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Nº 2943 du vendredi 4 avril 2014

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Le président américain a rencontré le roi Abdallah. Barack Obama a-t-il dissipé les inquiétudes de Riyad?

Soumis au feu des questions du roi Abdallah sur la stratégie des Etats-Unis dans la région, Barack Obama n’a répondu que de manière liminaire aux inquiétudes de son hôte
qui prépare déjà sa succession.

 

Dans les salons du ranch royal de Raoudet Khurayim, l’entretien n’aura duré que deux petites heures. Au terme d’une tournée de six jours pour des sommets et des entretiens surtout consacrés à la situation en Ukraine, Barack Obama a atterri à Riyad dans un contexte tendu entre les deux pays. Jamais entre les deux alliés stratégiques, les divergences n’avaient semblé aussi profondes. Depuis la précédente visite du président américain en 2009, les digues qui protégeaient l’Arabie saoudite jusqu’alors sautent sous les coups de ses deux ennemis jurés. L’Iran chiite a étendu son pouvoir dans la région et les Frères musulmans, soutenus par le Qatar, ont fait tomber le régime ami de Moubarak. Riyad attendait des Etats-Unis qu’ils freinent l’avancée de Téhéran, frappent le régime de Bachar el-Assad et condamnent les révolutions arabes. Washington a préféré accompagner les soulèvements, abandonner l’intervention militaire en Syrie et rouvrir les négociations sur le nucléaire iranien. Venu pour rassurer, Obama a d’abord été sommé de s’expliquer.
 

Apaiser Riyad
Rassurer d’abord. «Les intérêts stratégiques des Etats-Unis et de l’Arabie saoudite restaient alignés», aurait affirmé le président américain à son hôte, selon un haut responsable américain à Riyad après la rencontre des deux dirigeants. Avant la réunion, le conseiller adjoint de Sécurité nationale, Benjamin Rhodes, avait néanmoins assuré que les relations s’étaient «améliorées depuis l’automne». Une façon de déminer une rencontre qui s’annonçait explosive.
Le flou qui a entouré les préparatifs de cette visite tant attendue illustre parfaitement l’état des relations entre les deux pays. Un grand dîner était initialement prévu, il a finalement été annulé. Autre impression d’improvisation, la cérémonie express en l’honneur de Maha el-Muneef, directrice d’un programme de lutte contre la violence domestique, à qui le président américain a remis le prix du département d’Etat récompensant les «femmes de courage». Voilà pour les défenseurs des droits de l’homme.
Autre signe de détente, Obama aurait assuré qu’il n’accepterait pas un «mauvais accord» sur le nucléaire iranien. La monarchie a manifesté son mécontentement en multipliant les gestes en direction d’autres éventuels partenaires. Le prince héritier Salman s’est rendu il y a quelques semaines en Chine et au Pakistan, pays à l’arme nucléaire dont l’exemple pourrait tenter les Saoudiens, ou du moins aiment-ils à en laisser courir l’idée. «La rencontre avec le roi était destinée à le rassurer sur l’objectif (de ces négociations), à dire que nous n’accepterons pas un mauvais accord et que l’attention envers ce dossier nucléaire ne veut pas dire que nous ne nous intéressons pas aux autres activités de déstabilisation de l’Iran dans la région», a indiqué un responsable américain qui a requis l’anonymat. «Nous participons à ces négociations avec les idées claires, mais nous pensons qu’il existe un intérêt commun (de l’Arabie et des Etats-Unis) à faire cesser la prolifération en Iran», a-t-il ajouté.

 

