Magazine Le Mensuel

Nº 2943 du vendredi 4 avril 2014

Economie & Finances

Escwa. Des recommandations pour une bonne gestion de l’eau

Il ne s’agit plus de pronostics malveillants ou de chiffres prévisionnels hasardeux, le Liban a un problème de raréfaction de ses ressources d’eau. L’eau est essentielle à la vie, et c’est le dénominateur commun de tous les enjeux du développement durable. Nous avons besoin d’eau pour produire de la nourriture et de l’énergie. L’eau est nécessaire pour produire de l’énergie sous presque toutes ses formes et il faut de l’énergie à toutes les étapes d’extraction, de traitement et de distribution de l’eau. Economiser de l’énergie, c’est économiser de l’eau. Dans son dernier rapport sur la question, l’Escwa est claire au niveau de ses recommandations. La durabilité de ces ressources serait impossible à gérer si les interactions et les interconnexions complexes entre l’eau, la nourriture et l’énergie ne sont pas prises en considération et traitées d’une manière simultanée. Chaque mode de production d’énergie a des conséquences sur la quantité et la qualité de l’eau disponible. Les choix faits dans un secteur se répercutent sur l’autre, pour le meilleur et pour le pire. Or, dans le Pays du Cèdre, non seulement il n’existe pas de politique nationale des ressources d’eau, mais les différents ministères concernés par la question de l’eau et de la production d’énergie ne coordonnent pas entre eux et ils ne sont même pas d’accord sur les chiffres et les indicateurs des secteurs. A cet élément de mauvaise coordination et de gestion est venu s’ajouter le facteur du changement climatique, apportant son lot de malheurs. Le changement climatique est sous-tendu par une hausse des températures et une faible pluviométrie jamais enregistrée auparavant dans le pays. Certains experts s’inscrivent en faux contre les prétentions de politiques qui affirment, à qui veut l’entendre, que le Liban bénéficierait en 2020 d’un excédent d’eau de près de 500 millions de mètres cubes et que ce volume excédentaire progresserait en 2030 pour atteindre un milliard de mètres cubes. En fait, l’Escwa a indiqué que la moyenne d’eau disponible est d’environ 1 000 mètres cubes par Libanais et par an. Ce qui signifie, selon les standards internationaux, que le pays est désormais considéré comme étant sous le seuil de pauvreté en eau. Ce calcul, qui n’a pas pris en compte le nombre de réfugiés syriens ni celui des touristes, mènerait à conclure que les besoins du Liban sont de l’ordre de 4 milliards de mètres cubes à un rythme annuel, en comptant une population de 4 millions de personnes.
Dans les faits, la moyenne de la pluviométrie au Liban est près de 8 milliards de mètres cubes. Il y en aurait environ 50% de ce volume qui seraient gaspillés en raison du phénomène d’évaporation. Aussi faut-il prendre en considération la quantité d’eau qui s’infiltre dans les aquifères et nappes naturelles de fossiles. Le Liban a enregistré une chute d’eau de pluie de l’ordre de 400 millimètres à Beyrouth jusqu’à la mi-mars de l’année, alors que cette quantité était de 225 millimètres sur la même période en 2013. Dans ce sillage, il faut souligner que la moyenne des précipitations au cours des trente dernières années au Pays du Cèdre a tourné autour de 685 millimètres sur la période couverte. La demande d'eau de la population libanaise devrait croître à un rythme accéléré, soit selon une moyenne annuelle de 2,5%, accentuée par une progression des besoins en eau pour un usage domestique et les flux de réfugiés syriens au cours des trois dernières années.
En dépit de son positionnement en amont d’une zone de sécheresse, le Liban occupe une place hydrique privilégiée au Moyen-Orient. En comparaison avec les autres pays de la région, le Liban a collecté un volume d’eau de pluie de 661 mm par an en 2011, alors que celui-ci a représenté 252 mm en Syrie, 111 mm en Jordanie, 216 mm en Irak et 51 mm en Egypte. Mi-figue, mi-raisin, un analyste à BlomInvest a considéré que le pétrole n’est plus le produit le plus cher au monde, l’eau lui a ravi le titre. Il cite par ailleurs de nombreuses analyses récentes rendues publiques qui soulignent que le prix d’une bouteille d’eau ne saurait tarder à rattraper celui d’une bouteille de pétrole.


Gaz et pétrole
Une bonne gestion des revenus est impérative

Le dossier des réserves pétrolifères et gazières est tout aussi important que le volet de la gestion des revenus de cette source de richesse. C’est que celle-ci est épuisable et que, par conséquent, une bonne gouvernance des recettes est impérative pour l’équilibre des finances publiques et le volume des investissements publics dans la perspective de l’instauration d’un développement durable au Liban. Les exemples types considérés comme des expériences réussies, et repris par de nombreux experts, sont ceux du fonds souverain du Koweït et celui de la Norvège. Ce pays est devenu pour l’Europe ce que l’Arabie saoudite est pour le monde arabe. «Il faut que nos responsables soient conscients du fait que cette manne ne devrait pas se transformer en ce que la communauté économique internationale a appelé la malédiction des producteurs de pétrole», souligne Sami Atallah, directeur exécutif du Centre libanais pour les études politiques (LCPS). Le chercheur précise: «L’important est que le pouvoir prenne une décision vitale qui concerne les postes de dépense des revenus de l’exploitation du pétrole et du gaz».
Malheureusement, poursuit l’expert, l’article 3 de la loi sur les ressources pétrolières offshore, datée de 2010, stipule que les revenus nets seront placés dans un fonds souverain, mais cette législation omet de définir le mécanisme de gestion de ce fonds. La loi se contente de mentionner que le fonds sera soumis aux dispositions «d’une loi spéciale», qui sera adoptée ultérieurement. Le directeur exécutif du LCPS rappelle les expériences non concluantes du Liban en termes de gestion de fonds, faisant référence à la Caisse des déplacés. Il recommande vivement que la loi impose une stratégie claire et bien définie de l’investissement des actifs, mettant ainsi un garde-fou aux placements à haut risque dans les outils financiers tels les eurobonds et les obligations, ainsi que les placements sur les marchés local et international de l’immobilier.  

Consommation
Inflation à 0,9%

Le changement des prix des produits à la consommation a conduit l’administration centrale des statistiques (ACS) à revoir les taux de pondération des composantes de l’indice de cherté de vie et à prendre pour référence le mois de décembre 2013. Depuis le début de l’année, l’ACS effectue une enquête auprès des ménages chaque mois. La pondération du sous-indice «des aliments et boissons non alcoolisées» est passée de 19,9 à 20,6 et celui du transport de 6,8 à 7,8. De même, la pondération de la composante «résidence, eau, électricité, gaz et fuel» a progressé de 25,7 à 28,5 tout comme celle de «la santé» qui a passé de 6,8 à 7,8. En revanche, le sous-indice «boissons alcoolisées, tabac» a reculé de 2,1 à 1,6. Ainsi, selon le nouveau calcul de la pondération des composantes, l’indice des prix à la consommation au cours des deux premiers mois de 2014 s’est légèrement accru s’élevant à 0,6%. Sur une base annuelle, le taux d’inflation a enregistré 0,9% en février 2014. L’indice de cherté de vie a été tiré vers le haut de fin décembre 2013 à fin février 2014 notamment en raison de la progression des coûts de l’énergie qui ont enregistré une hausse de 2,9%.

Liliane Mokbel

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