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Nº 2943 du vendredi 4 avril 2014

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Fête de l’Annonciation. Chrétiens et musulmans témoignent

«Ensemble autour de Marie, Notre-Dame». Tel est le thème de la 8e rencontre islamo-chrétienne autour de la Vierge, organisée par l’Amicale des anciens élèves du  collège Notre-Dame de Jamhour et par la Rencontre islamo-chrétienne autour de la Vierge Marie. Invité d’honneur de l’événement: le père Miguel Angel Ayuso Guixot, secrétaire du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, délégué par le Saint-Siège.

Le ton est donné lorsqu’au début de la cérémonie, sonnent les cloches et que le muezzin appelle à la prière, tandis que l’assemblée récite en chœur le Notre-Père et la Fatiha avec ferveur et piété. Première allocution, celle de Nagy Khoury, secrétaire général de l’Amicale des anciens de Jamhour, de la Rencontre islamo-chrétienne et président de la Fédération libanaise des anciens élèves des écoles catholiques. Il exhorte les Libanais à donner l’exemple de la modération et de la vie en commun. «Cette célébration, dit-il, est une sorte de renouvellement de notre contrat social avec la bénédiction de Marie. Notre région est témoin, depuis un peu plus de trois ans, de révolutions, de bouleversements, de mutations, de troubles et de guerres multiples. La voilà qui connaît, aujourd’hui, une redistribution des cartes. Période de tous les dangers, ce sont des périodes sur lesquelles planent l’intolérance, le terrorisme, la haine, la peur, le vol, l’errance, la division, la méfiance, le repli sur soi et le refus de la différence de l’autre… Nous affrontons ces vents contraires avec la force de notre amour, celle de de notre volonté de vivre et de notre solidarité». Nagy Khoury a lancé un appel aux instances internationales leur demandant de déclarer officiellement le 25 mars «journée mondiale pour la solidarité et le dialogue interreligieux». Ainsi, dit-il, «le Liban aura alors mis en pratique sa vocation de pays message».
Le père Bruno Sion, recteur du collège, annonce le thème de l’année à Jamhour: Heureux les artisans de paix.
«Notre rencontre, poursuit-il, est bien celle d’artisans de paix, qui cherchent à enraciner l’unité entre les communautés de notre nation libanaise dans un commun hommage à Marie».
A cette occasion, Sa Sainteté le pape François a adressé un message dans lequel il encourage chrétiens et musulmans à travailler ensemble à la paix et au bien commun, «contribuant ainsi au développement intégral des personnes et à l’édification de la société».
Le cheikh Mohammad Nokari, juge chérié et secrétaire général de la rencontre, a mis l’accent sur le fait que musulmans et chrétiens se soient réunis sous l’aile de la Vierge Marie et espéré que d’autres pays célèbrent bientôt cette fête sur les «traces du Liban». Il a passé en revue plusieurs exemples historiques de cohabitations et collaborations entre chrétiens et musulmans, plaçant tous les croyants du Liban sous l’aile protectrice de la Vierge.
Laurent Grégoire, président de COFAEC (Confédération française des associations amicales d’anciens et anciennes élèves et amis de l’enseignement catholique), insiste, de son côté, sur l’ouverture des écoles catholiques aux autres religions et sur l’importance de la réconciliation de ces dernières dans l’instauration de la paix. «Dans tous les pays du monde, dit-il, les écoles catholiques sont ouvertes à des élèves de toutes religions et on y apprend des valeurs communes qui sont la dignité de la personne humaine, le respect de l’autre, la fraternité et l’engagement pour  le service et la recherche de la paix… Le dialogue interculturel et, tout particulièrement interreligieux, est naturellement un outil privilégié pour mettre en œuvre ces valeurs… au Liban et pour l’humanité tout entière, la paix passe notamment par une réconciliation des religieux», conclut-il.
Le père Miguel Angel Ayuso Guixot, secrétaire du Conseil pontifical pour le dialogue interreligieux, représentant le Saint-Siège, a salué l’initiative libanaise d’instaurer cette fête commune, «véritable exemple de la longue cohabitation entre musulmans et chrétiens qui marque depuis toujours l’exemple du Liban, au milieu de tant de difficultés, et qui constitue aussi un témoignage pour tant d’autres peuples».
Najwa Nasreddine, présidente du Forum mondial pour les religions et l’humanité, affirme que «la fête de l’Annonciation, du fait de la coexistence, devient aujourd’hui une journée nationale à visée mondiale et à but humanitaire». «Comprendrait-on enfin le sens de notre existence, celui d’accepter autrui tel qu’il  est?», demande-t-elle.
Autre intervention, celle de Jacques Kallassi, directeur général de Télé Lumière. Il lance en octobre prochain la chaîne Nour Mariam, consacrée à la femme. «La Chaîne de Marie a pour vocation, insiste-t-il, de refléter l’image véritable de la femme dans tous les domaines, d’effacer l’injustice, la douleur et la souffrance, de donner libre cours à la liberté de la femme et de mettre fin à toute forme de violence ou de discrimination envers elle».
Nour Haddad, Darb Mariam, a projeté un diaporama des lieux de culte marials au Liban, situés dans des régions à la beauté préservée.
Hassan Younès a apporté son témoignage de jeune chiite de la banlieue sud qui a étudié à la NDU (Notre-Dame University) et dans une université jésuite aux Etats-Unis. «Ma personnalité a été façonnée, dit-il, pour faire de moi un membre tolérant et compréhensif de la société».
Marie-Joe Alavalas, volontaire dans l’association Dialogue pour la vie et la réconciliation, a relevé que «chaque jour, le Liban affronte de nouveaux défis qui renforcent notre besoin de réaliser que seule la collaboration nous permettra de bâtir des lendemains meilleurs».
S’ensuit le témoignage de père Ibrahim Sarrouj qui a relaté l’attaque, puis l’incendie de sa bibliothèque par des vandales à Tripoli, et l’élan de solidarité de la majorité des habitants pour tenter de sauver les livres et de restaurer la bibliothèque.
Siham Abou Sitta, une militante syro-palestinienne, a témoigné de la situation humanitaire dans les camps palestiniens de Chatila surtout avec l’afflux récent de milliers de réfugiés syriens. Un état des lieux alarmant.
En clôture, une prière commune entonnée d’une même voix par dix-sept hommes de religion représentant les différentes communautés libanaises. Un message d’amour et d’espoir devenu désormais une tradition sous la protection de la Vierge Marie.

Danièle Gergès

Chants et prières
Toute la cérémonie était ponctuée de chants et de prières. Une partition de clochettes
interprétée par Nabil Melki, accompagné de Maria Hage au piano, prière chantée par le cheikh Khaled Yammout, le cheikh Hatem Daou et le cheikh Ibrahim Alaouiyé pour la sourate al Oumrane, le père Boutros Hachem et le père Michel Awad pour l’Evangile de saint Luc. Teddy Nasr et Corinne Metni, une femme à la voix d’or, présentent un émouvant The Prayer de Céline Dion et Andrea Bocelli. Le groupe du cheikh Moustafa el-Jaafari a entonné un chant soufi, un Ave Maria interprété par Gloria Sacre, accompagnée de Mohtadi Hage au piano, chorale d’adultes des Mabarrat, chorale de l’Université de Balamand sous la direction de Gilbert Hanna…

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