La stratégie syrienne
L’autre dossier du moment concerne le combat contre le régime de Bachar el-Assad. «Le roi a dit en toute franchise ce qu’il pense de ce qui devrait être fait en Syrie», a expliqué un autre responsable américain. Dans une interview diffusée quelques heures avant son atterrissage sur le sol saoudien, Obama a justifié sa non-intervention en Syrie, en septembre dernier. «Je pense que ce n’est pas vrai de penser que nous étions dans une position, avec quelques frappes ciblées, d’empêcher ce que nous voyons en Syrie. Ce n’est pas que ça ne valait pas le coup, mais après une décennie de guerre, les Etats-Unis ont leurs limites. Il n’est pas clair en fait que l’issue aurait été significativement meilleure avec une intervention militaire américaine».
Avant la réunion, la Maison-Blanche avait assuré que le président voulait parler avec le roi des moyens de renforcer politiquement et militairement l’opposition syrienne modérée. Un responsable américain a précisé que le roi a dit en toute franchise son opinion sur ce qui devrait être fait en Syrie. Mais un autre responsable américain anonyme a affirmé que les Etats-Unis n’avaient pas approuvé la fourniture par l’Arabie saoudite de Manpads aux rebelles, dont Riyad est l’un des principaux soutiens, ces systèmes de missiles sol-air portables. «Nous n’avons pas changé de position sur la fourniture de Manpads à l’opposition», a-t-il assuré, en relevant qu’une telle fourniture représenterait un risque de prolifération. En outre, ce point précis n’a pas été un point central de la réunion, selon lui. Les Saoudiens proposent qu’ils soient équipés de systèmes de traçabilité et de verrous pour éviter d’être utilisés ultérieurement contre des alliés.
Dans un article paru quelques heures avant l’arrivée d’Obama à Riyad, David Ignatius, le chroniqueur diplomatique du Washington Post, affirmait que la Maison-Blanche envisage d’étendre son programme clandestin d’entraînement des militants de l’opposition syrienne. Selon plusieurs sources diplomatiques, les chefs d’Etat, américain et saoudien, n’ont pas discuté de cette question en profondeur.  

 

Le roi choisit ses héritiers
En prenant la décision inédite de nommer de son vivant le futur héritier de l’héritier du trône, le roi Abdallah d’Arabie saoudite cherche à assurer une succession sans encombre au sein de la famille régnante. Conformément aux règles de succession en vigueur dans le royaume, le pouvoir se transmet d’un frère à l’autre, en respectant le droit d’aînesse, parmi les fils du roi Abdel-Aziz, fondateur du royaume. Et c’est le roi qui, en accédant au trône, nomme son prince héritier.
Mais à la surprise générale, le roi Abdallah, âgé de 90 ans, a décidé par un décret jeudi de désigner le futur héritier de l’héritier du trône, son demi-frère Moqren, 69 ans, le plus jeune des fils du fondateur du royaume. Moqren, qui a dirigé pendant sept ans les services de renseignements, est considéré comme un proche du roi Abdallah dont il est «un confident», selon des diplomates. L’actuel prince héritier, Salman, est âgé de 79 ans et souffre de problèmes de santé. Et une source proche du cercle du pouvoir a indiqué qu’il «pourrait décider de ne plus prétendre au trône» en raison de son mauvais état de santé.
Toutefois, une autre source proche du cercle du pouvoir a indiqué à l’AFP que le roi Abdallah voudrait dans la foulée préparer son fils aîné Moteeb, ministre de la Garde nationale, au trône en voulant le placer en deuxième position dans l’ordre de succession. D’autant plus que le prince Moqren sera proclamé souverain «en cas de vacance simultanée des postes de prince héritier et de roi», selon le décret royal. Sa nomination, approuvée par «plus des trois quarts» des 34 membres du Conseil d’allégeance et cautionnée par l’actuel prince héritier Salman, est irrévocable, souligne le décret.
Outre les considérations de politique interne, elle est perçue comme un message adressé aux Etats-Unis qui, selon des sources diplomatiques, ont pressé les Saoudiens de rajeunir leur classe politique, vieillissante.
Un diplomate explique qu’Obama a évoqué avec ses interlocuteurs les mesures envisagées pour «assurer une transition en douceur et sans encombre au moment où les dirigeants du royaume vieillissent et ont des problèmes de santé». Les Américains n’aiment pas les surprises, et comme l’a indiqué le président américain à de multiples reprises ces derniers mois, «la stabilité du royaume est une priorité pour les Etats-Unis». Suffisant pour rassurer ses interlocuteurs?

Julien Abi Ramia

La visite dans la presse saoudienne
Pour Arab News, «la visite de Barack Obama a permis de donner un nouvel élan aux relations américano-saoudiennes. Même ton pour le quotidien panarabe al-Hayat qui salue «une visite espérée qui jette les bases d’un avenir clarifié de la région».
Le décret promulguant le prince Moqren au rang de prince héritier a longuement été 
commenté ces derniers jours. «Par sa décision, le roi entend mettre le pays à l’abri des situations désagréables» qui pourraient survenir dans «un contexte régional instable», écrit le quotidien saoudien al-Charq el-Awsat dans son éditorial. Dans ce contexte où «des Etats se sont effondrés et d’autres sont sur le point de s’effondrer», il a saisi «l’importance de trancher rapidement la question de la 
succession pour prévenir incertitudes et 
surprises», affirme le journal qui exprime un point de vue proche du pouvoir.

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