenir la nationalité turque. Ces propositions n’ont pas provoqué de l’enthousiasme en Arménie, Ankara faisant de son mieux pour saboter les préparatifs des communautés arméniennes à travers le monde avec l’approche du centenaire du génocide.  

90 millions d’euros est le montant de la sanction imposée par la Cour européenne des droits de l’homme au gouvernement turc, pour des crimes commis par ses troupes après l’invasion de la République de Chypre, en 1974. Une décision prise vingt ans après la plainte présentée par Nicosie, accusant les soldats turcs d’avoir froidement assassiné plus d’un millier de ses citoyens. Pour la cour européenne basée à Strasbourg, Ankara doit impérativement dédommager les familles des victimes et des disparus. C’était sans compter avec l’intransigeance de l’actuel gouvernement islamiste qui a tourné le dos à l’Europe depuis plusieurs années. Ainsi, le ministre des Affaires étrangères, Ahmet Davutoglu, a ironisé sur ce jugement, notant que son pays ne l’appliquerait pas, ajoutant: «Ils viennent de donner un coup fatal au processus de paix dans l’île». Drôle d’analyse, puisque depuis quarante ans, tous les gouvernements turcs ont refusé la médiation onusienne et continué à soutenir le gouvernement fantôme qu’ils ont installé dans la partie nord de l’île occupée.

8 années catastrophiques sur le plan économique, c’est ce qu’a connu l’Iran sous le règne de Mahmoud Ahmadinejad, déclare l’ancien président Hachémi Rafsandjani. L’ancien chef de l’Etat et actuel président du Conseil de discernement des intérêts du régime a interrogé le camp des conservateurs sur son silence tout au long de ces années sombres, avant d’ajouter que le gouvernement de Hassan Rohani subissait les conséquences des politiques désastreuses soutenues par l’ancien régime. Une position relayée par le cheikh Rohani qui a accusé ses détracteurs d’avoir pillé le pays sous prétexte de mener une résistance contre les ennemis de la République. Cette contre-attaque, orchestrée par les deux hommes forts du clan réformateur, survient au lendemain de l’escalade menée par les faucons, proches des Gardiens de la révolution et des Bassidjs, qui adressent pour la première fois en public des menaces au président. Le Guide suprême, Ali Khamenei, quant à lui, préfère se tenir à l’écart de ces querelles internes, tout en haussant le ton contre les grandes puissances.
 

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